

SYRIE / ROJAVA – Hier, les journalistes kurdes Nazim Daştan et Cihan Bilgin ont été tués par une frappe de drone turc alors qu’ils couvraient les attaques turco-jihadistes ciblant le Rojava. Daştan et Bilgin ont rejoint la longue caravane de journalistes kurdes tués par la Turquie pour empêcher qu’on dévoile au monde les crimes des occupants commis au Kurdistan divisés entre 4 États colonialistes.
Le site d’information ANHA (Hawar news) a rendu hommage à Nazim Daştan dans l’article suivant:
Notre camarade Nazim portait en lui la devise « La vérité ne restera pas prisonnière de l’obscurité ». Dans une patrie divisée, où son peuple souffre de massacres, de marginalisation et de dispersion à travers le monde, il est devenu un guide pour la diffusion de ces vérités et en même temps une voix de lutte pour la liberté. Pendant dix ans, il a travaillé sans hésiter dans trois parties de la patrie.
Hier, jeudi 19 décembre, le correspondant d’ANHA Cîhan Bîlgîn et le journaliste Nazim Dashtan ont été tués alors qu’ils couvraient les attaques turques contre le barrage de Tishrin. A 15h20, sur la route reliant la ville de Serrin au barrage de Tichrine, ils ont été pris pour cible par un drone appartenant à l’Etat occupant turc.
Nos camarades ont consacré leur vie à transmettre la vérité et la vie libre. Ils sont devenus des exemples de pionniers des médias libres, travaillant dans les conditions les plus difficiles, sans jamais reculer.
Nazim
Notre camarade Nazim est né en 1992 dans le district de Gihadîn de la ville d’Agiri au Kurdistan du Nord. Il a grandi dans une famille patriote et, comme des milliers de jeunes kurdes, a été confronté très tôt aux dures réalités du Kurdistan et à la brutalité et à l’oppression des occupants.
Face à ces vérités, il a choisi la voie de la lutte et s’est tourné vers le journalisme car c’est l’une des voies les plus impactantes. Il est entré au Rojava lors des attaques des mercenaires de l’Etat islamique en 2014. Il a commencé à Afrin, puis à Kobani, où il a couvert la résistance historique et l’a partagée avec le monde.
En 2015, lorsque la résistance de l’administration autonome a commencé au Kurdistan du Nord, il s’est installé là-bas. Il a continué sa lutte médiatique dans la ville de Silopi à Şırnak, où il a exposé au monde la vérité sur l’État turc à travers ses écrits et sa caméra. Pour cette raison, l’État turc a émis un mandat d’arrêt contre lui. Malgré toutes les pressions, il n’a jamais abandonné son travail de journaliste et en 2016, il est retourné au Rojava depuis le Kurdistan du Nord.
Au cours de ses longues années de lutte journalistique, à Afrin, Kobané, Raqqa, Girê Spî, Shingal et au Sud-Kurdistan, il a mené son travail médiatique avec un grand dévouement. Le 8 décembre de cette année, lorsque l’État occupant turc et ses mercenaires ont attaqué le pont de Qereqozaqê et le barrage de Tishrin, il s’est rendu sur place.
Pendant 11 jours, il a révélé les atrocités commises par l’État turc et ses mercenaires à travers des reportages, des dossiers, des images et des séquences qu’il a préparés. C’est pour cette raison qu’il a été pris pour cible. Après avoir filmé avec notre camarade Cîhan Bîlgîn les effets des attaques turques sur le barrage de Tishrin, leur véhicule a été pris pour cible sur le chemin du retour.
Nazim Dashtan, à travers les reportages qu’il a préparés et les images et séquences qu’il a capturées, a révélé de nombreuses vérités au monde et est devenu une source d’inspiration pour des dizaines de journalistes. Avec sa personnalité humble et dévouée et sa confiance en soi, il est devenu une source de moral et de lutte pour ses collègues journalistes. Comme tous ceux qui marchent sur le chemin de la vérité et de la créativité, il a écrit une page d’or dans l’histoire des médias libres.
