SYRIE. Les Kurde d’Alep exigent des comptes après les attaques meurtrières

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SYRIE / ROJAVA – Les habitants des quartiers kurdes d’Alep exigent des comptes après les attaques meurtrières commis par des gangs affiliés à Damas tandis que leurs quartiers restent encore sous le blocus militaire. Le conseil municipal des quartiers à majorité kurde de Şêxmeqsûd (Cheikh Maqsud) et d’Eşrefiyê (Achrafia) à Alep a qualifié l’attaque perpétrée contre ces deux quartiers de « coordonnée et délibérément planifiée ». Lors d’une conférence de presse publique, le conseil a appelé le gouvernement intérimaire syrien à Damas à traduire en justice les unités impliquées. La déclaration a été lue mardi sur la place des Martyrs à Sheikh Maqsud, en présence de résidents et de représentants d’organisations de la société civile. Le porte-parole, Mustafa Mihemed, a accusé les milices islamistes gouvernementales d’avoir « systématiquement ciblé les civils ». Le conseil a qualifié l’incident d’« attaque mise en scène », précédée de préparatifs délibérés, notamment des coupures d’électricité et d’internet, des fermetures de routes et le retrait des forces de sécurité de l’État des points de contrôle gérés conjointement avec l’autorité de sécurité autonome Asayish. Ces attaques ont coïncidé avec la visite d’une délégation turque à Damas. « Tout cela laisse présager une escalade planifiée », a déclaré Mihemed. Victimes civiles suite à des bombardements intensifs D’après les autorités locales, l’attaque a utilisé des armes lourdes et moyennes, notamment des chars et des lance-roquettes. Une femme a été tuée et au moins 25 personnes ont été blessées, dont six membres de la communauté d’Asayish. Les bombardements ont ciblé des zones résidentielles densément peuplées, rendant de nombreux bâtiments inhabitables. « Ces attaques constituent une violation flagrante du droit international humanitaire, notamment de l’interdiction des violences ciblées contre la population civile », poursuit le communiqué. « Nous ne considérons pas cet incident comme un cas isolé, mais plutôt comme la poursuite du siège de nos quartiers par les forces du gouvernement de transition, qui dure depuis des mois », a déclaré Mihemed. Appel à la communauté internationale La déclaration du conseil municipal s’adressait également aux organisations internationales et aux groupes de défense des droits humains. Plus de 55 000 familles sont touchées par le siège en cours à Şêxmeqsûd et Eşrefiyê. L’administration municipale a exigé la fin immédiate des opérations militaires, la protection de la population civile et la poursuite pénale des milices impliquées. Dans le même temps, le conseil municipal a réaffirmé sa volonté de dialoguer dans le cadre des accords précédents conclus avec le gouvernement de transition, notamment l’accord du 10 mars. « Ils souhaitent rester partie intégrante d’une Syrie unie et décentralisée et œuvrer de concert avec d’autres segments de la population contre les forces de division », a déclaré Mihemed. (ANF)

A quand la justice pour les Kurdes assassiné·es à Paris ?

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PARIS – A l’occasion de l’anniversaire du 2e massacre ciblant la diaspora kurde à Paris, la femme politique franco-kurde, Alice Elvan Çelik revient sur l’impunité dont jouissent les commanditaires de ces assassinats politiques commis sur le sol français. On partage avec vous l’article d’Alice Elvan Çelik :

Kurdes assassinés à Paris : plus de 13 années d’impunité et un silence politique persistant

Kurdes. Le 23 décembre 2022, un triple assassinat frappait la communauté kurde à Paris, dix ans après un premier triple assassinat, du 9 janvier 2013. Depuis, la communauté kurde attend justice et vérité. Très tôt, l’enquête judiciaire évoque une possible implication des services de renseignement turcs, le MIT. Pourtant, au fil des années, l’affaire s’enlise. Le 23 décembre 2022, un triple assassinat frappait la communauté kurde à Paris, dix ans après un premier triple assassinat, du 9 janvier 2013. Depuis, la communauté kurde attend justice et vérité. Très tôt, l’enquête judiciaire évoque une possible implication des services de renseignement turcs, le MIT. Pourtant, au fil des années, l’affaire s’enlise. Des éléments essentiels sont classés secret-défense, notamment sous le gouvernement de Manuel Valls. Chaque année, la communauté kurde se rassemble à Paris pour réclamer justice. Des bus arrivent de toute la France et d’Europe. Ce sont des familles, des militant·es, des artistes, des jeunes et des ancien·nes. Ce rassemblement n’est pas un rituel figé : c’est une mobilisation politique constante. Le 10 janvier 2026, une nouvelle marche pour la justice partira de la gare du Nord, à Paris. Elle rappellera que, plus de treize ans après le premier triple assassinat, la vérité reste entravée. Notre article.

