AccueilKurdistanBakurTURQUIE. Une femme politique kurde condamnée à 19,6 ans de prison

TURQUIE. Une femme politique kurde condamnée à 19,6 ans de prison

TURQUIE / KURDISTAN – Le 9e tribunal pénal de Diyarbakir (Amed) a condamné Ayşe Gökkan, ancienne maire de Nusaybin et ex-porte-parole du Mouvement des femmes libres (TJA), à une peine totale de 19 ans et 6 mois de prison. Le tribunal a également ordonné le maintien en détention de la militante, âgée de 61 ans, qui est incarcérée depuis six ans.

La décision intervient à l’issue d’un nouveau procès ordonné par la Cour de cassation turque, qui avait partiellement cassé les condamnations antérieures. Bien que le parquet ait requis la libération d’Ayşe Gökkan lors de la dernière audience, le tribunal n’a pas suivi cette réquisition.

Contexte judiciaire

Ayşe Gökkan est poursuivie principalement pour « appartenance à une organisation terroriste » (PKK). Elle avait initialement été condamnée à une peine cumulée de 30 ans de prison sur plusieurs chefs d’accusation. Après le recours en cassation, le tribunal a retenu deux chefs d’accusation liés à l’appartenance présumée au PKK, aboutissant à la peine de 19 ans et 6 mois.

L’audience et la défense d’Ayşe Gökkan

La militante a suivi l’audience par visioconférence depuis la prison pour femmes de Sincan, à Ankara. De nombreuses représentantes d’organisations féministes, des membres de sa famille et des soutiens étaient présents dans la salle.

Dans sa défense prononcée en kurde, Ayşe Gökkan a rejeté toutes les accusations, affirmant n’avoir commis aucun acte répréhensible :

« Je suis poursuivie en tant que Kurde et en tant que femme. Si je suis condamnée parce que je suis Kurde, alors c’est toute la société qui devrait être jugée. »

Elle a défendu son engagement politique et féministe, notamment à travers le slogan « Jin, Jiyan, Azadî » (Femme, Vie, Liberté), et a dénoncé des dossiers d’enquête basés sur des rapports de police falsifiés.

« Avec TJA, je garde la tête haute. Dans mon combat, je peux garder la tête haute. Ce qui compte pour moi, ce n’est pas le jugement des tribunaux, mais celui du peuple et des femmes. »

Réactions des avocats

Les avocats de la défense ont vivement critiqué le verdict et la procédure. Maître Muharrem Şahin a déclaré :

« On ne peut pas priver quelqu’un de sa liberté pendant des années uniquement à cause de ses paroles. Ce n’est pas justice. »

L’avocate Berfin Lütfiye Gökkan a souligné les problèmes de santé de sa cliente, qui a subi plusieurs interventions chirurgicales en détention, et a dénoncé le manque d’indépendance et d’impartialité du tribunal. L’avocate Özüm Vurgun a rappelé que même le parquet demandait la libération, voyant dans le maintien en détention une persécution politique.

Qui est Ayşe Gökkan ?

Ancienne maire de Nusaybin (Mardin), Ayşe Gökkan est une figure reconnue du mouvement kurde et féministe en Turquie. Elle milite depuis des décennies pour les droits des femmes, contre les violences patriarcales et pour la reconnaissance des droits du peuple kurde.

Cette nouvelle condamnation intervient dans un contexte de répression judiciaire récurrente à l’encontre des responsables politiques kurdes en Turquie.