TURQUIE / KURDISTAN – A Van, la police a attaqué un rassemblement de journalistes dénonçant le meurtre des journalistes kurdes Nazim Daştan et Cihan Bilgin par un drone de la Turquie hier au Rojava. Les journalistes détenus sont Ruken Polat, Özlem Yacan, Mazlum Engindeniz, Sema Yüce Polat, Bazid Evran, Fırat Tunç, Memihan Zeydan et Zelal Tunç.
Soutenues par la Plateforme Travail et Démocratie, l’Association des Journalistes Dicle Fırat (DFG) et l’Association des Femmes Journalistes de Mésopotamie (MKG) ont organisé un rassemblement dans la province de Van pour protester contre l’attaque meurtrière turque qui a coûté la vie aux journalistes kurdes Nazim Daştan et Cihan Bilgin dans le nord de la Syrie hier.
La police a bloqué la rue de l’Art avant la déclaration à la presse qui devait y être faite et a attaqué le groupe, qui comprenait des journalistes et des politiciens.
Les reporters de l’agence Mezopotamya (MA) Ruken Polat, Özlem Yacan, Mazlum Engindeniz et Sema Yüce Polat, les reporters d’Ajansa Welat Bazid Evran et Fırat Tunç, les reporters de JINNEWS Memihan Zeydan, Zelal Tunç et Oktay Candemir ont été arrêtés lors de l’attaque policière.
De nombreux hommes politiques ont également été placés en détention dans le cadre de la répression. (ANF)
PARIS. Des activistes kurdes ayant mené une action de désobéissance civique à l’aéroport de l’Aéroport Paris-Charles de Gaulle (Roissy CDG) pour attirer l’attention sur les attaques de la Turquie ciblant le Rojava ont été placés en garde à vue.
Ce matin, de jeunes kurdes ont mené une action de désobéissance civique à l’aéroport de Paris CDG contre les attaques de l’État turc et de ses gangs affiliés SNA contre le nord et l’est de la Syrie.
Les jeunes brandissaient des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « Defend Rojava (Défendons le Rojava) », une photo du leader Abdullah Öcalan, ainsi que des drapeaux des YPG et des YPJ, et scandaient des slogans contre l’État turc et en faveur de la résistance du Rojava. Les jeunes militants ont été provoqués par des fascistes qui débarquaient d’un avion de ligne turc.
La police, arrivée sur les lieux de l’action, a placé les manifestants en garde à vue.
PARIS – Alors que les attaques militaires turco-jihadistes ensanglantent les régions kurdes de Syrie sous contrôle des forces arabo-kurdes depuis début décembre, 150 personnalités appellent à protéger « la révolution syrienne et les Kurdes pour une Syrie libre et démocratique ».
Voici la tribune (initiée par la fondation Danielle Mitterrand) publiée ce matin :
A l’initiative de la Fondation Danielle Mitterrand, plus de 150 responsables d’organisation, syndicalistes, député.es, maires, chercheur.euses, réalisateur.ices, humanitaires, artistes, avocat.es, etc ont signé cette tribune de soutien à la révolution syrienne, au Kurdes et aux minorités pour construire une Syrie libre, pluraliste et démocratique.
Le régime dictatorial de Bachar al-Assad s’est effondré le 8 décembre 2024 après une offensive foudroyante menée par une coalition de rebelles islamistes dominée par le groupe Hayat Tahrir al Sham (HTS). C’est la fin d’un régime parmi les plus sanguinaires au monde.
En plus de 54 ans, la domination du clan Assad sur le peuple syrien a entraîné près d’un million de morts, plus de 13 millions de déplacé·es et réfugié·es, des centaines de milliers de disparu·es et torturé·es, l’utilisation d’armes chimiques contre son peuple, un narcotrafic massif, entre autres horreurs. Clé de voûte de ce système tortionnaire et mafieux qui revendiquait de « brûler » son propre pays, la prison de Sednaya : un « abattoir humain » où le régime a fait disparaître plusieurs dizaines de milliers d’opposant·es, certain·es dans des bains d’acide.