Un second triple assassinat, dix ans après le premier, qui ravive les mêmes interrogations

Depuis plus de treize ans, la communauté kurde attend justice en France. Non pas une justice symbolique ou commémorative, mais une justice réelle, fondée sur la vérité, la transparence et la responsabilité politique. Le 9 janvier 2013, trois militantes kurdes sont assassinées dans les locaux du Centre d’information du Kurdistan, en plein cœur de Paris : Sakine Cansız (« Sara »), cofondatrice du PKK et figure historique de la lutte des femmes kurdes ; Fidan Doğan (« Rojbîn »), représentante diplomatique du Congrès national du Kurdistan en France ; Leyla Şaylemez (« Ronahi »), militante de la jeunesse kurde. Très tôt, l’enquête judiciaire évoque une possible implication des services de renseignement turcs, le MIT. Pourtant, au fil des années, l’affaire s’enlise. Des éléments essentiels sont classés secret-défense, notamment sous le gouvernement de Manuel Valls, empêchant toute clarification complète des responsabilités. Treize ans plus tard, cette décision continue de produire ses effets : l’absence de vérité. Notre article. Le 23 décembre 2022, un nouveau triple assassinat frappe la communauté kurde à Paris, dix ans après le premier. Les victimes sont Emine Kara (« Evîn Goyî »), cadre du Mouvement des femmes kurdes en Europe, Mîr Perwer, artiste et musicien engagé, contraint à l’exil pour ses prises de position, et Abdurrahman Kızıl, militant associatif. Les autorités françaises retiennent la thèse d’un acte raciste isolé, attribué à William M., décrit comme souffrant de troubles psychiatriques. Cette lecture, largement relayée, laisse pourtant de nombreuses zones d’ombre. Pourquoi un individu jugé dangereux avait-il été libéré peu de temps auparavant, comment a-t-il pu se procurer une arme, pourquoi son parcours, dans un quartier traversé par une population diverse et issue de l’immigration, n’a-t-il conduit qu’à des victimes kurdes, pourquoi la voiture l’ayant déposé sur place n’a-t-elle pas fait l’objet d’une communication judiciaire transparente ? Enfin, comment ne pas interroger le ciblage d’Emine Kara, militante connue, organisée, engagée dans une structuration politique du mouvement des femmes kurdes en Europe ? Et comment ignorer que Mîr Perwer devait se produire en concert à Toulouse le lendemain, symbole d’une voix kurde réduite au silence ?  

La question kurde : une clé du chaos au Proche-Orient

Ces assassinats ne sont pas des faits isolés. Ils s’inscrivent dans une histoire plus large : celle du peuple kurde, près de quarante millions de personnes, réparties entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran, sans État, sans reconnaissance pleine et durable. Depuis plus d’un siècle, le Proche-Orient est marqué par les héritages du découpage colonial, la négation des droits politiques et culturels des Kurdes, et des enjeux économiques majeurs comme le pétrole, le gaz, l’eau et les axes géostratégiques. Les territoires kurdes se situent au cœur de zones riches en ressources, ce qui a constamment relégué les droits humains au second plan, au profit de la stabilité apparente et des intérêts économiques.

Turquie, Europe : responsabilités et silences

Malgré les accusations répétées visant le MIT dans des opérations contre des militant·es kurdes, y compris hors de Turquie, Ankara maintient un silence total. Aucune reconnaissance, aucune coopération judiciaire claire, aucune initiative politique sérieuse. Ce silence s’inscrit dans un contexte de relations diplomatiques, sécuritaires et économiques étroites entre la Turquie et plusieurs États européens. La France ne fait pas exception. Dès lors, une question s’impose : jusqu’où les alliances stratégiques justifient-elles l’inaction face à des crimes politiques présumés commis sur le sol européen ?

Des luttes qui se rejoignent

La lutte du peuple kurde ne peut être dissociée de celles d’autres peuples du Proche-Orient. Le génocide vécu par le peuple palestinien rappelle, lui aussi, ce que produisent l’occupation, la dépossession et l’indifférence internationale. Il n’y aura pas de paix durable tant que certains peuples continueront d’être sacrifiés au nom de la realpolitik.

