IRAN. Les forces iraniennes tuent un kolbar kurde près de la frontière du Kurdistan d’Irak
Une nouvelle offensive kurde en Iran ?
IRAN / ROJHILAT – Depuis quatre jours, de violents affrontements opposent les forces de sécurité iraniennes aux groupes d’opposition kurdes dans plusieurs zones frontalières, faisant des victimes des deux côtés. La question qui se pose est de savoir si ces incidents marquent le début d’une nouvelle offensive militaire kurde.
Selon l’organisation Hengaw, deux affrontements armés ont éclatet dans la soirée du mercredi 1er juillet 2026 à Piranshahr et Sardasht, entre un parti d’opposition kurde et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Les informations restent limitées concernant l’affrontement de Sardasht. La branche armée du Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK) a affirmé ne pas y être impliquée.
« Le PDKI confirme que six Peshmergas, et non cinq, du Parti démocratique du Kurdistan iranien ont été tués lors d’un affrontement avec les forces du CGRI près de Piranshahr, au Kurdistan iranien. Selon nos informations, ils étaient en mission politique et organisationnelle lorsqu’ils ont été pris en embuscade par une importante force du Corps des gardiens de la révolution, lourdement équipée », a déclaré Hejar Berenji, représentant du PDKI aux États-Unis, à Khayrion.
Ce dernier a insisté sur le fait que ces affrontements ne constituent pas une réponse aux récentes négociations entre les États-Unis et l’Iran. « La lutte kurde pour la liberté, la démocratie et les droits nationaux existait bien avant ces pourparlers. Nous assistons à la poursuite de la répression systématique menée par la République islamique contre les Kurdes, tant à l’intérieur du pays que par des attaques répétées contre des camps de civils kurdes au Kurdistan irakien. »
« Le PDKI ne recherche pas le chaos. Nous aspirons à un Iran démocratique, laïque, pluraliste et fédéral. Mais les communautés kurdes ont aussi le droit de se défendre face à la répression et aux attaques des Gardiens de la révolution. »
Par ailleurs, un jeune Kurde de 19 ans, Siavash Alak, a été mortellement poignardé lors d’une attaque menée par un groupe affilié à la milice pro-gouvernementale Basij dans la ville de Mahabad. Ce meurtre a provoqué une vive indignation, des manifestations nocturnes et une grève générale dans la ville, où la situation reste très tendue et la militarisation se poursuit.
Ces affrontements interviennent environ deux semaines après la signature, le 17 juin, d’un mémorandum d’entente (MoU) en 14 points entre l’Iran et les États-Unis, visant à mettre fin aux hostilités après 40 jours d’attaques aériennes américaines et israéliennes contre l’Iran (du 28 février au 8 avril). Durant cette période, de nombreux rapports avaient évoqué un possible soutien américain et israélien à une offensive kurde transfrontalière, qui ne s’est finalement pas concrétisée.
Les premiers heurts ont débuté après que l’Iran a lancé trois drones suicides contre le PJAK le 25 juin à Baneh, provoquant une annonce de riposte de la branche armée du mouvement. Depuis, la situation s’est nettement dégradée.
Selon un rapport publié le 30 juin par Hengaw, les affrontements dans plusieurs villes ont fait au moins sept morts : trois militaires iraniens et quatre guérilleros du PJAK. La branche armée du PJAK a confirmé la mort de quatre de ses combattants le 27 juin près de Mahabad. Dans un communiqué, elle a réaffirmé n’avoir lancé aucune attaque contre le régime iranien ces derniers mois et avoir maintenu une position de neutralité, y compris lorsque l’Iran était affaibli durant les 40 jours de guerre. Par ailleurs, deux figures importantes du Bassidj, groupe kurde pro-CGRI, ont été abattues lundi soir à Paveh, dans la province de Kermanshah.
Le porte-parole du PJAK, Rivar Abdanan, a accusé le 30 juin les Gardiens de la révolution d’être à l’origine des affrontements à Mahabad et Paveh.
