CONFERENCE: Guerres de Syrie et dynamiques kurdes 2011-2021

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PARIS – Ce mardi 13 septembre, une conférence autour de la place des Kurdes dans le conflit syrien aura lieu à Paris en présence de Boris James et Laurent Dissard, tandis que Salam Kawakibi assurera la modération.
 
La conférence a lieu au Centre arabe de recherche et d’études politiques de Paris (CAREP).
Entrée libre dans la limite des places disponibles
 
Guerres de Syrie et dynamiques kurdes 2011-2021
 
« Quelle est la place qu’ont occupé les Kurdes dans le conflit syrien ? Telle est la question à laquelle tente de répondre un collectif de chercheurs dans le 56e numéro de Cahier d’Histoire Immédiate. Si le sujet peut paraître largement abordé, voire surmédiatisé, les universitaires nous montrent qu’il reste beaucoup d’angles morts. Il s’agit en effet d’une thématique omniprésente mais souvent traitée à travers un prisme ethnique et macro-politique, ne permettant pas de saisir tous les éléments du débat. Dans ce webinaire, Boris James et Laurent Dissard, deux contributeurs à ce numéro, nous montrent qu’avec des approches multidisciplinaires et des pratiques ethnographiques, une autre lecture des événements devient possible. »
 
 
RDV le 13 septembre, à 18h30, au CAREP
Au 12 rue Raymond Aron, 75013 PARIS

En Turquie, les coups d’État passent, le colonialisme reste

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Le coup d’État turc de 1980, dirigé par le chef d’état-major le général Kenan Evren, fut le 3e coup d’État mené en Turquie (les précédents sont ceux de 1960 et de 1971). Pour créer un prétexte à un putsch militaire, l’armée a laissé l’extrême-droite turc commettre des massacres et attaques visant les Kurdes/Alévis (massacres de Çorum et de Maraş) et la gauche turque. Au début du coup d’État de 1980, 50 personnes ont été exécutées, dont Erdal Eren, un adolescent de 17 ans, plus de 500 000 autres ont été arrêtées, des centaines d’entre elles sont mortes dans des prisons transformées en salle de torture. Et sans surprise, la prison de Diyarbakir (Amed) a battu tous les records en matière de crimes de guerre commis sur les prisonniers et/ou les sympathisants du PKK qui luttaient contre le colonialisme turc au Kurdistan. 42 ans après ce putsch sanglant, les victimes de ce coup d’Etat n’ont toujours pas obtenu justice et son principal protagoniste, Kenan Evren, est mort dans son lit à l’âge de 98 ans, sans avoir à rendre des comptes pour ses crimes nombreux alors qu’un semblant de procès le visant était en cours… Le bilan tragique du coup d’Etat du 12 septembre 1980 Le 12 septembre 1980, le Conseil national de sécurité (Milli Güvenlik Konseyi, MGK), dirigé par Evren, déclare le coup d’Etat sur la chaîne nationale. Le MGK a ensuite étendu la loi martiale à tout le pays, aboli le Parlement et le gouvernement, suspendu la Constitution et interdit tous les partis politiques et syndicats. Détails des crimes d’Etat de 1980: 650 000 personnes arrêtées 1 683 000 personnes fichées 230 000 personnes jugées 517 personnes condamnées à mort 50 des personnes condamnées à mort ont été exécutées (26 prisonniers politiques, 23 délinquants et un militant arménien du groupe Asala). 71 000 personnes ont été jugées en vertu des articles 141, 142 et 163 du Code pénal turc. 98 404 personnes ont été jugées pour appartenance à une organisation de gauche, de droite, nationaliste, conservatrice, etc. 388 000 personnes ont été privées de passeport. 30 000 personnes ont été licenciées de leur entreprise car elles étaient suspectées de liens avec des organisations ou des partis politiques. 14 000 personnes ont vu leur citoyenneté révoquée. 30 000 personnes sont parties à l’étranger en tant que réfugiés politiques. 300 personnes sont mortes de manière suspecte. 171 personnes sont mortes sous la torture. 937 films ont été interdits car ils étaient jugés répréhensibles. 23 677 associations ont vu leurs activités interdites. 3 854 enseignants, 120 chargés de cours et 47 juges ont été démis de leurs fonctions. 400 journalistes ont été jugés pour un total de 4 000 ans d’emprisonnement. Les journalistes ont été condamnés à 3 315 ans et 6 mois de prison. 31 journalistes ont été emprisonnés. 300 journalistes ont été agressés. 3 journalistes ont été tués par balles. Pendant 300, les journaux n’ont pas été publiés. 303 dossiers ont été ouverts pour 13 grands journaux. 39 tonnes de journaux et de magazines ont été détruits. 299 personnes ont perdu la vie en prison. 144 personnes sont mortes de manière suspecte en prison. 14 personnes sont mortes dans des grèves de la faim en prison. 16 personnes ont été tuées alors qu’elles étaient en fuite. 95 personnes ont été tuées lors de combats armés. (Données fournies par ANF en 2019)