Mémoire vivante et mobilisation politique

Chaque année, la communauté kurde se rassemble à Paris pour réclamer justice. Des bus arrivent de toute la France et d’Europe. Ce sont des familles, des militant·es, des artistes, des jeunes et des ancien·nes. Ce rassemblement n’est pas un rituel figé : c’est une mobilisation politique constante. Le 10 janvier 2026, une nouvelle marche pour la justice partira de la gare du Nord, à Paris. Elle rappellera que, plus de treize ans après le premier triple assassinat, la vérité reste entravée.

Un appel clair

La communauté internationale ne peut plus se contenter de discours. La lutte contre le racisme, la défense des droits humains et la paix au Proche-Orient exigent la levée du secret-défense, une justice indépendante et complète, et une solidarité réelle avec le peuple kurde. Malgré les silences et les impunités, l’espoir demeure : l’espoir d’une paix juste en Turquie, d’une reconnaissance des droits kurdes, d’une solidarité avec la Palestine, et d’un monde où la justice ne dépend plus des intérêts géopolitiques. Article initialement publié sur le site L’Insoumission

SYRIE. Les quartiers kurdes d’Alep endommagés par les attaques de Damas

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SYRIE / ROJAVA – En plus des victimes civiles, les attaques des mercenaires de Damas ont causé d’importants dégâts aux habitations et aux commerces des quartiers kurdes d’Alep (Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh). Les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh, dans la ville d’Alep, ont été attaqués lundi lorsque des factions affiliées au gouvernement de transition syrien ont lancé un assaut à l’aide de chars, de lance-roquettes et d’artillerie.   L’attaque a coûté la vie à une femme et a fait 19 blessés parmi les civils, ainsi que six blessés parmi les forces de sécurité intérieure. Des chars et de l’artillerie lourde ont été aperçus en train de cibler des zones résidentielles densément peuplées.
L’agence ANHA a documenté l’ampleur des destructions infligées aux habitations et aux biens des civils après une longue nuit de bombardements. Des fragments d’obus ayant pénétré maisons et commerces étaient visibles, ainsi que des dégâts matériels importants et des traces de sang dans la zone touchée. La partie orientale du quartier de Sheikh Maqsoud a été la plus durement touchée par les bombardements, les propriétés civiles y ayant subi les dégâts les plus importants. (ANHA) 

PARIS. Commémorations des martyrs kurdes de Paris

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PARIS – La communauté kurde commémore aujourd’hui le troisième anniversaire du massacre de Paris commis le 23 décembre 2022. De nombreuses personnalités politiques françaises étaient aux côté des Kurdes lors des commémorations qui ont lieu au centre culturel  kurde Ahmet Kaya.
 
La commémoration d’Evîn Goyî, membre du conseil exécutif du KCK, de l’activiste Abdurrahman Kızıl et de l’artiste Mîr Perwer, tués à Paris en 2022, a commencé au Centre culturel kurde Ahmet Kaya et se poursuit tout au long de la journée au siège du CDK-F. Sakine Cansız (Sara), Fidan Doğan (Rojbin), et Leyla Şaylemez (Ronahî), militantes kurdes assassinées à Paris le 9 janvier 2013, ont également été commémorées aux côtés de Evin, Mir et Abdurrahman. 
Frère de Sakine Cansiz, Metin Cansiz porte la photo de sa soeur et Cahide Goyî porte celle de Fidan Dogan
Aujourd’hui, la manifestation a repris devant le Centre culturel kurde Ahmet Kaya, avec la participation d’activistes kurdes et des personnalités politiques françaises, dont la Maire du 10e arrondissement, Alexandra Cordebard. Malgré le froid, une foule nombreuse s’est réunie devant le bâtiment de l’association, protestant contre le massacre perpétré par l’État turc et le silence de la France.
La foule a scandé des slogans tels que « Şehid Namirin » (« Les martyrs sont immortels ») et « Jin Jîyan Azadî » (« femme, vie, liberté »). La manifestation a débuté par une minute de silence, suivie d’un discours des coprésidents du CDK-F.
 
Alors que la France est invitée à lever le secret d’État pour faire avancer le dossier d’instruction et à traduire en justice les véritables auteurs du massacre de 2013 et de faire progresser l’enquête, les intervenant.es ont exigé que le parquet antiterroriste soit saisi dans l’affaire du massacre de 2022. La justice française enquête actuellement sur le massacre de 2022 en partant du principe qu’il était motivé par le racisme, malgré la colère de la communauté kurde qui affirme le contraire.
 