« Toute attaque contre le peuple kurde et les forces du PJAK, ainsi que l’exercice du droit à la légitime défense par les Unités de défense du Kurdistan oriental (YRK) et les forces populaires locales, sont considérés comme entièrement légitimes et justifiés », a-t-il déclaré.
Au total, dix combattants kurdes ont été tués en quatre jours dans ces affrontements depuis le 27 juin.
Durant les quarante jours de guerre, les factions kurdes iraniennes ont subi des centaines d’attaques de drones et de missiles au Kurdistan irakien, avant et après le cessez-le-feu du 8 avril. Ces frappes se poursuivent et ont déjà coûté la vie à neuf de leurs membres. Comme indiqué précédemment, les camps du PJAK n’ont pas été ciblés par ces attaques.
Lire la suite : Pourquoi le PJAK a largement échappé aux attaques iraniennes au Kurdistan irakien
Face à l’intensification des affrontements en Iran, il est peu probable que ces attaques de drones cessent. L’Iran a par ailleurs assassiné un membre du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) dans un hôtel d’Erbil le 27 juin.
Jeudi 2 juillet, la République islamique a de nouveau frappé des positions du PDKI sur les hauteurs de Balisan, au Kurdistan irakien. La veille, des drones iraniens avaient déjà ciblé le camp de Degala du PDKI près de Koya, ainsi qu’une base du PAK en périphérie d’Erbil.
Reste à savoir si ces affrontements armés signalent le début d’une nouvelle offensive kurde.
« J’ai du mal à considérer ces récents affrontements comme le début d’une offensive soutenue », nuance Shamal Bishir, ancien membre du PJAK. « Le nombre élevé de pertes parmi les forces kurdes est frappant. Il souligne leurs limites opérationnelles et soulève des doutes sur leur capacité à mener une campagne militaire prolongée. »
Les responsables du PJAK ont eux-mêmes insisté sur le caractère défensif de leurs opérations.
Aso Saleh, analyste politique kurde proche du PDKI, abonde dans ce sens : ces événements ne présagent pas d’une nouvelle offensive militaire. La résistance armée et civile à l’intérieur du pays reste, selon lui, les deux piliers fondamentaux des partis d’opposition kurdes iraniens.
« Comme nous l’avons répété tout au long de ces 40 jours de guerre, ce n’était pas notre guerre. De même, ce cessez-le-feu et tout accord de paix potentiel ne nous concernent pas directement. »
« Notre parti représente un mouvement au Kurdistan iranien qui existe indépendamment de toute guerre ou paix impliquant le régime. Cela dit, tout conflit qui affaiblit le régime peut créer des opportunités pour notre cause. »
« Que ce soit par notre réseau clandestin, nos unités peshmergas urbaines ou nos forces déployées à travers le Kurdistan, nous avons toujours maintenu une présence dans les villes et villages. Dans certains cas, la militarisation accrue de la région ou le renforcement de notre présence ont pu entraîner des affrontements. Il ne faut cependant pas y voir le début d’une nouvelle phase militaire », a-t-il conclu.
Version original de l’article de Wladimir van Wilgenburg à lire ici « A New Kurdish Offensive in Iran?«TURQUIE. 80 ans de prison pour un adolescent kurde kidnappé au Rojava
TURQUIE / KURDISTAN – Hussein Muhammed, un adolescent kurde de 15 ans kidnappé par l’Armée syrienne libre (ASL) contre rançon puis livré à la Turquie, a été condamné à 80 ans de prison par le tribunal correctionnel d’Urfa. Il est accusé d’avoir tué trois soldats turcs en tant que tireur d’élite.
Enlevé en 2022 à Serêkaniyê (nord-est de la Syrie) par l’Armée syrienne libre (ASL), il avait été retenu contre rançon. Faute de paiement, il a été remis aux autorités turques.
Lors du nouveau procès, ouvert après l’annulation du premier jugement par la Cour suprême, le tribunal a reconnu que Hussein Muhammed était mineur au moment des faits. Malgré cela, il l’a déclaré coupable de la mort de trois soldats turcs et l’a condamné à quatre peines distinctes de 20 ans de réclusion, soit 80 ans au total.
