ROJAVA. 211 étudiant·es diplômé·es de l’Université de Rojava
KURDISTAN. L’équipe féminine d’Amedspor célèbre la Journée internationale des femmes
TURQUIE. Les mères du samedi demandent justice pour Hayrettin Eren
PARIS. Expo « Les acquis de la révolution des femmes au Rojava »

SYRIE. L’EI et le HTC attaquent ensemble les forces arabo-kurdes
L’agence ANHA a suivi cette convergence tout au long de la semaine écoulée dans les campagnes de Tabqa, Raqqa et Deir ez-Zor. Voici les événements simultanés, par ordre chronologique :
Le 15 novembre, des positions des FDS ont été attaquées aux abords du village de Ghanem al-Ali, à l’est de Raqqa. L’attaque, menée par les forces du gouvernement de transition syrien à l’aide de drones suicides et d’armes lourdes, a fait trois blessés légers parmi les combattants. Les FDS ont confirmé par la suite, dans un communiqué, avoir repoussé l’attaque et avoir subi des pertes parmi les assaillants.
Le même jour, le coprésident de la municipalité d’al-Baghouz, Ahmad Nafea To’ma, a survécu à une tentative d’assassinat après que des individus scandant des slogans de l’EI et portant ses symboles ont ouvert le feu sur sa voiture depuis des motos dans sa ville natale d’al-Baghouz, dans l’est de Deir ez-Zor, causant des dégâts matériels sans faire de blessés.
16 novembre : Un membre des Forces de sécurité intérieure a été la cible de plusieurs tirs alors qu’il rentrait chez lui sur l’autoroute dans la ville de Muhaymidah, dans la campagne ouest de Deir ez-Zor, par des assaillants armés, ce qui a entraîné sa mort immédiate.
Le 18 novembre, des individus non identifiés ont incendié le complexe éducatif de Gharanij, à l’est de Deir ez-Zor, causant des dégâts matériels. Cet incident survient quelques semaines après l’incendie criminel du bâtiment du rassemblement des femmes de Zenobia, à Abou Hamam, dans la même région, où des slogans liés à l’État islamique avaient été inscrits.
Le 19 novembre, les FDS ont abattu deux drones de l’EI lancés depuis des positions des forces du gouvernement de transition sur l’axe de Ghanem al-Ali, dans la campagne est de Raqqa. Les FDS ont confirmé, images vidéo à l’appui, l’implication de certaines factions dans le soutien aux activités de l’EI. En représailles, les FDS ont ciblé les sites de lancement situés dans le sud et l’est de la campagne de Raqqa.
20 novembre : Les affrontements à l’arme lourde se sont poursuivis sur le même axe, et les forces du gouvernement de transition ont fermé la route reliant Raqqa et Deir ez-Zor près des villes d’al-Buhamad et de Ghanem al-Ali à l’est de Raqqa, tandis que le point de contrôle de Raqqa-Maadan a arrêté des dizaines de jeunes hommes à bord de bus se dirigeant du nord et de l’est de la Syrie vers Deir ez-Zor et les régions intérieures.
Le même jour, des militants de la « 80e Division » affiliée au gouvernement de transition ont pris pour cible les habitants du village de Jib Abyad, au nord de Deir Hafir, dans la campagne de Tabqa, à l’aide d’armes légères et moyennes, blessant des civils, deux jours après la mort d’Abdullah al-Mousa dans le même village, au milieu d’une série de violations, notamment des tirs d’armes à feu et des incendies de biens.
Le même jour, les Forces de sécurité intérieure ont annoncé le démantèlement d’une cellule de l’EI composée de deux individus originaires d’Hassaké, qui ont avoué avoir mené des opérations contre les FDS et la Sécurité intérieure sous la supervision de dirigeants à Damas et à Sere Kaniye, occupée par la Turquie, et avoir reçu des armes, des fonds et des coordonnées.
Le 21 novembre, des cellules de l’EI ont pris pour cible des positions des forces de sécurité intérieure dans les localités d’Abriha et de Dhiban, dans la campagne est de Deir ez-Zor, en utilisant des armes à feu et une grenade. Aucun blessé n’est à déplorer. Les forces de sécurité ont riposté en déployant des patrouilles et des renforts pour appréhender les auteurs de l’attaque.
Le chevauchement de ces attaques fait craindre une escalade des tensions dans la région, tandis que les FDS et les Forces de sécurité intérieure affirment être prêtes à faire face aux menaces, à protéger les civils et à maintenir la stabilité dans la région. (ANHA) TURQUIE. Hommage à Uğur Kaymaz et son père abattus il y a 21 ans

SYRIE. Féminicides en hausse dans les zones sous contrôle d’al-Sharaa
Dans ce rapport, publié à l’approche de cette journée, l’agence de presse ANHA se concentre sur l’intensification des violences faites aux femmes en Syrie.
