TURQUIE / KURDISTAN – La famille et les avocats d’Özcan Aksu, un jeune Kurde décédé dans un hôpital d’Istanbul douze jours après son incarcération provisoire, demandent une enquête indépendante sur la torture subie en détention et sur d’éventuels retards dans les soins médicaux.
Lors d’une conférence de presse organisée à Istanbul dans les locaux de la section stambouliote de l’Association des droits de l’homme (İHD), rapportée notamment par Bianet, la famille d’Aksu ainsi que des représentants de l’Association des avocats pour la liberté (ÖHD) et de l’Association des avocats progressistes (ÇHD) ont présenté leurs demandes.
Özcan Aksu a été arrêté par des policiers en civil le 22 juin 2026 à Istanbul. Le lendemain, un tribunal a ordonné son incarcération provisoire. Il a été placé au complexe pénitentiaire de Marmara, plus connu sous le nom de prison de Silivri. Il est décédé le 5 juillet à l’hôpital universitaire Dr. Sadi Konuk de Bakırköy. Aucune cause officielle définitive de décès ni explication claire de ses blessures n’ont encore été rendues publiques. Le motif exact de son arrestation et les fondements de la décision d’incarcération restent inconnus.
La visite du 26 juin et les blessures constatées
La sœur d’Aksu, Melek Aksu, a raconté dans un témoignage détaillé que la famille n’avait pas été officiellement informée de l’arrestation. Elle a d’abord eu du mal à localiser son frère. Le 25 juin, à Silivri, on lui a refusé la visite en indiquant qu’il était hospitalisé, sans préciser où.
Le 26 juin, elle a enfin pu le voir à travers une vitre. Elle a décrit un visage tuméfié, un œil droit très enflé, une lèvre supérieure blessée, du sang dans les cheveux et autour du cou, ainsi qu’une blessure à un avant-bras. Aksu tremblait, se levait et s’asseyait sans cesse, semblait désorienté et n’a pas immédiatement reconnu sa sœur. Lorsqu’elle lui a demandé qui l’avait battu, il a, selon elle, désigné du doigt les gardiens présents derrière lui. Un gardien lui aurait déclaré que son frère était arrivé à la prison dans cet état. Ces affirmations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.
Melek Aksu estime que d’autres blessures sont apparues après cette visite : le nez, qui ne semblait pas cassé le 26 juin, l’était lorsque la famille a récupéré le corps. Une blessure près du sourcil gauche n’avait pas non plus été remarquée auparavant.
Informations contradictoires et décès
Les informations fournies à la famille sur le lieu de détention d’Aksu ont été contradictoires. Le 30 juin, lors d’une visite prévue, les responsables de la prison ont d’abord indiqué qu’il était dans sa cellule, puis qu’il était à l’hôpital.
Aksu a passé environ deux jours à l’hôpital Bakırköy Dr. Sadi Konuk avant que sa famille ne soit informée de son décès vers 11 heures le 5 juillet. Les proches ont récupéré le corps auprès du Conseil médico-légal d’État à Istanbul et ont constaté des contusions et blessures supplémentaires, qu’ils ont photographiées avant l’inhumation dans la province de Muş.
Demandes des avocats
Les avocats de la famille ont déposé une plainte pénale. Ils demandent une expertise médico-légale indépendante, la conservation de tous les dossiers (police, prison, hôpital, transports) et l’interrogatoire des fonctionnaires concernés (policiers, gardiens, administrateurs, personnel médical) ainsi que d’éventuels témoins détenus. Ils réclament également la préservation des enregistrements des caméras de surveillance des cellules de garde à vue, de la prison, des établissements médicaux et des véhicules de transport.
Les autorités auraient affirmé qu’Aksu avait tenté de s’échapper lors d’un transfert vers l’hôpital et avait résisté à un agent. Les avocats soulignent que le lieu de l’incident présumé, l’existence d’enregistrements et les documents à l’appui de cette allégation n’ont pas été précisés.
La famille et les organisations de défense des droits humains insistent sur le devoir de l’État de protéger la vie et l’intégrité physique des personnes placées sous sa garde, et appellent à une enquête transparente et effective.