Accueil Blog Page 42

IRAK. Attaque de drone contre les services de renseignement irakiens

0

IRAK / KURDISTAN – Ce samedi 21 mars 2026, vers 10h du matin, un drone a frappé le siège du Service national de renseignement irakien (INS) dans le quartier de Mansour à Bagdad. L’attaque a ciblé spécifiquement un bâtiment de télécommunications lié à ce service, qui collabore étroitement avec les conseillers américains dans le cadre de la coalition anti-djihadiste. Un officier a été tué et des dégâts matériels ont été signalés, selon le porte-parole des services de sécurité irakiens, le général Saad Maan. Aucune revendication n’a encore été publiée, mais le mode opératoire – drone isolé en plein jour – correspond aux attaques répétées menées par les groupes de la « Résistance islamique en Irak », factions chiites pro-iraniennes.

Cette frappe intervient dans un contexte d’escalade régionale qui frappe de plein fouet le Kurdistan irakien depuis plusieurs semaines. Alors que Bagdad est visé pour ses liens avec Washington, le nord du pays – bastion kurde – subit un déluge de drones et de missiles iraniens ou pro-iraniens. Depuis le début du conflit élargi au Moyen-Orient, Erbil et ses environs ont essuyé plus de 200 attaques : bases américaines, aéroport international, positions des peshmergas et surtout camps des groupes d’opposition kurdes iraniens (PDKI, Komala, Parti de la liberté du Kurdistan) implantés en Irak.

Ces derniers jours seulement :

  • Un drone a tué un combattant kurde iranien et blessé plusieurs autres sur une base kurde près d’Erbil.

  • Des missiles balistiques iraniens ont visé des quartiers généraux kurdes, faisant un mort et des blessés.

  • Une base kurdo-française à Mala Qara a été touchée, causant la mort d’un adjudant-chef français et six blessés.

Le Kurdistan irakien paie ainsi un lourd tribut : il héberge à la fois des troupes américaines et des rebelles kurdes iraniens opposés au régime de Téhéran. Pour l’Iran, frapper ces cibles revient à punir à la fois Washington et les Kurdes qui refusent de se taire. Les autorités d’Erbil dénoncent une « guerre par procuration » qui menace la stabilité de la région autonome, tandis que Bagdad peine à protéger ses partenaires kurdes sans s’aliéner totalement Téhéran.

L’attaque de ce matin contre le renseignement irakien n’est donc pas isolée : elle s’inscrit dans la même stratégie d’usure que celle qui pilonne quotidiennement le Kurdistan. Tant que la confrontation américano-iranienne se prolongera, les Kurdes d’Irak resteront une cible privilégiée – collatéraux gênants pour les uns, alliés gênants pour les autres. Le gouvernement régional kurde a appelé à une « protection internationale urgente » avant que l’escalade ne dégénère en conflit ouvert sur son territoire.

Tensions et insécurité à Afrin : agressions contre les célébrations du Newroz kurde

0

SYRIE / ROJAVA – Dans le canton d’Afrin, berceau historique kurde du Rojava, les festivités du Newroz – le nouvel an kurde, symbole de renouveau et de résistance – se déroulent une fois de plus dans un climat de peur et de violence. Ce 21 mars 2026, tandis que de nombreuses familles kurdes se rassemblent pour allumer les feux traditionnels, danser et hisser leurs drapeaux, des témoignages concordants font état d’agressions ciblées par des colons arabes installés dans la région depuis l’occupation turque de 2018.

Selon des sources locales et des publications sur les réseaux sociaux, des groupes de colons arabes – souvent originaires d’autres régions de Syrie et implantés dans le cadre de changements démographiques encouragés sous contrôle turc et des factions de l’Armée nationale syrienne (ANS) – ont profité de l’absence des habitants partis célébrer pour piller des maisons kurdes. Des drapeaux kurdes ont été arrachés, des slogans anti-kurdes proférés (« dehors les Kurdes », « Afrin est arabe »), et des véhicules ornés de symboles kurdes ont été pris pour cible. Des vidéos et récits circulant en temps réel montrent des scènes de provocations, de jets de pierres et même de passages à tabac dans les rues du centre d’Afrin.

Ces incidents ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans un schéma de longue date. Depuis l’opération turque « Rameau d’olivier » en 2018, qui a chassé les forces kurdes locales (YPG), des milliers de familles arabes ont été installées dans les villages et quartiers kurdes vidés de leurs habitants originels. Des rapports d’organisations de défense des droits humains ont régulièrement documenté des expropriations, des pillages systématiques et des violences ethniques. Même après le changement de contrôle intervenu en 2025 – lorsque les forces du gouvernement transitoire syrien (issu de la chute du régime Assad) ont pris pied à Afrin –, les colons restent nombreux et les tensions persistent.

Les autorités actuelles, liées à Damas, n’ont pas échappé aux critiques. À peine deux jours avant le Newroz, le 19 mars 2026, des responsables sécuritaires du ministère de l’Intérieur du gouvernement transitoire ont notifié verbalement aux mukhtars (chefs de village) de ne pas hisser le drapeau kurde, sans circulaire officielle. Des jeunes ont été interpellés pour avoir simplement préparé des feux ou des drapeaux. Si des célébrations officielles sont autorisées cette année pour la première fois depuis longtemps (torches allumées sur l’autoroute ouest d’Afrin, rassemblements à Ain Dara), l’absence de protection réelle face aux agressions de colons est dénoncée comme une forme de complicité passive.

