« Le moment semble venu pour les femmes et les Kurdes d’écrire la dernière année de l’histoire de l’État islamique en réécrivant l’année Zéro de la Révolution. »
En 1979, les femmes et les Kurdes qui avaient activement participé à la chute de la monarchie iranienne avaient été écrasés violemment par le coup d’État clérical de Khomeini. Après un règne sanguinaire de plus de 40 ans émaillé de massacres réguliers des Kurdes à cause de leurs origines ethniques et de l’asservissement total des femmes / fillettes au nom de l’Islam, ces sans-droits se sont soulevés depuis le meurtre barbare de Jina Mahsa Amini par la police des mœurs à Téhéran le 16 septembre 2022 à cause d’un voile « mal porté ». Les mollahs faisaient payer à Jina son double affront fait aux valeurs misogynes et racistes du régime iranien en tant que femme et en tant que Kurde. Ainsi, les mollahs offraient aux femmes et peuples minorisés d’Iran le symbole parfait derrière lequel ils se sont aussitôt mis en bataille rangée. Les cheveux de Jina devenant leur étendard et le slogan féministe kurde « Jin, Jiyan, Azadî » (femme, vie, liberté) leur cri de ralliement.
Est-ce que ces femmes et Kurdes lésés depuis plus de 43 ans par un régime islamo-fasciste prendront-ils enfin leur revanche ou est-ce que de nouveau ils seront dépossédés de leur révolution comme en 1979 mais cette fois-ci par les royalistes qui s’appuient sur le soutien de l’Occident pour qui un Iran pluraliste et féministe ne sera pas un bon partenaire ? En attendant le dénouement final de cette révolution en cours en Iran, revenons sur l’année zéro de la révolution iranienne de 1979 avec un article co-écrit par Amir Kianpour et Omid Montazeri.
Retour sur l’année zéro de la révolution iranienne de 1979: la révolte « Femmes, vie, liberté »
Le 14 juillet 1789, lorsque les insurgés révolutionnaires prennent la Bastille en France, Louis XVI demande au duc de La Rochefoucauld-Liancourt s’il s’agit d’une « révolte », et ce dernier répond : « Non Sire, c’est une révolution » !
La question même et la même réponse ont résonné profondément ces jours-ci parmi les Iraniens. Le 2 octobre, les étudiants ont crié à Mashhad : « Ce n’est plus une manifestation ; c’est le début d’une révolution ». La veille, les étudiants de l’Université Beheshti de Téhéran avaient scandé : « N’appelez pas cela une manifestation, cela s’appelle maintenant une révolution ». De même, l’expression « révolution féministe » est partout dans l’air. Et pourtant, malgré l’optimisme général de leur volonté, les conditions matérielles de la poursuite du soulèvement, et à terme, d’une transformation politique, ne sont pas garanties.
Le début
Commençons par le début. L’assassinat brutal de Jina Mahsa Amini par la soi-disant police des mœurs (Gasht-e ershad) le 16 septembre 2022 à Téhéran a suscité indignation et protestations contre la République islamique, d’abord dans les régions kurdes. Les troubles au Kurdistan se sont transformés à plein régime en une insurrection nationale à caractère universel, rassemblant tous les dissidents d’horizons sociaux et politiques différents sous la bannière d’un slogan d’origine kurde : « Femmes, vie, liberté » (Jin, Jiyan, Azadi).
L’imagerie même du slogan « Femmes, vie et liberté » a ouvert l’espace pour mettre en avant un ensemble apparemment infini de revendications politiques et socio-économiques qui ne pourraient être satisfaites simplement par des réformes telles que la fin du port obligatoire du voile.
On ne peut plus imaginer un possible point de compromis entre l’État et le peuple. Tous les canaux de médiation entre les manifestants et le régime sont fermés. Il convient de rappeler que la possibilité d’un tel compromis était la raison d’être des réformistes (Eslāh-Talabān) en Iran dont le discours avait été hégémonique pendant près de trois décennies (1991 à 2018).
La multiplicité et l’inépuisabilité des revendications des manifestants, qui s’intègrent dans une lutte du tout ou rien, doivent être comprises à la lumière des développements récents de l’Iran. Au moins depuis le milieu des années 2010, l’Iran est le théâtre d’une « crise pré-révolutionnaire permanente », pour reprendre les mots d’Ernest Mandel, avec des manifestations hétérogènes sanglantes, parmi lesquelles on peut citer deux vagues nationales de protestations de masse, généralement dues à la détérioration des conditions économiques, à une hausse brutale des prix et à la paupérisation générale de la population : le soulèvement du Dey-96 (décembre 2017-janvier 2018) et le Insurrection d’Aban-98 (octobre et novembre 2019). Citons également les protestations de la Fille de la rue Enghelab (2017) contre le hijab obligatoire, les protestations [déclenchées après l’abattage] du vol 752 d’Ukraine International Airlines (2020), la protestation contre les pénuries d’eau et d’électricité, notamment dans la province du Khuzestan [région arabe d’Iran] (2021), et au moins sept ans de sit-in ouvriers, de grèves et de protestations contre la précarisation du travail et les privatisations.
Les agents des protestations de 2017-18 et de 2019 en Iran sont souvent considérés comme les classes urbaines pauvres et modestes, tandis que le mouvement des Verts (2009) et la protestation contre l’abatage du l’avion ukrainien (2020) étaient considérées comme des manifestations dirigées par la classe moyenne. Cependant, le soulèvement en cours ne peut être caractérisé simplement en termes de catégories sociologiques toutes faites. Il y a des signes de bouleversement contre l’ordre des choses existant dans la pratique ainsi que dans le langage qui l’interprète.
Le soulèvement « Femmes, Vie, Liberté » a apporté quelque chose de nouveau, une transformation de la quantité en qualité. Nous sommes face à une nouvelle réalité d’une conjonction sans précédent d’exigences politiques (face à la crise de la représentation politique) et d’exigences économiques (face à la crise de la reproduction sociale). Non seulement les femmes de la classe moyenne, mais aussi les femmes de la classe ouvrière sont actives et présentes dans les manifestations. Il n’y a pas que des émeutes mais aussi des grèves, bien que les grèves soient d’ampleur limitée et ne se produisent que dans certaines régions comme le Kurdistan.
Dimension « ana-révolutionnaire » d’une révolte
Une révolte ou une révolution ? Dans sa phénoménologie de la révolte spartakiste (1919), Furio Jesi distingue révolte et révolution en fonction de leur expérience spécifique du temps : alors que la révolution est plongée dans le temps historique, le moment de la révolte incarne la suspension absolue du temps historique et tout orientation pré-planifiée. Le soulèvement iranien n’est pas encore fortifié par un complexe stratégique coordonné et à long terme de mouvements qui puisse assurer une rupture radicale avec le statu quo dans sa totalité. Néanmoins, elle doit être considérée comme une révolution dans un sens précis : bien que l’insurrection menée par les femmes iraniennes n’ait pas encore franchi le pas révolutionnaire au-delà de la République islamique, elle consiste déjà en un mouvement révolutionnaire dans un sens rétroactif et en ce qui concerne les structures relation qui s’est créée entre le présent et le passé.
Le soulèvement implique une opération explicite de ré-imaginer et de revivre le moment de 1979 sur la base de différents fondements épistémiques. Plus de quarante ans après la révolution de 1979, l’Iran post-révolutionnaire apparaît désormais comme « ana-révolutionnaire », « ana » au sens de « encore », et plus encore, au sens de « à rebours ».
Il y a un côté ironique à la symbolique du soulèvement récent : les nouvelles générations semblent difficilement s’identifier à la terminologie de la révolution et en particulier à celle de 1979. En référence à la notion de transformation politique radicale, le mot autrefois préféré était Barandāzi (le renversement), c’est-à-dire le changement de régime, laissant place au terme Enghelāb (la révolution). Une fois de plus, Engelāb est de retour sur le bout de la langue de tout le monde. La révolution la plus populaire du XXe siècle, la révolution de 1979, a apparemment retrouvé sa résonance logique et historique. Ces militants et commentateurs qui ont violemment et systématiquement attaqué l’idée même de révolution dans l’air du temps idéologique post- soviétique– majoritairement issus de deux camps apparemment opposés : réformiste et royaliste – parlent maintenant clairement de révolution. Ceux qui voulaient effacer et enterrer la mémoire de la révolution de 1979 – entre autres, les ex-révolutionnaires, les sympathisants royalistes de l’ancien régime – se retrouvent d’un coup dans le décor réinstallé de la même révolution. Ce renouveau de l’esprit de la révolution de 1979 s’explique notamment par la référence à deux forces pionnières et initiatrices du soulèvement « Femmes, Vie, Liberté » : les femmes d’Iran et les Kurdes.
Les femmes et les Kurdes
La vague de protestations en Iran a été déclenchée par la cérémonie funéraire de Jina (Mahsa) Amini à Saqqez, sa ville natale. Des milliers d’habitants kurdes de Saqqez se sont rassemblés au cimetière d’Aychi, où les femmes ont enlevé leur foulard et transformé le deuil en indignation, et ainsi, la manifestation a commencé. Depuis lors, les femmes et les Kurdes, ainsi que les Baloutches, ont joué un rôle important dans l’expansion et la poursuite des protestations.