Table ronde: Quel avenir pour les Kurdes de Syrie ?

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TOURCOING – L’Institut du monde arabe Tourcoing organise une table ronde autour des Kurdes de Syrie le 19 novembre prochain en présence de l’historien Hamit Borzaslan et la chercheuse Marion Dualé avec la modération qui sera assurée par le journaliste Dominique Vidal. (Entrée libre dans la limite des places disponibles)
 
Les intervenants
 
Doctorante en sociologie politique depuis 2019, sous la direction de Hamit Bozarslan (CETOBaC, EHESS) et la co-direction de Isabelle Coutant (IRIS, EHESS), Marion Dualé travaille sur la question kurde contemporaine et ses reconfigurations dans le contexte de la crise syrienne. Elle s’intéresse notamment aux trajectoires des nouvelles élites, aux dynamiques de mobilisation et de militarisation au sein des sociétés kurdes, à l’émergence du pouvoir et des institutions, à la construction de récits qui accompagnent les transformations politiques.
 
Cette thèse s’inscrit dans la continuité d’un parcours professionnel qui l’a menée, après des études de relations internationales et de philosophie politique, du journalisme à l’analyse politique, en passant par la réalisation de films documentaires. Diplômée des Ateliers Varan, sa thèse s’accompagne d’un travail audiovisuel et de la réalisation d’un film documentaire
 
Docteur en histoire (Les courants de pensée dans l’Empire ottoman, 1908-1918, sous la direction de François Furet, EHESS, 1992) et en sciences politiques (Etats et minorités au Moyen-Orient. La régionalisation de la question kurde, sous la direction de Rémy Leveau, IEP de Paris, 1994), Hamit Bozarslan a été allocataire de recherche au Centre Marc Bloch (1995-1997) et « visiting fellow » à l’Université de Princeton (1998). Elu maître de conférence à l’EHESS en 1998, puis, en 2006, directeur d’études dans le même établissement, il a co-dirigé, avec Daniel Rivet et Jean-Philippe Bras, l’IISMM (Institut d’Etudes de l’Islam et des Sociétés du monde musulman) entre 2002 et 2008. Il est membre du comité de rédaction des revues Cultures et Conflits et Critique internationale et membre de la Société asiatique.
 
Historien et journaliste, spécialiste des relations internationales et notamment du Proche-Orient, Dominique Vidal est collaborateur du « Monde diplomatique», membre du Bureau de l’IReMMO et animateur bénévole de La Chance.
 
La table ronde aura lieu le 19 novembre de 15h30 à 17h30
9, rue Gabriel Péri
59200 Tourcoing

