Pakhshan Azizi: « Notre crime est d’unir la femme, la vie et la liberté »
IRAN – Une pétition est en cours pour sauver la vie de Pakhshan Azizi, journaliste, travailleuse sociale et ancienne prisonnière politique kurde condamnée à mort par le régime iranien pour « rébellion ». Pakhshan Azizi a déclaré dans une lettre écrite dans les couloirs de la mort qu’« Il n’y a pas de liberté sans sacrifice. Le prix de la liberté est élevé. Notre crime est d’unir la femme, la vie et la liberté. »
Hengameh Hoveyda, écrivaine, journaliste, militante politique et chercheuse en politique, a traduit la lettre de Pakhshan Azizi. Nous le partageons avec vous:
Pakhshan Azizi, une prisonnière politique condamnée à mort, a rédigé une lettre depuis la prison d’Evin, dont le texte complet a été publié aujourd’hui, le 27 juillet 2024, sur le canal Telegram de Bidarzani. Elle y déclare : « Il n’y a pas de liberté sans sacrifice. Le prix de la liberté est élevé. Notre crime est d’unir la femme, la vie et la liberté. »
Dans cette lettre, Azizi écrit également : « Sharifeh Mohammadi, moi-même et les autres femmes condamnées à mort ne sommes ni les premières ni les dernières à être condamnées simplement pour avoir cherché une vie libre et digne. Mais il n’y a pas de liberté sans sacrifice. Le prix de la liberté est élevé. Notre crime est d’unir la femme, la vie et la liberté. »
Azizi raconte son arrestation violente avec sa famille par les forces de sécurité, les tortures subies pendant sa détention, ainsi que ses positions et activités politiques. Elle écrit : « J’ai été pendue à plusieurs reprises pendant les interrogatoires. »
Originaire de Mahabad et diplômée en travail social de l’Université Allameh Tabataba’i de Téhéran, Azizi a été arrêtée le 4 août 2023 par les forces du ministère des Renseignements à Téhéran. Durant sa détention, elle a été privée de son droit de rencontrer sa famille et d’avoir un avocat, subissant des pressions et des tortures pour obtenir des aveux forcés. Le 11 décembre 2023, elle a été transférée du quartier 209 au quartier des femmes de la prison d’Evin.
Deux audiences de son procès ont eu lieu les 29 mai et 16 juin 2024, pour des accusations de « baghy » (rébellion armée) devant la 26e chambre du tribunal révolutionnaire islamique de Téhéran, présidée par le juge Iman Afshari. Azizi avait déjà été arrêtée en 2009 lors d’une manifestation d’étudiants kurdes de l’Université de Téhéran contre les exécutions politiques au Kurdistan.
Les Kurdes et leurs amis mobilisés contre l’isolement d’Imrali
MONDE – Les Kurdes et leurs ami-e-s sont mobilisé-e-s pendant trois jours contre l’isolement d’Imrali.
Le Congrès européen des sociétés démocratiques du Kurdistan (Kongreya Civakên Demokratîk a Kurdîstanîyên Ewrupa – KCD-E) appelle les Kurdes d’Europe et leurs ami-e-s à descendre dans la rue les 5, 6 et 7 août pour protester contre l’isolement carcéral imposé au leader kurde Abdullah Öcalan sur l’île prison d’Imrali.
Dans un communiqué écrit, le KCDK-E a déclaré que l’isolement imposé au leader du kurde Abdullah Öcalan n’était « pas une situation acceptable » pour le peuple kurde et l’a appelé à participer activement aux sit-in de trois jours qui débuteront demain, 5 août.
Voici le communiqué du le KCDK-E :
« Le leader du peuple kurde Abdullah Öcalan est détenu à l’isolement depuis 25 ans. Le CPT et le Conseil de l’Europe ne divulguent pas d’informations sur ce qui s’est passé à Imralı et sur les raisons pour lesquelles il n’y a pas eu de rencontres avec le leader Apo [Abdullah Öcalan].
Un système d’isolement maintenu depuis 25 ans, aucune nouvelle du Leader Apo depuis 4 ans, et de même, l’interdiction des visites de la famille et des avocats, ne sont plus des situations acceptables pour le peuple kurde.
