Avocat du CDK-F: « Le massacre de Paris était un attentat terroriste professionnel »
PARIS – David Andic, avocat du Conseil démocratique kurde en France (CDK-F) dont le siège a été attaqué par un terroriste le 23 décembre, qualifie l’attaque d’« attentat terroriste professionnel planifié ».
Le 23 décembre 2022, membre du Conseil exécutif du KCK Emine Kara (Evîn Goyî), membre du mouvement culturel kurde Mîr Perwer (Mehmet Şirin Aydın) et l’activiste Abdurrahman Kızıl ont été assassinés lors d’une attaque armée contre le centre culturel kurde Ahmet Kaya à Paris. Le tueur, William Malet, 69 ans, a été arrêté et inculpé pour « meurtre prémédité à caractère raciste et tentative de meurtre, ciblant une ethnie spécifique et possession d’armes non autorisées ». Dans une interview accordée au journaliste Maxime Azadi du site ANF, David Andic, l’avocat du Conseil démocratique kurde en France (CDK-F), pointe les nombreuses questions sans réponse concernant attentat et fait par de leur peur que les preuves de l’attaque terroriste ne soient falsifiées.
Voici l’interview du maître David Andic:
De nombreux points d’interrogation entourent le meurtre, le 23 décembre, des trois militants kurdes à Paris. Pourquoi appelez-vous ce que les procureurs ont qualifié d’« attaque raciste » d’« attaque terroriste » ?
Même sans référence aux questions ouvertes, une attaque raciste peut être définie comme un « assassinat ». Le Code pénal prévoit qu’un meurtre peut être commis individuellement ou collectivement. Il y a aussi l’article 421-1 du Code pénal qui définit le terrorisme. En d’autres termes, toute atteinte délibérée, individuelle ou collective, à la vie d’une personne peut constituer un acte de terrorisme. La question en cause ici (concernant le massacre du 23 décembre) concerne les intentions de la personne. Mais on ne peut se fier uniquement aux déclarations de l’auteur présumé. Même si aucun groupe ou aucun État n’est derrière lui, il peut commettre seul une tentative d’assassinat, un attentat terroriste. Ce que nous ne comprenons pas dans ce cas, c’est que le Parquet National Antiterroriste (PNAT) n’a pas ouvert d’enquête.
La démarche est-elle la même lorsque les Kurdes mènent une action ?
Laissez-moi vous donner un exemple : lorsque des jeunes kurdes ont écrit des graffitis sur l’ambassade de Turquie à Boulogne-Billancourt (banlieue parisienne) et jeté des pétards, le PNAT a automatiquement lancé une enquête. Ceci est considéré comme un « incident terroriste ». Bien que le Conseil démocratique kurde en France ait été la cible de trois assassinats et de plusieurs tentatives d’assassinat, la question du caractère « terroriste » de l’attentat n’est même pas posée. D’abord, le parquet ouvre une enquête, puis il dit : « la définition peut changer ». C’est ça qui est inquiétant. Le PNAT n’a pas pris les choses en main, soulignant plutôt que l’attaque était raciste et n’avait aucune intention terroriste. En réalité, l’enquête a été abordée à l’envers. Lorsque des Kurdes écrivent des slogans sur le consulat de Turquie, le PNAT est immédiatement mobilisé car il s’agit d’un acte terroriste et les services secrets sont activés, mais lorsqu’une personne attaque le CDK-F et tue trois Kurdes, quelques jours avant l’anniversaire du meurtre de trois femmes kurdes à Paris (il y a 10 ans), le PNAT n’agit pas. Et ce n’était pas n’importe qui qui était visé. Emine Kara, également connue sous le nom d’Evîn Goyî, est une représentante officielle, une combattante. Pourtant, cela a été traité comme une nouvelle secondaire. Nous ne savons pas si les services de renseignement enquêtent sur cette affaire. Ce qui est clair, cependant, c’est que les moyens utilisés lors d’une affaire de tags ou des feux d’artifice n’ont pas été mis en œuvre ici [dans cette affaire].
C’est politique non ?
Je ne peux que mettre les faits sur la table. Il y a une différence de traitement. Lorsque les intérêts turcs sont visés, le PNAT entre automatiquement en action, mais lorsque les intérêts kurdes sont visés en France, c’est traité comme une histoire [insignifiante].
Quelles informations y a-t-il sur l’agresseur, il était déjà connu et en détention. Comment a-t-il été traité après son incarcération ?
Cette approche soulève sans aucun doute des questions. Il y a onze jours entre sa libération (le 12 décembre) et l’assassinat. Lorsqu’il a été arrêté [après l’assassinat], il a été décidé qu’il « ne pouvait pas » être tenu responsable. On peut se demander s’il était suffisamment sain d’esprit onze jours avant [l’assassinat] pour être libéré par les juges. Il y a une erreur quelque part, avant ou après. Onze jours avant l’assassinat, il a été libéré par la justice française, onze jours plus tard, il est allé assassiner trois personnes et tenter d’en tuer d’autres. Il n’est pas non plus mentionné qu’il a été interné lors de sa précédente incarcération. Il n’a jamais été dans un service psychiatrique pendant sa peine d’un an. Personne n’a dit qu’il avait des problèmes mentaux. Mais dans les journaux français cette carte a ensuite été jouée. Les gens ont commencé à dire qu’il était instable. Même son arrestation [après l’assassinat] a été suspendue pour cette raison. Bien qu’il ait finalement été renvoyé dans sa cellule, le fait que sa détention ait été interrompue montre que tout a été fait pour démontrer que son état était pathologique.
Lors de son interrogatoire par le parquet, il a lui-même déclaré être un « raciste pathologique ». N’est-il pas étrange qu’une personne mentalement instable fasse une déclaration aussi claire ?
Oui, il a lui-même dit qu’il était un raciste pathologique. En d’autres termes, il y a un patient qui se définit comme patient. Il est à noter qu’il utilise même le terme « haine pathologique ». Il semble qu’il ait été bien conseillé à cet égard. Du coup, on a affaire à quelqu’un qui est en bonne santé mentale depuis 11 jours et qui n’a jamais évoqué sa pathologie. Cependant, une fois arrêté, il parle de sa « haine pathologique » et se dit malade. En d’autres termes, il est en assez bonne santé pour être libéré sous contrôle judiciaire, mais lorsqu’il s’agit de répondre à des questions pendant sa détention, il devient fou.
Est-ce crédible ?
C’est ainsi qu’il se définit, et cette déclaration court comme un fil rouge dans les médias. Je ne crois pas aux paroles d’un meurtrier. Si quelqu’un veut croire aux paroles d’un meurtrier, c’est son affaire. Je suis avocat pénaliste, j’ai défendu de nombreuses personnes, y compris des meurtriers. Je peux dire que même en tant qu’avocat, je ne le crois pas. J’ai toujours des réserves. Il n’est pas malade car il a été renvoyé au centre de détention après avoir été réexaminé dans un hôpital psychiatrique. Il a été décidé qu’il était apte à être interrogé et qu’il devait être conduit devant un juge d’instruction. Il fera tout pour avoir l’air malade. Son avocat fera tout pour qu’il ait l’air malade. C’est le but. Ils veulent faire croire qu’une personne malade a fait quelque chose de fou.
Mais il y a des points noirs dans son passé, notamment en prison, n’est- ce pas ?
Il y a beaucoup de points noirs. Avec qui était-il en prison ? C’est pourquoi nous voulons que le PNAT enquête. Le PNAT est familier avec de telles enquêtes. Nous n’avons pas encore vu le dossier, mais nous voulons savoir ce qui suit : Avec qui était-il en prison ? Était-il seul dans la cour ? Avec qui a-t-il eu des activités communes ? A-t-il travaillé et si oui, avec qui ? Qui était encore dans sa cellule ?
Il y a aussi des questions sans réponse sur les onze jours qui ont suivi sa libération…
Qui a-t-il rencontré après sa sortie de prison ? Avec qui était-il avant d’aller en prison ? Ce sont des questions légitimes que nous posons. Libéré sous contrôle judiciaire alors qu’il était parfaitement sain d’esprit, cet individu est devenu trop fou pour être jugé aujourd’hui. Si tel est le cas, il est alors nécessaire de clarifier ce qui s’est passé pendant ces onze jours.
