FRANCE. Manifestations de solidarité pour le Rojava
PARIS – La communauté kurde de France mobilisée contre les attaques jihadistes ciblant le Rojava, dans le Nord et Est de la Syrie, sera dans la rue ce week-end dans de nombreuses villes de France. (Attention, la manifestation de Draguignan est annulé !)
Voici une liste non exhaustive des villes accueillant les manifestations en soutien au Rojava :
29 janvier
CANNES: 29 janvier, 19h, Allée de la liberté
30 janvier
REIMS. 30 janvier, 18h, Parvis de la Gare centrale
VANNES. 30 janvier, 19h, Hôtel de ville
BAYONNE. 30 janvier, 15:30, devant la gare
31 janvier
PARIS. 31 janvier, 14h, Place de la République
STRASBOURG. 31 janvier, 15h, Place Dauphine
MONTPELLIER. 31 janvier, 17 Parc de Peyrou
MONTBELIARD. 31 janvier, 10h30, parvis de la gare
LE HAVRE. 31 janvier, 17h, jardins de l’Hôtel de Ville
LILLE. 31 janvier, 15h, place de la République
BREST. 31 janvier, 15h, place de la Liberté
ROCHEFORT. 31 janvier, 14h, devant la poste
Mulhouse. 31 janvier, 15h, place de la Bourse
MARSEILLE. 31 janvier, 13h, Place Canebière
RENNES. 31 janvier, 15h, Dalle du Colombier
Roche sur Yon. 31 janvier, 11h, Place Napoléon
Orléans. 31 janvier. 15h. Place Sainte-Croix
1er février
NEVERS. 1er février, 11h, Place Carnot
LORIENT. 1er février, 14h, place F. Mitterrand
BORDEAUX. 1er février, 18h, place de la Victoire
LYON. 1er février, 14h, place Jean Macé
AVIGNON 1 février 14 h cité administrative
« Non » : le mot qui a uni les Kurdes
SYRIE – À ce jour, rares sont les dirigeants européens qui ont osé dire « non » au président américain Trump, et aucun chef d’État arabe n’a pu s’opposer à un ambassadeur américain, encore moins au président Trump. Pourtant, le général kurde Mazloum Abdi l’a fait. Il l’a dit, conscient du soutien indéfectible des Kurdes.
Il a déclaré : « Non, nous ne sommes pas des mercenaires et nous ne nous allierons pas à Hayat Tahrir al-Sham (anciennement le Front al-Nosra) pour combattre les Forces de mobilisation populaire irakiennes. » En réponse, l’ambassadeur Tom Barack a averti : « Alors ils s’en prendront à vous. »
L’attaque contre les Kurdes du Rojava est le prix de ce « non ». Pourtant, ce seul mot a uni les Kurdes du monde entier. Ainsi, les Kurdes paient un lourd tribut pour leur liberté. Paradoxalement, ce sacrifice partagé a engendré une unité kurde sans précédent.
La crise actuelle, bien que profondément douloureuse, représente une lutte transitoire vers une existence politique renouvelée.
Par Burhan Namik Salim Jaf, diplomate du Kurdistan d’Irak
TURQUIE. 47 condamnations visant les avocats et militants kurdes
TURUQIE / KURDISTAN – Quarante-sept personnes ont été condamnées à des peines de prison dans une affaire visant des avocats et des groupes de défense des droits des prisonniers et des avocats kurdes.
Le 14e tribunal pénal d’Istanbul a rendu son verdict dans une affaire visant des membres du groupe d’avocats pro-kurdes, l’Association des avocats pour la liberté (ÖHD), et l’Association de solidarité avec les familles de prisonniers (TUAD).
Après un procès qui a duré près de dix ans, 37 membres de la TUAD et 10 avocats affiliés à l’ÖHD ont été reconnus coupables aujourd’hui d’« appartenance à une organisation terroriste armée » et de « propagande terroriste ».
Les avocats ont protesté contre la décision devant le tribunal d’Istanbul à Çağlayan, en scandant des slogans kurdes tels que « Bijî berxwedana ÖHD » (Vive la résistance de l’ÖHD), « Bijî berxwedana zindana » (Vive la résistance en prison) et « La défense ne sera pas réduite en silence ».