L’offensive militaire des factions rebelles du Nord et du Sud n’aurait pas pu s’imposer si elle n’était pas portée à la fois par l’état de décrépitude du régime et par une aspiration populaire immense pour en finir avec le « boucher de Damas ». D’Alep jusqu’à Soueïda et Deraa, la chute du régime est avant tout un prolongement de la révolution populaire syrienne déclenchée en 2011 dans la vague des « Printemps Arabes ». Elle revendiquait une Syrie libre, démocratique et pluraliste, avant d’être étouffée par une guerre déchirant le pays et instrumentalisée par de nombreuses puissances. Ce sont les enfants des révolutionnaires qui sont venus « compléter l’histoire » en libérant les villes où ils ont grandi.
Affirmant leur dignité, ils sont sortis des limbes du « royaume du silence » où la communauté internationale les avait relégués. Car en Occident la révolution syrienne a souvent été ignorée, incomprise voire calomniée au nom d’un soi-disant « anti-impérialisme » du régime de Bachar al-Assad qui permettrait de relativiser ses crimes contre l’humanité, de fausses idées selon lesquelles le peuple révolutionnaire syrien n’était composé que de djihadistes ou instrumentalisé par la CIA, et de la persistance d’une vision orientaliste méprisante déniant aux habitant·es de la région la capacité d’être acteurs·ices de leur histoire.
Nous rendons hommage à la révolution syrienne. Pendant plus de 13 ans elle a persisté envers et contre tout : à travers des réseaux d’exilé·es poursuivant la lutte dans le monde entier, des activistes des droits humains infatigables compilant les preuves des crimes du régime, des militant·es transmettant la mémoire des Conseils civils locaux et des expériences d’auto-organisation de la période 2011-2013, des manifestations contre le régime qui continuaient chaque année à Idlib et récemment à Souïeda… Par-delà des souffrances inimaginables, les révolutionnaires syrien·nes n’ont jamais abdiqué leur dignité.
Ce qui semblait impossible est devenu possible et réel. Dans les berceaux de la révolution de Homs et Deraa, de Damas à Alep, de Raqqa à Hassakê, mais aussi dans la plaine de la Bekaa au Liban, dans les villes de Turquie et jusqu’à Berlin et Paris, le drapeau à trois étoiles flotte sur les places, les bâtiments publics et les ambassades. Dans les manifestations à nouveau autorisées, le peuple chante « Uni, uni, uni, le peuple syrien est uni ! » dans un torrent d’émotions.
Malgré cela, la Syrie est encore loin d’être libérée, ses habitant.es loin de pouvoir s’autodéterminer sereinement. La nouvelle étape est lourde de menaces et la prudence est maximale. Malgré le retrait militaire en cours de la Russie et de l’Iran, dont les massacres ont permis de sauver le régime, la guerre continue et les puissances étrangères cherchent toujours à pousser leurs pions.
L’armée israélienne bombarde intensément le pays et poursuit son invasion du plateau du Golan. Dans ses poches du désert et dans la prison de Hol surveillée par les Forces Démocratiques Syriennes sous encadrement kurde, des milliers de djihadistes de l’État Islamique attendent de profiter du chaos. Malgré les discours pour l’heure modérés du HTS, dont une partie des cadres est passé par Al Qaeda, la protection des nombreuses minorités (Chiites, Druzes, Chrétien·nes, Yézidis, Kurdes, Syriaques, etc) est menacée. Une prudence maximale est requise. Il n’est pas exclu que le HTS cherche à affirmer un autoritarisme islamiste sur tout le pays d’ici quelques mois, une fois son pouvoir consolidé, sorti de la liste terroriste et de l’isolement diplomatique.
En particulier, le sort des Kurdes et de l’Administration Autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) est sous urgence vitale. La Turquie nationaliste, aux ambitions néo-ottomanes, veut devenir le parrain du nouveau pouvoir syrien. Sous son contrôle, des milices de la soi-disante « Armée Nationale Syrienne » attaquent les FDS et ciblent en particulier les territoires kurdes. Après l’occupation de Afrin en 2018, les attaques de 2019 entre Tell Abyad et Ras Al Aïn, ayant déplacé des centaines de milliers de personnes, et les bombardements d’infrastructures et d’habitant.es dans les dernières années, c’est toute la région qui est menacée de disparaître.