On ne pleure pas, on exige des comptes
 
Lors de la commémoration devant le Centre du Kurdistan démocratique, des photos des victimes des deux massacres ont été portées. La cérémonie, qui a débuté par une minute de silence, a été marquée par les discours des coprésidents du Conseil démocratique kurde de France (CDK-F), Fevziye Erdemirci et d’Azad Doğan. 
 
Fevziye Erdemirci a déclaré : « Cette journée sombre reste une grande source de douleur pour nous. Nous ne partirons pas d’ici tant que ces massacres n’auront pas été élucidés et que les dossiers secrets n’auront pas été ouverts ; nous poursuivrons nos efforts. Nous ne pleurerons pas, nous exigerons des comptes. »
S’exprimant au nom du Mouvement des femmes kurdes européennes (TJK-), Cahide Goyî a rendu hommage aux martyrs kurdes, déclarant que : « Les assassins sont connus. L’État français tente de nous faire oublier par son silence. Mais nous n’oublierons pas, et nous ne les laisserons pas oublier. »
 
 
Maire du 10 arrondissement de Paris, Alexandra Cordebard
 
La Maire du 10e arrondissement de Paris, Alexandra Cordebard, a déclaré : « Nous n’aurions pu être nulle part ailleurs en ce jour de commémoration. Nous nous souvenons de cette journée avec tristesse et colère. Nous avons perdu trois personnes des nôtres. Je dis bien « des nôtres » car chaque fois qu’une femme ou un homme kurde est attaqué sur le sol parisien, ce sont tous les Parisiens et Parisiennes qui sont attaqués. C’est une attaque contre tout ce qui nous unit. » Cordebard a rappelé que malgré les treize années écoulées depuis le premier massacre, justice n’a toujours pas été rendue, ajoutant : « Même après l’attentat de 2022, le parquet antiterroriste n’a pas repris l’affaire. S’il s’était agi d’un autre incident, ce parquet serait intervenu. » Cordebard, qui continue d’exprimer sa solidarité avec les Kurdes, a souligné l’importance de la coexistence. Féminicides politique Hélène Bidard, adjointe à la maire de Paris et membre du Parti communiste français (PCF), a salué le mouvement des femmes kurdes, qualifiant le massacre de 2013 de « féminicide politique ». Soulignant leur engagement politique, Mme Bidard a déclaré : « Elles étaient porteuses de paix. Les femmes kurdes du monde entier incarnent la paix et la justice. C’est pourquoi elles ont été prises pour cibles. »  
Hélène Bidard, adjointe à la maire de Paris
  Le moment de justice viendra  Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche à la mairie de Paris en 2026, a rendu hommage aux victimes des deux massacres, insistant sur la suspicion de « terrorisme d’État » dans les deux affaires. Soulignant que l’enquête sur le massacre de 2013 n’est pas encore terminée, M. Grégoire a déclaré : « Paris est et restera un territoire de protection. D’abord un territoire de liberté absolue d’expression démocratique des droits des Kurdes dans le monde et des droits des Kurdes au Kurdistan. Aucune menace, qu’elle émane des groupuscules ou d’États étrangers, ne serait être tolérée, ne serait être pardonnée ne serait être oubliée face à l’histoire et aux liens indéfectibles qui unissent notre ville Paris et les Kurdes du monde entier. »    
Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche à la mairie de Paris en 2026
  L’importance de poursuivre sans relâche le long combat pour la justice Le candidat de gauche a souligné que les Kurdes ayant participé à la lutte contre Daech font partie intégrante de la mémoire de Paris et qu’ils resteront à jamais dans les mémoires, insistant : « Avant tout, nous voulons que la vérité éclate, que l’État assume ses responsabilités et que justice soit faite. Le temps de la justice pour les martyrs de 2022 et 2013 viendra. » Dominique Sopo, président de l’association antiraciste SOS Racisme, a critiqué le manque de sécurité dont sont victimes les personnes venues chercher protection, soulignant l’importance de « poursuivre sans relâche ce long combat pour la justice ». Il a également réagi au maintien du secret d’État, réaffirmant le soutien de son association aux Kurdes et à la vérité. La commémoration s’est déroulée en présence du sénateur de gauche Ian Brossat, de Raphaëlle Primet, coprésidente du groupe communiste au conseil municipal de Paris, de Dylan Boutiflat, cadre du Parti socialiste, de Pascal Torre, coprésident de l’Association France-Kurdistan, et d’une responsable du mouvement antiraciste MRAP.

