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IRAN. L’accord de coalition entre les partis kurdes d’Iran retardé
L’objectif initial du Centre de dialogue était de jeter les bases d’une coalition stratégique plus concrète entre les principaux acteurs politiques kurdes.
Parmi les participants à la réunion figuraient Mostafa Hijri, secrétaire du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (KDPI) ; Abdollah Mohtadi, secrétaire du Parti révolutionnaire Komala du Kurdistan iranien ; Peyman Viyan, coprésident du Parti de la vie libre du Kurdistan (PJAK) ; Hussein Yazdanpanah, chef du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) ; Reza Ka’bi, secrétaire des Travailleurs Komala du Kurdistan ; Seyed Ebrahim Alizadeh, secrétaire de l’Organisation Komala du Kurdistan du Parti communiste d’Iran (CPI) ; et Baba Sheikh Husseini, secrétaire de l’Organisation Khabat du Kurdistan iranien. Le Centre de dialogue a été créé à la suite du soulèvement « Femmes, Vie, Liberté » [Jin, jiyan, azadî] de 2022, à l’issue d’un processus de consultation politique progressif et complexe. Depuis début 2025, il tient des réunions mensuelles régulières, la présidence étant assurée à tour de rôle par les partis membres. L’objectif initial du Centre de dialogue était de jeter les bases d’une coalition stratégique plus concrète entre les principaux acteurs politiques kurdes. Les efforts actuels portent sur l’élaboration d’une plateforme de coalition commune visant à unifier les positions politiques kurdes et à se préparer à d’éventuels scénarios de gouvernance, de transition politique ou de gestion de crise en cas d’évolution majeure de la situation en Iran. Un projet de plateforme de coalition a été accepté par cinq partis : le KDPI, le PJAK, le PAK, les Travailleurs du Kurdistan de Komala et Khabat. Cependant, le Parti révolutionnaire de Komala et le Parti communiste d’Iran de Komala ont refusé de le signer.Les principaux représentants des sept partis devraient se réunir à nouveau dans les prochains jours pour finaliser la décision.
Selon une source fiable citée par The Amargi, les objections du Parti révolutionnaire de Komala ne portent pas principalement sur le contenu de l’accord. Le parti souhaiterait mettre en place les sous-comités proposés et définir les modalités pratiques de coopération avant d’annoncer officiellement la coalition. D’autres partis, en revanche, jugent cette approche impraticable, estimant que les mécanismes institutionnels devraient précéder, et non suivre, un accord politique formel. Toujours selon cette source, le parti semble avoir ses propres calculs stratégiques quant au calendrier et à la structure de la coalition. La position du Parti communiste d’Iran (CPI) de Komala est plus catégorique. Selon la même source, le parti estime que les conditions politiques ne sont pas encore réunies pour une telle coalition et préfère maintenir le dialogue et la concertation plutôt que de former une alliance formelle. Malgré ces divergences, les deux partis restent membres du Centre de dialogue. Les représentants des sept partis devraient se réunir à nouveau dans les prochains jours afin de finaliser la décision. « L’objectif demeure d’intégrer les sept partis à la coalition en tant que signataires », a indiqué la source. « Toutefois, si aucun consensus n’est trouvé, la question sera de savoir si les cinq partis ayant déjà donné leur accord poursuivront la coalition de leur propre initiative. » Ce scénario devrait être au cœur des discussions lors de la prochaine réunion. La formation d’une coalition unifiée entre les principaux partis politiques kurdes représenterait un changement majeur dans la structure de l’opposition kurde en Iran. Historiquement, ces partis ont œuvré en parallèle, souvent divisés par des divergences idéologiques, organisationnelles et stratégiques. Une coalition formelle pourrait donc constituer la première tentative sérieuse depuis des décennies de construire un front politique kurde coordonné.Une plateforme kurde unifiée pourrait servir de catalyseur à une coordination plus large de l’opposition à travers l’Iran.
Les analystes soulignent qu’une telle coalition pourrait avoir des répercussions bien au-delà de la politique kurde. Compte tenu de la relative cohésion des structures organisationnelles des partis kurdes par rapport aux autres composantes de l’opposition iranienne, une plateforme kurde unifiée pourrait catalyser une coordination plus large de l’opposition à travers l’Iran. Elle pourrait également ouvrir la voie à des alliances transnationales entre les mouvements kurdes de la région, ainsi qu’avec d’autres communautés marginalisées et groupes d’opposition en Iran. Dans le même temps, les désaccords actuels soulignent les difficultés persistantes liées à la formation de coalitions entre acteurs politiques aux idéologies diverses. Le débat sur le calendrier, l’ordre institutionnel et les conditions politiques révèle des divergences stratégiques plus profondes quant à la manière et au moment opportun de transformer le dialogue en une unité politique formelle. La capacité à surmonter ces divergences déterminera probablement l’évolution future de l’opposition kurde dans les années à venir. Article a été coécrit par Rojin Mûkrîyan et Kawe Fatehi A lire en anglais sur le site The Amargi « Iranian Kurdish Parties Delay Landmark Coalition Agreement »Une députée s’inquiète du silence de l’Europe face au siège de Kobanê
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KURDISTAN. « Çilê » : Le 40e jour comme seuil entre le monde des vivants et celui des morts
Dans les quatre parties du Kurdistan (Rojhelat, Bashur et Rojava), le deuil n’est jamais uniquement une affaire intime. Il constitue un processus collectif, structuré par des étapes précises. Parmi elles, le Çilê (du mot kurde « çil », quarante) occupe une place centrale : le quarantième jour après le décès marque une transition décisive, autant spirituelle que sociale.