Depuis deux semaines, à Tell Riffaat puis à Manbij, des dizaines de milliers de personnes ont déjà été déplacées. C’est maintenant la ville de Kobanê, prise en étau, qui peut être attaquée d’une heure à l’autre. Après avoir résisté de manière acharnée contre l’État Islamique en 2015, reprenant l’offensive jusqu’à défaire le califat, les habitant·es font face à des milices composées d’ancien·nes djihadistes qui pratiquent nettoyage ethnique, pillages, viols et autres exactions documentées par l’ONU. De nombreux habitant·es fuient déjà. L’alliance contre Daech, qui a commencé à Kobanê il y a 10 ans, pourrait maintenant y mourir.
Les Kurdes ne peuvent pas être une variable d’ajustement, traités par la communauté internationale comme des partenaires anti-terroristes utiles quand c’est arrangeant et sacrifiables quand la situation change. La Turquie et ses supplétifs de l’ANS doivent cesser les agressions et se retirer complètement du pays. Les populations kurdes, qui sont 2,5 millions et représentent près de 12% des habitant·es de Syrie, doivent être protégées, comme toutes la mosaïque de peuples et de confessions qui habitent dans la région. L’Administration Autonome du NES, qui a démarré par l’expérience d’autonomie du Rojava dans les zones kurdes à partir de juillet 2012 avant de s’étendre aux zones arabes de Raqqa et Deir ez Zor après la guerre contre Daech, doit être soutenue. Elle ne doit plus être méprisée comme un « gadget du PKK » comme le fait la Turquie. Elle doit être considérée comme porteuse d’un projet politique légitime avec qui le nouveau pouvoir de Damas doit négocier pacifiquement pour construire la Syrie future avec toutes ses composantes, en faisant cesser le feu durablement dans tout le pays.
En dépit de ses difficultés et contradictions inévitables dans un contexte aussi dur, les principes constituants de l’AANES – pluralisme linguistique et ethnique, autogouvernement et démocratie locale, droits des femmes, économie sociale – font écho à certains idéaux et pratiques de la révolution syrienne, marquée par le développement de Conseils civils locaux dans tout le pays à ses débuts. A partir des peuples qui les font vivre, le projet de l’AANES et les aspirations de la révolution syrienne peuvent servir de point d’appui pour la transition vers une Syrie démocratique, pluraliste, basée sur la justice et le droit, garantissant les droits de toutes les communautés.
Nous appelons la France et la communauté internationale à :
SYRIE / ROJAVA – Hier, les journalistes kurdes Nazim Daştan et Cihan Bilgin ont été tués par une frappe de drone turc alors qu’ils couvraient les attaques turco-jihadistes ciblant le Rojava. L’attaque s’est produite vers 15h20 heure locale (GMT+3), sur la route reliant le barrage de Tishrin à la ville de Sirin, dans la campagne est d’Alep. Daştan et Bilgin ont rejoint la longue caravane de journalistes kurdes tués par la Turquie pour empêcher qu’on dévoile au monde les crimes des occupants commis au Kurdistan divisés entre 4 États colonialistes.
Jihan Bilgin est la troisième femme journaliste tuée par une frappe de drone turc en 2024, après Gulistan Tara et Hêro Bahadîn tuée au Kurdistan d’Irak en août dernier.

Le site d’information ANHA (Hawar news) a rendu hommage à Cihan Bilgin dans l’article suivant:
On dit souvent que « chacun a une part de son nom », et notre collègue Cîhan (« monde » en kurde) a en effet gravé son nom dans l’histoire du peuple kurde, notamment dans la région du Nord et de l’Est de la Syrie, qu’elle a côtoyée de près. Il n’y a pas une ville qu’elle n’ait visitée, pas un dirigeant qu’elle n’ait interviewé, pas un commandant militaire avec lequel elle n’ait discuté. Elle est devenue une icône de la lutte pour la cause de son peuple.