Un double héritage hostile

Les Kurdes d’Afrin se retrouvent ainsi pris en tenaille entre deux politiques perçues comme hostiles :

L’héritage turc : Ankara, qui maintient une influence via des factions proxy, a encouragé le repeuplement arabe pour diluer la présence kurde. Des milliers de familles kurdes restent déplacées, leurs maisons occupées ou vendues illégalement.

La politique de Damas : le nouveau pouvoir syrien, tout en proclamant l’unité nationale et en organisant des fêtes du Newroz, n’a pas démantelé les structures de colonisation ni garanti la sécurité des Kurdes. Les interdictions de drapeaux et le silence face aux pillages alimentent le sentiment d’une continuité de marginalisation.

« Nous ne sommes pas en sécurité chez nous », résument de nombreux habitants kurdes contactés par des médias locaux. Pendant que les feux du Newroz illuminent les collines, des maisons vides sont fouillées, des biens volés et des symboles identitaires profanés. Cette insécurité n’est pas seulement matérielle : elle est existentielle. Elle menace la survie même d’une communauté qui, depuis des siècles, considère Afrin comme son foyer.

Face à ces événements, les appels à la communauté internationale se multiplient. Les organisations kurdes et syriennes des droits humains exigent une enquête indépendante, le retour des déplacés et la fin de l’impunité pour les colons et les factions armées. Tant que Damas et Ankara ne s’attaqueront pas frontalement à ces dynamiques de colonisation et de répression culturelle, le Newroz à Afrin restera, pour beaucoup, une fête amère – un rappel annuel que la liberté kurde reste fragile dans cette enclave martyrisée.

Assassinat d’un opposant iranien aux Pays-Bas : le régime de Téhéran poursuit sa campagne d’éliminations à l’étranger

0

Mohi Shafii, ingénieur en informatique de 36 ans et opposant déclaré au régime iranien, a été assassiné hier aux Pays-Bas. Abattu par balles, il avait reçu des menaces de mort répétées de la part des agents et nervis de la République islamique, précisément en raison de ses activités sur les réseaux sociaux où il dénonçait sans relâche la dictature théocratique de Téhéran. Ancien policier, il s’était exilé et poursuivait son combat depuis l’Europe. Son meurtre s’inscrit dans une sinistre continuité : celle des assassinats ciblés orchestrés par le régime iranien contre ses opposants, où qu’ils se trouvent.

Ce nouveau crime rappelle avec force deux autres affaires qui ont marqué l’histoire de la répression extraterritoriale iranienne.

D’abord, l’assassinat des opposants kurdes à Vienne en 1989. Le 13 juillet de cette année-là, dans un appartement de la capitale autrichienne, le leader kurde iranien Abdul Rahman Ghassemlou, secrétaire général du Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI), ainsi que deux de ses compagnons, Fadhil Rassoul et Abdollah Ghaderi-Azar, ont été abattus à bout portant pendant des négociations de paix avec une délégation officielle iranienne. L’enquête autrichienne et les témoignages ultérieurs ont clairement désigné les services de sécurité iraniens comme les auteurs de ce triple meurtre. Ghassemlou, figure emblématique de la résistance kurde contre le régime de Khomeiny, avait été piégé lors de pourparlers censés être sécurisés. Cet assassinat, qualifié de « crime d’État » par de nombreux observateurs, a révélé au grand jour la stratégie de Téhéran : éliminer physiquement ses ennemis politiques même en plein cœur de l’Europe.

Plus récemment, le cas de Masoud Mesjudi (également orthographié Masood Masjoody ou Masjoudi) a secoué la diaspora iranienne. Ce mathématicien et universitaire canado-iranien de 45 ans, ancien enseignant à l’université Simon Fraser en Colombie-Britannique, a été retrouvé mort en mars 2026 après avoir disparu début février. Critique virulent du régime islamique et de ses relais à l’étranger, il avait publiquement accusé certains de ses adversaires d’être liés aux Gardiens de la révolution (IRGC). Deux suspects d’origine iranienne ont été après-arrêtés et inculpés de meurtre au premier degré. L’enquête canadienne, toujours en cours, met en lumière les tensions internes de l’opposition, mais aussi les soupçons persistants de manipulations ou de collaborations avec le régime. Masoud Mesjudi, comme tant d’autres, payait de sa vie son engagement contre la dictature.

Ces trois affaires – Vienne 1989, le Canada en 2026 et maintenant les Pays-Bas – ne sont pas des incidents isolés. Elles illustrent une politique d’État documentée depuis des décennies : le régime iranien n’hésite pas à déployer ses agents, ses proxys ou ses sympathisants pour traquer et éliminer journalistes, activistes, ingénieurs ou simples citoyens qui osent le défier depuis l’exil. Des rapports d’Amnesty International, de la justice européenne et de services de renseignement occidentaux ont régulièrement établi ce modus operandi : menaces sur les réseaux sociaux, filatures, empoisonnements, fusillades ou attentats à la voiture piégée.