Les sanctions disciplinaires invoquées pour justifier l’isolement du leader Apo visent à l’empêcher de recevoir des visites, mais aussi à l’empêcher d’être rejugé et de recouvrer sa liberté physique grâce au « droit à l’espoir ». Cette situation n’est pas acceptable. La « sanction disciplinaire » est une excuse inventée de toutes pièces.
Une grande résistance se poursuit à Imralı. Cette résistance est dirigée à la fois contre les forces du complot international et contre le système génocidaire de l’État turc. Cette résistance déterminée, maintenue par le leader Apo, se poursuit sur la base du procès et de la condamnation de l’État turc colonialiste et génocidaire.
Cette grande résistance menée par le leader Apo à Imrali se répand et grandit dans le monde entier. L’État fasciste turc persiste à perpétuer le système de torture et d’anarchie. Le peuple kurde ne considère pas le système de torture et le régime d’Imrali comme légitimes et ne les accepte pas. Notre lutte déterminée pour dénoncer le système d’Imrali, qui est entièrement mené dans l’anarchie et l’injustice, et pour démasquer l’État turc génocidaire continue.
Notre lutte pour forcer le CPT, le Conseil de l’Europe et les institutions qui contribuent directement et indirectement à l’isolement à prendre position se poursuit. Pour cette raison, le peuple kurde et ses amis en Europe, en Angleterre, au Canada et en Australie, entament un sit-in de protestation les 5, 6 et 7 août.
(…) »
« Les femmes de Shengal ont répondu au génocide en s’organisant »
KURDISTAN / SHENGAL – Le 3 août, des milliers de personnes ont défilé à Shengal à l’occasion du 10e anniversaire du génocide yézidi commis par DAECH.
A l’occasion du 10ème anniversaire du génocide de Shengal, des dizaines de manifestations et d’événements ont eu lieu à Shengal où la vie s’est arrêtée. Alors que les martyrs de la résistance de Shengal étaient commémorés, la trahison du PDK a été une fois de plus condamnée sur toutes les plateformes.
Des milliers de personnes ont participé à la marche organisée sous le slogan « Du génocide et de l’esclavage à l’autonomie et à la liberté ».

Les participants à la marche ont salué la résistance des combattants kurdes et ont scandé des slogans tels que « A bas la trahison, vive la résistance Shengal ».
De son côté, Ryham Hajo, porte-parole du Mouvement pour la liberté des femmes yézidies (Tajê), a évoqué la réponse des femmes de Shengal au génocide (ferman) en s’organisant et a déclaré : « L’histoire de la résistance, de la lutte et de l’auto-organisation à Shengal a été réécrite. »
10 ans se sont écoulés depuis le 74e génocide ciblant les Yézidis, les femmes yézidies insistent pour construire une nouvelle vie, et sur cette base, en 2016, les Unités des Femmes d’Êzîdxan (Yekinêyen Jinên Êzîdxan – YJÊ) ont été formées, Unités de résistance de Sinjar (Yekîneyên Berxwedana Şengalê – YBŞ), et les unités de femmes Shengal sont devenues le symbole de la résistance engagée contre DAECH. Après la formation du Mouvement de liberté yézidie, tous les Yézidis se sont rassemblés sous leur bannière et ont commencé à regagner leurs rangs, et les Yézidis ont suivi leurs activités et leur travail, aujourd’hui, suite aux efforts de Darwish Afdi . Ils ont adopté un projet de la nation démocratique.

Dans ce contexte, la membre de la Conférence nationale du Kurdistan (KNK) à Shengal et la représentante des femmes du Mouvement pour la liberté des femmes yézidies (Tajê), Reham Hajo, a accordé un entretient à l’agence ANHA.
Reham Hajo a rendu hommage aux martyrs du génocide de 3 août 2014 et a déclaré : « En tant que communauté yézidie, nous n’oublierons jamais ce jour noir. »
Reham Hajo a souligné le but de l’attaque de Shengal, qui a provoqué la sortie de milliers de personnes de Shengal de leurs maisons en disant : « L’attaque de Shengal a eu lieu à la suite d’un accord entre les forces dominantes et de la trahison de la famille Barzani, et elle a toujours été exposée aux massacres de leurs mains ».