Il y a une quarantaine d’années, au lendemain de la révolution de 1979, les femmes et les Kurdes étaient à la pointe de la résistance contre l’accaparement du pouvoir de l’État par les islamistes. Alors que les islamistes s’efforçaient d’établir un État-nation monolithique et homogénéisé au nom de l’« Un » (Allah), l’existence même politique des femmes, des Kurdes et des autres nations colonisées comme les Baloutches, les Arabes, etc. signifiait invoquer la multiplicité dans le visage de l’« Un » – cette multiplicité doit être comprise en référence à la vague des libérations nationales de la seconde moitié du XXe siècle dont la vision principale était l’idée d’autonomie collective.
La répression des femmes et des Kurdes par les islamistes dans la tourmente post-révolutionnaire marque le passage de l’an zéro de la révolution à l’an un de la République islamique. Ce passage peut être formulé en termes d’une opération d’exclusion constitutive par laquelle le régime islamique a constitué son corps politique en excluant certaines différences – différences incarnées notamment par les femmes et les Kurdes.
L’an premier de la République islamique commence le 12 janvier 1979 avec un décret de l’ayatollah Khomeiny, issu d’une position au-delà de la loi, pour constituer le Conseil de la révolution islamique (l’État avant la lettre). C’était bien avant le référendum de la République islamique (appelé référendum « oui ou non ») et même avant le renversement du régime du Shah le 11 février 1979 – date qui marque la victoire de la révolution. En fait, la République islamique a été établie et consolidée par une série de décrets émis par Khomeiny, le plus important étant le décret de désarmement général du 13 février 1979,5 le décret du hijab obligatoire pour les femmes employées dans les bureaux du gouvernement le 7 mars 1979 et le décret du 19 août 1979 (fatwa Jihad) autorisant la répression des révolutionnaires kurdes.
Tous les décrets précités ciblaient soit les femmes, soit la population kurde d’Iran, servant à paver le passage de la révolution (multiple dans ses forces et ses formes) à la République (comme Une). Cette transition ne s’est pas faite sans friction ni résistance. Le 8 mars 1979, un jour après le décret de Khomeiny [Khomeyni] sur le hijab obligatoire, des milliers de femmes sont descendues dans la rue en scandant : « Nous n’avons pas fait une révolution pour revenir en arrière. » Cette manifestation s’est poursuivie pendant six jours et s’est étendue à d’autres villes, et a conduit au retrait temporaire par Khomeiny (…) du port du voile obligatoire.
Le soulèvement des femmes de six jours en mars a été une mobilisation inattendue et explosive et la première résistance frontale contre l’ayatollah Khomeiny et le nouveau corps politique homogène formé en son nom. La résistance des femmes a trouvé un fort écho parmi les féministes européennes ainsi que dans les journaux étrangers, notamment en raison du lien entre le décret de Khomeiny et les manifestations internationales de la Journée de la femme [du 8 mars].
Les militantes du magazine féministe français de Des femmes en mouvement, témoins directs du soulèvement des femmes en Iran, l’ont considéré comme une secousse de l’édifice monothéiste de l’Orient et de l’Occident. La revue féministe Histoires d’elles a lancé une pétition intitulée « Avec les femmes iraniennes, brûlons nos voiles et sortons dans la rue ». Il a été signé par un large éventail de groupes et de collectifs féministes et semble avoir été écrit pour les événements d’aujourd’hui en Iran :
« Pour la première fois dans le tiers monde, les femmes ne se laissent pas sacrifier par la révolution. Pour la première fois, elles refusent de se ranger au nom de la révolution à laquelle elles ont contribué, et elles la font entendre. Dans la rue, au péril de leur vie, elles crient que le combat continue contre les nouveaux maîtres de l’ordre de la République islamique. »
Au lendemain de la révolution de 1979, les Kurdes se sont retrouvés dans une situation d’oppression antagoniste parallèle à celle des femmes. En alliance avec les communistes révolutionnaires iraniens, et tout comme les femmes, les Kurdes étaient à l’avant-garde d’une «révolution dans la révolution» – la poursuite de la révolution malgré la République islamique – et finalement d’une «révolution contre (contre) révolution ».
En fait, le Kurdistan peut être considéré comme l’ultime rempart contre l’accaparement du pouvoir par les islamistes au début des années 1980. Ayant une tradition communiste profondément enracinée, activée et incarnée à cette époque par le parti Komala, le Kurdistan était en soi le pivot de la déconstruction et de la décentralisation du nationalisme chiite qui était le principal pilier idéologique du nouveau régime.
L’histoire de la question kurde remonte bien avant la révolution de 1979. Près de trois décennies après la fin de l’éphémère République kurde autonome de Mahabad (du 12 janvier 1946 au 15 décembre 1946), la question de l’autodétermination nationale du Kurdistan s’est à nouveau posée dans la tourmente post-révolutionnaire de l’Iran et est pratiquement devenu le premier grand défi géopolitique et régional pour l’État central de l’Iran.
L’affrontement entre les Kurdes et Khomeini est apparu peu après la révolution. Presque tous les partis et organisations kurdes ont ouvertement boycotté le référendum sur la République islamique, qui s’est tenu les 30 et 31 mars 1979, demandant aux Iraniens de voter «Oui» ou «Non» à l’établissement d’une République islamique. Les deux principaux partis kurdes armés, le Parti démocratique kurde d’Iran (PDKI) et l’organisation révolutionnaire des Travailleurs kurdes d’Iran (Komala), ont uni leurs forces pour préserver l’autonomie de fait des régions kurdes qui étaient sorties du vide du pouvoir laissé après la révolution et étaient dirigées administrativement par des conseils populaires (Showras) et des assemblées (Benkehs). Certains des groupes marxistes révolutionnaires, tels que la Guérilla Fedayin du peuple iranien [organisation de guérilla marxiste-léniniste] (faction Dehghani), ont établi leurs bases au Kurdistan dès avril 1979, et avec l’intensification des mesures répressives par le régime nouvellement établi, davantage d’organisations communistes se sont déplacées vers le Kurdistan. de sorte qu’il est progressivement devenu la base principale des dissidents de gauche.
Pour réprimer les zones autonomes collectives révolutionnaires au Kurdistan, Khomeiny a émis une fatwa du Jihad le 19 août 1979, lançant une campagne militaire à grande échelle et déclenchant une guerre civile sanglante. L’état d’urgence s’est poursuivi longtemps après la répression des dissidents au Kurdistan, au moins jusqu’à la fin des années 1980.
En fait, c’est pendant la guerre du Kurdistan que le Corps des gardiens de la révolution islamique a été conçu comme le principal bras militaire du régime. Plus important encore, la République islamique, telle qu’elle existe aujourd’hui, a été calquée sur un état d’urgence déclaré pour la première fois au Kurdistan.
Répétition créative des possibilités manquées ?
Quatre décennies après la révolution, les femmes iraniennes et les Kurdes se sont à nouveau engagées dans un conflit frontal avec l’État islamique. Une grande partie du décor de 1979 a réapparu aujourd’hui, avec les mêmes protagonistes sur scène. Il semble que la fin de partie de la révolution se déterminera sur un décor remarquablement similaire à sa scène d’ouverture. Le moment semble venu pour les femmes et les Kurdes d’écrire la dernière année de l’histoire de l’État islamique en réécrivant l’année zéro de la révolution.
Si le soulèvement iranien de 2022 est encore loin d’entrer dans une conjoncture révolutionnaire, comme tout grand événement politique, il a déjà modifié la perception du passé et engendré un nouvel imaginaire historique. La représentation dominante et incontestée du passé du régime iranien a été altérée. La notion prétendument dépassée d’Enghelāb est revenue sur le devant de la scène parmi les Iraniens, et l’esprit de révolution est réapparu. Il y a une tendance forcée à associer les événements actuels aux événements qui ont conduit à la révolution de 1979. Pour donner un exemple, le massacre de la mosquée Shah-Cheragh à Shiraz (octobre 2022) est considéré comme le nouvel incendie du cinéma Rex à Abadan (août 1978) [commis par les islamistes].
Tout cela donne une forte impression de déjà-vu. Cependant, derrière le rideau des similitudes se cachent certaines différences décisives. Alors que la révolution de 1979 s’est produite à la charnière d’une transition du monde divisé de la guerre froide vers un ordre mondial Pax Americana recréé sous la forme de la mondialisation néolibérale, le soulèvement « Femme, Vie, Liberté » se produit dans le contexte d’un ordre mondial émergent plus complexe où la primauté et l’unilatéralisme américains s’érodent. Cela peut potentiellement créer une nouvelle phase compétitive de violence militaire géopolitique et de rivalité économique. Les campagnes impérialistes d’instrumentalisation sont déjà à l’œuvre, ainsi qu’une guerre mondiale des récits. Pour la même raison, le mouvement des femmes et les Kurdes (et d’autres) devraient vigoureusement et avec vigilance garder leurs distances avec l’Occident de la même manière qu’ils le sont déjà avec Moscou.
Une autre différence concerne les appareils répressifs et idéologiques de l’État islamique. Même si la base populaire de la République islamique s’est considérablement réduite par rapport au début des années 1980, l’État iranien est aujourd’hui beaucoup plus modernisé/militarisé par les technologies avancées de répression. Mais peut-être que la différence la plus importante n’est pas simplement que les femmes, les Kurdes et, en général, les forces progressistes laïques ont eu la chance de prendre le pouvoir aux soi-disant islamistes arriérés ; c’est que la logique même d’articulation de la politique du corps est passée d’un modèle monothéiste à un modèle polythéiste, grâce au mouvement « Femmes, Vie, Liberté ».