Mohi Shafii n’était ni un chef militaire ni un leader politique de premier plan. C’était un ingénieur ordinaire qui utilisait sa voix sur internet pour dire la vérité. Son assassinat hier aux Pays-Bas prouve que personne n’est à l’abri : ni en Autriche, ni au Canada, ni aux Pays-Bas. Face à cette machine de mort transnationale, les démocraties européennes et nord-américaines doivent passer de la condamnation verbale à des mesures concrètes : expulsions d’agents iraniens, renforcement de la protection des exilés, et poursuites judiciaires sans concession contre les commanditaires à Téhéran.

Le sang de Mohi Shafii, comme celui de Ghassemlou et de Masoud Mesjudi, appelle à la vigilance et à la mémoire. Tant que le régime des mollahs continuera à exporter sa terreur, aucun opposant iranien ne sera en sécurité. Il est temps que l’Europe et le monde libre disent : « Ça suffit. »

L’attaque iranienne sur Diego Garcia : un message de puissance au cœur d’un conflit qui embrase aussi les Kurdes

0

IRAN / ROJHILAT – Jusqu’à présent, les experts occidentaux et les déclarations officielles iraniennes estimaient la portée maximale des missiles balistiques de Téhéran à environ 2 000 km. Cette limite permettait à l’Iran d’atteindre Israël, les bases américaines du Golfe ou encore l’Arabie saoudite, mais pas beaucoup plus loin. L’événement survenu dans la nuit du 20 au 21 mars 2026 change radicalement la donne. Selon plusieurs sources concordantes, dont le Wall Street Journal citant des responsables américains, l’Iran a lancé deux missiles balistiques intermédiaires en direction de la base conjointe américano-britannique de Diego Garcia, située dans l’océan Indien, à environ 4 000 km de son territoire.

Aucun des deux missiles n’a touché la cible. L’un a échoué en vol ; le second a été intercepté (ou du moins engagé) par un navire de guerre américain tirant un missile SM-3. Qu’importe le resultat opérationnel : le simple fait d’avoir tenté une frappe à cette distance révèle une capacité jusqu’ici non confirmée publiquement. Diego Garcia, petite île de l’archipel des Chagos, abrite l’une des installations militaires les plus stratégiques des États-Unis et du Royaume-Uni dans l’océan Indien. Elle sert de plateforme logistique pour les bombardiers B-2, les drones et les opérations en Asie et au Moyen-Orient. L’attaque intervient quelques heures après que Londres a autorisé Washington à utiliser la base pour frapper l’Iran dans le cadre de l’opération « Epic Fury » (ou « Roaring Lion » côté israélien).

Ce geste n’est pas seulement technique. C’est un message politique clair : l’Iran affirme désormais pouvoir menacer des bases américaines très éloignées, y compris celles qui servent de tremplin pour des frappes contre son territoire. Des analystes soulignent que cette portée ouvre théoriquement la porte à des menaces sur l’Europe (bases en Italie, en Allemagne ou même plus loin). Elle bouleverse aussi les calculs de dissuasion : ce qui était considéré comme une « ligne rouge » (la capacité intercontinentale) semble franchi, même si l’Iran n’a pas encore démontré une précision ou une fiabilité suffisante pour une frappe intercontinentale fiable.

Un conflit qui s’étend géographiquement et politiquement

Cette tentative intervient dans le cadre de la guerre ouverte lancée fin février 2026 entre l’Iran d’un côté, Israël et les États-Unis de l’autre. Les frappes américano-israéliennes ont déjà visé des sites nucléaires, des bases de missiles et des centres de commandement iraniens. Téhéran répond par vagues de missiles et de drones, mais aussi par des actions asymétriques. L’attaque sur Diego Garcia marque l’extension du théâtre de guerre jusqu’à l’océan Indien, loin du Moyen-Orient classique.

Pourtant, derrière cette projection de puissance extérieure se cache une autre réalité : l’Iran est confronté à des fractures internes et régionales qu’il tente de contenir par la force. Et c’est ici que les Kurdes d’Iran et d’Irak entrent pleinement en scène.

Les Kurdes d’Iran : une minorité réprimée devenue front intérieur potentiel

Les Kurdes représentent environ 8 à 10 % de la population iranienne (près de 10 millions de personnes), concentrés principalement dans les provinces occidentales : Kurdistan, Kermanshah, Ilam et West Azerbaijan. Majoritairement sunnites dans un pays chiite, ils subissent depuis des décennies une politique d’assimilation forcée : interdiction de l’enseignement du kurde dans les écoles publiques, discrimination économique, répression des partis politiques (PJAK, KDPI, Komala) et exécutions fréquentes d’activistes.

Le mouvement « Femme, vie, liberté » de 2022, déclenché par la mort de Mahsa Amini (une Kurde), a vu les régions kurdes à l’avant-garde des manifestations. En 2025-2026, les protestations ont repris avec encore plus de force. Dès janvier 2026, les partis kurdes iraniens ont lancé une grève générale largement suivie. En février, six groupes d’opposition kurde basés en Irak se sont unis au sein de la Coalition des forces politiques du Kurdistan iranien et ont appelé ouvertement au renversement du régime. Des actions insurgées limitées ont été signalées.