Elle s’est appuyée sur des données et des rapports de l’Observatoire syrien des droits de l’homme, de l’initiative « Halte au massacre des femmes syriennes » et d’Amnesty International. Nous avons analysé et synthétisé les statistiques et documents les plus significatifs qui révèlent l’ampleur de la catastrophe, alors que le nombre réel de victimes est probablement bien supérieur aux chiffres officiels.
La montée des féminicides
Depuis la prise de contrôle de la Syrie par Hayat Tahrir al-Sham, et jusqu’à la publication de ce rapport, 650 femmes ont été tuées dans les zones sous son contrôle, soit en moyenne deux femmes tuées par jour. Parmi les victimes, 127 femmes ont été sommairement exécutées par des groupes armés affiliés au ministère de l’Intérieur du gouvernement intérimaire, selon des documents de l’Observatoire syrien des droits de l’homme.
Rien qu’en Suède, 130 femmes, dont des enfants, ont été tuées, sur un total de près de 1 500 victimes lors des événements sanglants de juillet.
La plupart des 520 autres meurtres ont eu lieu à Damas et dans sa campagne, à Hama, Homs, Lattaquié, Tartous, Idlib et Alep. Les causes étaient diverses : explosions dues à des restes de munitions, tirs aveugles, assassinats motivés par la vengeance ou le sectarisme, ainsi que des meurtres liés à des violences familiales et sociales.
Malgré la gravité de la situation, la Syrie manque toujours d’organisations spécialisées qui documentent systématiquement les violations commises contre les femmes, en raison du manque de transparence et de la difficulté d’accès à l’information.
Plus de 100 femmes enlevées et portées disparues
Des dizaines de femmes et de filles syriennes ont disparu dans des circonstances mystérieuses, laissant leurs familles plongées dans l’angoisse et l’incertitude quant à leur sort. De la côte au sud, des grandes villes au désert, une tragédie se poursuit : des femmes sont enlevées et victimes de violences diverses, sans qu’aucune enquête sérieuse ne soit menée pour déterminer leur sort ou le lieu où elles se trouvent.
Selon Amnesty International et la plateforme « Stop Abducting Syrian Women », au moins 36 femmes et filles de la communauté alaouite, âgées de 3 à 40 ans, ont été enlevées par des inconnus à Lattaquié, Tartous, Homs et Hama depuis février 2025.
Parmi ces cas, huit enlèvements ont été documentés en plein jour, impliquant cinq femmes et trois filles de moins de 18 ans, tandis que les forces de sécurité n’ont pas mené de véritables enquêtes ni localisé les personnes détenues.
Dans le sud de la Syrie, des sources locales en Suède font état de la disparition de 65 femmes depuis le début de l’année. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a également recensé la disparition ou l’enlèvement de 97 personnes, dont des femmes, depuis janvier dernier, tout en soulignant la difficulté de confirmer précisément ces chiffres faute d’informations.
Marginalisation politique systématique
Outre les violences physiques, les femmes syriennes subissent une marginalisation politique constante. Malgré leur présence historique dans la vie publique, leur rôle sous le régime baasiste s’est limité à une loyauté symbolique, sans réelle autonomie décisionnelle. La présence de femmes à des postes à responsabilité n’était qu’une façade pour le régime.
Après la chute du régime, les femmes furent totalement exclues de la participation politique effective durant la période de transition. Historiquement, la Syrie avait connu une participation féminine précoce à la vie parlementaire : les femmes obtinrent le droit de vote en 1949 et entrèrent au Parlement pour la première fois en 1958, lors de l’union avec l’Égypte. Toutefois, malgré cet héritage, leur représentation parlementaire demeura limitée, oscillant entre 6 % et 13 % sous le régime baasiste, avant de diminuer encore davantage avant son effondrement.
Lors des premières élections transitoires pour la soi-disant « Assemblée populaire » sous le gouvernement intérimaire, seules 6 femmes ont été élues sur 119 sièges (environ 5 %), alors que 14 % des candidats étaient des femmes. Cette faible représentation s’explique par le système électoral indirect, l’absence de quotas de femmes, ainsi que par les contraintes sociales et l’exclusion des femmes, tant en milieu rural qu’urbain.
Ce déclin reflète les défis structurels et historiques persistants qui entravent l’intégration des femmes dans la vie politique et la prise de décision, dans un contexte de domination des structures de pouvoir patriarcales qui contrôlent les leviers de la société syrienne.
Où aller ?
Les femmes syriennes vivent aujourd’hui une situation extrêmement complexe, prises en étau entre les promesses d’égalité et une réalité qui perpétue l’exclusion et la violence. Outre les enlèvements, les menaces et la diffamation en ligne, leur présence politique et civique demeure marginalisée.
La question la plus importante demeure : où mèneront les luttes des femmes syriennes après tous les sacrifices qu’elles ont consentis durant les années de révolution ?
Aujourd’hui, ils se trouvent à la croisée des chemins : soit se soumettre aux contraintes de la nouvelle autorité, soit poursuivre la résistance, revendiquer leurs droits et participer à l’élaboration d’une constitution qui garantisse la justice et l’égalité dans la Syrie de demain. (ANHA)