Une enquête sur un attentat en 2021 s’est également révélée problématique…
D’après ce que nous pouvons voir, l’enquête initiale sur lui a été un peu bâclée. En d’autres termes, l’attaque a été traitée avec un certain mépris. J’ai entendu dire que même les migrants (qui ont été attaqués) ont été détenus. [Le 8 décembre 2021, il a gravement blessé deux personnes avec une épée dans un camp de migrants. Ceux qui ont été attaqués dans cet incident ont également été arrêtés, et les bénévoles des ONG qui ont aidé ceux qui ont été attaqués ont été condamnés à une amende.] On peut dire qu’il s’en est bien tiré dans cette affaire.
Il existe des témoignages selon lesquels le tueur a été déposé dans une voiture sur les lieux du massacre du 23 décembre. Avez-vous des informations qui peuvent le confirmer ?
Il y avait un tel témoignage, mais il y avait d’autres témoignages qui disaient le contraire, que le tueur était venu à pied. Il n’y a qu’une seule déclaration de témoin selon laquelle il est venu en voiture.
Est-ce que cela fait une différence qu’il soit venu à pied ou non ?
Même s’il est venu à pied, il s’agit d’un quartier connu sous le nom de « Petit Kurdistan », où se trouvent des dizaines de commerçants kurdes. Il y a des dizaines de personnes dans chaque magasin. Lorsqu’il s’y promène, il passe devant un restaurant africain, un restaurant asiatique et une épicerie arabe où de nombreuses personnes se tiennent juste devant lui et sont beaucoup plus visibles. Il passe également devant des restaurants et des cafés kurdes. Mais là, personne n’est attaqué. Il vise d’abord les membres du CDK-F.
Vous dites que c’était une attaque planifiée ?
Lorsqu’il a attaqué Evîn Goyî, il lui a également tiré une balle dans la tête. C’était une exécution. C’était une exécution planifiée. L’acte d’accusation indiquait déjà qu’il s’agissait d’une « attaque pré-planifiée ». C’est pourquoi on parle de « tentative d’assassinat ». Sinon on parlerait de meurtre, et quand c’est prévu on appelle ça un « assassinat ». On voit bien que c’est le travail d’un professionnel. Il vient ici, il a une mission. Il vise d’abord le CDK-F. Passant devant des restaurants et des boutiques qui affichent complet, il se dirige vers le CDK-F, un centre quasiment vide pour le moment mais où un rendez-vous important est prévu. La réunion avait été reportée d’une heure à la dernière minute. (…) normalement, il y aurait eu beaucoup de monde à l’importante réunion à ce moment-là. Si la réunion n’avait pas été reportée, de nombreuses personnes seraient venues. Donc, quand cette personne arrive, elle cible spécifiquement le CDK-F.
N’est-il pas étrange ce que le tueur a dit lors de son interrogatoire sur les raisons de ses actions contre les Kurdes ?
Lorsqu’on lui a demandé « Pourquoi les Kurdes ? », il a répondu : « C’est vrai qu’ils se sont battus contre l’EI, mais au lieu de les exécuter [les djihadistes de l’EI], ils les ont arrêtés. » Cela n’a aucun sens. C’est absurde. Malgré ces affirmations absurdes, les gens essaient de nous faire croire qu’il a fait tout cela uniquement parce qu’il est raciste. Ce qu’il dit n’est pas cohérent. Ce qu’il veut dire par ces propos, c’est ceci : « Je suis raciste, c’est pathologique, ce n’est pas de ma faute. » Peut-être a-t-il délibérément déclaré qu’il était malade lors de son arrestation pour être transporté à l’hôpital. Mais ensuite, nous avons vu qu’il a été rapidement refoulé. Il a été renvoyé dans sa cellule moins de 24 heures plus tard.
Ce motif est douteux. Les racistes français ont-ils ciblé les Kurdes jusqu’à présent ?
L’extrême droite française n’a jamais explicitement ciblé les Kurdes. L’extrême droite française ne voit pas les Kurdes comme un ennemi.
Cette enquête peut-elle se transformer en une enquête sur le terrorisme ?
Ce n’est pas parce que l’accusation de « mobile raciste » a été acceptée que cette définition ne changera pas. Le problème pour nous, c’est que cela n’a pas été traité comme une enquête sur le terrorisme dès le départ. Je reviens à notre exemple : lorsque l’ambassade de Turquie a été attaquée, le PNAT a d’abord ouvert une enquête, mais lorsque le verdict est tombé, il a été décidé qu’il ne s’agissait pas d’un « attentat terroriste ». (…) Très souvent ça se termine comme ça. La définition peut changer en route vers le jugement. Le problème, cependant, est que l’affaire est traitée à l’envers. Autrement dit, on part du principe qu’il ne s’agit pas d’un attentat terroriste, et même le ministre de la Justice dit lui-même que la définition peut changer. Pourquoi le PNAT n’est-il pas intervenu immédiatement ? Le PNAT est familier avec ces enquêtes et dispose de plus de moyens.
Qu’est-ce qui vous inquiète dans le fait que l’enquête n’ait pas été initiée par le PNAT ?
Notre crainte est que les preuves disparaissent. En fait, on voit dans la presse que les poursuites n’ont jusqu’à présent été menées que sur la base des déclarations de l’auteur. Nous exigeons donc que l’enquête soit menée par le Parquet national antiterroriste [PNAT].
En regardant cette affaire, voyez-vous un lien avec l’assassinat d’il y a dix ans ?
Compte tenu des similitudes entre le premier assassinat il y a dix ans et l’assassinat quelques jours avant l’anniversaire, c’est une question valable. Il est légitime de se demander s’il existe un lien entre ces deux événements. Le fait que le CDK-F ait été spécifiquement attaqué soulève de telles questions.
Malgré de nombreux documents et témoignages sur le rôle des services secrets turcs dans l’assassinat il y a dix ans, l’impunité règne. Craignez-vous actuellement un résultat similaire ?
Nous avons sans doute cette préoccupation. Le spectre des meurtres de 2013 et le processus très long et ardu et, surtout, la stipulation d’un «secret d’État» sur cette affaire amènent finalement à se demander si une puissance étrangère est derrière tout cela. Désormais, le public sait également que les services secrets turcs ont été impliqués dans les attentats. De nombreux éléments le prouvent. S’il n’y avait pas un tel problème, pourquoi s’appellerait-il un « secret d’État » ? Si ce cas est marqué comme « secret d’État », cela signifie qu’il y a des informations qui ne doivent pas être divulguées. Ce n’est pas une affaire simple, il y a quelque chose derrière. Les avocats se battent depuis dix ans pour la levée du « secret d’Etat ». Et oui nous sommes inquiets que dans ce dernier cas, toute une partie du complexe est dissimulée. Si le caractère « raciste » de l’attaque est abordé, le caractère terroriste est laissé de côté. Mais je le répète : une personne peut être à la fois raciste et terroriste. Il peut s’agir d’une attaque raciste à visée terroriste. Nous considérons cela comme une attaque terroriste. Nous ne comprenons pas la logique selon laquelle lorsque les intérêts turcs sont visés, les enquêtes anti-terroristes sont très faciles à lancer, mais lorsque des Kurdes meurent, cela ne se produit pas. Une personne peut être à la fois raciste et terroriste. Il peut s’agir d’une attaque raciste à visée terroriste. Nous considérons cela comme une attaque terroriste. Nous ne comprenons pas la logique selon laquelle lorsque les intérêts turcs sont visés, les enquêtes anti-terroristes sont très faciles à lancer, mais lorsque des Kurdes meurent, cela ne se produit pas. Une personne peut être à la fois raciste et terroriste. Il peut s’agir d’une attaque raciste à visée terroriste. Nous considérons cela comme une attaque terroriste. Nous ne comprenons pas la logique selon laquelle lorsque les intérêts turcs sont visés, les enquêtes anti-terroristes sont très faciles à lancer, mais lorsque des Kurdes meurent, cela ne se produit pas.
ANF
PARIS. Manifestation en solidarité avec la résistance en Iran
PARIS – Alors que les mollahs ont accéléré l’exécution des manifestants (principalement des Kurdes) ces derniers jours, plusieurs organisations féministes irano-kurdes appellent à manifester le samedi 21 janvier à Paris contre la répression sanglante des protestations anti-régime et en solidarité avec la révolution féministe en cours en Iran.