Les États-Unis et Israël voient aujourd’hui dans ces Kurdes un levier stratégique. Des fuites médiatiques (CNN, New York Times) indiquent que la CIA et le Mossad armeraient discrètement ces groupes depuis plusieurs mois. Donald Trump aurait personnellement contacté les dirigeants kurdes irakiens (Masoud Barzani et Bafel Talabani) pour les inciter à faciliter le passage de combattants kurdes iraniens vers l’Iran. L’objectif : ouvrir un « deuxième front » terrestre et populaire à l’intérieur du pays, là où les frappes aériennes seules ne suffisent pas à faire tomber le régime. Des bombardements américains et israéliens ont même ciblé massivement les zones kurdes d’Iran pour affaiblir les forces de sécurité locales.

Les Kurdes d’Irak : refuge, base arrière… et cible privilégiée de l’Iran

De l’autre côté de la frontière, la Région du Kurdistan irakien (KRI) offre un refuge aux opposants kurdes iraniens depuis des décennies. Erbil et Sulaymaniyah abritent des camps de réfugiés et d’entraînement du KDPI, du PJAK et d’autres factions. La KRI est autonome depuis 2005, riche en pétrole, et considérée comme un allié historique des États-Unis (Peshmerga ont combattu l’État islamique aux côtés des Américains).

Dès le début de la guerre en février 2026, l’Iran a réagi violemment. Plus de 200 frappes de missiles et de drones ont visé la KRI, principalement autour d’Erbil. Ces attaques ont tué des civils kurdes irakiens, détruit des bases de l’opposition iranienne et visé des positions américaines. Le 6-7 mars, de nouvelles salves ont touché des camps du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK). Massoud Barzani a dénoncé publiquement ces agressions : « La retenue a ses limites. »

Ironie tragique : l’Iran, qui vient de démontrer une portée de 4 000 km vers Diego Garcia, utilise depuis des années ses missiles (Khorramshahr, Fateh, etc.) à courte et moyenne portée contre des cibles kurdes en Irak. Ces frappes « préventives » visaient à empêcher les opposants kurdes iraniens de s’organiser. Aujourd’hui, elles s’inscrivent dans une stratégie plus large de déstabilisation de la KRI, perçue comme un tremplin pour l’offensive américaine-israélienne.

L’ensemble de la population kurde d’Irak se sent menacée par cette escalade. Les exilés kurdes iraniens, eux, se disent « enhardis » par la faiblesse actuelle du régime et prêts à rentrer au pays pour combattre.

Un même outil, deux usages : les missiles iraniens contre l’extérieur et contre les Kurdes

L’attaque sur Diego Garcia illustre parfaitement la dualité de la stratégie iranienne. Les missiles balistiques servent à la fois à projeter une puissance dissuasive face aux États-Unis et à Israël, et à réprimer les minorités ethniques qui menacent la cohésion du régime. Les Kurdes incarnent cette vulnérabilité : sunnites, frontaliers, organisés militairement et soutenus (au moins tacitement) par les ennemis de Téhéran.

Pour le régime des ayatollahs, la démonstration de portée à 4 000 km est un pari risqué. Elle risque d’accélérer le soutien occidental aux Kurdes et de transformer une crise ethnique en véritable insurrection. Si les groupes kurdes iraniens, armés et protégés par une zone d’exclusion aérienne américaine, lancent une offensive coordonnée depuis l’Irak, le régime pourrait se retrouver pris en tenaille : frappes extérieures massives et soulèvement interne.

Un message qui résonne au-delà de l’océan Indien

L’attaque manquée sur Diego Garcia n’est pas un simple incident technique. Elle est le symbole d’un Iran qui, acculé par la guerre, tente de compenser sa faiblesse conventionnelle par une escalade balistique spectaculaire. Mais cette même escalade révèle les fractures profondes du pays : les Kurdes d’Iran, longtemps marginalisés, sont devenus un acteur central du conflit. Ceux d’Irak, refuge et base arrière, paient le prix des représailles.

Dans cette guerre de 2026, les missiles iraniens voyagent plus loin que jamais. Mais les conséquences politiques et humaines voyagent aussi : elles atteignent désormais les montagnes du Kurdistan, où des milliers de combattants attendent le signal pour transformer une répression vieille de décennies en opportunité historique. Le régime iranien a peut-être étendu sa portée… mais il a aussi élargi le front sur lequel il doit désormais se battre.

ROJAVA. Les tentes du camp Washokani inondées

0

SYRIE / / ROJAVA – De nouvelles pluies torrentielles ont inondé le camp Washokani abritant les familles kurdes de Serekaniyê chassées par la Turquie en 2019. Les familles ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence.

La correspondante d’ANHA à Hasakah rapporte que de fortes pluies torrentielles ont provoqué des inondations massives dans le camp de Washokani, situé dans la campagne nord de Hasakah. L’eau s’est infiltrée dans de nombreuses tentes, inondant une grande partie du camp et causant des dommages matériels considérables. Des dizaines d’abris se sont effondrés et les biens de première nécessité ont été emportés par les eaux, aggravant la détresse de résidents déjà extrêmement précaires.