Le présent a renouvelé une compréhension du passé parallèlement à la réémergence de divisions plus anciennes. Mais il reste encore à trouver une voie vers l’avenir dans un monde néolibéral post-utopique. Le soulèvement « Femmes, Vie, Liberté » peut-il être la première grande révolution du XXIe siècle ? Ou suivra-t-il le cours du tragique printemps arabe ? Sera-t-il vidé de sa multiplicité décentralisée, ou pourra-t-il effectivement produire quelque chose de nouveau à partir de ses contradictions internes ? Sera-t-il englouti dans des tensions et des conflits internationaux chaotiques ? Il y a de bonnes raisons d’y voir seulement la phase d’ouverture de la révolte contre le régime actuel dans l’élaboration d’une nouvelle politique.
Amir Kianpour est titulaire d’un doctorat. doctorante en Philosophie à l’Université Paris-8 (LLCP), travaillant sur l’hétérogénéité du temps historique en relation avec la dynamique du capitalisme contemporain. Il a traduit des essais et des livres de l’anglais et du français vers le farsi, dans les domaines de la théorie critique, du marxisme et des études théâtrales.Omid Montazeri est essayiste, journaliste et ancien prisonnier politique. Au cours des trois dernières années, il a travaillé avec le « projet hors site » en tant que chercheur indépendant sur la construction de l’État et la violence dans l’Iran post-révolutionnaire. Son principal domaine de recherche est l’héritage intellectuel et politique du communisme et de la gauche radicale en Iran, depuis les années 1960 et plus particulièrement dans le contexte de la révolution de 1979.
La version d’origine (en anglais) est à lire ici: Back to Year Zero of the 1979 Iranian Revolution: The ‘Women, Life, Freedom’ Revolt
PARIS – Le ministre français de la Défense, Sébastien Lecornu, a déclaré que les attaques turques contre le nord et l’est de la Syrie menacent le combat contre l’Etat islamique et facilitent la fuite des membres de l’EI détenus par les forces arabo-kurdes.
Le ministre français de la Défense, Sébastien Lecornu, a fait une déclaration à l’issue d’une rencontre avec son homologue turc, Hulusi Akar.
Le ministre français de la Défense a exprimé sa « profonde inquiétude » lors de la rencontre qui a eu lieu 10 jours après la dernière vague d’attaques d’invasion lancée par l’armée turque contre le Rojava le 19 novembre.
Licornu a fait remarquer que les frappes aériennes turques « aggravent les tensions » et « menacent la stabilité de la région ».
Licornu s’est dit préoccupé par les menaces que font peser les attaques turques sur « les progrès réalisés par la Coalition internationale dans le combat contre l’Etat islamique depuis plusieurs années ». Il a ajouté qu’une intervention turque mettrait en péril la sécurité du personnel militaire des forces de la coalition dans le nord et l’est de la Syrie.
IRAN / ROJHILAT – Le régime iranien a exécuté le prisonnier kurde Mehdi Lotfi à la prison centrale d’Ilam le 23 novembre. La semaine dernière, les mollahs iraniens ont exécuté 12 prisonniers, dont 7 Baloutches et un Kurde.
Dans la matinée du 23 novembre, le prisonnier kurde Mehdi Lotfi a été exécuté dans la prison centrale d’Ilam. Mehdi Lotfi a été arrêté il y a environ trois ans et condamné à mort pour « homicide intentionnel ».
Le régime utilise la peine de mort contre les minorités ethniques et religieuses
La semaine dernière, le régime iranien a exécuté 12 prisonniers, dont 7 étaient des Baloutches et un Kurde. Les personnes exécutées sont:
1-Mohammed Eisa Zahi-Baloutche2- Zubair Brahui-Baloutche3- Gengis Gergij-Baloutche4- Mehdi Lotfi- Kurde5- Niaz Jadgal-Baloutche6-Abdullah Salah Zahi-Baloutche7- Mohammad Amin Omarzahi-Baloutche8-Mohammad Omar Khame-Baloutche9- Kehan Shakerpanahi10- Hossein Khairollahi11-Sahib Rasouli12-Mohammad Nour Mazarzahi
L’absence de classification pour « homicide intentionnel » en Iran fait que tout type de meurtre, quelle que soit la gravité, la faiblesse et la motivation de l’accusé, conduit à la condamnation à mort.
L’ONG kurde Heyva Sor a lancé une campagne de dons pour venir en aide aux civils blessés ou emprisonnés au Kurdistan iranien par les forces gouvernementales lors des protestations populaires déclenchées par le meurtre de Jina Mahsa Amini.
La campagne d’aide vise à collecter des dons pour les victimes de la révolution « Femme, vie, liberté » au Kurdistan iranien (Rojhilat).
Heyva Sor a Kurdistanê (Croissant-Rouge du Kurdistan) a lancé la campagne de collectes de dons pour les victimes de la révolution « Jin, Jiyan, Azadî (Femme, vie, liberté) » au Kurdistan oriental (Iran).
« Nous, en tant que Heyva Sor a Kurdistanê (Croissant-Rouge du Kurdistan), considérons qu’il est de notre devoir et de notre responsabilité d’aider les victimes des récentes manifestations révolutionnaires au Kurdistan oriental. Par conséquent, nous ferons tout notre possible pour faciliter la vie des gens. Cependant, comme vous le savez, à cause du recours à la violence et à la répression par le régime iranien, le nombre de victimes est très élevé. Par conséquent, il est important d’appeler tous les Kurdes à remplir leurs devoirs humains et nationaux, à tendre la main et à faire un don à la Heyva Sor a Kurdistanê », a déclaré mercredi le Croissant-Rouge kurde dans un communiqué.
Heyva Sor a Kurdistanê collecte des dons d’argents et les remet rapidement à ceux qui en ont besoin. En France, les dons peuvent être envoyés sur le compte de l’ONG franco-kurde Roja Sor – Soleil Rouge.
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SYRIE / ROJAVA – Les Etats-Unis ont évacué leur personnel civil présent au Rojava vers Erbil, capitale du Kurdistan irakien, alors que la Turquie cible les Kurdes syriens et les infrastructures civiles vitales. On s’attend à une invasion militaire turque imminente dans le Nord-Est de la Syrie.
Mazlum Kobane, commandant en chef des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), principal alliées des États-Unis dans la lutte contre l’État islamique en Syrie a déclaré qu’il disposait de renseignements crédibles selon lesquels la Turquie préparait une invasion terrestre contre le nord-est de la Syrie sous contrôle kurde, conformément aux menaces d’Ankara.
Mazlum Kobane, également connu sous le nom de Mazlum Abdi, a déclaré lors d’une conférence de presse en ligne que la Turquie rassemblait des forces autour des villes de Manbij et Kobanê et que des groupe jihadistes soutenus par la Turquie se concentrait entre Manbij et Tell Rifaat, ajoutant que les FDS étaient prêtes à repousser les attaques et à défendre leurs terres.
Kobane a regretté le manque de réaction occidentale des États-Unis et de la Russie, notant que les menaces de la Turquie étaient beaucoup plus fortes que les déclarations de condamnation faites par les Etats-Unis. (Via al-Monitor)
Alors que les Etats-Unis se contentent de déclarations creuses, les Russes font pression sur les Kurdes syriens pour qu’ils abandonnent la zone frontalière du Rojava au régime syrien, s’ils veulent éviter une invasion turque. Encore une fois, les Kurdes ne peuvent compter que sur leur seule courage pour faire face à une des plus grandes armées de l’OTAN.
TURQUIE / KURDISTAN DU NORD – La « justice » turque a ordonné l’arrestation de 50 militantes kurdes dans une rafle anti-femme qui dure depuis 25 novembre avec l’arrestation d’environs 300 femmes lors des manifestations dans le cadre de la Journée internationale de lutte pour l’élimination des violences faites aux femmes.
La police turque mène des raids dans 14 villes sur ordre du bureau du procureur général d’Ankara. 50 militantes du mouvement des femmes doivent être arrêtées.
Dans le cadre d’une enquête lancée par le bureau du procureur général d’Ankara, la police turque a perquisitionné les domiciles de militantes du mouvement des femmes kurdes (TJA) dans 14 villes, dont Diyarbakır (Amed).
50 femmes recherchées
Le bureau du procureur général a déclaré avoir ordonné ce matin l’arrestation de 50 femmes accusées d’appartenance à une organisation terroriste. La répression semble se focaliser sur le Kurdistan. Rien qu’à Amed, 22 femmes auraient été arrêtées. Dans la matinée, la police turque a pris d’assaut un grand nombre d’appartements là-bas, arrêtant entre autres la Mère de Paix Besile Narin, les militantes du mouvement des femmes TJA Figen Ekti, Mekiye Ormancı, Gülcihan Şimşek, Berivan Elter, Didar Çeşme, Zekiye Güler, Bedia Akkaya, membre de l’Académie des femmes Figen Aras et Sultan Esen fête. L’arrestation de Dilan Akdoğan est signalée à Izmir. On ne connait pas encore l’identité de toutes les femmes arrêtées. Une détention au secret de 24 heures a été ordonnée pour les personnes arrêtées.