Les avocats de la défense ont dénoncé le refus du tribunal d’ordonner des investigations supplémentaires sur les preuves. Ils avaient présenté des actes de naissance officiels attestant que l’adolescent avait entre 14 et 15 ans au moment des faits. Selon le quotidien Yeni Yaşam Gazetesi, l’âge de Hüseyin Muhammed aurait été falsifié dans les documents initiaux.
La Cour suprême avait précédemment cassé le jugement pour vice de procédure, exigeant une conciliation entre les rapports d’âge de l’Institut médico-légal (ATK) et ceux de l’hôpital. Le nouveau verdict a été rendu malgré ces irrégularités.
Hussein Muhammed est actuellement détenu à la prison de haute sécurité d’Erzincan.
KURDISTAN. Barbarie de l’armée coloniale turque à Şeladizê
IRAK / KURDISTAN – Six jeunes Kurdes de Shiladze (district d’Amediye) ont été arrêtés avec leur cheval mercredi par l’armée coloniale turque alors qu’ils cueillaient des herbes sauvages. Les jeunes [et leur cheval] ont été menacés de mort et torturés avant d’être libérés le soir même.
Selon Kamran Osman, coordinateur régional du CPT (Centre pour les droits de l’homme et les libertés) pour le Kurdistan, les jeunes se rendaient vers les villages de Besep et Kuker, près du mont Kurejaro, lorsqu’ils ont été interceptés et arrêtés avec leur cheval par des soldats turcs.
« Ils ont été torturés pendant leur détention. Avant de les relâcher, les soldats les ont menacés : “Si vous revenez dans cette zone, vous ne verrez plus jamais la lumière du jour et nous vous tuerons” », a rapporté Kamran Osman.
Le même soir, les soldats turcs auraient également torturé un veau en le frappant à coups de fusil et de pierres, selon les témoignages recueillis.
Contexte
Şeladizê fait partie des zones les plus touchées par les opérations militaires turques dans le Kurdistan irakien. La population locale dépend largement de la cueillette de plantes médicinales et de l’agriculture.
Depuis plusieurs années, la Turquie a pénétré jusqu’à 40 kilomètres à l’intérieur du territoire irakien. En construisant des routes militaires et en modifiant la géographie de la région, Ankara a imposé des zones interdites dans plus de 220 villages. Des milliers d’habitants se retrouvent ainsi bloqués, empêchés de regagner leurs foyers.
Des milliers d’hectares de terres agricoles, de vignobles et de vergers sont directement menacés par cette présence militaire.
TURQUIE. L’hôtel Madimak doit être transformé en un « musée de la honte »

Yüksel Mutlu, co-porte-parole de la Commission des peuples et des religions du Parti de l’égalité des peuples et de la démocratie (Parti DEM), témoin du massacre, est revenu sur son impact durable et sur la lutte pour la justice. Elle a déclaré que malgré des années de lutte de la part de la communauté alévie et des organisations de la société civile, l’hôtel Madımak n’a toujours pas été transformé en un « musée de la honte ».
La vie à Ankara s’est arrêtée net à l’arrivée de la nouvelle de Madımak.
Vous souvenez-vous du moment où vous avez entendu parler pour la première fois du massacre de Madımak ?
Oui, je m’en souviens très bien. Je vivais à Ankara à l’époque. Lorsque la nouvelle du massacre de Madımak est parvenue, la ville a été quasiment paralysée. Organisations de la société civile, démocrates, milieux de gauche et socialistes, Kurdes… Tous se sont mobilisés pour une manifestation d’envergure. Cela a provoqué un profond choc social.
Existait-il déjà un climat de tension avant le massacre ?
Il y en avait assurément. Environ une semaine avant le 2 juillet, les médias menaient une campagne de dénigrement systématique contre Aziz Nesin. Une intense campagne de propagande avait été lancée à son encontre en raison de la publication des Versets sataniques de Salman Rushdie. Avec le recul, il apparaît aujourd’hui que c’était un signe avant-coureur évident de l’attaque à venir.