Les déplacements à l’intérieur du camp sont devenus quasiment impossibles en raison de la boue et de l’eau stagnante. Les familles, qui comptent de nombreux enfants, personnes âgées et malades, lancent un appel de détresse aux autorités locales, à l’Administration Autonome et aux organisations humanitaires pour une intervention immédiate : pompage de l’eau, reconstruction des abris, distribution d’aide d’urgence (nourriture, couvertures, chauffage) et mise en place d’un système de drainage durable.

Un contexte de précarité chronique

Créé en 2019 pour accueillir les Kurdes chassés de Serê Kaniyê (Ras al-Ain) après l’offensive et l’occupation par l’armée turque et ses factions affiliées, le camp de Washokani héberge environ 2 500 familles (soit plus de 10 000 personnes).

Le site souffre de défaillances structurelles majeures :

  • Absence de système d’évacuation des eaux pluviales ;

  • Sols inadaptés et s’enfonçant sous le poids des pluies ;

  • Manque chronique de services de base.

Une catastrophe récurrente

Chaque saison des pluies transforme ce lieu de refuge en zone sinistrée, exposant les déplacés à des conditions de vie inhumaines. Face à cette nouvelle catastrophe survenue à la mi-mars 2026, le Comité des déplacés de Serê Kaniyê et la Croix-Rouge kurde (Heyva Sor a Kurd) multiplient les appels pour un soutien structurel urgent afin d’éviter que la situation sanitaire ne dégénère davantage.

L’injustice subie par ces populations, déjà déracinées par la guerre et l’occupation, se double aujourd’hui d’une crise humanitaire climatique que les infrastructures actuelles ne permettent pas de contenir.

IRAN. Inquiétudes pour 14 prisonniers politiques kurdes condamnés à mort

0

IRAN / ROJHILAT – Selon des informations récentes provenant de sources fiables en matière de droits humains, près de 70 prisonniers politiques croupissant actuellement dans les prisons iraniennes sous le coup d’une exécution imminente. Parmi eux, au moins 14 sont des Kurdes du Rojhilat (Kurdistan d’Iran).

Dans un contexte de guerre régionale et de tensions extrêmes en ce mois de mars 2026, cette situation suscite une inquiétude croissante. L’injustice subie par le peuple kurde se manifeste ici par un risque démultiplié d’exécutions soudaines et massives, favorisé par :

  • L’accélération des procédures judiciaires expéditives ;

  • L’absence quasi systématique de procès équitables ;

  • Le recours aux aveux obtenus sous la torture ;

  • Les restrictions drastiques à l’accès aux avocats et aux visites familiales.

L’histoire montre que les autorités iraniennes utilisent fréquemment la peine de mort comme outil de répression accrue en période de crise ou de conflit armé. Le climat actuel rend la situation de ces détenus plus précaire que jamais.

Un appel à la mobilisation internationale

Les organisations internationales et locales appellent de toute urgence à :

  1. L’instauration immédiate d’un moratoire sur toutes les exécutions ;

  2. La révision complète et transparente de ces dossiers ;

  3. Le respect effectif des droits fondamentaux, dont l’accès inconditionnel à une défense ;

  4. Une mobilisation accrue de l’opinion publique mondiale.

Chaque jour compte. L’attention et la pression internationales restent souvent l’un des rares remparts face à la machine judiciaire du régime, particulièrement à l’égard des prisonniers politiques du Rojhilat.

Newroz 2726 : La flamme de la résistance kurde brûle malgré la guerre

0

KURDISTAN – Aujourd’hui, le 20 mars 2026, à la veille de l’équinoxe de printemps, le peuple kurde entre dans sa nouvelle année solaire : 2726. Newroz, cette fête ancestrale célébrant le renouveau de la nature et la victoire de la lumière sur les ténèbres, reste bien plus qu’un rituel saisonnier. C’est un symbole vivant de résistance, remontant à la légende de Kawa le forgeron qui, en allumant un feu sur le mont Zagros, libéra son peuple du tyran Dehak. Chaque torche, chaque bûcher allumé cette année porte cette promesse éternelle : la victoire finale sur l’injustice.

Malgré un contexte régional marqué par des conflits intenses et l’occupation, les Kurdes célèbrent Newroz avec une détermination accrue dans les quatre parties du Kurdistan.

Rojhilat (Kurdistan d’Iran) : Résistance face à la guerre

En Iran, où une guerre ouverte ravage le pays depuis fin février 2026, les Kurdes du Rojhilat célèbrent malgré les arrestations massives et les attaques contre les camps de réfugiés en Irak. À Mahabad, Senna ou Bukan, les rassemblements deviennent des actes de défi politique. L’esprit de « Jin, Jiyan, Azadî » (Femme, Vie, Liberté) anime toujours ces feux, rappelant au régime que la guerre ne peut éteindre l’aspiration nationale kurde.

Başûr (Kurdistan d’Irak) : 2726 flambeaux à Akre

Dans le Kurdistan irakien autonome, Newroz est une fête populaire massive. À Akre, la « capitale de Newroz », 2726 flambeaux illuminent les montagnes cette année pour marquer le passage à la nouvelle année. Le président Masoud Barzani et le Premier ministre Masrour Barzani ont allumé le feu sacré à Erbil, appelant à l’unité face aux frappes de milices pro-iraniennes et à l’instabilité régionale.