Voici le communiqué appelant à manifester:
Contre la répression, pour la résistance
Ils peuvent couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront jamais le printemps
La République islamique d’Iran est née par la violence : celle qui s’est abattue sur les luttes des femmes et des minorités sexuelles et de genre, comme sur la mobilisation contre le hijab obligatoire dès mars 1979 –la légitimité historique de ce premier acte a été rappelée ces dernières années avec la mobilisation des » filles de la rue de la révolution » et plus récemment encore avec l’insurrection suite au meurtre de Jina (Mahsa) Amini – ; la violence du jihad contre les minorités nationales non perses ; la répression sanglante des mouvements d’autodétermination et des minorités religieuses et non religieuses ; la violence de la répression des classes populaires, entraînant la dissolution des conseils autonomes dans le monde du travail et à l’échelle des quartiers. Ce régime a posé ses fondations en éliminant physiquement les opposant.es lors de la décennie noire (années 1980) –à l’ombre de la guerre Iran-Irak– et s’est finalement stabilisé avec l’exécution de milliers de prisonnier.e.s révolutionnaires lors de l’été 1988. La contre-révolution islamique a pris le dessus sur la révolution progressiste de 1979. Depuis, l’existence de la République islamique dépend de la constante répression physique et idéologique. Récemment, le guide A.Khamenei a brandi la menace des massacres de masse, en écho à celui des années 1980. Mais cette fois-ci c’est le régime qui craint de disparaître. Le mouvement « Femme, Vie, Liberté » a montré que ce régime est mort dans l’esprit des habitant.es de ce territoire. Il a aussi montré que l’intimidation, qui a jusque-là permis la survie du régime, ne suffit plus. Nasrin Qaderi, étudiante kurde devenue martyre par une balle reçue à Téhéran, a écrit dans son dernier message sur Internet : « N’essayez pas de nous faire craindre la mort ! Nous la connaissons, nous avons déjà vécue ! ». Le mouvement « Jin, Jiyan, Azadi » a inscrit la lutte contre les ennemis de la vie au cœur-même des existences, comme le montre le slogan « les martyrs ne meurent jamais ».
C’est le féminicide gouvernemental de Jina (Mahsa) qui a déclenché le soulèvement. Pendant ces 4 mois, le peuple opprimé s’est dressé contre toutes les menaces et les intimidations. Partout, il a résisté aux forces de répression, avec un courage sans pareil : dans les maisons, les rues, les écoles, les universités, les usines. Face à la militarisation des hôpitaux et le détournement des ambulances pour en faire des armes de répression, des médecins et des jeunes habitant.es prennent en charge les blessé.es, leur fournissent médicaments et soins et créent des réseaux clandestins d’entre-aide. Les prisonnier.es continuent également de résister depuis leurs cellules, malgré des verdicts sans fondement prononcés lors de procès-mascarade, sans accès à des avocats indépendants, malgré des passages à tabac et des tortures physiques et mentales pour forcer des aveux, malgré les viols et harcèlements sexuels, et malgré la répression collective dans les prisons. La République du massacre profite de la situation fragile des anonymes et des personnes marginalisé.es pour intensifier les intimidations et prend même en otage les familles des défunt.es et des prisonnier.es.
Depuis le début de l’insurrection, plus de 18 000 militant.es et manifestant.es ont été arrêté.es, des milliers de personnes ont été blessées, plus de 500 personnes ont été tuées par balles ou sous la torture et 44 personnes risquent d’être exécutées pour des accusations telles que « guerre contre dieu » et « corruption sur terre ». Les récits de la répression envoyés depuis les prisons sont terrifiants. Dans le même temps, l’oppression ne s’abat pas sur les corps de manière uniforme.
Mohsen Shekari était employé dans un café ; il a été taxé d’« ennemi de dieu » et accusé d’avoir mis le feu à une poubelle, alors qu’il défendait légitimement des manifestant.es sans défense face à la violence des forces de répression. Les meurtres d’enfants comme Setareh Tadjik, afghane, et Kian Pirfalak, de la ville d’Izeh, le vendredi sanglant du Baloutchistan, la militarisation du Kurdistan, ainsi que les récits terrifiants de viols et de violences sexuelles, témoignent des différentes faces de cette répression.
Et pourtant, le soulèvement « Femme vie libre » est toujours d’actualité et a besoin de solidarité. Il se poursuivra avec le soutien internationaliste de toutes celles et ceux qui se battent pour la liberté. Le silence des peuples opprimés à travers le monde face au soutien direct et indirect qu’apportent les puissances mondiales et régionales de tous bords accroît le sentiment d’impunité du régime et facilite la répression. Dans le même temps, il faut condamner collectivement toute intervention étrangère, militaire ou économique qui nuirait à l’autonomie de la mobilisation.
Le 21 janvier 2023, nous descendront dans la rue pour condamner les exécutions, la répression, la tyrannie et dire notre solidarité avec la résistance des prisonnier.es et leurs familles, avec les condamné.es à mort et le mouvement des mères qui demandent justice. »
Appel signé par:
Berlin (Bolandgoo)
Brême (collectif Socialisme par le bas)
Bruxelles (Collectif Femmes, Vie, Liberté)
Paris (Groupe Roja)
Paris (feminists4Jina)
Francfort (Bloc Internationaliste)
Göttingen (Collectif Sans Nom)
Hambourg (Collectif Femmes, Vie, Liberté)
Manchester (Collectif Racines Rouges)
RDV le 21 janvier, à 15h, Place des Fêtes, Paris 19e
IRAN. Une femme kurde condamnée à deux ans de prison pour ne pas avoir porté le voile
La 2e branche du tribunal révolutionnaire islamique de la ville de Shahriar, dans la province de Téhéran, a condamné une jeune femme kurde à deux ans de prison pour ne pas avoir porté le voile.
Le tribunal a inculpé Mahsa Farhadi, 21 ans, pour « rassemblement et collusion dans l’intention de perturber la sécurité nationale », a appris l’ONG Kurdistan Human Rights Network (KHRN).
Les forces de sécurité ont battu et arrêté Farhadi pour ne pas avoir porté le voile le 15 novembre après qu’elle ait quitté son lieu de travail, ont déclaré des proches.
Après deux jours de recherches, la famille de la jeune femme a appris qu’elle avait été conduite à la prison de Qarchak dans la province de Téhéran.
KHRN a appris que bien que la famille de la jeune femme ait fourni le montant de la caution et l’ait présenté au tribunal, le juge a refusé d’accorder sa libération conditionnelle. Le document délivré par le tribunal indique cependant que sa famille n’a pas fourni les conditions de sa libération sous caution.
Farhadi est originaire de Sanandaj (Sînê), province du Kurdistan, et vit à Téhéran. (KHRN)
Ainsi, la police des mœurs qui avait tué Jina Mahsa Amini le 16 septembre dernier pour le « port de vêtements inappropriés » continue à persécuter les femmes qui s’opposent au contrôle de leurs corps par le régime sanguinaire des mollahs.
IRAN. La famille d’un Kurde yârsân condamné à mort a caché ses origines en espérant le sauver
IRAN / ROJHILAT – La famille de Mohammad Mahdi Karami, un Kurde yârsân qui a été exécuté le 7 janvier dernier, a caché l’identité ethnique et relieuse de leur fils en pensant empêcher l’exécution de la peine.
Le jeune homme avait été arrêté deux jours après les protestations du 40e jour de mort d’Hadis Najafi et officiellement condamné à mort le 7 décembre 2022.
Mohammad Mahdi Karami, champion de karaté de 22 ans, a été accusé de « Moharebeh » (inimitié contre Dieu) par la première branche du Tribunal révolutionnaire islamique de la province d’Alborz, sous l’accusation de « corruption sur terre par des crimes contre la sécurité intérieure ». Sa famille kurde de confession yarsan* a déclaré sa religion « islam et chiite » en pensant qu’ainsi, il échappera à la peine de mort. Mais les mollahs ont assez d’agents pour bien connaitre les origines ethniques et religieuses de leurs concitoyens.
L’audience sur les accusations portées contre Mohammad Mahdi Karami et 14 autres citoyens en tant qu’accusés dans l’affaire du meurtre d’un membre de Basiji nommé Ruhollah Ajamian a eu lieu le 30 novembre.