Que s’est-il passé à Sivas ce jour-là ?
Les associations culturelles Pir Sultan Abdal organisent chaque année des commémorations à Sivas. En 1993, de nombreux écrivains, penseurs et artistes turcs de renom, ainsi qu’un groupe de semah (danse rituelle alévie), séjournaient à l’hôtel Madımak. Au même moment, une foule d’environ 15 000 personnes sortant de la mosquée a commencé à manifester. Des slogans anti-laïques ont été scandés et un appel organisé à l’instauration de la charia a été lancé. Un groupe a incendié l’hôtel avec des bidons d’essence, et 33 de nos compatriotes y ont perdu la vie.
Madımak n’était pas le premier massacre visant les Alévis durant l’ère républicaine.
Vous dites que les attaques contre les Alévis s’inscrivent dans une tendance historique…
Oui. Madımak n’était ni le premier ni le dernier massacre perpétré contre les Alévis durant la période républicaine. Après 1923 eurent lieu [les massacres des Kurdes-alévis à] Dersim, Zilan et Koçgiri, suivis plus tard par Çorum, Maraş, Gazi et Malatya. De nombreux massacres ont profondément marqué la mémoire collective de la communauté alévie. En 1993, l’État resta passif pendant toute une journée. Ni la gendarmerie, ni la police, ni le chef de la police, ni le gouverneur n’intervinrent.
Comment s’est déroulé le processus judiciaire ?
Au total, 124 personnes ont été poursuivies. Certaines n’ont purgé que de courtes peines de prison avant d’être libérées, d’autres ont fui à l’étranger, tandis que d’autres encore ont continué à vivre à Sivas. Finalement, deux accusés ont été graciés par le président en raison de leur âge. En 2012, l’affaire a été classée sans suite pour cause de prescription. Pourtant, il s’agissait bien d’un crime organisé. Le tribunal ne l’a pas qualifié comme tel, et l’impunité a une fois de plus prévalu.
Comment évaluez-vous cette politique d’impunité ?
L’impunité est monnaie courante dans les pays où la démocratie est absente. Bien que la Turquie soit signataire de conventions internationales, elle a manqué à ses obligations suite à ce massacre. L’attitude de l’État s’est également reflétée clairement dans les propos de la Première ministre de l’époque, Tansu Çiller, qui a déclaré : « Dieu merci, aucun de nos citoyens ayant participé à la manifestation n’a été blessé. » Le message était clair : les victimes étaient considérées comme sacrifiables.
Cela fait des années que des voix s’élèvent pour transformer l’hôtel Madımak en musée de la honte…
La communauté alévie et les organisations de la société civile luttent depuis des années pour atteindre cet objectif. Pourtant, l’hôtel Madımak n’est toujours pas devenu un musée de la honte. À un moment donné, on a même tenté de le convertir en restaurant de kebabs, mais le projet a été abandonné face à la levée de boucliers du public.
Personne n’a été tenu responsable des massacres perpétrés de Dersim à Roboski. Tant que les responsables bénéficieront de l’impunité, des atrocités similaires pourront se produire ailleurs. Ce risque persistera jusqu’à l’instauration d’une véritable démocratie et d’une paix durable en Turquie.
Quelle voie proposez-vous pour trouver une solution ?
Lorsque la Turquie deviendra démocratique, les Alévis, les Kurdes, les Grecs et les Arabes seront tous libres. À cet égard, le projet de société démocratique et de paix que M. Öcalan promeut depuis de nombreuses années revêt une importance capitale. Si des commissions Vérité et Réconciliation sont mises en place au Parlement, les véritables responsables de ces massacres pourront être identifiés.
Votre parti participe aux commémorations qui ont lieu chaque année à Sivas le 2 juillet.
Oui, nous participons au plus haut niveau. Notre objectif est de faire en sorte que ce massacre ne soit ni oublié ni toléré. Face à une opposition sociale forte, les puissants sont contraints de céder. Les revendications de la communauté alévie sont aussi les nôtres, car l’affaire de Madımak ne concerne pas seulement les Alévis ou les Kurdes, mais tous les habitants de ce pays.