« Son nom était amour ». À la mémoire d’Evîn Goyî

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KURDISTAN – Le 23 décembre 2022, Evîn Goyî, militante féministe kurde, a été tuée par balle lors d’un attentat terroriste à Paris, aux côtés du musicien Mîr Perwer et du militant Abdurrahman Kızıl. Trois ans plus tard, sa camarade Anja Flach lui rend hommage. Evîn Goyî était originaire de Şêxan (en turc : Hilal), un village isolé du mont Kelê Mamê, au nord du Kurdistan. C’est là, en haute altitude, que vivait sa tribu, les Goyî. Autrefois, des chrétiens, principalement chaldéens, y vivaient, avant que les massacres perpétrés par l’État turc ne laissent leur empreinte. C’est peut-être cette diversité culturelle, peut-être la proximité avec la nature sauvage, qui a façonné l’image de la femme chez les Goyî et qui, plus tard, a permis l’émergence de nombreuses femmes commandantes. Hommes et femmes chassaient, cueillaient des herbes et s’occupaient des animaux ensemble. La communauté villageoise était isolée, l’État lointain. Ce monde a marqué Evîn. Elle évoquait souvent, les yeux brillants, son enfance, les femmes fortes et cette société proche de la nature où l’on partageait le pain avec les guérilleros arrivés à Botan au milieu des années 1980. Au fil des années, sa famille a perdu soixante membres dans les combats. Evîn a rejoint la guérilla à 14 ans. Non pas pour échapper à une vie étriquée et traditionnelle, comme c’était le cas pour beaucoup de jeunes femmes, mais par une décision consciente et déterminée. Les femmes étaient rares dans les montagnes à cette époque. Sur les vieilles photos, elle ressemble à une enfant coiffée d’un foulard. Une enfant armée.   Quand je l’ai rencontrée en 1996, elle vivait déjà dans les montagnes depuis huit ans, avait combattu pendant la guerre du Sud, était commandante et possédait une grande expérience. Evîn était charmante. Elle m’a accueillie – moi, une Européenne maladroite parlant un kurde hésitant – avec patience, chaleur et un sourire malicieux. Elle m’a expliqué la vie dans la guérilla et m’a aidée autant qu’elle le pouvait. Bien qu’elle n’ait jamais quitté Botan et Behdînan, elle – contrairement à la plupart des gens – pouvait me comprendre. Je lui faisais une confiance absolue. La vie politique, au sens d’une formation classique, lui était difficilement accessible, car elle était pratiquement toujours engagée dans la guerre. Ses réactions face aux problèmes étaient souvent émotionnelles et directes. En 1997, elle devait se rendre dans la région de Zap pour participer à la formation de la nouvelle armée féminine. Mais les choses prirent une autre tournure : une vaste opération militaire éclata en octobre, et Evîn en prit immédiatement les rênes. Sur le mont Kurê Jahro, elle coordonna stratégiquement la résistance, tint la zone et, avec les unités de guérilla sous son commandement, empêcha l’ennemi d’infiltrer les lignes ennemies jusqu’au repli des blessés et des nouvelles recrues. Plus tard, elle fut nommée à l’Académie du Parti près de Damas, un rêve qu’elle caressait depuis longtemps. Elle y rencontra Abdullah Öcalan. Libérée des conceptions traditionnelles de la féminité, elle commença à repenser sa personne et ses objectifs. Par son dévouement et son engagement, elle devint une figure de proue de l’idéologie de libération des femmes et du YAJK (Yekitiya Azadiya Jinên Kurdistan, l’Union des femmes libres du Kurdistan). Elle porta ces convictions dans toutes les régions où elle travailla. Ce faisant, elle s’opposa sans compromis aux structures dominées par les hommes qui cherchaient à opprimer les femmes, à les affaiblir, à ignorer leur volonté et à empêcher le développement d’une organisation féminine indépendante. Les camarades de l’époque durent faire face à d’énormes difficultés ; Heval Evîn était l’une d’entre elles. Mais sa vision était claire : des femmes libres au sein de structures organisationnelles autonomes et autodéterminées. Aucun chemin pour y parvenir n’était insurmontable pour elle.   Nous nous sommes retrouvées dans les montagnes en 2011. Plus de vingt ans de guérilla n’avaient en rien altéré son esprit combatif. En 2012, elle est partie au Rojava pour contribuer à l’édification du mouvement féministe. Infatigable, elle a sillonné les routes, des maisons aux villages, des quartiers aux cantons. Elle a organisé, formé et écouté. Convaincue que seules des femmes organisées pouvaient libérer la société, elle a puisé dans cette idée la plus profonde de ses convictions. Elle s’est investie sans relâche pour renforcer et développer les institutions, les académies et les organisations féminines. Elle a sensibilisé la population à l’autodéfense, à l’idéologie de Daech et aux violences patriarcales. C’est grâce à son engagement indéfectible – et à celui d’innombrables camarades qui ont donné leur vie – que l’instauration de l’autonomie démocratique au Rojava a été possible. Après des années passées au Rojava, Evîn est venue en Europe, non sans mal, pour se faire soigner. Ensuite, elle a souhaité rentrer chez elle. La vie dans les métropoles était difficile pour elle, elle qui n’avait jamais été confrontée à la crasse de la modernité capitaliste, enfant de la société naturelle. Je lui ai rendu visite deux fois à Paris. J’ai senti s’éteindre peu à peu la joie de vivre et l’énergie qu’elle dégageait autrefois. Sa douleur, brièvement apaisée après son opération du dos, est revenue. C’était comme si elle n’avait plus rien à offrir à cette ville, qui avait elle aussi englouti Hevala Sara. Elle était au mauvais endroit, au mauvais moment. Quand j’ai appris l’assassinat de trois camarades à Paris, j’ai tout de suite su qu’Evîn était parmi elles. Figure emblématique du mouvement féministe en Europe, elle avait organisé les commémorations de Sara, Rojbîn et Ronahî, trois révolutionnaires elles aussi assassinées à Paris près de dix ans auparavant. Ces deux massacres n’étaient pas des accidents. Ils s’inscrivaient dans une stratégie délibérée. À ce jour, l’affaire de l’attentat du 23 décembre 2022 n’a toujours pas progressé sur le plan judiciaire. On ignore toujours qui sont les véritables auteurs, le déroulement de la procédure et les conséquences – un schéma déjà perceptible lors du premier attentat. Il est presque insupportable qu’Evîn – qui a combattu avec un amour si pur pour le peuple, le mouvement, les femmes et la liberté – ait été tuée au cœur de l’Europe. Son nom signifiait amour. Et l’amour était ce qui la définissait. Elle a apporté joie et combativité à d’innombrables cœurs, dont le mien. J’ai toujours rêvé qu’un jour nous retournions ensemble dans les montagnes. En liberté. Que la famille d’Evîn puisse revenir de Mexmûr à Hilal, au pied du Kelê Mamê. Et que nous soyons là lorsque le village renaîtra. (ANF)