Les accusations portées contre les membres de la TUAD étaient fondées sur leur plaidoyer contre les violations des droits dans les prisons, leurs déclarations à la presse et leurs efforts pour évaluer l’état de santé des prisonniers qui avaient entamé une grève de la faim en 2012. Pour 12 avocats de l’ÖHD, leurs activités professionnelles, notamment les visites en prison, la surveillance des tribunaux et les appels téléphoniques avec des clients et des collègues, ont été présentées comme preuve de conduite criminelle.
En attendant la décision motivée du tribunal dans les prochains jours, le droit d’appel a été maintenu.
« Légitimation du complot du réseau Gülen »
S’adressant à bianet , Emrah Baran, membre de la branche d’Istanbul de l’ÖHD, a analysé l’affaire et les implications du verdict : « Toutes les preuves dans cette affaire ont été fabriquées par des policiers, des procureurs et des juges affiliés au mouvement Gülen. Ils ont procédé à des écoutes téléphoniques et à une surveillance illégales, ont placé des dispositifs d’écoute dans les bureaux d’associations et ont même enregistré des conversations dans les salles de rencontre entre avocats et clients dans les prisons. Les enquêtes visant les avocats d’ÖHD ont débuté par des écoutes téléphoniques sous couvert de « détection des communications ». Ce processus a pris fin en 2013, suite au déclin de l’influence du réseau Gülen au sein du système judiciaire et de la police après les enquêtes pour corruption du 17 au 25 décembre. La collecte de preuves et les activités de surveillance ont alors été interrompues. Les accusations reposent entièrement sur des rencontres entre avocats et leurs clients en prison, leurs appels téléphoniques, ainsi que sur une coordination et des consultations internes concernant des questions juridiques. De même, le travail de solidarité des membres de la TUAD, mené conformément aux statuts de leur association, a été qualifié d’activité criminelle dans l’acte d’accusation. Le tribunal s’est appuyé sur des actes d’accusation et des preuves fabriqués dans le cadre d’un complot ourdi par des responsables gülenistes et a prononcé de lourdes peines de prison, notamment contre dix avocats de l’ÖHD. Cette décision légitime de fait la conspiration orchestrée par le réseau Gülen par le biais du système judiciaire. »« Criminalisation de l’ÖHD »
« Pourtant, dans les affaires Selam-Tevhid et OdaTV, les policiers, les procureurs et les juges qui ont fabriqué des preuves similaires ont été poursuivis et condamnés. Mais lorsqu’il s’agit d’une affaire impliquant des Kurdes et des avocats kurdes, les mêmes méthodes et preuves fabriquées n’ont pas été considérées comme faisant partie d’un complot. Au contraire, elles ont servi de base aux condamnations. Alors que l’on entend constamment des discours sur la résolution du problème kurde, l’abandon de la violence et le renforcement de la politique démocratique, des avocats sont condamnés à des décennies de prison pour des actions qui relèvent clairement de l’engagement politique démocratique et de la défense légale. Ceci révèle une tentative délibérée de criminaliser le travail de l’ÖHD sur les violations des droits humains et le suivi des affaires politiques. L’ÖHD réaffirme que ces condamnations ne nous arrêteront pas. Nous poursuivrons notre combat pour la justice. »«Que notre peuple reste fort»
Par ailleurs, l’avocat Ramazan Demir figure parmi ceux qui ont reçu l’une des peines les plus sévères dans cette affaire. Dans un message publié sur les réseaux sociaux après le verdict, Demir a annoncé avoir été condamné à une peine totale de 11 ans et 3 mois de prison sans réduction, pour appartenance à une organisation terroriste et diffusion de propagande terroriste. « Que notre peuple reste fort », a-t-il écrit. L’avocat Tamer Doğan a déclaré : « Pour avoir défendu le peuple kurde et soutenu Kobanê, le 14e tribunal correctionnel d’Istanbul nous a tous décorés de diverses médailles à l’issue d’un procès qui a duré dix ans. J’ai écopé de cinq ans et cinq mois de prison. Nous continuerons à défendre le peuple kurde et à lutter contre le génocide et les groupes djihadistes. » (Bianet)ROJAVA. Qamishlo rend hommage aux martyrs de la liberté
SYRIE / ROJAVA – Onze combattant·es kurdes tombé·s au combat lors des attaques des gangs de Damas ont été inhummé·es aujourdhui après une cérémonie officielle avec la participation de milliers de personnes.