Se confronter au passé est essentiel pour éviter un autre Madımak
Enfin, pourquoi cette lutte est-elle si importante ?
La démocratie ne pourra s’institutionnaliser tant que les véritables responsables n’auront pas été identifiés. Pour éviter un autre 2 juillet et un autre Madımak, la lutte pour la vérité, la responsabilité et la justice doit se poursuivre.
IRAN. 5 combattants kurdes morts lors d’affrontements avec les forces coloniales perses
IRAN / ROJHILAT – Cinq combattants peshmergas ont perdu la vie lors d’affrontements survenus dans la nuit de mercredi à jeudi entre des forces kurdes du Rojhilat (Kurdistan « iranien ») et les forces coloniales iraniennes.
Les combats entre les forces kurdes et les Gardiens de la Révolution (Pasdarans) iraniens ont éclaté dans les régions de Pîranşar (Piranshahr) et Serdeşt (Sardasht), dans la province iranienne d’Azerbaïdjan occidental. Selon les informations disponibles, les affrontements se sont déroulés notamment dans le village de Musalan à Serdeşt et dans la zone de Berî Mêrgan à Pîranşar. Des sources kurdes font également état de combats dans le quartier de Qizqapan à Pîranşar.
D’après Rojhelat Info, cinq peshmergas ont perdu la vie : Ebdulla Hacî Ebdulla, Karo Hormoziyarî, Tuwana Osmanî, Ferdîn Çengîzî et Mihemed Gergulî. Ces combattants appartenaient à des partis du Rojhilat Kurdistan (opposition kurde iranienne, notamment PDKI/KDPI ou groupes affiliés). Aucune information n’a été communiquée pour l’instant sur d’éventuelles victimes ou dégâts du côté iranien à Serdeşt, ni sur des pertes supplémentaires à Pîranşar. Aucune déclaration officielle n’a été publiée par les autorités iraniennes ni par les partis kurdes concernés au moment de la rédaction.
Contexte
Ces affrontements s’inscrivent dans une série récurrente de tensions, de vagues de répression et de affrontements armés imposés aux groupes kurdes iraniens (peshmergas du PDKI, Komala, PAK, etc.) contraints à l’exil dans le Kurdistan irakien face aux forces iraniennes, en particulier les Pasdarans. La région frontalière de Piranshahr-Sardasht demeure un point chaud historique témoignant de ces injustices.
Les groupes kurdes iraniens dénoncent systématiquement des opérations de répression féroce, des embuscades et des tentatives d’infiltration iraniennes. De son côté, le régime de Téhéran criminalise leur résistance en qualifiant ces combattants d’« éléments anti-révolutionnaires » ou « terroristes » pour justifier ses attaques sanglantes. Ces violents accrochages s’intensifient régulièrement en période de protestations internes en Iran (comme dans le sillage du mouvement « Femme, Vie, Liberté ») ou en raison de la présence de bases d’opposition dans le Kurdistan irakien voisin.
CENSURE NUMERIQUE. La Turquie bloque plusieurs médias kurdes
TURQUIE / KURDISTAN – L’Autorité des technologies de l’information et de la communication (BTK) a bloqué, le 1er juillet 2026, l’accès aux sites et comptes X (Twitter) de plusieurs médias kurdes en Turquie.
Parmi les médias visés figurent Nûmedya24, un site d’information kurde, le journal Azadiya Welat ainsi que l’agence de presse Ajansa Welat. La BTK a rendu inaccessibles les trois sites web depuis la Turquie, ainsi que les comptes officiels X de Nûmedya24 et d’Ajansa Welat.