Rojava (Kurdistan de Syrie) : Une reconnaissance historique

Au Rojava, le contexte reste précaire, mais pour la première fois, Newroz est reconnu comme fête nationale officielle par le nouveau gouvernement de transition (décret de janvier 2026). À Qamishlo, Hasaka et Amuda, les célébrations unissent Kurdes, Arabes et Assyriens. Ce Newroz est aussi un cri pour la liberté du leader Abdullah Öcalan et pour la fin de l’occupation des zones comme Afrin.

Bakur (Kurdistan de Turquie) : La persistance d’Amed

Au Bakur, malgré une répression structurelle constante, des rassemblements massifs sont prévus, notamment à Amed (Diyarbakır) sous le thème « Newroz de la Liberté et de la Démocratie ». Chaque feu allumé est un acte politique affirmant que l’identité kurde ne peut être effacée par les politiques d’assimilation ou de sécurité de l’État turc.

Newroz 2726 n’est pas qu’une fête : c’est une déclaration collective. Dans un Moyen-Orient déchiré, les Kurdes allument leurs feux pour dire que l’espoir et la dignité naissent de leurs racines. Comme le proclame le slogan : Berxwedan jîyan e ! (La résistance, c’est la vie !).

Newroz pîroz be ! Que cette nouvelle année apporte victoire, unité et liberté au peuple kurde.

SYRIE. Damas attaque les Druzes

0

SYRIE – Le régime sanguinaire de Damas n’est pas trop occupé à massacrer les Kurdes, alors il attaque de nouveau les Druzes de Soueïda, profitant de la guerre Iran vs Israël-Etats-Unis.

Hier, jeudi 19 mars, la province de Soueïda, bastion historique de la minorité druze dans le sud de la Syrie, a été le théâtre d’une série d’attaques coordonnées attribuées aux forces du gouvernement de transition syrien. Selon plusieurs sources locales et des déclarations de milices druzes, ces opérations ont impliqué des tirs de drones armés, des missiles et des enlèvements ciblés, ravivant les craintes d’une nouvelle escalade confessionnelle dans un pays encore fragile après la chute du régime Assad fin 2024.

Une recrudescence brutale des violences

Des combattants et activistes druzes affiliés à la « Garde nationale druze » ont rapporté que des positions civiles et militaires dans l’ouest et le sud-ouest de la province ont été visées dès la matinée du 19 mars. Les attaques auraient fait au moins neuf morts parmi les civils et combattants druzes, notamment dans les zones de Najran et Baka-Burd. Au total, 19 personnes auraient été enlevées lors de barrages ou d’incursions, selon un bilan provisoire.

Les assaillants auraient utilisé des drones pour des frappes précises sur des points de contrôle et des habitations. Ces méthodes, rappelant les tactiques employées contre les Kurdes à Alep en janvier 2026, viseraient à affaiblir les structures de défense druzes sans engagement terrestre massif, illustrant une fois de plus l’injustice subie par les minorités face au nouveau pouvoir central.

Contexte : des tensions héritées de l’été 2025

Ces événements s’inscrivent dans une continuité de violences opposant le gouvernement d’Ahmad al-Sharaa à la communauté druze. Les affrontements de juillet 2025 avaient déjà été dévastateurs : plus de 500 civils druzes tués, des villages incendiés et des cas documentés de violences sexuelles et d’enlèvements. Malgré des échanges de prisonniers en février 2026, la méfiance reste totale. Les Druzes accusent Damas de vouloir briser leur autonomie et d’utiliser des supplétifs bédouins pour contrôler cette région stratégique frontalière.

Réaction israélienne immédiate

Israël, qui se pose en protecteur des Druzes syriens, a réagi dans la nuit du 19 au 20 mars. L’armée israélienne (IDF) a annoncé avoir frappé plusieurs camps militaires syriens, ciblant un centre de commandement et des dépôts d’armes, en « réponse directe » aux attaques subies par les civils druzes. Damas n’a pas commenté officiellement, mais des sources pro-gouvernementales qualifient ces accusations d’« exagérations ».

Craintes d’une extension du conflit

La communauté internationale suit ces développements avec inquiétude. L’ONU et des ONG comme Human Rights Watch ont déjà documenté des abus systématiques dans la région. Les enlèvements et l’usage de drones contre des civils rappellent les pires heures de la guerre civile.

À Soueïda, la population reste sur le qui-vive : barrages renforcés et appels à la mobilisation. Pour beaucoup, ces attaques ne sont pas un incident isolé, mais le signe que le nouveau pouvoir à Damas cherche à imposer son autorité par la force sur les minorités résistant à son centralisme. Le fragile équilibre post-Assad semble plus que jamais menacé de faire imploser la Syrie une fois de plus.

Une attaque toutes les 6 heures : l’Iran cible les Kurdes

0
IRAK / KURDISTAN – Une attaque toutes les six heures ; les Gardiens de la révolution ont intensifié leurs frappes contre les groupes kurdes dans le contexte de la guerre Iran-Israël.
 