À Qamishli, dans le nord de la Syrie, plusieurs membres des Forces démocratiques syriennes (FDS), des Unités de protection des femmes (YPJ) et des Forces de sécurité intérieure (Asayish), tombé·s au combat, ont été inhumé·es mercredi en présence d’une importante foule. Ils avaient été tués ces derniers jours alors qu’ils résistaient à une alliance composée de l’armée syrienne, de milices pro-turques et de vestiges de l’État islamique.
La cérémonie s’est déroulée au cimetière militaire de Şehîd Delîl Saroxan. Des milliers de personnes de la région ont accompagné le cortège funèbre, parti de la Maison du Conseil des Martyrs dans le district d’Enteriyê jusqu’au cimetière. Durant la procession et l’inhumation, la foule a scandé à plusieurs reprises « Şehîd namirin » (Les martyrs sont immortels) et « Vive la résistance du Rojava ! »
La cérémonie a honoré un total de onze martyrs : la commandante des YPJ Sidar Afrin, les combattantes des YPJ Viyan Cûdî, Stêrk Rojhat et Rewşen Zana Efrîn, les combattants des FDS Dilşêr Qamişlo, Karker Qamişlo, Rojhat Qamişlo, Çiyager Armanc, Diyar Qamişlo et Şêrewan Şêrawa ainsi que Mihemed. Kamil Mamo des Asayîş. Seuls six d’entre eux ont été enterrés. Des cérémonies symboliques à la mémoire des soldats tombés au combat ont eu lieu.
La cérémonie a débuté par une minute de silence. Dans leurs discours, les représentants du Conseil des victimes ont rendu hommage à la détermination des disparus et ont souligné l’importance de la résistance continue contre l’occupation et les plans d’extermination. Rohilat Efrîn, commandante des YPJ et membre du commandement général des FDS, a également pris la parole. Elle a déclaré :
« Un plan est mis en œuvre contre notre pays et nos acquis – un plan visant à anéantir notre peuple. Mais nous ne sommes pas faibles. Nous luttons depuis 13 ans. Depuis la fondation des YPJ, nous avons juré de ne jamais abandonner notre peuple et de le soutenir. Quoi qu’il arrive, nous nous sommes engagés à défendre ce pays. »
Dans son discours, Rohilat Efrîn a rendu un hommage particulier à la personnalité de la commandante Sîdar Efrîn : « Dans ses derniers mots, elle a dit : “Nous n’abandonnerons pas ce peuple.” La mort ne survient qu’une fois, et nous l’accueillerons avec dignité. » La commandante a conclu en appelant au renforcement de l’unité et de l’organisation kurdes : « Nous ne quitterons pas cette terre. Cette force organisée a été créée pour le peuple, afin qu’il puisse rester. Il n’y a pas de place ici pour les occupants. »
À la fin de la cérémonie, les camarades, au milieu des chants, portèrent les corps des disparus jusqu’à leurs tombes. Leurs certificats de décès furent ensuite remis à leurs familles. (ANF)
La cérémonie a honoré un total de onze martyrs : la commandante des YPJ Sidar Afrin, les combattantes des YPJ Viyan Cûdî, Stêrk Rojhat et Rewşen Zana Efrîn, les combattants des FDS Dilşêr Qamişlo, Karker Qamişlo, Rojhat Qamişlo, Çiyager Armanc, Diyar Qamişlo et Şêrewan Şêrawa ainsi que Mihemed. Kamil Mamo des Asayîş. Seuls six d’entre eux ont été enterrés. Des cérémonies symboliques à la mémoire des soldats tombés au combat ont eu lieu.