Le régime lance sa campagne électorale
Lors d’une conférence de presse d’urgence, la porte-parole du Conseil des femmes du HDP, Ayşe Acar Başaran, a commenté la répression. Elle décrit les arrestations comme une attaque contre la philosophie « Jin, Jiyan, Azadî » (les femmes, la vie, la liberté). Mais la lutte des femmes ne sera pas intimidée. Başaran a expliqué : « Le gouvernement et le parquet général ont eu recours à un classique et ont présenté cette opération dans la presse comme une opération anti-terroriste. Mais nous savons très bien ce que signifient ces opérations et ce que l’AKP/MHP veut réaliser avec elles. Les élections approchent à nouveau. Alors que le régime cherche à approfondir la guerre et le chaos et à les répandre dans tous les secteurs de la société, cette opération vise la lutte des femmes, qui est la principale force organisée contre le régime. Pendant des années, le régime a essayé de réprimer, de marginaliser et de diviser la lutte des femmes par l’emprisonnement et les attaques. Cette opération poursuit également cet objectif. »« Une attaque contre les femmes, la vie, la liberté »
Başaran situe les opérations d’arrestation en cours dans le contexte des violences policières contre les manifestations de femmes du 25 novembre et de la politique de guerre du régime. Elle explique : « Le régime a peur de la lutte des femmes. Car le modèle qui s’est créé aujourd’hui au Rojava, au nord et à l’est de la Syrie, est une révolution qui est un cadeau pour toutes les femmes du monde. Parce que la révolution est devenue l’espoir d’une vie collective pour toutes les femmes et tous les peuples, elle craint et attaque la lutte des femmes. Aujourd’hui, il vise la lutte des femmes en Iran parce qu’elles ont brandi le slogan « Jin, Jiyan, Azadî [femmes, vie, liberté] » au Rojhilat (Kurdistan oriental) et en Iran et ont fait de ce slogan une philosophie pour le monde entier. Pour cela, les femmes ont risqué toutes sortes d’attaques de la part du régime des mollahs. Il vise la lutte des femmes en Afghanistan parce qu’il voit que les femmes en Afghanistan ne prêtent pas allégeance au régime taliban et ne reculent pas. »« Les femmes liquideront ce régime »« Ici nous déclarons à nouveau, aucune force ne pourra faire reculer la lutte des femmes, la lutte continuera tant qu’il y aura une amie TJA, une amie HDP, une amie féministe, une amie socialiste là-bas. Nous déclarons une fois de plus que nous ferons reculer le régime misogyne et belliciste de l’alliance AKP/MHP, nous éliminerons ce régime. Aucun pouvoir ne pourra s’y opposer. Ni les barricades policières ni les arrestations et arrestations politiques ne nous arrêteront. Nous continuerons à nous battre côte à côte avec nos amies. »
ANF
Alors que la répression s’abat particulièrement sur les régions kurdes d’Iran depuis le début des manifestations anti-régime provoquées par le meurtre de Jina Mahsa Amini, l’universitaire Hawzhin Azeez met en garde contre les tentatives de récupération de la révolution iranienne par les groupes nationalistes/colonialistes iraniens qui voient d’un mauvais œil les revendications des minorités ethniques et religieuses persécutés d’Iran.
Voici son article:
Les Kurdes devraient-ils se préparer à une autre trahison dans la révolution iranienne?
La mort d’une femme kurde, Jina Mahsa Amini, le 16 septembre 2022 a produit l’un des soulèvements les plus puissants en Iran à ce jour. Le meurtre de Jina a déclenché un dialogue interne sur la politique identitaire iranienne, qui s’est également étendu au niveau international. Alors que les manifestants se répandaient dans les rues d’Iran dans des dizaines de villes et de villages, le nom de « Mahsa Amini » est devenu un cri de libération, de liberté pour les femmes, les étudiants et d’autres segments de la société.
Pourtant, ce débat a donné lieu à des discussions [houleuses] sur ce qu’implique la « liberté iranienne ». Certains ont plaidé pour la libération de toutes les communautés opprimées et marginalisées, tandis que d’autres ont appelé à un sentiment d’unité nationale sous le slogan « une nation, un drapeau ».
Alors que les protestations s’accéléraient, la communauté kurde d’Iran, le plus grand groupe ethnique minoritaire et un segment de la société longtemps opprimé et marginalisé, a montré son mécontentement face au fait que l’identité kurde de Jina a été passée sous silence, tandis que des slogans kurdes de longue date tels que « Jin, Jiyan, Azadi » (Femmes, Vie, Liberté) a été ouvertement utilisé par les manifestants. La tension autour de l’utilisation de Jina ou Mahsa comme nom de la jeune femme assassinée peut sembler superficielle et, comme le soutiennent certains manifestants iraniens, fait dérailler l’objectif principal du soulèvement populaire.
Cependant, compte tenu non seulement de la longue histoire d’oppression des Kurdes en Iran, mais aussi des efforts de la nation kurde au sens large en faveur de l’autonomie culturelle, souligne l’importance de promouvoir l’aspect kurde des manifestations actuelles.
L’histoire de la répression des soulèvements kurdes :
Depuis l’imposition de l’accord Sykes-Picot au début du XXe siècle, les Kurdes ont été divisés entre les États d’Iran, de Turquie, d’Irak et de Syrie et l’Union soviétique. Leur division est venue comme une politique coloniale tragique qui a depuis entraîné des décennies de répression intense, de tactiques d’assimilation violentes, de nettoyages ethniques et même de multiples génocides. Les Kurdes d’Iran, avec la région dominée par les Kurdes appelée Rojhelat, ne s’en sont pas mieux tirés que leurs homologues des autres régions du grand Kurdistan. Au début du 20ème siècle, le nationalisme a gagné le soutien populaire et après le tristement célèbre discours en quatorze points de Woodrow Wilson [selon lequel] les anciennes colonies devaient accéder à l’indépendance, le nationalisme kurde a également connu un fort mouvement vers l’autodétermination. Le régime Pahlevi, comme ses États voisins, s’était engagé dans des politiques répressives de persanisation de ses diverses minorités ethno-religieuses dans le but de centraliser le pouvoir et le gouvernement. Des politiques racistes et d’exclusion telles que la révolution constitutionnelle de 1905-1911, conçues pour promouvoir la langue et l’identité persanes au-dessus des autres groupes ethno-religieux, ont servi à éloigner davantage les Kurdes du gouvernement central.
Néanmoins, les Kurdes du Rojhilat [Kurdistan de l’Est sous domination iranienne] ont continué à défendre leurs droits ethnoculturels distincts à l’intérieur des frontières de l’Iran. Les rébellions kurdes à travers les frontières de la Turquie et de l’Irak, comme dans le soulèvement de Sheikh Ubeydullah en 1879-81 contre d’abord l’Empire ottoman, puis l’Iran – Qajar et les efforts des rébellions des Barzani, ont entraîné des soulèvements correspondants au Rojhelat. Le cas de la rébellion de Simko Shikak en 1918 ou celui de la République de Mahabad en 1946 ont été les résultats des efforts plus importants des Kurdes vers l’autonomie ou l’indépendance. Dans tous les cas, les efforts séparatistes kurdes ont été étendus et se poursuivent au moins depuis 1918 à ce jour, car les gouvernements centraux ont accru la répression et la violence envers les Kurdes. La République de Mahabad a finalement été brutalement réprimée avec son chef, le président Qazi Muhammad, et nombre de ses cadres proches pendus publiquement. La République naissante n’existait que depuis 11 mois, mais avait réussi à former des institutions gouvernementales, à éliminer la police iranienne avec ses propres forces kurdes et à établir le kurde comme langue officielle. Mahabad a laissé une impression forte et durable sur la psyché collective des Kurdes, surtout pour sa fin brutale.
Un exemple frappant qui a une signification pour le soulèvement actuel des Kurdes en Iran est leur participation à la Révolution de 1979. La révolution de 1979 a été un soulèvement de masse populaire qui a entraîné la suppression de la dynastie Pahlavi sous le règne de Shah Mohammad Reza Pahlavi. Le résultat fut la création de la République islamique sous le règne clérical de l’ayatollah Khomeiny. Les clercs religieux se sont appropriés la révolution au dernier moment, malgré le fait que le soulèvement comportait de multiples groupes de gauche, laïques et religieux. Le nouveau régime clérical avait évincé une monarchie pro-occidentale laïque, quoique répressive et autoritaire, et l’avait remplacée par une théocratie anti-occidentale fondée sur la notion de tutelle des juristes islamiques. Cependant, le nouveau régime était essentiellement aussi répressif et autoritaire que la monarchie précédente. Tout aussi important, ce nouveau Gardiennat impliquait non seulement une renaissance de la secte chiite longtemps réprimée au Moyen-Orient, mais impliquait également un leadership fort dans lequel l’Iran se présentait comme un protecteur de l’identité islamique, bien que (d’obédience] chiite.
Pour les Kurdes qui avaient largement participé au sein des groupes gauchistes, marxistes et laïcs aux révoltes, les deux issues de la Révolution de 1979 furent désastreuses. Non seulement les Kurdes étaient principalement laïcs, mais ils étaient également largement sunnites ou d’autres religions comme une partie des communautés Yarsani, Baha’i ou juive. Bien qu’il y ait eu initialement des appels à de plus grands droits kurdes et même à une autonomie pure et simple, le dialogue entre les partis kurdes et le gouvernement central s’est rapidement effondré. Un discours important prononcé par l’ayatollah Khomeiny dans lequel il a rejeté la notion de minorités existant en Iran comme non islamiques a abouti à une fatwa, un édit religieux, contre les Kurdes. La fatwa a été émise en août 1979 sanctionnant le massacre des Kurdes en tant que non-croyants et séparatistes. Le résultat a été une guerre brutale et continue contre les Kurdes dans laquelle des chars, des canons et des forces armées ont marché dans les régions kurdes et ont commencé des massacres de civils.