Reham Hajo a mis en lumière la trahison du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) en déclarant : « La communauté de Shengali n’oubliera jamais la trahison du Parti démocratique du Kurdistan. À cause de cette trahison, des milliers de femmes de Shengal ont été capturées et vendues sur les marchés, les lieux saints ont été détruits, Shengal a été détruit et a laissé la communauté de Shengal sans espoir. Pourtant, le Parti démocratique du Kurdistan et la famille Barzani continuent à ce jour, et le PDK n’a pas trahi uniquement la société yézidie, mais a plutôt trahi toute la société kurde en s’alliant à l’État turc. Le peuple du Kurdistan du Sud doit donc se soulever contre l’Alliance démocratique du Kurdistan avec l’État turc et exprimer son rejet de celle-ci.
(…)
L’objectif principal du Mouvement pour la liberté des femmes yézidies est de former, d’éduquer et d’organiser les femmes yézidies, les femmes arabes, sunnites et chiites, c’est-à-dire les femmes de toutes nationalités et croyances selon le modèle de communauté démocratique environnementale, qui protège la liberté des femmes, et le rôle des femmes était de transférer le yazidisme à nos jours en tant que culture de la société naturelle, et selon ce fait, les mères yézidies sont les meilleures de la religion, de la culture et de l’éthique yézidies dans la société, et le Mouvement pour la liberté yézidie a assumé le rôle et la tâche de préserver cet héritage dans ce processus de construction sociale ».
Reham Hajo a souligné la réponse de Shengal au génocide en les organisant et en développant leurs connaissances, et a déclaré : « Elles ont réalisé de nombreuses réalisations aujourd’hui, et maintenant elles se battent pour le bien de la préservation de ces réalisations et pour poursuivre les responsables du Ferman et ceux qui y sont impliqués. »
TURQUIE. Mariages kurdes sous la surveillance militaire
TURQUIE / KURDISTAN – Après les arrestations des personnes ayant dansé sur des chansons politiques kurdes, le gouverneur du district de Bahçesaray (Miks) à Van (Wan) a porté les attaques contre la culture kurde à un autre niveau. Il ordonne à ceux qui souhaitent organiser un mariage de soumettre une demande officielle au bureau du gouverneur de district ainsi qu’à la gendarmerie.
Dans un message qu’il a envoyé aux responsables (mukhtars) de quartier du district, on demande que ceux qui souhaitent célébrer un mariage à Bahçesaray doivent soumettre une pétition au bureau du gouverneur du district et à la gendarmerie deux jours avant la cérémonie.
Le bureau du gouverneur du district a également déclaré que les personnes célébrant le mariage seraient informées du « respect des mesures nécessaires ».
Avec les instructions du bureau du gouverneur du district, les mariages à Bahçesaray peuvent désormais être célébrés dans le cadre déterminé par l’État.
Le Kurdistan menacé de destruction par la « route du développement » de la Turquie
IRAK / KURDISTAN – La Turquie et l’Iran souhaitent rétablir les empires ottoman et safavide par des initiatives économiques et militaires, en occupant potentiellement la région kurde d’Irak et en réduisant l’influence des acteurs non étatiques. Le projet turc de « Route du développement », reliant Bassora à l’Europe, met en évidence ses ambitions géopolitiques et implique des développements d’infrastructures importants, malgré les tensions et oppositions régionales potentielles.
Les efforts de la Turquie et de l’Iran, qui cherchent à rétablir les empires ottoman et safavide par des initiatives économiques et militaires, visent à consolider et à étendre leur pouvoir régional. Ces plans pourraient aboutir à l’occupation du Kurdistan irakien et à la réduction de l’influence des acteurs non étatiques.