Mohammad Mehdi Karami a été enlevé par les forces gouvernementales iraniennes le samedi 5 novembre 2022, deux jours après le 40e jour anniversaire de la mort d’Hadis Najafi.
Un proche de Mohammad Mahdi avait déclaré que le jeune homme a été soumis à la torture physique et mentale, agressé et menacé de viol à plusieurs reprises.
Ce citoyen kurde s’est vu refuser le droit d’accéder à un avocat pendant sa détention et même pendant l’audience.
Mohammad Mehdi Karimi, 22 ans, était originaire du village de Kotan Alia, ville de Bijar, province du Kurdistan, et résident de Nazarabad, ville de Karaj, près de Téhéran.
*Les Kurdes/yarsans sont parmi les minorités les plus persécutés d’Iran. Tous leurs droits, linguistiques, culturels, ethniques, religieux sont bafoués, ils sont emprisonnés ou tués impunément par les forces armées iraniennes. Pour info, 50% des personnes exécutées par an en moyen en Iran sont kurdes alors qu’ils ne représentent que 10% de la population d’Iran.
La Mairie de Paris rend hommage aux trois militantes kurdes tuées à Paris il y a 10 ans
PARIS. Le 9 janvier 2013, les militantes kurdes Sakine Cansiz, Fidan (Rojbîn) Dogan et Leyla Saylemez ont été abattues par un espion turc à Paris. Alor que les Kurdes demandaient justice et vérité pour ce triples féminicide depuis près de 10 ans, une autre attaque terroriste ciblant les militants kurdes a fait trois autres victimes* rue d’Enghien, à deux pas de la scène du premier massacre. Après la grande marche parisienne du samedi 7 janvier, une cérémonie organisée par la Mairie de Paris rendra hommage aux trois femmes kurdes ce lundi 9 janvier, à 15:30, devant le 147 rue La Fayette, Paris 10e.
Les organisations kurdes CDK-F et TJA-F participeront également à la cérémonie de demain.
Par ailleurs, le Jeudi 12 janvier, il y aura le colloque – « Devoir de vérité et justice, 10 ans après le féminicide à Paris des militantes kurdes Sakine CANSIZ, Fidan DOGAN et Leyla SAYLEMEZ » à la Salle Victor Hugo – 101, rue de l’Université PARIS 7e.
*Les victimes de l’attaque de 23 décembre 2022 sont la militante Evîn Goyî (Emine Kara); le musicien Mîr Perwer (M. Şirin Aydın) et Abdurrahman Kızıl, un patriote kurde dans la soixantaine.
IRAK. Le génocide silencieux: Kirkouk riche en énergie et les territoires kurdes contestés soumis à un nettoyage ethnique
IRAK / KURDISTAN – L’année 2022 a propulsé sur la scène internationale le sort et la situation des Kurdes. Du sud du Kurdistan (nord de l’Irak, Bashur) bombardé à plusieurs reprises et soumis à des frappes de drones de Turquie et d’Iran, au nord de la Syrie (Rojava) soumis à l’utilisation d’armes chimiques, à des frappes aériennes et à des attaques de drones et aux Kurdes d’Iran (Rojhilat) à la tête d’un autre révolution dans leur quête de liberté, d’égalité et de justice. Dans le même temps, les Kurdes de la diaspora ont été victimes de plusieurs attentats dont celui du récent massacre de Paris au centre kurde d’Ahmed Kaya. Pourtant, alors que les histoires quotidiennes de massacres, de déplacements, de bombardements et d’assassinats des Kurdes se déroulent sur la scène internationale, une région du Kurdistan qui fait face à d’immenses actes de violence et de terreur n’a pas retenu l’attention.
Un récent rapport de 2022 intitulé « The-New-Ethnic-Cleansing-of-the-Disputed-Territories », met en lumière un certain nombre de crimes inquiétants commis contre les Kurdes dans les territoires contestés de Kirkouk. Le rapport se concentre sur une période de cinq ans depuis le référendum kurde de 2017 pour l’indépendance et ses séquelles pour les Kurdes de Kirkouk et des régions environnantes. Les résultats indiquent des politiques de nettoyage ethnique en cours, la violence, la terreur et des abus sexistes qui constituent un génocide. Le rapport utilise des méthodes d’enquête open source ainsi que des entretiens semi-structurés avec des militants, des journalistes et des résidents déplacés ou actuels de la région. Les principales conclusions mettent l’accent sur les cas de meurtre, de destruction de biens, de violences sexuelles, d’assassinats de journalistes et de militants.
Le rapport est produit par Crimes Against Kurds, un groupe international de chercheurs qui se concentre sur les abus qui ont lieu dans les parties kurdes d’Irak, de Syrie, de Turquie et d’Iran. L’objectif du groupe est de mener un plaidoyer plus efficace, tout en faisant progresser la responsabilité des auteurs et la réparation des victimes. Le rapport est en outre soutenu par le groupe de travail sur la justice transitionnelle basé à Séoul, une organisation non gouvernementale fondée en 2014 par des défenseurs des droits de l’homme et des chercheurs de plusieurs pays. Le TJWG soutient des méthodes avancées pour lutter contre les graves violations des droits de l’homme et plaider en faveur de la justice pour les victimes dans les sociétés pré- et post-transition à travers le monde.
Les violations des droits humains se sont intensifiées dans la région contre les Kurdes le 16 octobre 2017, lorsque les forces gouvernementales ainsi que les milices soutenues par l’Iran ont inondé la région et lancé une campagne militaire à grande échelle. Ils ont immédiatement pris le contrôle de la ville, y compris ses deux principaux champs pétrolifères. Le gouvernement central irakien, dans le but de limiter et d’empêcher davantage les aspirations à la succession kurde après le référendum de 2017, a entamé une alliance étroite et une coordination militaire avec l’Iran et la Turquie. La campagne militaire a été menée par le célèbre général iranien Qassim Sulaimani, dont l’utilisation des tactiques terroristes et de la violence était tristement célèbre. Le résultat a été que des civils kurdes et des forces de sécurité ont été massacrés. Parallèlement, les Kurdes d’autres régions vulnérables telles que celles de Tuz Khurmatu, Khanaqin, Jalawla, Makhmur et Zummar ont également été ciblés. Plusieurs civils ont été assassinés. Selon les conclusions du rapport, un certain nombre d’armes utilisées contre les Kurdes ont été fournies et fabriquées par les États-Unis dans la guerre contre l’Etat islamique, mais ont été utilisées par les forces irakiennes pour massacrer et nettoyer ethniquement les Kurdes. Les forces kurdes peshmergas avaient pris le contrôle de la région à l’été 2014, lorsque les forces de sécurité et militaires irakiennes ont évacué la région suite à la montée de l’Etat islamique.
Historiquement, les territoires contestés tels que Kirkouk et Mossoul au Kurdistan du Sud ont toujours été le théâtre non seulement de contestations ethno-religieuses, mais aussi de discrimination raciale et de violence profondément troublantes dans lesquelles les Kurdes ont été les perdants traditionnels. Non seulement les Arabes mais aussi les Turkmènes ont longtemps contesté le droit aux territoires de Kirkouk et de Mossoul. Selon le professeur Ofra Bengio, chercheur principal au Centre Moshe Dayan d’études moyen-orientales et africaines de l’Université de Tel Aviv et responsable du programme d’études kurdes au Centre Moshe Dayan, les tensions ethniques et les changements démographiques font depuis longtemps partie de l’histoire de Kirkouk. Elle note que : « une atmosphère d’inimitié régnait depuis longtemps entre les Kurdes et les Turkmons. Elle découlait, entre autres, du fait que la Sublime Porte, à savoir le sultan ottoman,[1] Mahir A Aziz, l’auteur Les Kurdes d’Irak : Nationalisme et identité au Kurdistan irakien, a également soutenu que le nettoyage ethnique de Kirkouk avait pris de l’ampleur pendant la tristement célèbre campagne d’Anfal contre les Kurdes grâce à la politique délibérée d’Ali Hassan al-Majid, le cousin de Saddam, connu sous le nom de « Ali le chimique » pour son utilisation d’armes chimiques contre les Kurdes. Selon Aziz, « c’est à l’époque d’Ali Hassan al-Majid que le nettoyage ethnique de Kirkouk est devenu plus systématique. Ces stratégies impitoyables d’arabisation et de déportations se sont poursuivies dans les années 1980-90. [2] Comme l’indique ce récent rapport, une grande partie de ces politiques de nettoyage ethnique, incitant à la terreur et à la peur dans le cœur de la communauté kurde, se poursuivent à ce jour. Néanmoins, maintenant une combinaison de groupes arabes, turkmènes et kurdes réside dans la région, et une solution viable, efficace et démocratique doit être trouvée avant qu’une nouvelle escalade de la violence, généralement menée contre les Kurdes, ne se reproduise.