Vingt-et-un jours après le début du conflit irano-israélien, les attaques menées par les forces iraniennes et leurs groupes supplétifs contre les bases des partis kurdes iraniens au Kurdistan se sont intensifiées. Durant les vingt premiers jours de ce conflit, au moins 120 attaques de drones et de missiles ont été perpétrées contre ces centres.
 
D’après ces informations, la semaine dernière, une de ces bases a été ciblée en moyenne toutes les six heures. Ces attaques ont fait au moins cinq morts parmi les forces kurdes.
 
Cette situation survient alors que les Gardiens de la révolution iraniens ont publié hier un communiqué demandant aux habitants de la région du Kurdistan irakien de se tenir immédiatement à l’écart de plusieurs zones spécifiques. Selon eux, ces lieux seraient des fiefs de groupes d’opposition kurdes iraniens.
 
Ces événements surviennent à un moment où les tensions régionales s’intensifient en raison de la guerre Iran-Israël, et où l’on craint de plus en plus que le conflit ne s’étende à d’autres régions, notamment au Kurdistan irakien.
 

Newroz 2026 : L’Alliance kurde d’Iran proclame l’unité acquise et la victoire imminente

0

KURDISTAN – L’Alliance des forces politiques du Kurdistan d’Iran (regroupant le PDKI, le PJAK, le PAK, Komala et d’autres) a publié une déclaration puissante pour le nouvel an kurde Newroz célébré ce 21 mars 2026, qualifiant cette fête du feu de « messager d’une grande victoire » pour le peuple kurde.

Newroz, symbole millénaire de résistance, de renouveau et de soulèvement contre l’oppression, est devenu depuis des décennies au Rojhilat (Kurdistan oriental sous l’occupation iranienne) un terrain majeur de confrontation avec la République islamique. Chaque année, le peuple kurde brise l’interdit par sa volonté collective de liberté, malgré une répression sanglante : des milliers de militants tués ou emprisonnés, et des droits nationaux et sociaux systématiquement bafoués — en particulier pour les femmes. L’injustice subie par le peuple kurde a transformé la région en un champ de bataille permanent.

La déclaration dénonce la politique raciste et terroriste d’État du régime qui, affaibli par la guerre régionale déclenchée depuis février 2026, bombarde quotidiennement avec missiles et drones les bases des partis kurdes au Kurdistan du Sud. Ces attaques, loin de démontrer une force, révèlent au contraire la faiblesse et l’agonie d’un régime moribond.

Le tournant historique de 2026 réside dans l’unité enfin acquise : les forces politiques ont fusionné leurs énergies au sein de l’Alliance, tandis que la société — portée par le courage des femmes et de la jeunesse — s’engage massivement dans la lutte. « Ni missiles, ni terreur, ni pressions ne pourront arrêter notre progression », affirme le communiqué.

En ce Newroz, l’Alliance rend hommage aux martyrs du récent soulèvement (notamment à Kirmaşan et Ilam), appelle à visiter les familles endeuillées et à renforcer la solidarité. Elle invite toutes les composantes kurdes à poursuivre le combat, à préserver les acquis d’années de sacrifice et à entamer une nouvelle phase décisive de travail organisé.

« Unis au sein de l’Alliance des forces politiques du Rojhilat, nous façonnerons notre avenir vers une victoire plus rapide et pacifique. »

Menaces existentielles sur les acquis kurdes : Shengal et le Kurdistan du Sud pris en étau dans la guerre Iran-États-Unis-Israël

0

KURDISTAN / SHENGAL – Après l’anéantissement de l’autonomie kurde du Rojava, celle des Kurdes/Yézidis d’Irak est à son tour menacée à cause de la guerre Iran versus États-Unis et Israël, dont le principal champ de bataille est le Kurdistan d’Irak.

Depuis le déclenchement de la guerre États-Unis-Israël contre l’Iran le 28 février 2026, l’Irak et le Kurdistan du Sud (Başur) sont devenus un théâtre critique d’affrontements indirects. Téhéran bombarde régulièrement les bases et camps des partis kurdes iraniens exilés à Erbil et Souleimaniye, tandis que les États-Unis et Israël frappent les groupes chiites pro-iraniens, notamment les Forces de mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi) et leurs factions phares comme Kataib Hezbollah, Harakat al-Nujaba, Kataib Sayyid al-Shuhada ou Asaib Ahl al-Haq.

Ces milices, intégrées aux forces irakiennes depuis 2018 mais conservant une large autonomie, forment l’« Axe de la Résistance » soutenu par l’Iran. Historiquement liées par des réseaux religieux (sanctuaires de Najaf et Karbala, exil de Khomeiny à Najaf) et politiques renforcés après 2003, elles subissent des bombardements quasi quotidiens depuis le début du conflit, accentuant le chaos sécuritaire en Irak.

Le Kurdistan du Sud paie le prix le plus lourd de cette escalade : attaques iraniennes directes sur ses infrastructures (aéroports, champs pétroliers), frappes de milices pro-iraniennes sur des sites américains et kurdes, et perturbation des échanges commerciaux vitaux avec Téhéran (produits alimentaires, textiles, investissements, zone de libre-échange de Penjwen). Cette instabilité menace l’équilibre politique entre PDK et UPK, ainsi que l’économie régionale déjà fragile.