La cérémonie a débuté par une minute de silence. Dans leurs discours, les représentants du Conseil des victimes ont rendu hommage à la détermination des disparus et ont souligné l’importance de la résistance continue contre l’occupation et les plans d’extermination. Rohilat Efrîn, commandante des YPJ et membre du commandement général des FDS, a également pris la parole. Elle a déclaré :
« Un plan est mis en œuvre contre notre pays et nos acquis – un plan visant à anéantir notre peuple. Mais nous ne sommes pas faibles. Nous luttons depuis 13 ans. Depuis la fondation des YPJ, nous avons juré de ne jamais abandonner notre peuple et de le soutenir. Quoi qu’il arrive, nous nous sommes engagés à défendre ce pays. »
Dans son discours, Rohilat Efrîn a rendu un hommage particulier à la personnalité de la commandante Sîdar Efrîn : « Dans ses derniers mots, elle a dit : “Nous n’abandonnerons pas ce peuple.” La mort ne survient qu’une fois, et nous l’accueillerons avec dignité. » La commandante a conclu en appelant au renforcement de l’unité et de l’organisation kurdes : « Nous ne quitterons pas cette terre. Cette force organisée a été créée pour le peuple, afin qu’il puisse rester. Il n’y a pas de place ici pour les occupants. »
À la fin de la cérémonie, les camarades, au milieu des chants, portèrent les corps des disparus jusqu’à leurs tombes. Leurs certificats de décès furent ensuite remis à leurs familles. (ANF) ROJAVA. On manque de farine et de carburant à Kobanê
SYRIE / ROJAVA – Malgré une pénurie dramatique de farine et de carburant, les boulangeries de la ville kurde de Kobanê fonctionnent jour et nuit. Les autorités locales mettent en garde contre une crise humanitaire imminente en raison du siège imposé par les gangs jihadistes de Damas.
Malgré de graves pénuries de farine et de carburant, les boulangeries de la ville de Kobanê continuent de fonctionner 24 heures sur 24. Cependant, les autorités locales mettent en garde contre une crise d’approvisionnement imminente en raison du siège mené par les milices fidèles au gouvernement de transition syrien et à la Turquie.
« Nos boulangeries fonctionnent 24 heures sur 24 pour que personne ne manque de pain », a déclaré Merwa Dirêî, coprésidente du Conseil économique du canton de Firat, à l’agence de presse kurde ANHA. Cependant, les stocks de farine et de carburant sont presque épuisés.
Kobanê est assiégée depuis dix jours. La vague d’attaques contre les régions autonomes du nord-est de la Syrie a contraint de nombreuses personnes à fuir leurs foyers dans les environs et à se réfugier à Kobanê. La ville a connu une forte augmentation de sa population : on estime qu’environ 600 000 personnes y vivent actuellement, dont beaucoup sont des personnes déplacées de Raqqa, Tabqa et d’autres régions.
« Il y a un manque de nourriture, d’eau potable et même d’infrastructures de base comme l’accès à Internet », a poursuivi Dirêî. Sans aide, la situation risque de s’aggraver : « Si nous ne pouvons pas subvenir aux besoins de notre population, nous serons confrontés à une crise humanitaire. »
L’administration cantonale affirme mobiliser toutes les ressources disponibles. Outre le pain, des produits de première nécessité comme les aliments pour bébés sont également distribués, mais les ressources sont limitées. Dirêî a lancé un appel à la communauté internationale : la population de Kobanê a un besoin urgent de farine, de carburant et d’autres produits de base ; faute de quoi, la crise humanitaire s’aggravera. (ANF)
L’administration cantonale affirme mobiliser toutes les ressources disponibles. Outre le pain, des produits de première nécessité comme les aliments pour bébés sont également distribués, mais les ressources sont limitées. Dirêî a lancé un appel à la communauté internationale : la population de Kobanê a un besoin urgent de farine, de carburant et d’autres produits de base ; faute de quoi, la crise humanitaire s’aggravera. (ANF) SYRIE. Un avocat kurde tué à Raqqa
SYRIE / ROJAVA – L’avocat kurde Silêman Îsmaîl a été abattu par des soldats du gouvernement de transition syrien alors qu’il fuyait Raqqa. les organisations de défense des droits humains ont déjà recensé des centaines de meurtres de civils mais le nombre réel devrait dépasser les milliers.
L’avocat kurde Silêman Îsmaîl a été tué par les troupes du soi-disant gouvernement intérimaire syrien alors qu’il tentait de fuir la ville de Raqqa vers Kobanê, selon Îbrahîm Şêxo, co-porte-parole de l’organisation de défense des droits humains Rêxistina Mafên Mirovan li Efrînê-Sûriye (RMME).
