IRAK / KURDISTAN – L’activiste kurde Scharo Bajalan a vivement dénoncé la décision de l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK) d’abandonner le contrôle de Kirkouk à un groupe turkmène, qualifiant cette démarche de grave recul pour les Kurdes.
Selon lui, plusieurs idées fausses circulent autour de cet accord controversé.
Tout d’abord, l’arrangement prévoyant que Kirkouk soit gouvernée successivement par un Kurde pendant deux ans, un Arabe pendant un an et un Turkmène pendant un an n’était pas une bonne décision en soi. « Le fait qu’il ait été conclu il y a deux ans ne le rend ni légitime ni acceptable aujourd’hui. C’était une mauvaise décision à l’époque, et cela le reste », affirme-t-il.
Deuxièmement, en cédant son mandat d’un an – initialement réservé à un Arabe – à un Turkmène, le président du parlement irakien Mohammed al-Halbousi a violé l’accord. Résultat : les Turkmènes dirigent désormais Kirkouk depuis plusieurs années, à égalité avec les Kurdes. Si l’UPK y voit des avantages stratégiques à court terme, Scharo Bajalan estime que les désavantages à long terme l’emportent largement. Quoi qu’il en soit, il s’agit selon lui d’une violation claire de l’accord initial.
Troisièmement, il tient à faire la distinction entre le peuple turkmène et certaines de ses factions politiques. « J’ai de nombreux amis turkmènes », précise-t-il, « mais le Front turkmène organise régulièrement des rassemblements niant l’existence des Kurdes à Kirkouk, appelle ouvertement à leur déplacement et désigne Kirkouk comme la 62e province de la Turquie. Toute forme de coalition avec une faction qui s’oppose ouvertement au peuple kurde doit être condamnée. D’autres candidats turkmènes existaient. »
L’activiste met également en garde contre une attitude trop conciliante : « La notion selon laquelle les Kurdes doivent accepter chaque développement régional au nom de la “coexistence” ou d’une illusion de fraternité est extrêmement dangereuse. Cette exigence de tolérance ne s’applique qu’aux Kurdes, qui se montrent compréhensifs envers des factions qui refusent jusqu’à leur existence même. »
Il critique enfin la tendance kurde à justifier de mauvaises décisions par la Realpolitik et la nécessité de concessions. Selon lui, ces politiques d’apaisement ne font que reproduire les dilemmes qu’elles prétendent résoudre. « Imposer des lignes rouges claires permet de construire un véritable levier stratégique à long terme, contrairement à l’apaisement permanent », souligne-t-il.
Scharo Bajalan rappelle par ailleurs que, dans le contexte irakien, le poste de gouverneur est loin d’être symbolique. Il permet de nommer des proches aux postes clés et de distribuer des contrats publics souvent surévalués, favorisant ainsi la création rapide d’une élite économique loyale. Ce système de corruption, qui a prospéré sous Nouri al-Maliki et qui se reproduit aujourd’hui en Syrie sous Jolani, constitue selon lui le véritable enjeu derrière la bataille pour Kirkouk.