TURQUIE. Les rudes conditions de travail des ouvriers agricoles kurdes

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TURQUIE / BAKUR – Chaque année, des dizaines de milliers de Kurdes quittent leurs villes appauvries par les politiques discriminatoires de l’Etat turc et se rendent dans les régions agricoles turques où ils travaillent, avec leurs enfants privés d’école, dans des conditions de travail difficiles pour un salaire de misère.
 
L’agence de presse Mezopotamya s’est rendue dans la région de Kesikköprü, près d’Ankara, pour voir sur place les condition de vie et de travail de ces Kurdes : enfants privés d’école, des femmes et des adultes.
 
A Kesikköprü, où nous sommes allés observer les difficultés rencontrées par les saisonniers sur place, nous avons été pris au piège de la « distance sociale » de la gendarmerie, mais nous avons vu que les saisonniers vivaient dans des tentes de 20 m2 bondées, sans électricité ni eau, dans des conditions déplorables d’hygiène. 
 
Des dizaines de milliers de personnes de Diyarbakır, Urfa, Mardin, Şırnak et de nombreuses autres villes migrent chaque année vers d’autres villes en tant que travailleurs agricoles, car elles n’ont pas de terres à cultiver. L’épidémie de coronavirus s’est ajoutée cette année aux conditions de vie difficiles des travailleurs saisonniers, privés de nombreux droits depuis des années.
 
Afin d’observer, documenter et partager avec le public les difficultés, les conditions de vie et les «mesures prises contre l’épidémie» sur place, nous avons emprunté la route du quartier Bala du district Kesikköprü, où se trouvent les ouvriers agricoles.
 
Au cours de ce voyage, nous avons appris qu’il est très difficile d’atteindre les ouvriers agricoles travaillant dans des conditions de travail difficiles. Le premier blocage a commencé à l’entrée du quartier Kesikköprü. Nous avons pu entrer dans le quartier après un long contrôle d’identité de la part des gendarmes qui nous ont arrêtés pour savoir « pourquoi nous sommes venus ». Cependant, avec l’équipe de gendarmerie, qui a commencé la fouille corporelle sans aucun avertissement, un mécanisme de surveillance, que nous rencontrerons avec des obstacles tout au long de la journée, a également été activé.
 
Journalistes empêchés par des gendarmes
 
Lorsque nous entrons dans le quartier en bordure de Kızılırmak, Erdal, l’un des résidents, nous accueille. Erdal, qui a commencé à expliquer que sa famille avait migré d’Urfa Siverek à Kesikköprü il y a environ 400 ans, n’arrive pas à imaginer que la gendarmerie nous suive,  a déclaré : « Je vois une telle chose pour la première fois ».
 
Erdal, qui est engagé dans l’agriculture, explique que le quartier compte 800 ménages et que beaucoup d’entre eux vivent à l’étranger. Tout en réalisant que les personnes vivant à l’étranger ne peuvent pas venir à cause de l’épidémie du coronavirus (COVID-19),  nous constatons, en revanche, que des personnes vivant sous des tentes ont parcouru des milliers de kilomètres pour venir travailler comme ouvriers agricoles.
 
10 personnes sous une tente de 20 m2
 
Berfîn, 12 ans, qui nous a accueillis dans la première tente que nous avons visitée, rapporte que sa famille originaire d’Urfa, est arrivé à Kesikköprü il y a deux semaines.
 
La famille de Berfîn vit dans une tente de 20 m2 comme des milliers d’autres familles. Il n’y a ni électricité ni eau dans la tente où Berfîn vit : « On dort 10 personnes côte à côte. » Il est impossible de parler de conditions d’hygiène …
 
Travail d’enfants privés d’école
 
 
Le rêve de Berfîn est de devenir enseignante, alors qu’elle se rend à l’école seulement pendant les mois d’hiver, comme des milliers d’enfants kurdes voyageant avec leur famille pendant 8 mois dans différentes villes pour travailler. Donnant des informations selon lesquelles sa famille travaille dans un commerce d’oignons à Kesikköprü, Berfîn dit qu’ils iront cueillir des noisettes au bord de la mer Noire après leur travail ici :  « La région de la mer Noire est plus jolie ».
« Je n’ai qu’une seule amie ici. Mais quand je vais au travail, je me retrouve seule », explique Berfîn.
Le véhicule des journalistes enlevé par la gendarmerie
 
Nous quittons Berfîn et nous nous dirigeons vers un groupe de tentes bondées, mais une fois que nous arrivons vers les tentes où logent les ouvriers, des gendarmes nous bloquent. La gendarmerie, qui nous a empêchés de rencontrer les travailleurs, a confisqué notre véhicule au motif d’une amende de circulation.
 
L’impossible « distance sociale »
 
Même si nous atteignons les tentes avec des travailleurs, nous ne pouvons pas parler, il y a des gendarmes entre nous. Les gendarmes déclarent qu’ «il y a une amende pour violation de la distance sociale» pour avoir parlé aux travailleurs. Cependant, nous constatons que les précautions concernant l’épidémie dans la circulaire du Ministère de l’Intérieur ne sont pas appliquées aux travailleurs que nous rencontrons mais ils ne peuvent pas en parler.
 
Afin de ne plus laisser les travailleurs en détresse dans une situation difficile, nous retournons à Ankara.
 
Alors que nous sommes sur la route d’Ankara, un travailleur nous appelle et explique que les gendarmes qui ont enlevé le véhicule les ont croisés et avertis de ne pas parler aux journalistes ni de donner leur avis.

Reportage d’Emrullah Acar, traduction Kurdistan au féminin

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