Îsmaîl, originaire du village de Kuneytra Şêxan, dans la zone rurale entourant Kobanê, travaillait au tribunal civil de l’ancienne administration autonome de Raqqa. Selon le RMME, il a tenté de quitter la ville le 18 janvier, sans succès. Son corps a depuis été retrouvé sur une route entre Raqqa et Hesekê. L’avocat a été abattu, d’après Şêxo.
Selon Şêxo, de nombreuses familles kurdes qui tentaient de fuir Raqqa et Tabqa ont été prises pour cibles ou tuées ces derniers jours pour des raisons racistes. Le RMME affirme avoir recensé des centaines de cas de ce type.
Le nombre réel de victimes est probablement au moins à quatre chiffres, car l’accès aux villes touchées est fortement restreint depuis le retrait des autorités autonomes. La collecte de données indépendantes est actuellement quasiment impossible. La situation dans les zones contrôlées par Damas se transforme en une menace systématique pour les civils kurdes, a averti Şêxo.
« Kobanê nous regarde »
PARIS – Le sénateur Fabien Gay dénonce la trahison des puissances internationale qi ont jeté en pâture les Kurdes syriens aux attaques turco-djihadistes, et appelle à la solidarité avec le Rojava.
Fabien Gay a écrit sur son blog : « Alors que Kobané a été le symbole d’une résistance populaire massive face à la barbarie de Daech, les Kurdes de Syrie sont à nouveau attaqués et assiégés d’Alep à Kobané. Organisés autour des Forces démocratiques syriennes (FDS) et de leur commandant Mazloum Abdi, ces hommes et ces femmes sont désormais livrés à une insécurité permanente, sans eau, sans électricité, engendrant une nouvelle tragédie humaine.
Ils sont menacés, d’une part, par les offensives répétées de l’armée turque de Recep Erdogan qui poursuit, au-delà de ses frontières, une guerre totale contre toute forme d’existence politique kurde. Ils sont pris, d’autre part, dans les jeux de pouvoir d’un régime syrien post Bachar al-Assad, prêt à reprendre le contrôle sans garantir ni droit ni protection. Ils sont enfin sacrifiés par les grandes puissances — États-Unis, Russie, puissances européennes — qui arbitrent le sort des peuples au gré de leurs intérêts militaires et diplomatiques. »
Suite du billet à lire ici : 11 ans après la victoire de Kobané, quelle solidarité avec les Kurdes ?
SYRIE. Une commandante des YPJ tombée martyre à Tabqa
SYRIE / ROJAVA – La commandante des YPJ kurdes, Sîdar Efrîn est tombée martyre il y a dix jours en défendant Tabqa.
Dans un communiqué poignant, le centre de presse des Unités de protection des femmes (YPJ) a annoncé le décès de la commandante Sîdar Efrîn. Cette combattante de longue date est tombée le 18 janvier en défendant la région de Tabqa contre des attaques de milices islamistes fidèles au Gouvernement fédéral de transition syrien. Les YPJ lui ont rendu hommage, la considérant comme l’une des figures emblématiques de la révolution du Rojava et une figure de proue de la résistance kurde féminine.
« Nos morts incarnent notre combat. Ils ont sacrifié leur vie avec dignité et un dévouement absolu pour protéger leur peuple », indique le communiqué. Le commandant Sîdar Efrîn « a défendu la dignité de la population avec une grande détermination face aux attaques du régime et de ses milices. »
Sîdar Efrîn, originaire d’Afrin, est née en 1980 dans une famille patriotique engagée dès son plus jeune âge dans le mouvement de libération kurde. Dès 1997, elle s’est activement impliquée dans la résistance politique et a joué un rôle déterminant dans la construction de l’auto-organisation sociale au Rojava. Au début de la lutte armée contre le groupe État islamique, elle était en première ligne de la défense, organisant d’abord des structures féminines, puis commandant de nombreuses offensives.
Les Kurdes d’Iran dans le viseur de l’ogre turc
IRAN / ROJHILAT – La Turquie occupe la majorité des trois régions du Kurdistan (Kurdistan du Nord, le Rojava et une partie du Kurdistan du Bashur – Nord de l’Irak). Elle rêve désormais d’occuper la quatrième région kurde qui est colonisée actuellement par l’Iran où un éventuel changement de régime fait saliver les impérialistes turcs.