Nûmedya24 a dénoncé une mesure prise sans décision judiciaire ni motivation préalable. Une consultation du site de la BTK confirme qu’il s’agit bien d’une décision administrative :
« L’accès au site web numedya24.com a été bloqué par décision de l’Autorité des technologies de l’information et de la communication en date du 01/07/2026 et numéro 490.05.01.2026.-748333. »
Le compte X officiel de Nûmedya24, suivi par plus de 22 000 abonnés et créé il y a un peu plus d’un an, a été restreint en Turquie le même jour. Dans une notification envoyée au média, la plateforme X a indiqué que cette restriction avait été appliquée conformément à l’article 8/A de la loi sur Internet n° 5651. Le compte reste cependant accessible depuis l’étranger.
ROJAVA. Qamishlo et Kobanê debout contre les récentes attaques anti-kurdes
SYRIE / ROJAVA – Des milliers de personnes ont manifesté ces derniers jours dans les principales villes kurdes du nord-est de la Syrie, notamment à Qamishlo et Kobanê, pour dénoncer les récentes opérations de sécurité menées par les forces affiliées au gouvernement de transition syrien (et plus particulièrement HTS) dans les localités kurdes de Tal Aran (Tell Aran) et Tal Hasel (Tell Hasel), dans la campagne orientale d’Alep.
Contexte des attaques
Selon des sources locales et des organisations kurdes (PYD, Conseil Démocratique Syrien – CDS – et le mouvement des femmes kurdes Kongra Star), des forces de sécurité ont lancé une campagne de perquisitions et d’arrestations dans ces deux localités à majorité kurde fin juin/début juillet 2026.
Plus d’une dizaine de jeunes Kurdes ont été arrêtés de manière arbitraire.
Des témoignages font état d’agressions contre des femmes et d’usage excessif de la force lors des raids.
Les habitants dénoncent des accusations « fabriquées » et une opération visant à intimider la population kurde de la région.
Ces localités, situées au sud-est d’Alep, ont une histoire douloureuse : en juillet 2013, elles avaient déjà été le théâtre d’un massacre perpétré par des groupes djihadistes (notamment Jabhat al-Nusra et DAECH), causant la mort de dizaines de civils kurdes. Les Kurdes y voient aujourd’hui un nouveau cycle de harcèlement et de pressions démographiques.
Les manifestations à Qamishli et Kobané
À Qamishli, des centaines de manifestants se sont rassemblés devant le centre de la jeunesse et dans les principales places de la ville. Ils ont brandi des drapeaux kurdes, des portraits de martyrs et scandé des slogans tels que : « Non à la répression contre les Kurdes ! » « Unité kurde face à l’oppression » « Tal Aran et Tal Hasel ne seront pas oubliés »
À Kobané, les rassemblements ont eu lieu sur la place de la Femme libre (Qada Jina Azad). Les participants ont exprimé leur solidarité avec les habitants des deux villages et ont mis en garde contre toute tentative de répétition des massacres du passé. Des femmes, très présentes, ont souligné le rôle central de la résistance féminine dans la défense des droits kurdes.
Les manifestations ont été organisées par des partis et organisations de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), dont le PYD, le CDS et des mouvements de femmes. Elles ont été globalement pacifiques, mais chargées d’émotion et de colère face au silence international.
Réactions politiques
Le PYD, le CDS et Kongra Star ont publié des communiqués fermes condamnant ces opérations, les qualifiant d’« actes hostiles » et d’atteintes aux efforts de stabilisation en Syrie. Ils exigent :
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La libération immédiate des détenus.
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L’arrêt des campagnes d’arrestations arbitraires.
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Un dialogue sérieux sur les droits des Kurdes dans la Syrie post-Assad.
Ces événements interviennent dans un climat de tensions persistantes entre l’Administration autonome kurde et le gouvernement de transition à Damas, malgré plusieurs tentatives de cessez-le-feu et de négociations.
Un symbole plus large
Pour de nombreux Kurdes de Syrie, les attaques à Tal Aran et Tal Hasel s’inscrivent dans un schéma plus large de marginalisation et de menaces contre les acquis de l’autonomie du Rojava. Les manifestations à Qamishli et Kobané ne sont pas seulement de solidarité locale : elles expriment une volonté de résistance unie et un appel à la communauté internationale pour protéger les minorités en Syrie.