Une conception kurde du temps du deuil
Dans la tradition kurde, les premiers jours suivant la mort sont consacrés aux condoléances intensives (şin, serxweşî ou xemgînî selon les régions). La maison du défunt devient un lieu ouvert : voisins, membres de familles proches et lointains, amis et connaissances s’y relaient pour soutenir la famille.
Durant ces quarante jours :
Les proches portent des vêtements noirs.
Des célébrations joyeuses (mariages, etc.) sont évitées.
Les visites chez les familles endeuillées sont fréquentes et codifiées.
Les récitations religieuses (yârsânisme, islamiques ou soufies, alévies ou yézidies selon les régions) rythment le recueillement.
Le quarantième jour vient structurer ce temps. Il n’est pas arbitraire : il clôt une phase de deuil intense et marque symboliquement la séparation définitive entre le monde des vivants et celui des morts.
Le symbolisme du nombre quarante
Le chiffre 40 possède une profondeur symbolique dans tout l’Orient musulman, et cette symbolique irrigue également la culture kurde :
Dans l’imaginaire populaire kurde, l’âme du défunt demeure proche des siens pendant quarante jours avant d’achever son passage vers l’au-delà. Le Çîlê marque donc ce moment de détachement final.
Le Çîlê au Kurdistan : un rituel communautaire fort
Dans tout le Kurdistan, le quarantième jour donne lieu à un rassemblement collectif au cimetière. Il ne s’agit pas d’une visite individuelle, mais d’un acte communautaire. Les femmes jouent souvent un rôle central dans l’organisation et la distribution des aliments, ainsi que les chants funèbres qu’elles chantent autours de la tombe du défunt.
Le rituel de sortie du noir
Une particularité marquante dans certaines régions kurdes réside dans le geste symbolique de « faire sortir du deuil ». Après la cérémonie au cimetière ou lors du repas collectif :
Un aîné (oncle paternel, une personne âgée,) offre un vêtement coloré (chemise, foulard ou robe), demande à raser les barbes des hommes de la maisonnée endeuillée.
Côté féminin, des femmes appliquent du henné aux cheveux des femmes âgées de la famille endeuilléeCe geste invite l’endeuillé à abandonner progressivement les habits noirs. Il signifie : la communauté te soutient, tu peux réintégrer la vie sociale.
Ce passage est profondément social. Il ne signifie pas oublier, mais transformer la douleur en mémoire partagée.
Dimension politique du cycle des quarante jours
Au Kurdistan, le Çîlê a également acquis une dimension politique dans l’histoire contemporaine. Lors des conflits, des soulèvements ou des répressions (exercées notamment par des États coloniaux) le quarantième jour d’un « şehîd » (martyr) devient souvent un moment de mobilisation collective.
Le cycle fonctionne ainsi :
1. Un décès lors d’un affrontement ou d’une manifestation.
2. Un rassemblement massif au quarantième jour.
3. Ce rassemblement devient à son tour un espace de revendication.
Ainsi, le rythme rituel du deuil a parfois structuré le rythme de la contestation politique, transformant la mémoire en acte de résistance.
Un rite de réintégration sociale
Le Çîlê ne clôt pas la mémoire ; il clôt la phase d’isolement. Après ce jour :
Les visites diminuent.
Les activités sociales reprennent progressivement.
Les couleurs réapparaissent dans les foyers.
Les hommes rasent leur barbe poussée pendant le deuil.
La société kurde adresse alors un message implicite : la douleur est reconnue, partagée et honorée mais la vie doit continuer.
Conclusion
Au Kurdistan, le Çîlê est bien plus qu’un simple quarantième jour. Il est :
Un seuil spirituel.
Un mécanisme social de régulation du deuil.
Un acte de solidarité clanique.
Parfois un moment politique.
Un rituel de passage vers la réintégration.
Dans une société où l’identité collective reste forte, le deuil est porté par tous. Le quarantième jour n’efface pas la perte ; il transforme la souffrance privée en mémoire communautaire, permettant aux vivants de reprendre place dans le monde sans rompre le lien avec leurs morts.
Abdi : Le succès de l’accord et une paix durable sont des priorités absolues
Des comités pour accélérer l’intégration
Concernant le secteur de la sécurité, Abdi a annoncé que les structures de sécurité locales mises en place depuis 2012 seraient maintenues sous l’égide du ministère syrien de l’Intérieur. Une commission de haut niveau a été créée pour accélérer ce processus. La mise en œuvre concrète devrait s’accélérer significativement dans les prochains jours. Abdi a également fait état d’une réunion élargie avec le ministre des Affaires étrangères du gouvernement de transition syrien et le chef des services de renseignement syriens, en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité. Les deux parties se sont entendues sur la création de comités de pilotage afin de promouvoir l’intégration au niveau provincial de Hassaké dans les meilleurs délais.
« La phase actuelle marque un nouveau départ. »
Abdi a mis en garde avec force contre la montée des discours de haine et les tentatives d’attiser les tensions ethniques et sectaires. La région de Cizîrê, par exemple, a toujours prospéré grâce à la coexistence ; l’incitation à la haine ne doit pas détruire cette unité. « Ni incitation à la haine, ni discours de haine, ni division » doit être la ligne directrice. Concernant la question kurde en Syrie, il a expliqué que l’accord stipule la préservation du caractère distinctif des zones à majorité kurde : une administration par la population locale au sein de la structure étatique globale, tout en garantissant la participation de toutes les composantes. Abdi a conclu : « La phase actuelle marque un nouveau départ, où il est essentiel de tirer les leçons des erreurs du passé. L’enjeu crucial est désormais de garantir la mise en œuvre de l’accord selon une feuille de route claire, de consolider la paix, de renforcer la cohésion et de prévenir toute tentative de division. » (ANF)