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TURQUIE. Vers une nouvelle enquête dans l’affaire Hacı Lokman Birlik ?

TURQUIE / KURDISTAN – La Cour constitutionnelle turque nouvelle enquête dans l’affaire Hacı Lokman Birlik, ce jeune Kurde de 24 ans dont l’exécution et la profanation du corps par l’armée coloniale turque avaient choqué l’opinion publique en 2015. Onze ans après les faits, la plus haute juridiction du pays reconnaît que les forces de sécurité turques ont violé le droit à la vie et l’interdiction constitutionnelle des traitements incompatibles avec la dignité humaine.

Ce verdict intervient près de onze ans après les couvre-feux et les destructions massives perpétrées par l’armée coloniale turque dans plusieurs localités kurdes en 2015.

La Cour constitutionnelle turque a jugé que le droit à la vie et l’interdiction des traitements inhumains et dégradants avaient été violés dans le cadre de l’enquête sur le traînage du corps de Hacı Lokman Birlik par un véhicule blindé de la police en 2015.

Le tribunal a ordonné le renvoi du dossier au parquet général de Şırnak pour une nouvelle enquête sur le « traitement inhumain du corps ».

À l’époque, les autorités turques avaient qualifié Hacı Lokman Birlik de « terroriste ». Les policiers impliqués avaient été relevés de leurs fonctions, mais n’avaient reçu que des sanctions administratives légères.

Mehmet Birlik, le frère de la victime, s’est exprimé dix ans et neuf mois après les faits auprès de l’agence Mezopotamya (MA). Il a accueilli la décision de manière positive, tout en regrettant qu’elle ne soit pas à la hauteur de leurs attentes :

« La décision reconnaît au moins l’outrage à la mémoire de mon frère. Elle mentionne les déclarations des policiers qui ont attaché son corps au véhicule blindé et ont filmé la scène. Il existe pourtant des contradictions flagrantes dans leurs témoignages, que la Cour n’a pas prises en compte. »

Impunité

Il a par ailleurs dénoncé les sanctions symboliques infligées aux policiers :

« Ils ont reçu des sanctions ridicules : une journée de salaire retenue ou une suspension de six mois de promotion. Ce n’est pas une punition, c’est immoral et inacceptable. Ces agents ont agi en toute conscience pour semer la terreur parmi le peuple kurde. »

« Même s’ils ont déclaré avoir filmé la scène comme souvenir, c’est inacceptable. Comment la torture d’un mort peut-elle être considérée comme un souvenir ? La peine qui leur a été infligée n’est pas une sanction, mais une récompense. L’État envoie ainsi un message clair : « Quel que soit le crime que vous commettez, vous ne serez pas punis. » »