Khomeiny a également envoyé son fidèle disciple, l’ayatollah Sadegh Khalkhali, qui avait été promu à la tête du tribunal révolutionnaire islamique et déjà connu sous le nom de juge des pendaisons, pour avoir fait exécutés un nombre impressionnant de prisonniers politiques kurdes. Des milliers de personnes, dont des femmes et des enfants qui avaient à peine comparu devant le juge, ont été sommairement exécutées ou pendues. Alors que la guerre de répression se poursuivait, de plus en plus de Kurdes ont été arrêtés, torturés, pendus ou ont disparu au fil des ans.
La guerre contre les Kurdes n’était pas seulement militaire. Cela impliquait également des politiques économiques conçues pour maintenir délibérément les régions dominées par les Kurdes dans la pauvreté, manquant d’un accès généralisé à l’éducation et aux soins de santé. La région, par rapport au reste de l’Iran, est restée constamment sous-développée et défavorisée à ce jour. Cette politique correspondait en grande partie à la tendance des monarchies précédentes à ne pas moderniser les régions kurdes où aucune usine ni route n’avaient été construites. De même, les religieux ont refusé les droits kurdes sous forme de vêtements, de langue parlée, d’écriture ou de publication ou d’éducation dans les écoles. La kurde était carrément interdite. La persanisation est devenue synonyme de génocide culturel des Kurdes.
De même, dans d’autres régions du Kurdistan, notamment en Turquie, en Syrie et en Irak, les différents régimes ont mis en œuvre les mêmes politiques. En Turquie, de nombreux Kurdes ont suivi la promesse du général turc Mustafa Kemal [Ataturk] d’une nation kurde et turque commune. Auparavant, les mouvements nationalistes kurdes du prince Muhammad de Rewanduz en 1839 et celui de Bedir Khan Pacha de Botan en 1847 avaient été brutalement réprimés avec l’aide des officiers allemands et britanniques.
Les Kurdes rejoignent néanmoins les Turcs, mais lorsque le nouvel État turc est créé en juillet 1923 à la suite du traité de Lausanne, les Kurdes subissent un choc majeur. Mustafa Kamal a rompu son accord avec les Kurdes et a immédiatement interdit l’identité, la langue, les vêtements, la musique et l’éducation kurdes. Les soulèvements populaires ultérieurs des Kurdes se sont poursuivis, notamment celui de Sheikh Sa’id de 1925, les soulèvements du mont Ararat de 1927-30 et celui des soulèvements de Dersim en 1936-1939. Tous ces soulèvements ont été lourdement et brutalement détruits. Des décennies de résistance, de soulèvement et de révoltes kurdes se sont poursuivies alors même que les militants kurdes des droits humains ont souffert dans les prisons turques.
Une tendance similaire a suivi les Kurdes en Irak, où l’autonomie et la liberté kurdes ont été troquées par les puissances coloniales des gouvernements britannique, américain et français contre des revenus pétroliers lucratifs. L’État irakien a été formé à la suite de l’accord Sykes-Picot après la fin de la Première Guerre mondiale. Alors que des promesses d’autonomie ont été faites aux Kurdes, en 1920 avec le traité de Sèvres puis finalement avec le traité de Lausanne, tous les espoirs d’autonomie ou d’indépendance pour les Kurdes d’Irak ont également été anéantis. Ce qui a suivi en Irak a également été des décennies de cycles de guerre, de violence, de déplacements et de nettoyages ethniques, culminant avec la tristement célèbre campagne Al-Anfal [génocide kurde] lancée par Saddam Hussein de 1987 à 1989. Politiques d’arabisation, rasage de milliers de villages kurdes, expulsions forcées, exécutions de masse d’hommes âgés de 16 à 60 ans (…), ainsi que l’utilisation d’armes chimiques sur les Kurdes ont émaillé cette période. En 1991, les Kurdes et les chiites d’Irak se sont soulevés collectivement contre le traitement barbare du régime de Saddam envers les deux communautés à la suite d’un appel de la première administration Bush aux États-Unis. Les soulèvements ont duré de mars à avril, mais ont finalement été brutalement réprimés par les gardes républicains de Saddam. Le résultat a été plus de deux millions de Kurdes déplacés, des dizaines de milliers de morts, exécutés, emprisonnés et torturés.
Plus récemment, avec la montée de l’État islamique d’Irak et du Levant (DAECH / ISIS), les Kurdes ont lancé un mouvement de résistance qui a abouti au tristement célèbre siège de la ville de Kobanê dans le nord de la Syrie, également appelé Rojava en kurde (Kurdistan occidental). Après le début de la guerre civile syrienne en 2012, les Kurdes ont immédiatement commencé l’autonomie gouvernementale et la formation des Unités de protection du peuple (YPG) et des Unités de protection des femmes (YPJ). Dans les années qui ont suivi, les Kurdes ont formé un modèle démocratique laïc, inclusif et radical fondé sur les trois piliers de la libération des sexes, de l’écologie et du pluralisme démocratique. La région a produit l’une des régions les plus démocratiques et les plus inclusives du monde, qui subit une répression continue de la part du régime turc de l’autre côté de la frontière. Le régime d’Erdogan n’a pas lésiné sur les dépenses en lançant des dizaines d’annexions violentes et de campagnes brutales à la fois contre les Kurdes au Rojava mais aussi au Bashur (Nord de l’Irak, Kurdistan du Sud). La Turquie a annexé le canton d’Afrin ainsi que d’autres régions cruciales, tout en renforçant et en armant des groupes terroristes violents en Syrie pour lutter contre les Kurdes. Fin 2019, les Kurdes avaient perdu plus de 12 000 soldats des YPG-YPJ dans la lutte contre l’Etat islamique. Depuis 2014, les Kurdes avaient travaillé en étroite collaboration avec l’armée américaine dans la lutte contre l’EI, en échange d’une protection contre les incursions et les invasions turques. Pourtant, en octobre 2019, Trump avait annoncé que les États-Unis retireraient leurs troupes de la région dans le but de permettre à la Turquie d’envahir la région. Suite à l’indignation mondiale à grande échelle, la région a été en grande partie débarrassée des soldats américains qui ont agi comme tampon contre l’invasion turque et la Turquie a lancé une invasion brutale et une campagne militaire au cours de laquelle des armes chimiques ont également été utilisées contre des civils. Joe Biden, l’actuel président, a à l’époque fermement condamné la décision de Trump de trahir les Kurdes, mais a depuis suivi la même campagne pour permettre aux Kurdes d’être brutalisés par les invasions et les frappes aériennes turques en cours.
L’engagement long et inébranlable des Kurdes en faveur de la liberté n’a d’égal que le nombre de fois qu’ils ont été trahis dans l’histoire. Le soulèvement iranien actuel, qui continue d’apparaître sans chef, répétera-t-il le même cycle de trahisons dans le passé ? Leur travail révolutionnaire aidera-t-il finalement à créer un gouvernement néo-nationaliste autoritaire et persan similaire ? L’histoire, au moins, nous dit que les Kurdes doivent être extrêmement prudents. Ceci est particulièrement important à la lumière de l’effacement croissant de la kurdicité de Jina Mehsa Amini, qui est réduite à une simple femme iranienne – comme si sa kurdicité n’avait aucun rôle à jouer même dans son nom, sans parler de sa torture en prison et de sa mort éventuelle au mains de la police des mœurs. Un exemple parfait est « Women, Life, Freedom: A Slogan One Hundred Years in the Making », article récent de Nahid Siamdoust, professeure en études sur le Moyen-Orient et les médias à l’Université du Texas. Dans son article, Nahid Siamdoust met en lumière l’activisme des femmes iraniennes – c’est-à-dire persanes – au cours des 100 dernières années. Fait intéressant, l’article ne mentionne pas une seule fois les Kurdes, le Kurdistan ou le fait qu’Amini était kurde, ni les manières croisées dont les minorités ethno-religieuses ont souffert de manière disproportionnée des politiques étatiques oppressives en Iran ; ni que la majorité des personnes assassinées lors des manifestations proviennent des communautés baloutche et kurde. Le mouvement iranien doit fortement désavouer la répétition des pratiques coloniales d’effacement et d’appropriation culturelle pour ne pas perdre la confiance de la partie kurde.
Pas d’amis mais les montagnes ?
Le bref résumé de l’histoire kurde moderne indique que les Kurdes sont souvent utilisés pour des mouvements démocratiques populaires et des soulèvements, pour se retrouver encore plus réprimés et encore plus marginalisés qu’auparavant. À la lumière de cette histoire brutale et sanglante, il est essentiel que les Kurdes d’Iran se taillent une position distincte dans laquelle leurs droits post-révolutionnaires sont protégés. L’histoire ne peut pas se répéter. En effet, on ne peut pas permettre qu’elle se répète. Pour cette raison, les Kurdes d’Iran doivent formuler un plan en rapport avec le type d’autonomie ou de droits culturels dont ils ont besoin. Peut-être cette vision entraînera-t-elle un système confédéral tel que celui mis en place par les Kurdes au Rojava, ou peut-être entraînera-t-elle une forme d’autonomie telle que vivent actuellement les Kurdes d’Irak. Quoi qu’il en soit, il existe une multitude de modèles et d’exemples dans lesquels les Kurdes peuvent faire l’expérience de la liberté culturelle ainsi que de la paix.