La situation reste tendue. Toute nouvelle escalade pourrait raviver des affrontements plus larges dans le nord-est du pays.
KURDISTAN. L’opposition kurde iranienne de nouveau ciblée
IRAK / KURDISTAN – Le camp d’un parti d’opposition kurde d’Iran a été ciblé par un drone à l’aube du jeudi 2 juillet, à Dilka, dans le gouvernorat d’Erbil, au Kurdistan du Sud.
L’attaque a visé un site lié à l’un des partis kurdes iraniens en exil (principalement le KDPI – Parti démocratique du Kurdistan d’Iran – ou un autre groupe d’opposition comme le PAK ou Komala, qui disposent de bases dans cette zone). Ces formations sont régulièrement la cible de frappes iraniennes, Téhéran les accusant de mener des actions armées contre la République islamique depuis le territoire irakien.
Détails de l’attaque :
On ne signale aucun blessé ni mort pour le moment. Les dommages semblent limités ou matériels. On ne sait pas encore si l’attaque a été menée par l’Iran ou ses proxies chiites irakiens.
Ce nouvel incident s’inscrit dans une série récurrente de frappes par drones et missiles contre les positions des partis kurdes iraniens d’opposition basés au Kurdistan d’Irak. Ces attaques se poursuivent malgré les cessez-le-feu intermittents dans la région.
TURQUIE. Il y a 33 ans, des islamistes turcs brûlaient des Alévis à Sivas / Madimak
TURQUIE / KURDISTAN – Il y a 33 ans, le 2 juillet 1993, des islamistes radicaux commettaient l’un des pires massacres de l’histoire contemporaine de la Turquie. Dans la ville de Sivas, ils ont incendié l’hôtel Madımak, brûlant vifs 35 personnes, en grande majorité des intellectuels et artistes alévis réunis pour le festival Pir Sultan Abdal. Parmi les victimes figurait le jeune musicien kurde Hasret Gültekin, âgé de seulement 22 ans.
Ce jour-là, après la prière du vendredi, plus de 15 000 manifestants islamistes, scandant des slogans en faveur de la charia et appelant à la mort des « infidèles », ont encerclé l’hôtel où logeaient les participants du festival. La protestation visait initialement l’écrivain Aziz Nesin, qui avait traduit et publié Les Versets sataniques de Salman Rushdie et était connu pour ses critiques virulentes de l’islam. Très rapidement, la manifestation a dégénéré en une attaque d’une extrême violence.
Les assaillants ont mis le feu à l’hôtel. Aziz Nesin a été exfiltré et sauvé par les forces de sécurité, mais 33 intellectuels et artistes ainsi que 2 employés de l’hôtel ont péri dans les flammes. Deux assaillants sont également morts durant l’attaque, portant le bilan total à 37 morts. Les forces de l’ordre ont été fortement critiquées pour leur passivité et leur lenteur à intervenir face à la foule enragée.
Au-delà d’Aziz Nesin, le massacre visait clairement la communauté alévie, deuxième plus grande communauté religieuse de Turquie après les sunnites, et historiquement discriminée. Ce crime haineux combinait fanatisme islamiste, hostilité envers les alévis et rejet de la laïcité.
Sur le plan judiciaire :
En décembre 1994, 85 suspects ont été condamnés à des peines allant de 2 à 15 ans de prison, tandis que 37 autres étaient acquittés. La Cour d’appel a ensuite annulé ce verdict, estimant que le massacre constituait une tentative de renverser l’ordre constitutionnel laïque pour établir un État théocratique, dirigé contre « la République, la laïcité et la démocratie ». Malgré cela, le 13 mars 2012, la justice turque a prononcé un non-lieu pour cause de prescription, provoquant une immense indignation.
Chaque année, le 2 juillet, des milliers de personnes se rendent à Sivas pour rendre hommage aux victimes devant l’hôtel Madımak, rebaptisé depuis « Monument de la science et de la culture ». Des mesures de sécurité exceptionnelles sont déployées pour éviter de nouveaux incidents.