Il est clair que les régions contestées ont longtemps été confrontées à des changements démographiques par des groupes ethno-religieux puissants et intéressés au détriment des droits de l’homme, de la liberté et de l’autonomie des Kurdes. Le rapport indique que le gouvernement irakien continue d’utiliser des politiques de nettoyage ethnique dans ces territoires par la destruction et l’endommagement explicites des terres agricoles et du bétail, des maisons, des villages, le déplacement forcé, le recours à la violence et aux menaces ainsi que la répression culturelle et la discrimination économique et en matière d’emploi. Tous ces facteurs continuent de rendre la vie insupportable et insoutenable pour de nombreux Kurdes de la région.
De manière plus concise, ce rapport constate qu’il y a eu 122 cas documentés de meurtre entre 2017 et 2022. Il y a eu 51 cas documentés de destruction et de rasage de fermes et de terres au cours de cette période, ainsi que 25 cas d’enlèvements. Au moins 3 cas de viols ont été signalés, mais le Centre d’études kurde estime que ces chiffres seraient bien plus élevés. Cependant, en raison des tabous culturels autour de l’honneur et de la virginité, nous prévoyons que de nombreuses victimes seraient dissuadées de se manifester et de signaler leurs abus. Dans le même temps, au moins deux journalistes ont été assassinés, tandis que de nombreux autres ont été harcelés ou menacés. Compte tenu du vide sécuritaire dans la région, les Kurdes restent profondément vulnérables aux abus et à la violence des milices ainsi que de l’Etat islamique.
Bien que l’Iraq ait ratifié ou soit signataire d’un certain nombre de lois et conventions internationales, le rapport constate que bon nombre de ces conventions dans le cas du traitement des Kurdes à Kirkouk sont régulièrement et systématiquement violées. L’Irak, par exemple, est signataire de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (CAT) ou de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), la convention internationale sur l’élimination de toutes les formes discrimination raciale (CERD). Pourtant, le rapport indique que toutes ces conventions sont ignorées ou violées à Kirkouk et que l’État n’a pas respecté ses obligations internationales.
De plus, depuis les événements de 2016, les forces de sécurité kurdes telles que les Peshmarga ont été chassées, laissant les Kurdes de la région sans sécurité de base. Un grand nombre de milices opèrent dans les territoires contestés, notamment Asayib Ahl Alhaq, Saraya Vanayat al-Khorasani, les Brigades de Sayyid al-Shuhada, le mouvement Hezbollah Al-Nujaba, les Brigades Hezbollah Saraya Al Salam, Badr Organization – Military Wing et Hashd Al Turkmani. Les actions de ces milices, et en fait la force même de leur présence, ont suffi à créer une peur profonde et à augmenter le nombre de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDI) dans la région. Les anciennes forces peshmargas craignent pour elles-mêmes et leurs familles, et nombre d’entre elles déménagent en raison du nombre et de la taille des milices susmentionnées.
Alors que la discrimination culturelle, économique et raciale envers les Kurdes s’intensifie, la justice et la responsabilité des auteurs restent inexistantes et illusoires. Dans le même temps, les organisations de défense des droits de l’homme et les parties prenantes ont indiqué peu d’intérêt à forcer les auteurs et le gouvernement irakien à subir des répercussions. La possibilité de justice pour les personnes discriminées, maltraitées et violées reste hautement improbable. Ces facteurs continuent d’accroître les clivages ethno-religieux et la violence envers les Kurdes. Considérant que le rapport constate que la majorité des armes utilisées contre les Kurdes et leurs forces de sécurité sont fournies par les États-Unis, la probabilité d’une justice reste de plus en plus illusoire.
De plus, l’un des principaux auteurs du rapport, Jaya Srivastava, soutient que les politiques d’extermination précédentes du régime irakien envers les Kurdes étaient ouvertes et transparentes, comme dans le cas clair de la campagne d’Anfal. Cependant, plus récemment, des politiques de nettoyage ethnique ont été mises en place en utilisant un certain nombre de politiques cachées et douces pour rendre la vie insupportable aux Kurdes de la région. Un autre chercheur affirme que « la valeur de la vie des Kurdes a touché le fond au cours des 2-3 derniers mois et personne ne le sait. Il est temps que la Cour pénale internationale et la Cour internationale de justice enquêtent et poursuivent les auteurs de ce nettoyage ethnique systématique. D’autres ont affirmé qu’il est troublant « facile de tuer un Kurde à Kirkouk ces jours-ci.
Parallèlement à ces actes de terreur et de violence, d’autres politiques de nettoyage ethnique ont été utilisées, notamment celle de changer les noms kurdes des rues et des villes en arabe et des centaines de responsables kurdes ont été démis de leurs fonctions. Dans le même temps, des fermiers kurdes ont été expulsés de force de leurs terres, leurs maisons et leurs terres étant reprises par des Arabes. Simultanément, un grand nombre de terres agricoles kurdes sur des milliers d’hectares font l’objet de tentatives de confiscation, des centaines d’hectares étant déjà redistribués aux colons arabes.
En effet, l’une des conclusions les plus inquiétantes du rapport souligne que plus de 25 000 familles arabes, rappelant les politiques baasistes des années 1970, ont été relocalisées et installées à Kirkouk et dotées du droit de vote. Un tel découpage électoral partisan a des conséquences inquiétantes pour les élections à venir ainsi que modifier radicalement la démographie électorale. Le résultat a été une augmentation de la représentation et des candidatures arabes au Parlement irakien, des élections de 2018 aux élections de 2021, tandis que la représentation kurde a sensiblement diminué. En plus de cela, le rapport présente des preuves de directives gouvernementales qui indiquent des cas clairs de discrimination contre les Kurdes, notamment la confiscation de terres, le déplacement forcé, des perquisitions illégales et aléatoires à domicile, etc.
Outre ces politiques délibérément imposées aux Kurdes à Kirkouk et dans d’autres territoires contestés, des pays voisins tels que la Turquie et l’Iran continuent d’influencer les changements et leurs propres politiques dans le pays, ce qui a des effets désastreux sur les Kurdes. En Turquie, alors qu’Erdogan fait face à une autre élection et que le pays célèbre son centenaire en tant qu’État, les zones contestées deviendront plus ciblées en tant que monnaie d’échange électorale, mais aussi en tant que source de la montée des politiques néo-nationalistes, d’islamisation et d’expansion du régime. Des régions comme Mossoul et Kirkouk deviendront sans aucun doute les épicentres de ces politiques expansionnistes dans les années à venir. La Turquie, dans son invasion des régions kurdes du Rojava, dans le nord de la Syrie, a démontré une heureuse propension à déclencher non seulement l’annexion de terres et le déplacement de citoyens kurdes, mais aussi l’utilisation d’armes chimiques contre eux dans le nord de l’Irak et en Syrie.
Ce qui est clair, c’est que Kirkouk restera une région profondément contestée et que les civils kurdes continueront de subir le poids des intérêts géopolitiques des factions et puissances dominantes dans la région. À la lumière de l’échec continu des organisations internationales des droits humains à s’exprimer et à protéger les Kurdes à travers le Grand Kurdistan, il est peu probable que quiconque d’autre que les Kurdes eux-mêmes vienne en aide à ces civils kurdes qui souffrent depuis longtemps. Malheureusement, le gouvernement régional du Kurdistan (KRG) continue d’être influencé par les intérêts nationaux et régionaux turcs, tout en restant paralysé par les tensions internes, la corruption et l’incompétence.