Le facteur décisif, bien sûr, implique les factions perses et autres des soulèvements populaires actuels. Comme l’histoire l’a prouvé, la plupart des soulèvements populaires finissent par devenir des répliques des systèmes brutaux et autoritaires du régime précédent. En effet, des éléments de cette tendance troublante sont déjà présents dans les soulèvements alors que les manifestants kurdes se sont vu refuser le droit de parler, de déclarer leur kurde, de hisser des drapeaux kurdes ou ont même été réduits au silence lors de manifestations avec le slogan « une nation, un drapeau ».
Si le soulèvement iranien actuel doit être finalement réussi et démocratique, il doit prendre en considération l’élément kurde, ses sacrifices et sa participation aux manifestations. De même, d’autres communautés marginalisées telles que les Baluch et Lors, entre autres, doivent également être prises en considération et toutes les mesures doivent être prises pour assurer la protection de leurs droits et de leur intégrité culturelle.
Une chose est claire : les soulèvements de 2022 en Iran ne peuvent pas être une répétition de la révolution de 1979. Les droits de l’homme, les droits culturels, les droits des femmes, les droits des enfants et de l’environnement et une gamme d’autres droits ne peuvent être sacrifiés à la volonté et au caprice d’une élite et d’un groupe puissant.
Hawzhin Azeez est diplômée en sciences politiques et relations internationales. Elle est actuellement rédactrice en chef du Kurdish Center for Studies ainsi que la fondatrice de The Middle Eastern Feminist. Auparavant, elle a enseigné à l’Université américaine d’Irak, Suleymanîyê (AUIS) et a été chercheuse invitée au CGDS (Center for Gender and Development, AUIS). Elle a travaillé en étroite collaboration avec des réfugiés et des personnes déplacées au Rojava et a été membre du Conseil de reconstruction de Kobanê après sa libération de l’État islamique. Ses domaines d’expertise comprennent le genre et la reconstruction post-conflit et l’édification de la nation, le confédéralisme démocratique et les études kurdes.
Article d’origine est à lire ici: Should the Kurds prepare for another betrayal in the Iranian Revolution?
Alors que la guérilla kurde célèbre son 44e anniversaire, le sociologue Ramazan Mendanlioglu explique les mutations ayant conduit le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) à devenir un mouvement national kurde.
Transformation du PKK en un mouvement de libération nationale
Dans le contexte des changements socio-économiques de la société kurde, de l’existence d’institutions féodales et de la pauvreté et de l’écart associés, de nouveaux groupes kurdes d’opposition ont émergé à partir du milieu des années 1960 après le « calme du cimetière » de 1938. Au cours de ces développements, les étudiants et intellectuels kurdes se sont organisés au sein du « Parti des travailleurs turcs » (TIP) nouvellement fondé et ont formé au sein du TIP les « Associations culturelles révolutionnaires de l’Est (DDKO), qui est devenu un point de ralliement pour de nombreux hommes politiques kurdes, dont Abdullah Öcalan, qui a ensuite fondé le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Insatisfaits de la situation politique et économique, les jeunes travailleurs et étudiants kurdes ont blâmé à la fois les élites locales et l’État. Ces opinions politiques concrètes ont ensuite été consolidées dans l’idéologie du PKK, qui considérait le Kurdistan comme une colonie exploitée économiquement et politiquement opprimée grâce à la coopération des élites locales avec l’État. Après le coup d’État militaire de 1971, dirigé contre la « constitution la plus démocratique de Turquie » et le renforcement associé des mouvements sociaux, mais surtout de gauche, tous les partis et organisations socialistes ont été interdits et poussés à la clandestinité. A cette époque, il n’y avait pas encore d’organisations explicitement kurdes. À la fin des années 1970, en raison du coup d’État militaire et de la répression, les groupes kurdes se sont radicalisés, ont commencé à créer leurs propres organisations et à articuler des objectifs tels que l’indépendance. L’un de ces groupes était le mouvement étudiant du mouvement Kurdistan révolutionnaire réunis autour d’une personne nommée Abdullah Öcalan, pour la première fois en 1975. Les Apoïstes différaient des groupes et mouvements kurdes précédents notamment en raison de leur origine sociale, notamment celle d’Abdullah Öcalan. La plupart des membres fondateurs de ce qui deviendra plus tard le PKK sont issus de milieux ruraux et pauvres. Dans les provinces kurdes, les apoïstes organisent les paysans et les ouvriers et font de l’agitation parmi eux : les paysans occupent la terre contre les grands propriétaires. Ces conflits se sont temporairement transformés en une guerre paysanne. La réputation des apoïstes a augmenté rapidement parmi les pauvres en raison de la répression constante des puissants propriétaires terriens. La phase de formation (1973-1978) des Apoïstes vers un parti se caractérise non seulement par une activité politique mais aussi par des analyses politiques, sociologiques et historiques de la société kurde. Dans le même temps, l’attitude idéologique s’est renforcée et la diffusion et l’acceptation dans les régions kurdes se sont faites progressivement. La prochaine étape dans le développement était la formation institutionnelle vers un parti. Le 27 novembre 1978, le Parti des travailleurs du Kurdistan (Partiya Karkerên Kurdistan – PKK) est fondé dans le village de Fis dans la province de Diyarbakir (Amed). Parmi les membres fondateurs figuraient également deux femmes, Sakine Cansız et Kesire Yildirim ; Abdullah Öcalan a été élu président et Cemil Bayik son adjoint.
Le massacre de Maras
Deux autres événements revêtent une importance fondamentale dans le cadre de la création et de l’acceptation du PKK. En décembre 1978, quelques semaines après la fondation du PKK, le massacre des Kurdes-alévis de la ville de Maraş par des fascistes turcs liés au parti ultra-nationaliste MHP et ses partisans Loups Gris. Là, les Apoïstes ont gagné beaucoup de soutien en raison de la représentation d’une importante communauté alévie et de leurs tendances politiques de gauche ainsi que de leur propre activité politique forte. Le pogrome de Maras où plus de 110 Kurdes alévis ont été massacrés a d’abord été passivement acceptés par l’État, puis utilisés comme excuse pour imposer la loi martiale dans toute la Turquie et pour rétablir « la paix et l’ordre » dans le pays. Les événements ont eu un impact sur la société dans son ensemble et ont favorisé l’unification politique entre des pans importants de la société et le PKK.
La résistance carcérale d’Amed
Le deuxième événement clé a été la résistance carcérale de la prison de Diyarbakir (Amed). Le troisième coup d’État militaire (1980) en trois décennies a entraîné l’arrestation de 650 000 personnes ; 200 000 personnes ont été arrêtées, dont 40 000 étaient toujours en détention fin 1983. Parmi les personnes arrêtées figuraient une soixantaine de cadres et des milliers de partisans du PKK. Comme déjà indiqué, les raisons du coup d’État étaient, entre autres, le mouvement de gauche toujours fort dans l’ouest de la Turquie et ses violents affrontements avec les loups gris de droite turcs, ainsi que la situation politique instable qui en résultait. Enfin, le putsch était contre le danger d’un réveil national des Kurdes dans l’est du pays par le renforcement et l’extension du PKK. Alors qu’Öcalan se rendait au Liban via la Syrie en 1979, Afin d’établir des contacts pour une branche en Syrie et au Liban, le front de la résistance s’est déplacé vers les prisons, où des milliers de militants du PKK s’y organisaient également de plus en plus. Il y a eu des grèves de la faim et d’autres manifestations contre les graves tortures physiques et mentales. Parmi les cadres dirigeants capturés figuraient également les membres du Comité central Mazlum Doğan, Hayri Durmuş, Kemal Pir et Sakine Cansız. Mazlum Doğan s’est pendu pour protester contre la torture et les demandes de capitulation, donnant ainsi le signal de la résistance. Après sa mort et le jeûne de la mort, au cours duquel Kemal Pir, Hayri Durmuş et d’autres sont morts, des émeutes ont éclaté, ce qui a ensuite conduit la résistance carcérale à devenir internationalement connue. Avant de se suicider, Mazlum Doğan a mis le feu à sa cellule pour s’immoler symboliquement le 21 avril est à souligner. Des suicides par immolation d’autres prisonniers ont suivi. Toujours dans l’histoire spécifique du mouvement des femmes kurdes, la résistance carcérale de Diyarbakir représente un élément important de prise de conscience d’un genre et un tournant en termes de participation des femmes.Parmi les détenues figuraient également la co-fondatrice du PKK Sakine Cansız ou la future maire de Diyarbakir (Amed) Gülten Kışanak qui, comme d’autres, était actif en tant qu’étudiante. « Ils ont essayé de nous écraser, de nous priver de notre dignité, d’éradiquer notre kurde, notre identité féminine. La torture était incessante. Mais nous avons résisté », a déclaré Gültan Kışanak dans une interview au journal Al-Monitor(2015). Contrairement à certains camarades masculins, aucune femme n’a été brisée et n’a fait défection. La fermeté et la force des femmes détenues et torturées ont contrecarré de manière significative les arguments et les voix de certaines sections de la société et du PKK qui estimaient que « les femmes et les filles doivent être protégées contre le danger d’être torturées et violées par des soldats et des policiers et devrait rester à l’écart des organisations politiques », comme le décrit le bureau des femmes kurdes Cenî. En général, la résistance de la prison de Diyarbakir a eu un impact durable sur la population kurde et sur l’avenir plus large du PKK. Les figures centrales de la résistance carcérale appartiennent aujourd’hui aux « martyrs » idéalisés du PKK, « dont les photos sont à l’honneur dans les associations kurdes et dans les salons des familles patriotes. Ainsi, le sacrifice de Durmuş, Pir et Doğan dans la prison militaire a largement contribué à la réputation du PKK en tant qu’organisation de militants indomptables et a encouragé ceux qui restaient libres à poursuivre leur résistance » (Brauns/Kiechle 2010 : 51).