À Shengal (Sinjar), les acquis post-génocide yézidi de 2014 — autonomie, autodéfense via les Unités de résistance Shengal (URS), Unités féminines (YJŞ) et Forces Êzîdxan — sont directement menacés. Bagdad multiplie les points de contrôle, raids et tentatives de désarmement des forces yézidies locales, tandis que la Turquie vise à occuper la zone pour encercler le Rojava et contrôler les axes Mossoul-Kirkouk, et l’Iran cherche à l’intégrer à son « corridor chiite ». Le transfert récent de milliers de djihadistes de l’EI des camps syriens vers l’Irak (Ninive, Anbar) ravive le spectre du génocide yézidi et souligne l’injustice persistante subie par ces populations.

Dans ce contexte de guerre régionale qui détourne l’attention internationale, les Kurdes et Yézidis [Êzdî] refusent l’encerclement et la négation de leurs acquis. Sans reconnaissance réelle de leur autodéfense et de leur statut politique, la stabilité reste illusoire et les risques d’une nouvelle catastrophe humanitaire augmentent.

La situation désastreuse des Kurdes du Rojava : « normalisation », guerre et réécriture de la mémoire collective

0

SYRIE / ROJAVA – La « normalisation » imposée au Rojava après les attaques brutales de janvier 2026 (siège et bombardements sur Sheikh Maqsoud et Ashrafiyah, menaces existentielles) masque un gaslighting collectif par Damas et Ankara : la guerre est reformulée en quête de « sécurité », les souffrances kurdes minimisées, et les droits fondamentaux présentés comme de simples « faveurs » ou réformes, signale le journaliste Huseyin Salih Durmus.

L’atmosphère de « normalisation » instaurée après la guerre au Rojava ne peut être interprétée uniquement comme une recherche de la paix ; elle représente également la construction d’un cadre politique et psychologique.

La vague d’attaques qui a débuté au Rojava (nord de la Syrie) le 6 janvier n’était pas qu’une simple opération militaire. Ce qui s’est déroulé a constitué, pour les Kurdes, un nouvel avertissement brutal de la fragilité de leur existence. Le siège de Sheikh Maqsoud et d’Achrafiyah [quartiers kurdes d’Alep], le ciblage des civils et le fait que le spectre d’un génocide ait été ouvertement évoqué ont ravivé la mémoire collective de l’injustice subie par le peuple kurde.

Entre mobilisation et discours de façade

La résistance digne manifestée à Alep a déclenché une mobilisation dans les quatre régions du Kurdistan et au sein de la diaspora. Cette solidarité a prouvé que les Kurdes conservent une volonté collective capable de converger vers un consensus supra-politique lorsque leur survie est en jeu. C’est d’ailleurs ce champ de force qui a permis aux Forces démocratiques syriennes (FDS) de revenir à la table des négociations lors de l’accord du 29 janvier 2026.

Pourtant, sitôt le siège levé, un discours de « normalisation » s’est imposé en Turquie comme en Syrie, comme pour effacer le péril existentiel qui venait de traverser la région.

Le piège de la reconstruction psychologique

Ce climat de normalisation ne saurait se réduire à une quête de stabilité. Il s’agit d’une construction visant à redéfinir la mentalité étatique sous l’angle de la sécurité. Le document récent de Devlet Bahçeli, évoquant une « ligne de fracture géopolitique », illustre cette volonté de restreindre les paramètres de la solution tout en amplifiant la menace.

On assiste ici à une forme de gaslighting collectif : la réalité de la guerre est reformulée en « sécurité », et les droits fondamentaux sont présentés comme des « réformes » ou des faveurs. En atténuant la gravité des sacrifices passés, on tente d’abaisser le seuil d’attente de la société kurde.

La mémoire comme boussole politique

La mémoire n’est pas qu’une émotion ; elle est l’arme la plus puissante d’un peuple. Une société qui oublie les promesses non tenues et les projets inachevés ne peut construire une paix durable. L’héritage de cinquante ans de lutte — forgé dans les prisons, les montagnes et l’exil — refuse la soumission. Les Kurdes n’acceptent pas un système qui nie leur existence politique ou qui marchande l’égalité.

L’accent actuel mis sur « l’unité » par la pensée étatique turque semble davantage dicté par les contraintes régionales et internationales que par une réelle prise de conscience historique. Or, une ouverture née de la nécessité ne peut aboutir si elle n’est pas institutionnalisée sur la base d’une égalité réelle.

Le choix de la liberté

La valeur du processus actuel doit se mesurer à sa capacité à élargir l’espace politique kurde, et non à sa propension à invisibiliser les souffrances du Rojava. Comme le soulignait André Malraux : « La liberté n’a pas toujours les mains propres, mais il faut choisir la liberté. »

Ce résumé de l’analyse de Huseyin Salih Durmus rappelle que la situation au Rojava est existentielle. Les Kurdes refusent que leur résistance soit réduite à un chapitre oublié. La mémoire reste leur boussole vers une paix véritable, née d’une volonté sociale forte et souveraine.