Le livre d’Ahmet Davutoğlu, « Profondeur stratégique / Strategic Depth (en turc: Stratejik Derinlik: Türkiye’nin Uluslararası Konumu) » , publié en 2001, est important pour comprendre les ambitions géopolitiques de la Turquie au Moyen-Orient, en Europe, dans le Caucase et en Asie centrale. Les fondements idéologiques et culturels de l’ouvrage reposent sur la synthèse turco-islamique, un concept introduit dans les années 1970 par Ebrahim Kefasoglu et l’Association turque des Lumières. Cinquante ans après sa création et son élaboration dans l’ouvrage de Davutoğlu, le projet de « Route du développement », dans le cadre des ambitions plus vastes de la Turquie, peut expliquer les vastes opérations militaires de la Turquie dans le nord de l’Irak et de la Syrie (Basur et Rojava), menées ostensiblement sous le prétexte de combattre les guérillas du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
Lors de sa première visite en Irak depuis 13 ans, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a supervisé la signature de 26 protocoles d’accord, dont un pour le projet d’infrastructure « Development Road », qui doit remodeler les routes commerciales mondiales. Le corridor commercial Development Road, qui s’étend de Bassora, en Irak, à Avakoy, en Turquie, et s’étend jusqu’à la zone douanière de l’Union européenne, vise à stimuler les échanges commerciaux et à renforcer l’influence turque. Ce projet reliera le grand port d’Al-Faw, dans le golfe Persique, à la Turquie et à l’Europe, en établissant un corridor routier et ferroviaire sans escale de Bassora à Londres. Le coût initial estimé du projet, de 17 milliards de dollars, devrait atteindre 24 milliards de dollars d’ici 2028. L’un des principaux avantages de la Route de Développement est sa rapidité et son efficacité, offrant un gain de temps de 10 jours par rapport au canal de Suez pour le transport des marchandises d’Al-Faw vers le marché européen, offrant ainsi un avantage considérable par rapport au corridor économique Indo-Moyen-Orient-Europe (IMEC).
Toutefois, la mise en œuvre de ce projet a des implications importantes pour les acteurs non étatiques, notamment le gouvernement régional du Kurdistan (GRK), le mouvement indépendantiste kurde du Bakur (Kurdistan turc) et la consolidation de l’influence turque sur la province de Mossoul.
Depuis le début de l’année 2024, la Turquie, le gouvernement central irakien et le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) planifient une opération militaire majeure pour sécuriser la route et répondre aux inquiétudes de la Turquie, avec l’objectif affiché de contrer la présence du PKK dans le nord de l’Irak.
L’indifférence apparente du gouvernement central irakien face à l’incursion massive de la Turquie dans le pays et à sa violation de la souveraineté irakienne, ainsi que sa désignation du PKK comme organisation illégale, suggèrent que le gouvernement irakien et le PDK nourrissent de grandes attentes à l’égard de ce projet. Bien que la route de développement contourne en grande partie la région du Kurdistan irakien (KRI) en raison de son relief montagneux, elle s’aligne sur les intérêts du PDK en soutenant l’accord d’exportation de pétrole entre Bagdad et Erbil et en réduisant le coût des biens importés. Cela a cependant suscité l’ opposition de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK).
Alors que les avantages de la Route du Développement pour la Turquie pourraient diminuer les voies logistiques de l’Iran pour fournir des armes à ses forces mandatées et ainsi réduire son influence, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré lors d’une réunion avec la Commission de politique étrangère des représentants du Parti de la justice et du développement (AKP) au parlement :
« L’Iran s’est d’abord opposé au projet de route de développement. Mais après des discussions avec Téhéran, l’Iran a changé de position et soutient l’initiative », a-t-il ajouté. M. Fidan a souligné que les autorités iraniennes avaient été rappelées aux sanctions internationales qui pèsent contre elles et qu’elles étaient convaincues que ce projet pourrait leur permettre d’alléger une partie de la pression. L’Iran a depuis accepté de participer au projet, qui, a souligné M. Fidan, constituera « une entreprise importante pour tous les pays de la région ».
Le projet de route de développement semble néanmoins être stratégiquement aligné sur les intérêts de la Turquie. Zagros Hiwa, porte-parole de l’organisation politique qui chapeaute le PKK, l’Union des communautés du Kurdistan (KCK), a souligné l’obstruction à long terme par la Turquie de l’écoulement des eaux des fleuves cruciaux de l’Euphrate et du Tigre vers la Syrie et l’Irak. Hiwa soutient que la Turquie cherche à exploiter les ressources de l’Irak et à transformer le pays en un marché pour les produits turcs.