Alors que toute la gauche socialiste turque et d’autres organisations kurdes en Turquie ont été écrasées et presque anéanties après le coup d’État de 1980, Öcalan a ordonné aux cadres restants du PKK de se rendre au Liban, où il y a eu une période d’éducation politique intensive et de formation idéologique pour les quelque 300 membres du parti. cadres ont eu lieu. La formation militaire et les préparatifs pour la constitution d’une armée de guérilla ont également été menés au Liban et plus tard en Syrie.
Les premières unités armées sont retournées au Kurdistan du Nord dès 1982, principalement pour faire de la propagande dans les zones rurales et pour recruter de nouveaux combattants. La lutte armée officielle a commencé le 15 août 1984, lorsque deux actions militairement insignifiantes mais symboliquement historiques ont eu lieu. A Eruh et Şemdinli, des casernes militaires et policières ont été occupées et les déclarations des guérilleros ont été lues dans les haut-parleurs des mosquées : La HRK [Unités de libération du Kurdistan – branche militaire du PKK ; Aujourd’hui HPG – Forces de défense du peuple] vise à mener la lutte de notre peuple pour l’indépendance nationale, une société démocratique, la liberté et l’unité, sous la direction du PKK, armé contre l’impérialisme, le fascisme colonial turc et leurs laquais indigènes. L’armée turque a tenté de vaincre le PKK en peu de temps, mais ils n’y sont pas parvenus. Dès 1986, la guérilla étend son rayon d’action à de larges parties du sud-est de la Turquie. Le gouvernement a répondu par une « guerre spéciale » impliquant un mélange de mesures militaires et politiques, accompagnées d’une propagande anti-PKK dans les médias. Le système de garde villageoise a été créé en 1985. Les tribus qui étaient subordonnées aux grands propriétaires terriens fidèles à l’État étaient armées contre paiement. De nombreux villages ruraux ont été plus ou moins contraints de devenir des gardiens de village pour des raisons existentielles. Les villages et les tribus qui refusaient de combattre la guérilla ont dû évacuer leurs villages. Entre 1988 et 1999, entre 3 000 et 5 000 villages ont été déminés, partiellement détruits et plus de deux millions de personnes déplacées.
Les actes suivants de l’État turc sont présentés principalement parce qu’ils ont joué un rôle décisif dans le développement du PKK en un mouvement de libération nationale.
L’état d’urgence a été déclaré dans les zones de peuplement kurdes en 1987 et un bras étendu d’Ankara, nommé par le gouvernement comme « véritable gouverneur colonial », a été ancré. Les deux mesures sont toujours en place aujourd’hui. « Des unités de contre-guérilla de l’armée, recrutées principalement parmi les partisans des loups gris fascistes, ont massacré des civils. Les escadrons de la mort des services secrets de la gendarmerie, plus tard connus sous le nom de JITEM, qui comprenaient également des transfuges du PKK, ont assassiné des militants politiques. » (Brauns/Kiechle 2010 : 60). Des milliers de civils (militants, intellectuels, journalistes, porteurs de journaux, hommes politiques etc.) ont été assassinés par le JITEM dans les années 1980 et 1990.
En 1989, il y a eu la première manifestation populaire, avec 2 000 personnes rassemblées à Silopi contre le meurtre de sept agriculteurs par les forces de contre-guérilla turques. D’autres massacres de civils à Yüksekova et Şırnak ont suivi. « Mais l’effet intimidant espéré ne s’est pas concrétisé. Au lieu de cela, les protestations, qui étaient encore limitées à des villages et des villes individuels, ont été les signes avant-coureurs d’une intifada kurde au début des années 1990. »
Le PKK considère souvent la première phase de la lutte armée comme une bataille de propagande visant à gagner la confiance et le respect du peuple. De plus, pendant cette période, il faudrait prouver que le mouvement peut s’opposer à l’État. Si, rétrospectivement, on pense à la participation et à l’acceptation progressivement croissantes de la population, il semble alors que le PKK ait gagné cette bataille de propagande pour lui-même. Pour Brauns et Kiechle, cela marque la condition préalable et la cause du « saut qualitatif de la lutte de libération nationale à partir de 1990 » (ibid. : 61). La première confession de la population à la guérilla est survenue lorsque des milliers de personnes ont assisté aux funérailles d’un des morts dans la ville frontalière de Nusaybin. L’armée a ouvert le feu sur la population
« Mais le Serhildan (soulèvement populaire) ne pouvait plus être arrêté. Des manifestations de masse ont également éclaté à Cizre, Kerboran, Sirnak, Kiziltepe, Batman, Diyarbakir, Kulp, Lice, Van, Yüksekova, Digor, Bingöl, Dersim, Tatvan et Mus autour des célébrations interdites de Newroz. Des drapeaux de l’ERNK et des photos de combattants de la guérilla tombés ont été affichés dans la foule et l’exigence de liberté et de démocratie a retenti fort. La stratégie de l’État consistant à isoler le PKK en détruisant des villages et en expulsant la population locale n’a pas fonctionné. Au lieu de cela, les déplacés avaient transporté l’étincelle de la rébellion des montagnes et des villages vers les villes. Avec cela, le PKK est en fait devenu un mouvement populaire au Kurdistan. » (ibid.)
Comme on peut également le voir ci-dessus, la lecture de l’histoire et du développement du PKK a révélé que son ancrage dans la société s’est réalisé à travers divers et multiples facteurs d’ordre social et politique ainsi que certains événements. Comme décrit ci-dessus, les principales causes étaient à la fois la situation socio-économique et socio-politique dans le sud-est de la Turquie et dans le nord du Kurdistan. Les différences et les écarts entre l’est et l’ouest de la Turquie étaient facilement reconnaissables pour les étudiants kurdes séjournant dans les métropoles turques. Le PKK a émergé de nombreuses organisations kurdes en tant que force politique centrale. Quels autres moteurs ont favorisé leur ancrage ? Dans la littérature pertinente, il existe de nombreux points de vue qui qui peut certainement prétendre à une correction partielle selon la position de l’argument. La réponse réside peut-être dans l’interaction complexe des divers facteurs. Dans son travail, Sabine Skubsch compile les différentes tentatives d’explication par différents auteurs, qui ressemblent à ceci.
Autres raisons de l’évolution du PKK vers le mouvement national kurde
La coopération entre les élites locales et l’État signifie que la population n’a jamais bénéficié d’une protection contre l’exploitation locale et la violence de l’État. Depuis la naissance de la république, les soulèvements qui ont suivi et la lutte contre eux, et la répression qui s’en est suivie, la population a toujours eu des expériences négatives avec l’État.
Le PKK diffère sensiblement des autres organisations kurdes classiquement « nationalistes » en ce qu’il représente les larges masses de paysans et de salariés à faible revenu, et noninclus toutes les couches de la population kurde dans leur concept de libération. En revanche, les partisans des organisations nationalistes kurdes étaient majoritairement des intellectuels et des membres de la petite bourgeoisie. La position idéologique du PKK selon laquelle le Kurdistan était colonisé par les élites locales et l’État a touché une corde sensible au nerf socio-économique de la population de masse. Tout ce qui manquait, c’était une action cohérente contre cette situation. La question de la violence est un point central. Le PKK est engagé dans la « violence révolutionnaire » et l’a utilisée non seulement contre les forces de sécurité turques, mais aussi contre des organisations concurrentes et des « traîtres » présumés ou réels au sein de la société kurde. Selon les auteurs, la question de la violence ne doit pas être considérée isolément du concept de libération du PKK. Ils estiment que dans le contexte des politiques d’assimilation et de répression de l’État turc et de la domination des féodaux locaux, l’autonomisation du PKK et sa lutte représentent une valeur en soi. Suivant la théorie de Frantz Fanon, les auteurs soutiennent qu’en utilisant la violence contre l’oppresseur, les opprimés surmontent leur aliénation et reviennent à eux-mêmes. Le sociologue turc Ismail Beşikçi voit le PKK non seulement comme un soulèvement contre la politique d’assimilation, mais aussi comme un moment de formation identitaire : que dans le contexte des politiques d’assimilation et de répression de l’État turc et de la domination des seigneurs féodaux locaux, l’autonomisation du PKK et sa lutte représentent une valeur en soi. Suivant la théorie de Frantz Fanon, les auteurs soutiennent qu’en utilisant la violence contre l’oppresseur, les opprimés surmontent leur aliénation et reviennent à eux-mêmes. Le sociologue turc Ismail Beşikçi voit le PKK non seulement comme un soulèvement contre la politique d’assimilation, mais aussi comme un moment de formation identitaire : que dans le contexte des politiques d’assimilation et de répression de l’État turc et de la domination des seigneurs féodaux locaux, l’autonomisation du PKK et sa lutte représentent une valeur en soi. Suivant la théorie de Frantz Fanon, les auteurs soutiennent qu’en utilisant la violence contre l’oppresseur, les opprimés surmontent leur aliénation et reviennent à eux-mêmes. Le sociologue turc Ismail Beşikçi voit le PKK non seulement comme un soulèvement contre la politique d’assimilation, mais aussi comme un moment de formation identitaire :
« Dans les années 1970, l’armée a envahi les villages kurdes. Toute la population du village a été raflée à la baïonnette. Les vieillards étaient déshabillés. Une corde était attachée à leurs parties génitales. Les femmes du village devaient faire visiter les lieux aux hommes. C’est une énorme humiliation. Partout dans le monde où de telles humiliations et oppressions sont vécues, il devrait y avoir une révolte. Mais on voit que les Kurdes ne se sont pas révoltés dans les années 1970. Ils y voyaient un destin naturel. C’est là que le PKK est intervenu. Elle a dit : Nous n’acceptons pas cela. Nous allons changer cela, et c’est pourquoi nous changeons. Le PKK a correctement analysé le statut dégradant du peuple kurde. La pensée de la révolte, de l’insurrection, est venu avec le PKK dans les années 1980 et a définitivement changé le climat intellectuel au sein de la population kurde. C’est secouer l’existence d’esclave acceptée. » (Besikci 1991 : 59, cité de Skubsch 2000 : 139)
Pour de nombreux Kurdes, le PKK est synonyme de profession d’identité kurde. Le succès initial du PKK n’était pas dû à son programme – la majorité de la société était tout aussi peu familière avec le marxisme qu’avec d’autres théories et concepts abstraits sur les conditions sociales – mais en raison de la manière dont il est intervenu dans la société kurde. Son prestige martial l’aurait rendue populaire auprès de la population rurale. Avant tout, la population rurale était un espace social tribal dans lequel une place d’honneur pour les rebelles contre les puissants a toujours été assurée.
