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ROJAVA. Attaques contre des Kurdes revenus à Serê Kaniyê

SYRIE / ROJAVA – Aujourd’hui, le premier convoi organisé de personnes déplacées de Serê Kaniyê (Ras al-Ain) a regagné leur ville dans le nord de la Syrie, près de sept ans après leur départ forcé. Ce mouvement s’inscrit dans le cadre de l’accord du 29 janvier 2026 conclu entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et les autorités de Damas, qui prévoit notamment le retour sûr et digne des déplacés dans plusieurs zones, dont Serê Kaniyê, Afrin et Girê Spî.

Le convoi est parti de la localité de Tuwaynah (Tawina), près du camp de Washokani dans la province de Hasakah. Il regroupait environ 400 familles originaires de la ville et de ses environs. Initialement prévu pour environ 647 familles, il a été réduit en raison de difficultés logistiques. Des groupes de colons installés à leurs foyers par l’occupation turque ont attaqué le convoi des déplacés de retour à leur région natale.

Un contexte de déplacement forcé depuis 2019

Serê Kaniyê est sous le contrôle de factions syriennes soutenues par la Turquie depuis l’opération « Source de paix » lancée en octobre 2019. Cette offensive avait provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes, principalement kurdes, et entraîné d’importants changements démographiques, avec l’installation de familles et de combattants dans des propriétés abandonnées.

L’accord de janvier 2026 entre les FDS et le gouvernement intérimaire de Damas incluait explicitement le retour des déplacés vers leurs foyers. Des préparatifs (déminage, enregistrements, aides financières modestes) avaient été annoncés dans les semaines précédentes, après le retour progressif de déplacés vers Afrin.

Des attaques à l’arrivée

Malgré l’arrivée du convoi, des vidéos et témoignages ont rapidement circulé montrant des agressions contre les déplacés kurdes. Selon les sources, le convoi n’était pas escorté par des forces de sécurité et a été attaqué une fois sur place. Des groupes de colons arabes (certains installés après 2019) auraient jeté des pierres, endommagé des véhicules et tenté d’obstruer le retour.

Ces incidents soulignent les difficultés persistantes : la zone reste contrôlée par des factions pro-turques, les questions de propriété (maisons et terres souvent saisies ou occupées) ne sont pas résolues, et la sécurité n’est pas pleinement assurée. Des organisations de défense des droits humains avaient déjà alerté sur les risques d’extorsion, de menaces et d’obstacles au retour dans les zones de « Source de paix ».

Un premier pas fragile

Ce convoi est présenté comme le début d’un processus plus large : environ 14 000 familles (près de 80 000 personnes) de Serê Kaniyê et de ses environs auraient formalisé leur demande de retour. Un second groupe est attendu dans les jours suivants.

Les autorités kurdes et le comité des déplacés insistent sur la nécessité de garanties de sécurité, de protection des droits de propriété et de services de base pour que le retour soit durable. Pour de nombreux habitants, retrouver leur ville après sept ans de camps représente à la fois un soulagement immense et un défi majeur dans un environnement encore instable.

Les événements de ce 10 août illustrent à la fois l’espoir suscité par l’accord de janvier et les réalités complexes du terrain dans le nord de la Syrie.