Face au régime iranien chancelant d’intérieur et menacé d’extérieure, la Turquie élabore des plans d’invasion du Kurdistan iranien, en cas de chute du régime. Les autorités turques présentent cet énième projet colonialiste de « zone tampon pour prévenir un afflux potentiel de réfugiés en cas d’attaque américaine contre l’Iran ».
L’ogre turc à l’appétit insatiable ne s’arrêtera pas jusqu’à qu’il n’y plus un seul Kurde sur cette terre. Mais ces derniers sont coriaces, malgré d’innombrables génocides subis au fil de l’histoire, ils luttent pour vivre librement sur leurs terres, au prix de lourds sacrifices.
Photo : Mark Campbell
Des applaudissements aux accusations : les Kurdes et le changement de cap émotionnel
TURQUIE / KURDISTAN – L’empire n’exige pas la loyauté, mais la conformité et l’obéissance. Dès que cette conformité est perturbée, c’est-à-dire dès que le prix à payer augmente, ceux qui étaient applaudis la veille peuvent aisément être qualifiés de « déstabilisateurs ».
Entre 2014 et 2015, les Kurdes – et notamment les femmes combattantes – se sont retrouvés au cœur du discours moral de l’opinion publique internationale. La lutte contre Daech a été qualifiée de « guerre juste » par l’Occident, et les combattants kurdes sont devenus l’incarnation même de la « laïcité », du « féminisme » et du « sacrifice ». Les sentiments d’admiration, de gratitude et de fierté véhiculés par les médias et les milieux intellectuels étaient, selon les termes de Sara Ahmed, des investissements émotionnels conditionnels. Les Kurdes étaient aimés, mais cet amour ne s’est pas mué en attachement, en responsabilité ni en engagement durable.
Aujourd’hui, le fait que les mêmes acteurs et les mêmes pratiques de lutte soient de nouveau pointés du doigt, notamment dans les médias occidentaux et parmi certains responsables étatiques, relève moins de l’émergence de nouvelles informations que de l’alignement des émotions sur une nouvelle ligne politique. Comme le souligne Ahmed, les émotions ne sont pas neutres ; elles changent de direction avec le pouvoir. Lorsque l’admiration disparaît, il ne reste pas un vide, mais un malaise, une distance et des accusations.
Le magazine allemand Der Spiegel, dans un article publié le 20 janvier, affirmait que la Syrie avait frôlé une nouvelle guerre civile et que les Forces démocratiques syriennes (FDS), dans le nord-est du pays, mettaient tout en œuvre pour maintenir leur contrôle sur la région, soulignant que « le danger n’est pas encore écarté ». Depuis 2015, Der Spiegel a régulièrement publié des articles sur les femmes des YPJ, tantôt dans des reportages complets, tantôt en citant d’autres médias. Par exemple, un article de 2015 décrivait en détail le rôle des combattantes dans la défense de Kobané, et la dimension symbolique et inspirante du mouvement était mise en avant dans les médias occidentaux.
Le site britannique Middle East Eye , dans un rapport publié le 25 janvier, décrit les FDS comme un groupe controversé, affirmant qu’elles « sont perçues comme la branche syrienne du PKK et contrôlent depuis longtemps les régions pétrolières du nord-est de la Syrie, conformément aux intérêts américains et israéliens ». Le rapport indique également que les États-Unis ont cessé leur soutien au groupe car son rôle en Syrie a « largement pris fin ». Un article de 2017 soulignait que l’un des principaux défis auxquels les FDS ont été confrontées après la défaite de Daech était non seulement de faire face aux destructions massives, mais aussi de promouvoir les droits des femmes dans les régions tribales conservatrices du nord de la Syrie et d’interdire la polygamie.
Suite aux attaques qui ont débuté le 6 janvier, déclarer les Kurdes ou les FDS coupables est devenu le moyen le plus efficace de se décharger de la responsabilité liée au lien moral préalablement établi. Dès lors, le concept d’« économie émotionnelle » prend tout son sens : les émotions sont instrumentalisées pour répartir ou annuler les obligations. Le silence, la distance et le discours de conciliation apparaissent non comme des outils de neutralité, mais comme des instruments de cette annulation.