Le potentiel de la Route du développement a incité les responsables irakiens à adopter des réponses contradictoires à l’invasion turque. Cette complexité est aggravée par les efforts déployés par l’Irak pour servir de médiateur entre la Turquie et la Syrie tout en gérant ses propres défis internes. (Medya News)
IRAN. Au moins 55 prisonniers exécutés en juillet 2024
IRAN – En juillet 2024, au moins 55 prisonniers ont été exécutés dans les prisons de la République islamique d’Iran. Ce chiffre représente une augmentation de 44 d’exécution, soit 400%, par rapport au mois de juin, où 11 prisonniers furent exécutés.
Parmi les prisonniers exécutés en juillet dernier, il y avait au moins 14 prisonniers turcs, 8 prisonniers baloutches, 6 prisonniers kurdes, 3 prisonniers Gilak et 3 prisonniers Lor. En outre, au moins 7 citoyens afghans ont été exécutés le mois dernier.
En juillet, la peine de mort de Kamran Sheikha, un prisonnier religieux kurde de Mahabad, a été exécutée à la prison centrale d’Urmia. En outre, au moins cinq femmes ont été exécutées : trois à la prison de Birjand, une à Shiraz et une à Khorramabad.
Il convient de noter que seules deux des 55 exécutions du mois de juillet ont été annoncées par les médias officiels iraniens et par des sites Internet affiliés au pouvoir judiciaire.
En outre, les condamnations à mort de huit prisonniers ont été exécutées en secret, sans que leurs familles ne soient informées ni ne puissent rencontrer leurs proches une dernière fois.
Classement par charges :
En juillet, la majorité des exécutions concernaient des délits liés à la drogue, soit 33 cas, soit 60 % de tous les cas.
– idéologique : 1 cas
– Meurtre prémédité : 20 cas
– Crimes liés à la drogue : 33 cas
– Viol : 1 cas
Séparation des exécutions selon les provinces
Selon les statistiques de Hengaw, au cours du mois dernier, le plus grand nombre d’exécutions a été appliqué dans les prisons des provinces du Khorasan du Sud et du Khorasan du Razavi, avec 8 cas chacune. Dans les prisons de la province de Fars, 7 cas ont été enregistrés et dans la province du Lorestan, 5 cas.
– Provinces du Khorasan du Sud et du Khorasan-e Razavi : 8 cas chacune
– Province du Fars : 7 cas
– Province du Lorestan : 5 cas
– Provinces d’Alborz et d’Azerbaïdjan oriental : 4 cas chacune
– Province d’Hormozgan : 3 cas
– Provinces de Kermanshah, Golestan, Zanjan, Qazvin, Sistan-et-Baloutchistan et Azerbaïdjan occidental (Urmia) : 2 cas chacune
– Provinces de Gilan, Mazandaran, Kohgiluyeh et Boyer-Ahmad et Qom : 1 cas chacune (via Hengaw)
TURQUIE. Les mères du samedi demandent justice pour Süleyman Cihan
TURQUIE – Aujourd’hui, les mères du samedi, rassemblées pour leur 1010e veillée hebdomadaire à Istanbul / Galatasaray pour Süleyman Cihan, un enseignant kurde assassiné en détention, ont déclaré que même si les auteurs de Cihan étaient connus, le dossier avait été clos pour « délai de prescription » et ses assassins protégés.
Süleyman Cihan, un jeune communiste kurde originaire de Dersim et père de deux enfants, fut kidnappé par des policiers en civils le 29 juillet 1981 à Kadıköy, Istanbul. Il fut assassiné et enterré en catimini dans un cimetière d’Istanbul. Depuis plus de 33 ans, sa famille milite pour faire juger les assassins de Süleyman Cihan.
Depuis plus de 29 ans, les mères du samedi s’arment d’œillets contre la police turque
Le samedi 27 mai 1995, les Mères du Samedi (en kurde: Dayikên Şemiyê, en turc: Cumartesi Anneleri) descendaient pour la première fois sur la place Galatasaray, à Istanbul, pour exiger la fin des disparitions forcées et demander qu’on leur rende leurs proches portés disparus.
Les « mères du samedi » reproche l’État turc de ne pas avoir enquêté sérieusement pour établir la vérité sur ceux qui ont disparu après leur mise en détention par les autorités turques.
Selon l’Association des droits de l’Homme (IHD), entre 1992 et 1996, 792 disparitions forcés et meurtres (de journalistes, syndicalistes, médecins, enseignants, enfants ou simples paysans) par l’État ont été signalés dans les régions kurdes de Turquie.