îhan Muhammad Nesîn Bîlgîn a grandi dans une famille de la ville de Mêdyad dans la région de Mêrdîn au Kurdistan du Nord, à une époque où le mouvement de libération kurde atteignait son apogée dans tout le Kurdistan en 1996.
Cîhan a fait ses études primaires, secondaires et secondaires à Midyat, où elle était connue pour sa passion et son énergie. Elle a ensuite déménagé à Amed en 2013 pour étudier le droit. C’est là qu’elle a fait ses premiers pas dans la lutte du peuple kurde. En 2014, parallèlement à ses études de droit, elle s’est lancée dans le journalisme, en commençant par distribuer les journaux de la presse kurde, Özgür Gündem et Azadiya Welat.
Pour Cîhan, les trois années qu’elle a passées à distribuer des journaux ont été une forme de lutte pour la liberté et la démocratie. Ces journaux étaient très différents des médias turcs, qui ne servaient que les autorités, niaient l’existence des autres communautés et menaient une guerre médiatique intense contre le peuple kurde et ses combattants. Malgré le harcèlement sévère des autorités, notamment la fermeture d’Azadiya Welat à l’été 2016, Cîhan n’a pas baissé les bras.
En raison de la pression à laquelle elle a été confrontée et de son inspiration tirée de la révolution du 19 juillet 2012 dans le nord et l’est de la Syrie, Cîhan a déménagé au Rojava à la mi-2017 et a rejoint l’agence de presse Hawar.
Cîhan s’est distinguée par sa passion constante pour la croissance et son éthique de travail infatigable dans toutes les conditions. Elle a d’abord travaillé comme journaliste dans la région de Qamishlo, connue comme le centre politique des Kurdes du nord et de l’est de la Syrie. Elle a rapidement développé ses compétences, comprenant que le journalisme exigeait la construction d’un vaste réseau de contacts. Elle a travaillé sans relâche pour établir des liens entre les diverses communautés de la région, les Kurdes, les Arabes, les Syriaques, ainsi qu’avec des personnalités éminentes, des personnalités nationales, des partis politiques et des entités organisationnelles, tout en élargissant son réseau à travers le Kurdistan.
Son travail consistait principalement à mettre en lumière le système de torture et d’extermination imposé au leader kurde Abdullah Öcalan et les politiques pratiquées contre lui et le peuple kurde. Elle a également suivi de près les développements militaires et politiques.
Cîhan a participé à la campagne de libération de la ville de Raqqa de l’EI, bastion et capitale autoproclamée du groupe. Elle a déclaré un jour : « Ma participation à la campagne vise à mettre en lumière la lutte des Forces démocratiques syriennes et des Unités de protection des femmes pour libérer les femmes yézidies, vendues sur les marchés aux esclaves, et pour libérer le peuple de l’oppression de l’EI. »
Lors de sa couverture de la campagne de libération de Raqqa, Cîhan a attiré l’attention du monde entier sur la lutte extraordinaire des Forces démocratiques syriennes (FDS) et des Unités de protection des femmes (YPJ). Elle a mis en avant leurs valeurs humaines, en particulier lors de la libération des femmes de la tyrannie de l’EI. Elle estimait que la libération de chaque femme était un pas vers la construction d’une société démocratique fondée sur la liberté des femmes.
Cîhan était l’une des femmes journalistes les plus engagées dans la philosophie de la libération des femmes et de la nation démocratique. Elle considérait toute attaque contre une femme dans le monde comme une attaque contre toutes les femmes et a produit de nombreux reportages sur les crimes commis contre les femmes dans la région, au Kurdistan et dans le monde.
Ses progrès notables au sein de l’agence ANHA l’ont amenée à rejoindre le département des rapports spéciaux, qui exige des recherches et des enquêtes minutieuses. En peu de temps, elle a excellé dans ce département, produisant des dizaines de rapports et de dossiers sur les politiques coloniales de la Turquie contre les Kurdes, le traitement du leader Abdullah Öcalan et les subtilités de ces politiques. Elle s’est également concentrée sur les luttes des femmes et les politiques d’occupation de la Turquie contre les Kurdes.