D’autres auteurs justifient le succès du PKK par la réaction violente et les attaques de l’armée turque contre la population et les nombreuses destructions de villages. Les autorités turques elles-mêmes, en raison de la réaction violente, auraient qualifié le discours du PKK de « 29. résistance kurde » et lui a permis d’assumer le rôle de représentant des Kurdes.
Il convient également de souligner une caractéristique politique du PKK qui, à mon avis, est déterminante dans ce dossier : il s’agit de la double stratégie du PKK d’aborder la question kurde et la transformation du Moyen-Orient pour aborder le Kurdistan en même temps temps. En y regardant de plus près, il devient évident que cet aspect a également aidé le PKK à devenir une organisation entièrement kurde, ou du moins la plus forte et la plus grande organisation kurde. Depuis 1993, le PKK s’est toujours caractérisé par deux volets liés dans ses objectifs politiques : d’une part, la solution de la question kurde et, d’autre part, la transformation (d’abord socialiste, puis démocratique et aujourd’hui démocratique radicale) de les quatre États nationaux dans lesquels vivent les Kurdes. Dès 1993, le PKK annonce officiellement ayant écarté l’objectif de fonder un État. Cependant, la demande d’indépendance, d’autonomie ou d’autonomie kurde n’a jamais été remise en question. Après son cinquième congrès du parti en 1995, le PKK a décrit la double tâche des Kurdes dans leur « propre pays ». D’une part, les organisations sœurs, par exemple dans le nord de la Syrie/Rojava ou le nord-ouest de l’Iran/le Kurdistan oriental, devraient travailler pour la transformation progressive du pays respectif, c’est-à-dire la Syrie ou l’Iran, mais en même temps agir en tant que « responsables de la intérêts nationaux » des Kurdes. On peut voir que le PKK s’efforce de résoudre la question kurde et kurde dans le contexte respectif et à l’intérieur des frontières de l’État-nation existant. À cela s’ajoute une stratégie et une pratique flexibles du PKK qui peuvent être adaptées aux contextes respectifs, ce qui lui permet de s’implanter dans tout le Kurdistan. Avec un focus sur la plus grande partie du Kurdistan d’un point de vue régional et démographique dans l’État turc.
L’historien Nikolaus Brauns tire la conclusion suivante de l’histoire du PKK, avec laquelle cette section devrait être conclue à ce stade :
« Le PKK est un authentique mouvement de libération nationale, basé principalement sur les salariés et les paysans et les pauvres des bidonvilles urbains, mais bénéficie également d’une large sympathie parmi la classe moyenne et l’intelligentsia kurdes. Face à la persistance des persécutions et de la répression, le mouvement dirigé par le PKK n’a quasiment pas d’alternative comme représentation de la population kurde en Turquie. Inévitablement, non seulement différents groupes de population s’y rassemblent, mais aussi des représentants de différentes conceptions politiques du socialisme au libéralisme en passant par le nationalisme, qui sont laborieusement réconciliés. »
Pourquoi le développement du PKK en un mouvement populaire est-il important pour la discussion actuelle ? Car des bouleversements d’ordre individuel, social et sociétal ne peuvent avoir lieu que s’ils sont acceptés et soutenus par une partie significative de la population. Ils ont besoin d’être légitimés et reconnus par la population, car ils sont eux-mêmes l’objet de la transformation. Seul un mouvement socialement reconnu, ancré et accepté par une partie significative de la population, un mouvement légitime en ce sens, est en mesure de provoquer des bouleversements d’ordre social et identitaire-politique d’une ampleur telle que celle qui s’est produite dans la société kurde et va complet. Les transformations culturelles politiques de genre, les changements dans le rôle et la position des femmes ou les nouvelles significations de la masculinité ou de la féminité sont des piliers de nature individuelle et sociale ainsi que sociétale, difficiles à déplacer et à remodeler, en particulier dans le contexte d’un environnement profondément enraciné. tradition. Dans un processus de longue haleine, le mouvement kurde a successivement promu une transformation notable. Il est important de se rappeler que les processus de changement culturel et social n’ont été et ne sont possibles qu’à travers et avec la masse de la population kurde, car, comme je l’ai dit, la population elle-même est sujette au changement.
ANF
PARIS – Depuis plusieurs semaines, le Kurdistan iranien fait face une répression sanglante du régime. La ville de Javanroud, dans la province de Kermanchah, a été particulièrement touchée par la violence étatique et où de nombreux civils ont été tués et d’autres blessés, en plus des arrestations massives.
En parallèle aux persécutions, les forces gouvernementales ont saccagé les habitations de nombreuses familles tandis que la famine menace la population à cause des commerces fermés et de la pauvreté extrême.
Appel aux dons pour les blessés et détenus de Javanrud
Un Kurde originaire de Javanroud vivant en France appelle aux dons pour venir en aide aux familles des détenus (frais d’avocats…) et des blessés qui sont cachés et qui ont besoin d’être opérés et dont chaque opération coûte environ 250 euros.
Si on récolte assez d’argent pour les opérations des blessés et le paiement des frais d’avocats des détenus, de la nourriture et des produits de première nécessité seront achetés pour les familles démunies.
Les virements vers l’Iran étant tracés par le régime, les dons ne seront envoyés qu’en espèce par une personne de confiance qui se rend à Javanroud début décembre où il remettra l’argent à une ONG locale qui assurera sa redistribution.
Les familles ont aussi besoin d’argent pour payer des avocats pour leurs proches emprisonnés. Les militants kurdes d’Europe pouvaient leur envoyer des dons via une ONG locale de confiance. Mais malheureusement celle-ci est menacée par le régime et ne peut recevoir les dons par virements.
Javanroud – forces gouvernementales iraniennes encerclent une voiture civile
Au vu de l’urgence de la situation c’est le moyen le plus sûr et le plus rapide que ce militant ait pu trouvé. Mais dans les jours qui viennent, les activistes trouveront d’autres solutions plus simples pour récolter et acheminer l’argent plus simplement.
Si vous voulez participer à ce mouvement de solidarité, vous pouvez faire un don en nous demandant les coordonnées bancaires du militant en question. Vous serez tenu.e.s au courant de l’opération et de ce à quoi votre argent a servi.
La solidarité est l’arme des peuples !
Merci d’avance pour votre aide !
IRAN / ROJHILAT – Depuis le 17 septembre, début des manifestations anti-régime provoquée par le meurtre de Jina Mahsa Amini, une jeune femme kurde de 22 ans pour un voile « mal porté », le régime iranien a arrêté plus de 18 000 personnes, dont la majorité sont kurdes. Des centaines d’autres ont été tuées, tandis qu’on parle de plus de 4000 blessés rien que dans les régions kurdes du pays. Les manifestants baloutches sont également massacrés par des tirs directs des forces gouvernementales.
Depuis le début des manifestations en cours en Iran et au Rojhilat, des manifestations ont eu lieu dans 156 régions ainsi que 143 universités.
Le Centre iranien des droits humains a annoncé que depuis le début des manifestations en cours en Iran et au Rojhilat, des manifestations ont eu lieu dans 156 régions ainsi que dans 143 universités.
Par ailleurs, au moins 448 manifestants, dont 62 enfants, ont été tués par les forces gouvernementales qui ont également arrêté plus de 18 000 personnes, dont 565 étudiants universitaires et 110 enfants, jusqu’à présent.
Les détenus sont soumis à la torture, tandis que certains sont violés (adolescents, femmes, hommes) et que plusieurs d’entre eux risquent la peine de mort.