« Le symbole de l’injustice faite aux milliers de personnes disparues de forces »
TURQUIE / KURDISTAN – Une main dépassant d’une tombe pour symboliser l’injustice faite aux proches des personnes disparues de forces. C’est ainsi que s’exprimait le père d’Ayten Öztürk, une jeune femme kurde de Dersim tuée sous la torture par les paramilitaires turcs de JITEM il y a 32 ans et dont le corps fut retrouvé par un berger grâce à une main qui sortait de la terre… Les parents d’Ayten ont construit un mausolée avec une main pour dénoncer l’injustice faite aux proches des milliers de personnes kidnappées et tuées par JITEM*.
Fin juillet, la branche Tunceli (Dersim) de l’Association des Droits de l’Homme (İHD) a organisé une conférence de presse avec la famille Ozturk à l’occasion du 32e anniversaire de l’assassinat d’Ayten Öztürk qui a été enlevée à Dersim et tuée à Diyarbakir (Amed) sous la torture par Mahmut Yıldırım (alias « Yeşil »), membre du JİTEM. Le père d’Ayten a déclaré qu’ils ne voulaient pas mourir avant d’obtenir justice pour leur fille tuée sous la torture par des escadrons de la mort.
Communiqué de presse à l’occasion du 32e anniversaire du meurtre d’Ayten Öztürk
Lors d’une déclaration à la presse organisée rue Sanat, l’IHD et la famille d’Ayten Öztürk ont déclaré que les auteurs de l’incident n’avaient pas été retrouvés depuis 32 ans et ont appelé à ce que justice soit rendue.

Le père d’Ayten Öztürk, Hıdır Öztürk, qui a pris la parole le premier dans le communiqué de presse, a déclaré : « Le bureau du procureur et les autorités n’ont pas suffisamment enquêté sur ma fille Ayten Öztürk, qui a été assassinée par JİTEM, et bien que Mahmut Yıldırım alias « Yeşil », membre du JİTEM, et ses hommes ont kidnappé ma fille. Ils l’ont emmené à Diyarbakır et l’ont tuée sous la torture. Ils ont arraché les yeux de ma fille.
Ils ont enterré ma fille et un berger l’a trouvée. Une main sortait de la tombe. J’ai donc fait construire un mausolée avec cette main à l’extérieur, et la main de ma fille à l’extérieur sera toujours du côté de la justice. Il sera arrêté par les autorités qui ne retrouvent pas les assassins de ma fille. Ce sera du côté de Yeşil. Cela fait 32 ans que nous nous battons pour le cas de ma fille. Ma femme et moi ne voulons pas mourir sans avoir à nous soucier de notre fille ».
*JITEM est l’abréviation de Jandarma İstihbarat ve Terörle Mücadele (service de renseignements et antiterrorisme de la gendarmerie). JITEM a été actif dans le conflit kurde en Turquie. Après le scandale de Susurluk, les anciens premiers ministres Bülent Ecevit et Mesut Yılmaz ont confirmé l’existence de JİTEM.
« Un nombre important d’enfants yazidis kidnappés se trouvent en Turquie »
TURQUIE – Dix ans après le génocide des Yazidis à Shengal (Sinjar), le sort des quelque 1 300 enfants enlevés à l’époque reste incertain. Selon le parti politique kurde, DEM, une partie des Yazidis enlevés par l’État islamique dans le nord de l’Irak en 2014 se trouvent en Turquie.
Ihsan Seylan, cadre du parti DEM pour la commission des droits des enfants, a déclaré lors d’une conférence de presse à Ankara : « Il est bien connu que les enfants font partie des groupes les plus touchés par les guerres et les conflits. Des milliers d’enfants et de femmes ont été enlevés au cours de l’attaque de l’EI à Shengal le 3 août 2014. Les enfants yézidis qui ont été enlevés pendant le génocide ont été assimilés de force et contraints d’oublier leur identité, leur foi et leur vie antérieure.