Grâce à son travail, Cîhan a pu rencontrer la plupart des politiciens kurdes du Kurdistan et nouer des liens avec les mouvements féministes et démocratiques du monde entier. Elle a mené de nombreuses interviews, veillant à ce que la question kurde et le Kurdistan soient inscrits à l’ordre du jour de leurs programmes.
Connue pour son dévouement à suivre tous les développements et événements, Cîhan a documenté l’invasion de Girê Spî et Serê Kaniyê par la Turquie le 9 octobre 2019. Elle a exposé les massacres brutaux commis par la Turquie contre la population locale et a continué à produire des rapports mettant en évidence ces crimes.
Elle a également pris sur elle de couvrir les opérations menées par les forces de sécurité intérieure, les Forces démocratiques syriennes et les Unités de protection des femmes contre les cellules de l’EI dans la région, notamment dans le camp d’Al-Hol. Son objectif était de faire la lumière sur la brutalité de ces cellules qui cherchaient à déstabiliser le nord et l’est de la Syrie.
Cîhan aimait partager les histoires des habitants de la région. Elle avait un côté profondément émotif, notamment lorsqu’elle était témoin des tragédies vécues par le peuple kurde. Le 6 décembre, elle s’est rendue à Tabqa pour documenter les souffrances des personnes déplacées de force d’Afrin et de Shahba suite aux attaques turques du 29 novembre.
Suite à l’intensification des attaques turques contre Manbij, le pont de Qereqozaqê et le barrage de Tishrin au sud de Kobané, elle a cherché à mettre en lumière la résistance des combattants du Conseil militaire de Manbij et les luttes des femmes dans les rangs des Unités de protection des femmes. Sa dernière interview a été avec un commandant de première ligne, Roj Engîzek, dans la campagne de Kobané.
Cîhan est restée attachée à son travail jusqu’au bout. Le 19 décembre, à 15h20, alors qu’ils revenaient du barrage de Tishrin aux côtés de son collègue Nazim Dashatan, ils ont été visés par une frappe de drone turc sur la route Tishrin-Serrin, où tous deux ont atteint le martyre. Ils ont suivi les traces de pionniers des médias libres comme Mazlûm Dogan, Xelîl Dag, Gubetellî Ersûz, Mistefa Mihemed, Rizgar Deniz, Dilîşan Îbiş, Hogir Mohammed, Saad Ahmed et Issam Abdullah.
Tout au long de sa carrière au sein de l’agence ANHA, Cîhan Bîlgîn a incarné la résilience et la fierté. Elle considérait Gurbet Eli Ersöz, la fondatrice du média féminin kurde, comme son modèle et le feu journaliste Seyîd Evran comme sa source d’inspiration.
Cîhan, avec son beau sourire, a laissé derrière elle un immense héritage pour le journalisme kurde. Elle a tenu bon avec un dévouement et un engagement sans égal.
Comme le dit le dicton, « chacun a sa part de nom », et le nom de Cîhan reste gravé dans l’histoire de la région. Elle a visité chaque ville et y a laissé son empreinte, interviewé d’innombrables dirigeants et dialogué avec chaque commandant militaire qu’elle a rencontré.
Quelques mots de Cîhan Bîlgîn :
Ce qui m’a permis de persévérer dans mon travail, c’est de savoir que nous ne sommes pas seuls. Tout un peuple nous soutient, avec ses espoirs et ses rêves. Ces personnes sont confrontées à l’injustice et à l’oppression, et notre devoir premier est de mettre en lumière leurs luttes. C’est une mission honorable et fière de mettre en lumière leur juste cause.
Au cours de mon travail dans le nord et l’est de la Syrie, j’ai rencontré des gens incroyables. La terre du Rojava est très précieuse pour moi. On y trouve des gens que je connaissais de près, des gens dont on ne pouvait presque pas croiser le regard, et nous les avons enterrés dans cette terre. Des camarades comme Dilşan, Rizgar, Saad et bien d’autres.
C’est un grand honneur de travailler aux côtés de ces grands hommes. Mais surtout, nous avons fait la promesse à nos camarades de ne jamais abandonner leur chemin. Nous avons fait un vœu à Seyîd et au camarade Kuli.