ŞENGAL. Un drone turc cible un véhicule des forces yézidies YBŞ

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IRAK / ŞENGAL – Un drone turc a ciblé un véhicule des unités d’autodéfense yézidies (YBŞ) près d’une base militaire irakienne à Xanesor. On ne sait pas encore si l’attaque a fait des victimes. La Turquie a tué des dizaines de civils et combattants kurdes/yézidis à travers l’Irak et le Rojava depuis août dernier. Un drone turc a attaqué une voiture appartenant aux unités de résistance (YBŞ) dans la région de Shengal. L’attaque a eu lieu près d’une base de l’armée irakienne dans le village de Behreva, à Xanesor. Selon les premiers rapports, la voiture a été frappée à deux reprises. Une déclaration du YBŞ sur l’attaque est attendue plus tard dans la journée. La Turquie mène constamment des frappes de drones dans le nord de l’Irak et le nord de la Syrie. La dernière attaque de drones à Shengal a eu lieu le 29 août, selon les Unités de résistance de Shengal (YBŞ), deux militants ont été blessés. Le même jour, le civil Evizet Abdullah Abid a été tué dans le camp de réfugiés de Maxmur, père de six enfants, tué dans une frappe de drone. L’État turc ne fait aucune distinction entre les forces armées et les civils dans ses attaques. Depuis 2017, de plus en plus de frappes aériennes sont menées à Shengal sous prétexte de « combattre le PKK ». Les cibles réelles sont principalement les représentants et les institutions de l’Assemblée autonome de Shengal (Meclîsa Xweseriya Demokratîk a Şengalê – MXDŞ) et les unités d’autodéfense YBŞ/YJŞ. Les morts sont pour la plupart des civils – souvent des survivants du génocide de l’EI en 2014. En juin, trois civils, dont un garçon de 12 ans, ont été tués dans une frappe de drone turc à Shengal. En février, trois travailleurs civils arabes sont morts dans des bombardements sur 22 cibles qui ont duré plusieurs heures. En décembre 2021, une figure centrale de longue date de l’administration de l’autonomie, Merwan Bedel, coprésident du comité exécutif du MXDŞ, a été assassiné lors d’une frappe de drones turcs. Un médecin et des infirmières figuraient parmi les huit victimes d’une frappe aérienne contre un hôpital de Sikêniyê en août 2021. En août, 27 personnes, dont huit mineurs, sont mortes dans des attaques de drones turcs dans la région autonome du nord et de l’est de la Syrie. ANF

SYRIE. Trois morts du choléra dans des régions kurdes

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SYRIE / ROJAVA – Le choléra menace la Syrie, où il y a au eu moins trois morts d’après l’administration kurde, qui appelle à l’aide la communauté internationale et l’Organisation mondiale la santé (OMS) pour limiter la propagation du choléra.
 
« Un grand nombre de cas de choléra ont été recensés dans des régions des provinces de Raqa (nord) et de Deir Ezzor (est) », a indiqué le département de la Santé de l’administration autonome kurde dans un communiqué publié à Qamichlo où il siège.
 
D’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), la maladie s’est propagée dans l’ouest de la province de Deir Ezzor à travers de l’eau potable contaminée, après que les autorités ont cessé de distribuer du chlore aux stations de pompage ces trois derniers mois. L’ONG a fait état de centaines de personnes présentant des symptômes de choléra -vomissement, diarrhée et maux de tête. (AFP)
 
Par ailleurs, depuis mi-août, le nombre de personnes souffrant d’infections intestinales dans le canton de Shehba est en augmentation. Le manque de médicaments dû à l’embargo du gouvernement de Damas met la vie de dizaines de réfugiés d’Afrin en danger. (ANHA)
 

« Au moins 50 prisonniers malades sont morts en Turquie en 8 mois »

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TURQUIE / KURDISTAN DU NORD – Les prisonniers politiques, Mehmet Emin Özkan (83 ans) et Aysel Tuğluk atteinte de démence, font l’actualité des médias kurdes depuis plusieurs mois car gravement malades, ils ne sont pas libérés malgré la mobilisation des défenseurs des droits humains. Ils font partie de 1 517 prisonniers malades, dont 651 sont dans un état grave. Par ailleurs, au moins 50 prisonniers malades sont morts en Turquie ces 8 derniers mois.
 
Des membres de l’Association pour la liberté des avocats se sont rassemblés devant le palais de justice de Diyarbakır (Amed) pour attirer l’attention sur les décès de prisonniers.
 
Au moins 50 prisonniers malades ont perdu la vie au cours des huit premiers mois de l’année, a annoncé l’Association pour la liberté des avocats (ÖHD).
 
Des membres de la branche de l’association à Diyarbakır se sont réunis devant le palais de justice de la ville le 9 septembre pour attirer l’attention sur les décès des prisonniers.
 