Nous savons qu’un nombre important de ces enfants se trouvent en Turquie. Malgré nos efforts pour clarifier la situation, les autorités n’ont jusqu’à présent rien fait et n’ont fourni aucune réponse concernant le nombre d’enfants enlevés. Des ONG internationales ont publié des informations à ce sujet. Selon elles, environ 1 300 enfants sont toujours portés disparus, mais il n’existe pas de chiffres précis. Le fait que leur localisation n’ait pas été élucidée à ce jour, dix ans après le génocide, est douloureux. Nous n’oublions pas cette douleur et continuons à nous battre pour que les enfants en Turquie, au Kurdistan, au Moyen-Orient et dans le monde entier puissent grandir dans un environnement sûr et familier. »
Le génocide des Yézidis en août 2014
Le 3 août 2014, l’État islamique a attaqué la région de Shengal, dans le nord de l’Irak, dans le but d’exterminer la communauté yézidie, déjà persécutée depuis des siècles. Massacres systématiques, viols, tortures, expulsions, réduction en esclavage de filles et de femmes et recrutement forcé de garçons comme enfants soldats ont fait des Yézidis le 74e génocide de leur histoire. Selon l’ONU, au moins 10 000 personnes ont été tuées, dont environ la moitié étaient des enfants. Parmi les milliers de personnes qui ont succombé à la faim, à la soif ou à leurs blessures en fuyant vers les montagnes, presque toutes étaient des enfants (93 %). L’État islamique a forcé des garçons de sept ans à travailler comme enfants soldats dans ses camps d’entraînement. Des filles ont été violées et réduites à l’esclavage sexuel, et plus de 400 000 personnes ont été chassées de chez elles.
Selon les estimations de l’organisation Yazda, environ 2 700 Yazidis sont toujours portés disparus aujourd’hui, dont environ 1 300 qui étaient enfants au moment de leur enlèvement. Beaucoup d’entre eux sont encore systématiquement violés et détenus et vendus comme esclaves. Ce génocide constitue donc également un féminicide. L’ONG Nadia’s Initiative estime que 300 à 400 filles et garçons de moins de 18 ans sont toujours aux mains de l’EI. Plus de 3 500 Yazidis ont été sauvés, dont 2 000 enfants.
Le génocide yézidi en chiffre
KURDISTAN / SHENGAL – Le 3 août 2014, il y a dix an jour pour jour, DAECH (l’État islamique – EI) a commis un génocide à Shengal en massacrant et en capturant des milliers de Yézidis. Pour les Kurdes yézidis, cette attaque était la 74ème campagne génocidaire visant les Yézidis à cause de leurs croyances millénaires.
Voici le bilan humain de ce génocide 74e génocide yézidî
-Plus de 5 000 Yézidis (en kurde êzdî) ont été tués
-6 417 femmes, enfants et hommes ont été kidnappés (Les femmes et fillettes ont été vendues comme esclaves sexuelles tandis que les garçons étaient enrôlés comme soldats)
-Des dizaines d’enfants et vieillards sont morts de soif sur le mont Sinjar lors de la fuite
-3 500 femmes et enfants ont été sauvés depuis et ont besoin de soins urgents
-2 908 autres attendent d’être sauvés
-2 800 enfants sont devenus orphelins
-360 000 Yézidis ont fuit leurs terres et vivent dans des camps de réfugiés ou sont partis en Europe
-68 sanctuaires yézidis ont été détruits par DAECH
-80 fosses communes ont été découvertes jusqu’à présent -après la libération de Shengal (Sinjar)
– La ville de Shengal, détruite et minée par DAECH, attend d’être reconstruite.
Presque tous (93 %) des Yézidis qui ont succombé à leurs blessures ou au manque d’eau et de nourriture étaient des enfants. Selon l’organisation à but non lucratif Nadia’s Initiative, dirigée par des Yézidis, la moitié environ des 6 400 enlevés étaient des enfants. Des garçons de sept ans ont été envoyés dans des camps d’entraînement de l’EI et des filles de neuf ans ont été violées et soumises à l’esclavage sexuel, selon un rapport de Save the Children.
Aujourd’hui, environ 2 700 Yazidis sont toujours portés disparus, dont environ 1 300 qui étaient mineurs au moment de leur enlèvement, selon les estimations de Yazda, un groupe de défense des Yazidis en Irak. Environ 300 à 400 des personnes toujours portées disparues auraient moins de 18 ans. Jusqu’à présent, plus de 3 500 Yazidis ont été secourus, dont 2 000 enfants, selon l’ONG Nadia’s Initiative.