Chers collègues, nous devons reconnaître les réalités sur le terrain, comprendre les politiques imposées au Kurdistan, documenter ce qui se passe et le partager avec le public mondial.
Nous devons dénoncer les crimes commis contre notre peuple et révéler au monde l’hypocrisie des colonisateurs qui occupent notre terre.
SYRIE / ROJAVA – Les journalistes kurdes, Nazim Daştan et Cihan Bilgin, ont été tués hier par une frappe de drone turc près du barrage Tichrine. Ces dernières années, plusieurs journalistes kurdes ont été tués délibérément par des attaques turques au Rojava et au Kurdistan irakien.
Deux journalistes kurdes, Nazim Dastan (32 ans), et Cihan Bilgin (29 ans), ont été tués hier par une frappe de drone turc alors qu’ils couvraient les attaques turco-jihadistes ciblant le Rojava. L’attaque s’est produite vers 15h20 heure locale (GMT+3), sur la route reliant le barrage de Tishrin à la ville de Sirin, à environ 100 kilomètres à l’est d’Alep, la deuxième ville de Syrie, lorsque leur voiture a été ciblée, a déclaré l’association des journalistes kurde Dicle Firat (DFG).
Les journalistes ont été pris pour cible par un drone armé turc, selon l’agence kurde Mezopotamya (MA). Le conducteur de leur véhicule, Ezîz Hec Bozan, a été blessé dans l’attaque.
L’Association des journalistes Dicle Fırat (DFG) a condamné ces meurtres, décrivant Daştan et Bilgin comme des reporters courageux qui se sont engagés à découvrir la vérité. Dans une déclaration partagée sur les réseaux sociaux, la DFG a déclaré : « Nazim et Cihan étaient deux journalistes inestimables qui ont fait connaître au public les réalités de la guerre dans le nord et l’est de la Syrie. Inspirés par leur engagement, nous continuerons à dire la vérité sans relâche. »
Depuis début décembre, la région est le théâtre d’affrontements de plus en plus violents entre l’Armée nationale syrienne (ANS) soutenue par la Turquie et les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes. La Turquie a soutenu l’ANS par des frappes de drones et d’artillerie alors que le conflit s’intensifie.
SYRIE / ROJAVA – La Turquie a déployé des chars, canons et des militaires sur la ligne frontalière en face de Kobanê, dans le nord de la Syrie, alors qu’on redoute une attaque invasion turque contre cette petite ville kurde devenue célèbre grâce à sa résistance héroïque face au groupe État islamique qui y avait connu sa première défaite.
Hier soir, l’armée d’occupation turque a déployé des armes lourdes dans les villages de Birsos, Topalak et Cenkok, situés dans le district de Suruç de la province d’Urfa, au nord du Kurdistan, juste en face de Kobanê.
Ces positions ont été établies lors des attaques de l’EI en 2014 et abritaient un grand nombre de mercenaires syriens et de soldats turcs.
Après la défaite de l’EI, ces positions sont restées vides jusqu’à présent. La nuit dernière, l’occupation turque a réapprovisionné ces emplacements en déployant des armes lourdes, des chars et des soldats.
La justice turque montre une fois de plus qu’elle est instrumentalisée par le pouvoir islamo-colonialiste turc qui est plus que clément avec les terroristes islamistes, tout en continuant à emprisonner en masse les Kurdes qui militent pacifiquement pour leurs droits les plus élémentaires.
*La Cour de cassation turque a annulé les peines de prison à vie prononcées contre sept accusés dans l’affaire concernant l’attentat suicide de l’aéroport Atatürk d’Istanbul en 2016, qui a fait 45 morts et 236 blessés.
La décision rendue par la 3ème chambre pénale de la plus haute cour d’appel a conduit à la libération de six des accusés condamnés par le tribunal de première instance, invoquant le temps passé en prison.
La décision a annulé les 46 peines de prison à vie aggravées prononcées contre six accusés, ainsi que la peine de 12 ans de prison d’un autre, pour des liens présumés avec l’attaque menée par des membres de l’EI.