Adile Selman, membre exécutif de l’ÖHD Diyarbakır, a déclaré que « de nombreux prisonniers sont morts de manière suspecte » au cours de l’année écoulée.
« Les prisons sont devenues des lieux de torture où les droits humains sont violés et où toutes sortes de traitements inhumains et dégradants sont pratiqués. Les prisonniers sont confrontés à des violations graves et graves, des violations de leur droit à la vie à la torture, de l’accès aux services de santé aux pratiques autoritaires«  , a déclaré Selman.
 
La semaine dernière, Emel Haceroğlu, qui était détenue à la prison pour femmes de Diyarbakır, est décédé après avoir été hospitalisée mourant, a noté l’avocate.
 
En outre, Mehmet Emin Özkan et la politicienne Aysel Tuğluk, tous deux souffrant de graves problèmes de santé, n’ont pas été libérés malgré d’innombrables demandes, a-t-elle ajouté.
 
L’avocate a invité le ministère turc de la Justice, les organisations nationales et internationales de droit humains à agir pour les prisonniers malades abandonnés à la mort derrière les barreaux.
 

IRAN. Le régime iranien exécute trois prisonniers kurdes à Karaj

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IRAN – Les prisonniers kurdes Shahram Kakavand, Peyman Soleimani et Azizyar Hashemi ont exécutée le 6 septembre à la prison centrale de Karaj.
 
Shahram Kakavand, 33 ans, de Harsin, Azizyar Hashemi et Peyman Soleimani, 42 ans, de Kuhdasht, ont déjà été arrêtés et condamnés à mort pour des crimes liés à la drogue.
Les trois prisonniers avaient été mis en isolement cellulaire de la prison de Karaj le 4 septembre, jusqu’à leur exécution.
 
Hengaw

IRAN. Condamnation à la prison d’une femme kurde et son fils de 16 ans pour des activités politiques

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IRAN / ROJHILAT – Amineh Yeganeh, une activiste kurde de Piranshahr, et son fils Zaniar Behjat, 16 ans, ont été condamnés à plusieurs années de prison par le régime iranien pour « coopération avec un parti d’opposition kurde ».

Selon le rapport reçu par l’organisation des droits de l’homme Hengaw, Amineh Yeganeh, 37 ans, a été condamnée à 3 ans et 3 mois et 3 jours d’emprisonnement par la branche 102 du tribunal pénal de Piranshahr dirigée par le juge Babaei, et son fils de 16 ans, Zaniar Behjat a été condamné à 2 ans d’emprisonnement.

Hengaw a été informé que cette condamnation a été prononcée contre les deux citoyens pour coopération avec le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran, et cela leur a été officiellement annoncé la semaine dernière.
 
Il convient de noter qu’Amineh Yeganeh et Zaniar Behjat ont été arrêtés l’année dernière à l’automne par les forces du Bureau de renseignement de Piranshahr et après quelques jours, ils ont été temporairement libérés sous caution.
 
Hengaw

IRAN. Une activiste kurde condamnée à mort tente de se suicider

IRAN / ROJHILAT. La militante kurde Zahra Sedighi-Hamedani qui est condamnée à mort pour avoir défendu les droits des homosexuels aurait tenté de se suicider en prenant des médicaments.
Zahra Sediqi Hamedani, dite « Sareh », 31 ans, et Elham Chubdar, 24 ans, toutes deux militantes de la communauté LGBT+, ont été condamnées à mort par le tribunal révolutionnaire d’Urmia dans une affaire conjointe pour « corruption sur terre à travers la promotion de l’homosexualité ».
Les deux militantes de la communauté LGT ont été accusées par le parquet d’Ourmia, le dimanche 16 janvier 2022, de « corruption sur Terre en promouvant l’homosexualité »« promouvoir le christianisme » et « communiquer avec les médias opposés à la République islamique ».

Zahra Sediqi Hamdani a été arrêtée le mercredi 27 octobre 2021, alors qu’elle se rendait en Turquie et à la frontière de ce pays par les forces de renseignement du CGRI et elle a été transférée au quartier des femmes de la prison centrale après environ deux mois de détention au l’isolement cellulaire du centre de détention du renseignement du CGRI à Urmia.