Sources:
Les violations des droits humains se sont intensifiées dans la région contre les Kurdes le 16 octobre 2017, lorsque les forces gouvernementales ainsi que les milices soutenues par l’Iran ont inondé la région et lancé une campagne militaire à grande échelle. Ils ont immédiatement pris le contrôle de la ville, y compris ses deux principaux champs pétrolifères. Le gouvernement central irakien, dans le but de limiter et d’empêcher davantage les aspirations à la succession kurde après le référendum de 2017, a entamé une alliance étroite et une coordination militaire avec l’Iran et la Turquie. La campagne militaire a été menée par le célèbre général iranien Qassim Sulaimani, dont l’utilisation des tactiques terroristes et de la violence était tristement célèbre. Le résultat a été que des civils kurdes et des forces de sécurité ont été massacrés. Parallèlement, les Kurdes d’autres régions vulnérables telles que celles de Tuz Khurmatu, Khanaqin, Jalawla, Makhmur et Zummar ont également été ciblés. Plusieurs civils ont été assassinés. Selon les conclusions du rapport, un certain nombre d’armes utilisées contre les Kurdes ont été fournies et fabriquées par les États-Unis dans la guerre contre l’Etat islamique, mais ont été utilisées par les forces irakiennes pour massacrer et nettoyer ethniquement les Kurdes. Les forces kurdes peshmergas avaient pris le contrôle de la région à l’été 2014, lorsque les forces de sécurité et militaires irakiennes ont évacué la région suite à la montée de l’Etat islamique.
Historiquement, les territoires contestés tels que Kirkouk et Mossoul au Kurdistan du Sud ont toujours été le théâtre non seulement de contestations ethno-religieuses, mais aussi de discrimination raciale et de violence profondément troublantes dans lesquelles les Kurdes ont été les perdants traditionnels. Non seulement les Arabes mais aussi les Turkmènes ont longtemps contesté le droit aux territoires de Kirkouk et de Mossoul. Selon le professeur Ofra Bengio, chercheur principal au Centre Moshe Dayan d’études moyen-orientales et africaines de l’Université de Tel Aviv et responsable du programme d’études kurdes au Centre Moshe Dayan, les tensions ethniques et les changements démographiques font depuis longtemps partie de l’histoire de Kirkouk. Elle note que : « une atmosphère d’inimitié régnait depuis longtemps entre les Kurdes et les Turkmons. Elle découlait, entre autres, du fait que la Sublime Porte, à savoir le sultan ottoman,[1] Mahir A Aziz, l’auteur Les Kurdes d’Irak : Nationalisme et identité au Kurdistan irakien, a également soutenu que le nettoyage ethnique de Kirkouk avait pris de l’ampleur pendant la tristement célèbre campagne d’Anfal contre les Kurdes grâce à la politique délibérée d’Ali Hassan al-Majid, le cousin de Saddam, connu sous le nom de « Ali le chimique » pour son utilisation d’armes chimiques contre les Kurdes. Selon Aziz, « c’est à l’époque d’Ali Hassan al-Majid que le nettoyage ethnique de Kirkouk est devenu plus systématique. Ces stratégies impitoyables d’arabisation et de déportations se sont poursuivies dans les années 1980-90. [2] Comme l’indique ce récent rapport, une grande partie de ces politiques de nettoyage ethnique, incitant à la terreur et à la peur dans le cœur de la communauté kurde, se poursuivent à ce jour. Néanmoins, maintenant une combinaison de groupes arabes, turkmènes et kurdes réside dans la région, et une solution viable, efficace et démocratique doit être trouvée avant qu’une nouvelle escalade de la violence, généralement menée contre les Kurdes, ne se reproduise.
Il est clair que les régions contestées ont longtemps été confrontées à des changements démographiques par des groupes ethno-religieux puissants et intéressés au détriment des droits de l’homme, de la liberté et de l’autonomie des Kurdes. Le rapport indique que le gouvernement irakien continue d’utiliser des politiques de nettoyage ethnique dans ces territoires par la destruction et l’endommagement explicites des terres agricoles et du bétail, des maisons, des villages, le déplacement forcé, le recours à la violence et aux menaces ainsi que la répression culturelle et la discrimination économique et en matière d’emploi. Tous ces facteurs continuent de rendre la vie insupportable et insoutenable pour de nombreux Kurdes de la région.
De manière plus concise, ce rapport constate qu’il y a eu 122 cas documentés de meurtre entre 2017 et 2022. Il y a eu 51 cas documentés de destruction et de rasage de fermes et de terres au cours de cette période, ainsi que 25 cas d’enlèvements. Au moins 3 cas de viols ont été signalés, mais le Centre d’études kurde estime que ces chiffres seraient bien plus élevés. Cependant, en raison des tabous culturels autour de l’honneur et de la virginité, nous prévoyons que de nombreuses victimes seraient dissuadées de se manifester et de signaler leurs abus. Dans le même temps, au moins deux journalistes ont été assassinés, tandis que de nombreux autres ont été harcelés ou menacés. Compte tenu du vide sécuritaire dans la région, les Kurdes restent profondément vulnérables aux abus et à la violence des milices ainsi que de l’Etat islamique.
Bien que l’Iraq ait ratifié ou soit signataire d’un certain nombre de lois et conventions internationales, le rapport constate que bon nombre de ces conventions dans le cas du traitement des Kurdes à Kirkouk sont régulièrement et systématiquement violées. L’Irak, par exemple, est signataire de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (CAT) ou de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), la convention internationale sur l’élimination de toutes les formes discrimination raciale (CERD). Pourtant, le rapport indique que toutes ces conventions sont ignorées ou violées à Kirkouk et que l’État n’a pas respecté ses obligations internationales.
De plus, depuis les événements de 2016, les forces de sécurité kurdes telles que les Peshmarga ont été chassées, laissant les Kurdes de la région sans sécurité de base. Un grand nombre de milices opèrent dans les territoires contestés, notamment Asayib Ahl Alhaq, Saraya Vanayat al-Khorasani, les Brigades de Sayyid al-Shuhada, le mouvement Hezbollah Al-Nujaba, les Brigades Hezbollah Saraya Al Salam, Badr Organization – Military Wing et Hashd Al Turkmani. Les actions de ces milices, et en fait la force même de leur présence, ont suffi à créer une peur profonde et à augmenter le nombre de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDI) dans la région. Les anciennes forces peshmargas craignent pour elles-mêmes et leurs familles, et nombre d’entre elles déménagent en raison du nombre et de la taille des milices susmentionnées.
Alors que la discrimination culturelle, économique et raciale envers les Kurdes s’intensifie, la justice et la responsabilité des auteurs restent inexistantes et illusoires. Dans le même temps, les organisations de défense des droits de l’homme et les parties prenantes ont indiqué peu d’intérêt à forcer les auteurs et le gouvernement irakien à subir des répercussions. La possibilité de justice pour les personnes discriminées, maltraitées et violées reste hautement improbable. Ces facteurs continuent d’accroître les clivages ethno-religieux et la violence envers les Kurdes. Considérant que le rapport constate que la majorité des armes utilisées contre les Kurdes et leurs forces de sécurité sont fournies par les États-Unis, la probabilité d’une justice reste de plus en plus illusoire.
De plus, l’un des principaux auteurs du rapport, Jaya Srivastava, soutient que les politiques d’extermination précédentes du régime irakien envers les Kurdes étaient ouvertes et transparentes, comme dans le cas clair de la campagne d’Anfal. Cependant, plus récemment, des politiques de nettoyage ethnique ont été mises en place en utilisant un certain nombre de politiques cachées et douces pour rendre la vie insupportable aux Kurdes de la région. Un autre chercheur affirme que « la valeur de la vie des Kurdes a touché le fond au cours des 2-3 derniers mois et personne ne le sait. Il est temps que la Cour pénale internationale et la Cour internationale de justice enquêtent et poursuivent les auteurs de ce nettoyage ethnique systématique. D’autres ont affirmé qu’il est troublant « facile de tuer un Kurde à Kirkouk ces jours-ci.
Parallèlement à ces actes de terreur et de violence, d’autres politiques de nettoyage ethnique ont été utilisées, notamment celle de changer les noms kurdes des rues et des villes en arabe et des centaines de responsables kurdes ont été démis de leurs fonctions. Dans le même temps, des fermiers kurdes ont été expulsés de force de leurs terres, leurs maisons et leurs terres étant reprises par des Arabes. Simultanément, un grand nombre de terres agricoles kurdes sur des milliers d’hectares font l’objet de tentatives de confiscation, des centaines d’hectares étant déjà redistribués aux colons arabes.