Les accusés, condamnés en 2018 par la 13e Cour pénale d’Istanbul pour « violation de la constitution » et « meurtre prémédité », avaient fait appel de leur condamnation.
Bien que le tribunal n’ait pas encore dévoilé ses motifs détaillés, des rapports divulgués suggèrent que la décision était basée sur un manque de preuves reliant directement les accusés aux assaillants qui ont perpétré les attentats suicides.
La Cour de cassation a décidé que les accusés devaient plutôt être reconnus coupables d’« appartenance à une organisation terroriste » et libérés en raison du temps déjà purgé dépassant la peine probable pour de telles accusations.
Parmi les personnes libérées figurent Rıza C., Levent U., Halil D., Ahmet D. et Eyüp D., tous précédemment condamnés à 46 peines de prison à vie aggravées, et Seyhun Ali A., qui purgeait une peine de 12 ans pour appartenance présumée à l’EI.
Le tribunal a toutefois confirmé la détention d’un accusé, un ressortissant algérien, tout en ordonnant un nouveau procès dans son affaire.
Le 28 juin 2016, trois terroristes de l’EI ont pris d’assaut l’aéroport Atatürk d’Istanbul avec des armes à feu à canon long et des gilets explosifs. Après avoir ouvert le feu sur des passants et des agents de sécurité, les assaillants ont fait exploser leurs bombes lorsqu’ils ont été confrontés à la police.
L’attaque a fait 45 morts et 236 blessés. Les autorités ont par la suite affirmé que l’assaut avait été orchestré par le commandant de l’EI, Akhmed Chatayev, tué lors d’une opération de sécurité géorgienne en 2017.
Cette décision a suscité des critiques, notamment de la part du principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP). S’exprimant lors d’une session parlementaire, le vice-président du CHP, Murat Emir, a qualifié ces ordres de libération de « scandale juridique ».
« Nous avons appris aujourd’hui que la 3e chambre pénale de la Cour de cassation a libéré des personnes condamnées pour le massacre de l’aéroport Atatürk, où 45 de nos citoyens ont été sauvagement assassinés. Si cela est vrai, ce n’est rien de moins qu’un scandale judiciaire », a déclaré Emir, appelant à des éclaircissements de la part de la justice.
Il s’est également demandé si la décision pourrait être liée aux discussions en cours entre la Turquie et les groupes d’opposition armés en Syrie, une affirmation qui reste spéculative.
« C’est inacceptable », a déclaré l’émir. « Cette décision équivaut à une indulgence envers des groupes comme l’EI, Al-Qaïda et Al-Nosra, et elle exige une explication immédiate. »
En réponse à la réaction du public, la Direction des communications présidentielles turques a publié une déclaration affirmant que les accusés libérés n’étaient pas directement impliqués dans l’attaque.
« Les informations selon lesquelles les auteurs du massacre de l’aéroport Atatürk ont été libérés sont trompeuses », a indiqué le communiqué. « Les six accusés étaient détenus depuis huit ans et n’étaient pas les auteurs des attentats. Ils ont été jugés pour des chefs d’accusation tels que l’appartenance à un groupe terroriste et son financement. »
La Direction a affirmé que la décision de libération était fondée sur le fait que la durée de la détention provisoire dépassait les peines probables pour les accusations auxquelles ils étaient confrontés.
Le journaliste d’investigation Alican Uludağ, qui a suivi de près l’affaire, a rejeté la déclaration du gouvernement, la qualifiant de désinformation.
« Mon rapport est tout à fait exact », a déclaré Uludağ, accusant la direction d’avoir induit en erreur le public. Il a souligné que cinq des accusés libérés avaient été initialement condamnés à des peines de prison à perpétuité aggravées pour leur implication directe dans l’attaque.
Uludağ a cité comme preuve les rapports officiels de l’Agence Anadolu, qui détaillent les condamnations des individus libérés pour avoir contribué au massacre. « Ces cinq individus ont été reconnus coupables de responsabilité conjointe dans la mort de 45 personnes et de violation de la constitution », a-t-il déclaré.