Il convient de noter que Zahra Sediqi Hamadani a été privée du droit d’accès à un avocat pendant sa détention, et les agents de sécurité l’ont menacée de son exécution et de la privation de la garde de ses deux enfants en plus du harcèlement verbal et des insultes à son identité et à son apparence.

Amnesty International a précédemment rapporté que Zahra Sediqi Hamdani, défenseure des droits humains et membre de la communauté LGBT, «est tout simplement en état d’arrestation arbitraire en violation des normes internationales et détenue à la prison centrale d’Ourmia en raison de son orientation sexuelle (…) et ses messages et déclarations sur les réseaux sociaux pour défendre les droits des homosexuels, bisexuels, transgenres et intersexués. »

Tout en exprimant sa profonde inquiétude face à la condamnation à mort des deux personnes, l’Organisation des droits humains, Hengaw, appelle à une attention particulière des organisations de défense des droits humains sur la situation des deux militantes étant donné que le bureau du procureur et le tribunal révolutionnaire d’Ourmia sont parmi les tribunaux les plus notoires qui ne respectent pas les droits des accusés politiques, idéologiques et LGBT. (Hengaw)

Meral Şimşek: J’accepte le prix au nom des femmes kurdes violées, torturées, qui luttent en prison et dans les montagnes

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VIENNE – Persécutée par le régime turc pour ses écrits, l’écrivaine Meral Şimşek a dû se réfugier en Europe comme des milliers d’autres intellectuels, politiciens… kurdes. Hier, elle a dédié aux femmes kurdes le Prix Theodor Kramer qu’on lui a décerné.
 
Lors de la cérémonie de remise du Prix Theodor Kramer en Autriche, l’écrivaine kurde Meral Şimşek a déclaré qu’elle acceptait le prix au nom de toutes les femmes du Kurdistan qui ont été violées, assassinées, emprisonnées et celles qui luttent.
 
La cérémonie de remise du prix Theodor Kramer pour l’écriture pendant la résistance et l’exil a eu lieu vendredi à Niederhollabrunn, en Autriche. Les lauréats sont l’écrivaine kurde Meral Şimşek et le éditeur autrichien Gerhard Oberschlick.
 
Après la cérémonie de remise des prix, Meral Şimşek a déclaré dans un discours qu’elle acceptait le prix au nom des femmes du Kurdistan : « Et c’est pourquoi ce prix compte beaucoup pour moi. J’étais encore dans mon pays quand j’ai reçu le prix. J’ai été accusée pour ce que j’ai écrit. Il y a des poursuites contre moi devant les tribunaux turcs parce que je suis kurde. J’ai déjà été condamnée et les procès continuent. Je vis maintenant en exil à Berlin. Ma patrie Kurdistan est occupée depuis des siècles. En tant que Kurdes, nous sommes persécutés et victimes de génocide. Nous sommes violées, assassinées et expulsées de notre pays par nos occupants. Ce que nous voulons, c’est vivre comme les autres peuples avec notre langue et notre identité. Nous ne voulons pas mourir et subir un génocide. Tout comme vous, nous voulons pouvoir parler notre propre langue. Nous voulons les mêmes droits que les autres peuples. »
 
L’écrivaine kurde a remercié sa mère Xecê, sa sœur Mülkiyet Doğan, assassinée en 1993, et son frère Akif Doğan, assassiné en 1996, pour la force et la résilience qu’ils lui ont données : « Je leur exprime ma gratitude infinie, car c’est d’eux que j’ai appris à résister. Je remercie le ciel et ma patrie. J’accepte le prix qui m’a été décerné au nom de toutes les femmes kurdes qui ont été assassinées et violées au Kurdistan sous la domination coloniale arabe, perse et turque, qui aujourd’hui résistent dans les prisons et se battent dans les montagnes. »
 
Rébellion ligne par ligne
 
La Société Theodor Kramer, fondée en 1984, décerne depuis 2001 un prix pour l’écriture en résistance et en exil. L’accent n’est pas seulement mis sur la qualité littéraire, mais aussi sur l’attitude et le destin du lauréat.
 