En effet, l’une des conclusions les plus inquiétantes du rapport souligne que plus de 25 000 familles arabes, rappelant les politiques baasistes des années 1970, ont été relocalisées et installées à Kirkouk et dotées du droit de vote. Un tel découpage électoral partisan a des conséquences inquiétantes pour les élections à venir ainsi que modifier radicalement la démographie électorale. Le résultat a été une augmentation de la représentation et des candidatures arabes au Parlement irakien, des élections de 2018 aux élections de 2021, tandis que la représentation kurde a sensiblement diminué. En plus de cela, le rapport présente des preuves de directives gouvernementales qui indiquent des cas clairs de discrimination contre les Kurdes, notamment la confiscation de terres, le déplacement forcé, des perquisitions illégales et aléatoires à domicile, etc.
Outre ces politiques délibérément imposées aux Kurdes à Kirkouk et dans d’autres territoires contestés, des pays voisins tels que la Turquie et l’Iran continuent d’influencer les changements et leurs propres politiques dans le pays, ce qui a des effets désastreux sur les Kurdes. En Turquie, alors qu’Erdogan fait face à une autre élection et que le pays célèbre son centenaire en tant qu’État, les zones contestées deviendront plus ciblées en tant que monnaie d’échange électorale, mais aussi en tant que source de la montée des politiques néo-nationalistes, d’islamisation et d’expansion du régime. Des régions comme Mossoul et Kirkouk deviendront sans aucun doute les épicentres de ces politiques expansionnistes dans les années à venir. La Turquie, dans son invasion des régions kurdes du Rojava, dans le nord de la Syrie, a démontré une heureuse propension à déclencher non seulement l’annexion de terres et le déplacement de citoyens kurdes, mais aussi l’utilisation d’armes chimiques contre eux dans le nord de l’Irak et en Syrie.
Ce qui est clair, c’est que Kirkouk restera une région profondément contestée et que les civils kurdes continueront de subir le poids des intérêts géopolitiques des factions et puissances dominantes dans la région. À la lumière de l’échec continu des organisations internationales des droits humains à s’exprimer et à protéger les Kurdes à travers le Grand Kurdistan, il est peu probable que quiconque d’autre que les Kurdes eux-mêmes vienne en aide à ces civils kurdes qui souffrent depuis longtemps. Malheureusement, le gouvernement régional du Kurdistan (KRG) continue d’être influencé par les intérêts nationaux et régionaux turcs, tout en restant paralysé par les tensions internes, la corruption et l’incompétence.
Sources:
- Bengio, O. 2012. The Kurds of Iraq: Building a State Within a State. Lynn Rienner Publishers: London. P.55.
- Aziz, M.A. 2015. The Kurds of Iraq: Nationalism and Identity in Iraqi Kurdistan. I.B. Tauris Publishing: New York. P.78.
Massacres de Paris. « La France doit rendre des comptes aux Kurdes »
PARIS – Plus de 10 000 Kurdes venus de toute l’Europe ont manifesté aujourd’hui, à l’occasion du dixième anniversaire du meurtre de trois femmes kurdes à Paris par un espion turc le 9 janvier 2013. Ils ont de nouveau demandé « Vérité et justice » dans ce triple assassinat politique classé secret d’État alors qu’ils ont été frappés par une nouvelle attaque terroriste le 23 décembre 2022, à deux pas du triple meurtre de 2013…
Trois Kurdes ont été assassinés à Paris le 23 décembre 2022, peu de temps avant le 10e anniversaire du triple meurtre de Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Şaylemez en 2013. Les victimes de l’attaque sont le révolutionnaire Evîn Goyî (Emine Kara); le musicien Mîr Perwer (M. Şirin Aydın) et Abdurrahman Kızıl, un patriote kurde dans la soixantaine.
L’attaque est survenue quelques semaines avant le 10e anniversaire du triple meurtre le 9 janvier 2013 de la membre fondatrice du PKK Sakine Cansız (Sara), de la représentante du KNK (Congrès national du Kurdistan) à Paris Fidan Doğan (Rojbîn) et de la membre du mouvement de jeunesse kurde Leyla Şaylemez (Ronahî) au Bureau d’information kurde rue La Fayette, près de la Gare Nord.
Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Paris pour réclamer justice pour les meurtres des militants kurdes le 9 janvier 2013 et le 23 décembre 2022.
Des dizaines politiciens français, d’intellectuels, d’écrivains, d’universitaires, de syndicalistes, d’avocats, de représentants d’institutions kurdes et d’organisations socialistes de gauche de Turquie ont également participé à la manifestation qui est partie de la Gare du Nord vers 11h30 et qui s’est achevée par un grand meeting place de la République où les intervenants ont tous exhorté les autorités françaises à faire toute la lumière sur ces assassinats politiques ciblant les militants kurdes en France.
Des slogans et des chants révolutionnaires kurdes ont également été entendus tout au long de la manifestation.
Et voici quelques images de la manifestation d’aujourd’hui:
Les Kurdes venus de toute l’Europe manifestent ce 7 janvier à Paris
PARIS – A l’occasion du dixième anniversaire du meurtre de trois femmes kurdes à Paris le 9 janvier 2013 par un espion turc, les Kurdes venus de toute l’Europe manifesteront demain, samedi 7 janvier, dans la capitale française pour demander « Vérité et justice » alors qu’ils ont été frappés par une nouvelle attaque terroriste* le 23 décembre 2022, à deux pas du triple meurtre de 2013…
« 10 ans d’infamie, ça suffit! »
« Pour les Kurdes, l’État français restera coupable tant qu’il refusera de déclassifier les documents détenus par ses services », déclare e Conseil Démocratique Kurde en France (CDK-F) exhorte les autorités françaises à lever le secret défense entourant cette affaire d’État et appelle à manifester le samedi 7 janvier.
Voici le communiqué du CDK-F condamnant les autorités françaises qui empêchent la justice de faire son travail et qui appelle à manifester demain:
Triple assassinat des militantes kurdes à Paris: 10 ans d’infamie, ça suffit ! Levez le secret-défense !
C’était le 9 janvier 2013, un mercredi. Ce jour-là, trois militantes kurdes, Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez, ont été froidement assassinées, en plein jour, au coeur de Paris, par un agent du service de renseignement turc (MIT). 10 ans après, l’horreur, la tristesse et la colère restent toujours vivantes dans le coeur et la mémoire des Kurdes et de leurs amis. Ce ne sont pas seulement la France et sa communauté kurde qui ont été touchées par ce crime terroriste, mais un peuple de 50 millions de Kurdes, dispersés dans les quatre coins du monde.
10 ans après, c’est aussi et surtout le sentiment d’impunité qui règne, le sentiment que la France cherche à jeter aux oubliettes ce crime politique, comme tant d’autres qui jalonnent son histoire contemporaine. Le lendemain du massacre, le ministre de l’intérieur de l’époque a paradé sur les lieux du crime et signifié aux médias l’engagement de la France à faire toute la lumière sur cette affaire.
Cependant, durant ces 10 longues années, l’État français n’a pas fait ce qui lui incombait pour faciliter les investigations et le travail de la justice. Au delà d’une simple affaire judiciaire, il s’agit là d’un crime terroriste dans lequel sont impliqués les services d’un État étranger, comme le confirme le réquisitoire du Procureur de la République : « de nombreux éléments de la procédure permettent de suspecter l’implication du MIT dans l’instigation et la préparation des assassinats. »
Sollicité à plusieurs reprises par les juges d’instruction pour la déclassification des informations détenues par les différents services de renseignements français concernant cette affaire, les gouvernements français successifs ont toujours opposé le secret-défense. En refusant de lever le secret-défense, la France commet un déni de justice et entretient l’impunité d’un crime politique et terroriste. La mort de l’assassin présumé, Ömer Güney, n’y change rien, puisque les commanditaires sont toujours vivants.
Durant ces dix années, les autorités françaises n’ont même pas eu la décence de recevoir les familles des victimes ni les organisations kurdes, contrairement à ce qu’aurait requis un crime terroriste de cette nature commis en France.
Pourquoi l’État français protège-t-il les commanditaires du triple assassinat en maintenant le secret-défense avec insistance ? À quel point les services français étaient-ils informés de la préparation de ces assassinats? Qu’est-ce que l’État français tente de dissimuler avec le secret-défense ? Autant de questions que se posent les 50 millions de Kurdes et l’opinion publique française et internationale.
Pour les Kurdes, l’État français restera coupable tant qu’il refusera de déclassifier les documents détenus par ses services.
C’est pourquoi, nous appelons, avant tout, les citoyennes et citoyens français à se joindre à nous dans la grande marche du 7 janvier 2023 afin de revendiquer haut et fort la justice et exiger la levée du secret-défense qui bloque l’instruction judiciaire.
Nous appelons par ailleurs les élus de la République, de quelque bord qu’ils soient, à se joindre à notre manifestation avec leur écharpe tricolore afin de revendiquer la justice et de mettre fin à cette impunité qui menace l’honneur de la France.
En outre, nous appelons les défenseurs de la justice, les avocats, à se joindre à la manifestation avec leur robe afin de symboliser la primauté du droit et de revendiquer la justice aux côtés des familles des victimes et de milliers d’autres manifestants.
Enfin, nous demandons aux organisations politiques, syndicales et associatives de nous rejoindre pour porter haut nos voix et notre quête de justice.
La France doit lever le secret-défense et faire tout le nécessaire pour résoudre l’affaire du triple assassinat.
Conseil Démocratique Kurde en France
*Les victimes de ce deuxième assassinat politique sont: Evîn Goyî (Emine Kara), qui est arrivée en France en 2019 et qui travaillait après des Yézidis de Shengal au Rojava après avoir combattu au sein de la guérilla kurde; le musicien Mîr Perwer (Şirin Aydın), qui était persécuté en Turquie où il fut condamné 20 ans de prison pour sa musique engagée (comme Ahmet Kaya, il y a plus de 20 ans) ; et Abdurrahman Kızıl, un patriote kurde dans la soixantaine pour qui le centre culturel kurde de Paris était sa deuxième maison.
« Notre vengeance sera la révolution des femmes ! »
PARIS – Le collectif de féministes kurdes du Kurdistan d’Iran, TAWAR condamne le massacre des femmes kurdes jusqu’en France et appelle à la solidarité internationale d’avec le mouvement de libération des femmes kurdes.
Voici le communiqué de TAWAR :
« Notre vengeance sera la révolution des femmes !
Nous n’abandonnerons pas notre combat contre le fascisme patriarcal !
Le vendredi 23 décembre, un homme de 69 ans a ouvert le feu sur le Centre culturel d’Ahmet Kaya dans le 10e arrondissement de Paris. Trois personnes ont été blessé.e.s et trois autres tué.e.s dont Emine Kara, connue sous le nom d’Evîn Goyî, une militante féministe appartenant au Mouvement de libération des femmes kurdes depuis 34 ans. Née en 1974 au Bakûr (Kurdistan de Turquie), elle adhère au PKK en 1988 et devient une militante très engagée en Turquie, en Irak et en Syrie. En 2014, après l’émergence de l’État islamique (EI) en Syrie, elle se rend au Rojava, région autonome dirigée par les Kurdes et rejoint le YPG (Unité de Protection du Peuple). Après la chute de l’EI en 2019, elle est blessée à son retour en Irak. Elle prend, pour se faire soigner, la route de l’Europe, puis dépose en vain sa demande d’asile en France.
Le jour du massacre, le tireur arrive au moment où est prévue une réunion d’une soixantaine de femmes kurdes. Celle-ci, finalement décalée au dernier moment à cause d’un problème de transport, portait sur la préparation de la commémoration du 10e anniversaire de la mort de trois militantes kurdes de Turquie (Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Söylemez), assassinées dans le même arrondissement de Paris, le 9 janvier 2013. Si l’implication des services secrets turcs (MIT) ne fait aucun doute, la justice n’a été jamais rendue. Avec l’assassinat d’Amine Kara, c’est la deuxième fois en dix ans que des militantes kurdes sont brutalement visées en plein cœur de Paris, alors même que leur vie entière a été un combat contre le patriarcat et le fascisme de l’État turc.
Ajoutons à cela les meurtres étatiques d’autres femmes kurdes par les régimes capitalistes, autoritaires, racistes, nationalistes, misogynes et homophobes. Au cours de ces derniers années, de nombreuses militantes kurdes de la région autonome du Rojava dans le nord-est de la Syrie ont été assassinées, soit par la Turquie, soit par l’EI. Ces militantes ont été ciblées parce qu’elles étaient des « Kurdes » mais surtout parce qu’elles étaient des « femmes ». Il y a quelques mois, le 16 septembre 2022, Jina (Mahsa) Amini, une jeune fille kurde de 22 ans, est tuée par la police des mœurs en Iran. Son meurtre déclenche un soulèvement dans les régions kurdes ainsi que dans l’ensemble de l’Iran, connu actuellement sous le nom de Jin, Jiyan, Azadi (Femme, Vie, Liberté), slogan scandé lors de ses funérailles. Du début de ce soulèvement à aujourd’hui, des dizaines d’Iraniennes, dont au moins quatre Kurdes (Minoo Madjidi, Kobra Shekhe, Sarina Saedi et Freshteh Ahmadi), sont assassinées par les forces de répression de la République islamique d’Iran. Ensuite, le 4 octobre 2022, Nagihan Akarsel, membre de l’Académie de Jineolojî (la science des femmes en Kurde) et rédactrice en chef de son journal, est tuée de treize balles au Bashur (Kurdistan d’Irak) par l’État turc.
Appartenant à la plus grande nation sans État du monde, les militantes kurdes sont souvent victimes de féminicides et de violences systématiques de la part des régimes qui les gouvernent, et ceci avec la coopération des puissances colonialistes et impérialistes mondiales. Pourquoi ? Pour la simple raison qu’elles développent une tradition de résistance basée à la fois sur la question du genre, de la classe et celle de la minorité ethnique et nationale.
Emine Kara, tout comme Sakine Cansız et Nagihan Akarsel, était à l’origine du slogan « Jin, Jiyan Azadi » qui incarne les longues luttes des femmes kurdes en Turquie ainsi que leur « révolution de genre » dans « le mouvement révolutionnaire de libération ». Héritier de ces pionnières, ce slogan s’est largement répandu au Rojava pour atteindre le Rojhelat (Kurdistan d’Iran) ainsi que d’autres régions du monde comme l’Amérique du Sud, l’Europe et actuellement la totalité de l’Iran.
Le mouvement de libération des femmes kurdes, dont Amina Kara faisait partie, a réussi à politiser des millions de femmes en Turquie mais aussi dans d’autres régions du Kurdistan. Fondé sur le triptyque écologie, féminisme et communalisme, leur militantisme a non seulement féminisé l’espace politique mais a aussi en quelque sorte transformé la société en fonction des rapports de sexe. La réponse nationale et transnationale au combat de ces militantes kurdes a pourtant souvent été la violence, la répression ou même leur élimination. Ce mouvement de résistance est particulièrement visé car il représente la plus grande menace pour le fascisme patriarcal dans la région. Cependant, comme le rappelle la déclaration du Mouvement des femmes kurdes en Europe (TJK-E) à la suite de la tuerie du 23 décembre : « aucune attaque n’arrêtera l’avancement de la révolution des femmes, notre colère discréditera les assassins. Le meurtre de la camarade Evîn [Amina Kara] n’est pas accidentel. Les systèmes patriarcaux pensent qu’en tuant les femmes, ils empêcheront leur lutte pour la liberté […] Mais, pour les femmes kurdes, la lutte est plus importante que le pain et l’eau. »
Quelle que soit la forme de féminisme à laquelle nous nous identifions, nous ne pouvons être indifférentes à un mouvement aussi déterminé, dont les militantes risquent partout leur vie, même dans les pays où elles émigrent comme réfugiées politiques. La justice pour les camarades qui ont perdu la vie ne s’obtiendra que par une solidarité transfrontalière des femmes, des féministes et des minorités de genre, dans un contexte où la droite et l’extrême droite de toutes sortes, de la Turquie à l’Europe, dominent le monde. Ces militantes assassinées étaient des figures précieuses qui ont non seulement contribué à visibiliser la cause des femmes en Turquie et au Moyen-Orient, mais ont également encouragé les féminismes révolutionnaires transnationaux.
Nous, en tant que féministes kurdes indépendantes du Rojhelat, nous invitons les militantes du monde entier à condamner cette violence systématique dont sont particulièrement victimes les femmes et à manifester à leur manière leur solidarité avec le mouvement transnational de libération des femmes kurdes. »
Collectif de Tawar