Avec Meral Şimşek, une autrice kurde qui est politiquement persécutée en Turquie et qui écrit en turc est mise à l’honneur afin de la soutenir au maximum dans sa détresse et ainsi de suivre également un appel du PEN International. Autrice d’une œuvre lyrique primée dont la traduction est en préparation, elle s’insurge ligne par ligne dans sa poésie contre les puissances présentées comme fatidiques qui exigent la soumission, elle mobilise la tradition abrahamique, le monde des dieux grecs et les mythes zoroastriens pour son combat, en tant que femme et membre d’une nation opprimée pour mener une vie libre. C’est une poésie aux savoirs divers, qui en même temps redécouvre sans cesse le poétique du quotidien et des grandes choses de la nature.
 
Meral Şimşek : Persécution politique et récompense internationale
 
Meral Şimşek est une écrivaine et poétesse kurde de Diyarbakir (Amed), née en 1980 et mère de deux enfants. Elle a reçu neuf prix internationaux, notamment pour ses volumes de poésie Rêves de réfugiés, Nuages ​​dans le feu et figues noires. Sa nouvelle Arzela a été publiée en 2022 et son roman autobiographique Nar Lekesi (Tache de grenade) en 2017. Elle est membre de PEN kurde et de l’Association des écrivains kurdes de Mésopotamie.
 
Un an après que Meral Şimşek a été enlevée en Turquie et forcée à travailler pour les services secrets turcs (MIT) en menaçant de détruire sa vie d’auteur autrement, elle a été arrêtée le 9 décembre 2020 dans la province de Malatya (Meletî), avec une interdiction de quitter le pays et inculpée en janvier 2021 pour « appartenance à une organisation terroriste [PKK]» et « propagande terroriste ».
 
L’acte d’accusation citait ses œuvres, ses appartenances littéraires, son poème pour le frère mort, sa nouvelle Arzela primée par PEN International, parue dans l’anthologie Kurdistan + 100. Dans cette anthologie, douze écrivains kurdes contemporains créent des scénarios pour un avenir dans lequel être kurde est possible sans persécution. « Et même répondre à la question d’un lecteur lors d’un événement à Batman est considéré comme une infraction pénale. Lorsqu’on m’a demandé pourquoi je n’écrivais pas en kurde, j’ai répondu que j’avais honte de ne pas pouvoir écrire dans ma langue maternelle. C’est dans l’acte d’accusation. C’est tragique», avait déclaré Meral Şimşek à ANF l’année dernière.
 
Meral Şimşek a été si gravement torturée sexuellement à l’âge de 13 ans qu’elle a dû subir une opération de l’utérus et a souffert de lésions rénales. Elle est sous traitement médical. Sa sœur et son frère ont été tués par les forces armées turques à trois ans d’intervalle.
 
En juin 2021, Meral Şimşek s’est enfuie en Grèce. La police grecque l’a arrêtée, a pris ses documents et son téléphone, l’a maltraitée, l’a jetée à la rivière frontalière Evros. Meral Şimşek, qui ne sait pas nager, a réussi à sortir de l’eau avec l’aide d’une amie et a été arrêtée et fait maintenant face à de nouvelles poursuites pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison pour avoir pénétré dans une zone militaire réglementée. Elle a depuis été acquittée d’être membre d’une organisation terroriste, mais a été condamnée à un an et trois mois de prison en octobre 2021 pour diffusion de propagande terroriste. La procédure d’appel n’est pas encore terminée.
 
Pour PEN International, Meral Şimşek est persécutée pour sa littérature et a appelé à plusieurs reprises à l’action en faveur de Simsek, plus récemment dans son appel à l’occasion de la Journée internationale de la femme 2022.
 
Kurdistan + 100 sera publié par les éditions Commapress en août 2022. La poésie et la prose de Meral Şimşek sont obsédantes, concrètes, impitoyables et, malgré tout, pleines d’espoir. Dans son roman autobiographique Nar Lekesi (Tache de Grenade), l’autrice raconte la persécution systématique, la torture et le meurtre, mais aussi la volonté de continuer à vivre et à écrire.
 
ANF