SYRIE. Les attaques des gangs de Damas font des victimes à Alep

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SYRIE / ROJAVA – On signale au moins un mort et plusieurs blessés dans le quartier kurde de Sheikh Maqsoud, à Alep. Ces attaques interviennent après la visite d’aujourd’hui de hauts responsables turcs* à Damas.

On rapporte que Fadwa Muhammad al-Kurdi, une femme arabe de 57 ans, a été tuée et qu’au moins 8 autres civils ont été blessés lors des attaques en cours menées par les combattants sous commandement de Damas dans les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh.

  Deuxième attaque en une seule journée Plus tôt dans la journée, une attaque avait eu lieu à Eşrefiyê contre un point de contrôle tenu conjointement par l’Asayish – l’autorité de sécurité de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie – et les troupes du Gouvernement fédéral de transition. Deux membres des forces de sécurité de l’Administration autonome ont été blessés lors de cette attaque. L’Asayish a déclaré avoir riposté « dans le cadre de son droit légitime à la légitime défense ». Elle a affirmé avoir agi « de manière contrôlée » afin d’éviter une escalade de la violence et de ne pas mettre en danger la population civile. Des groupes proches du ministère syrien de la Défense ont également été accusés d’être à l’origine de cette attaque. L’agence de presse officielle syrienne SANA a cependant rapporté que les FDS en étaient responsables, ce que l’alliance a catégoriquement démenti. Les FDS ont souligné qu’elles n’étaient pas présentes à Alep et ont imputé l’escalade du conflit à des « factions dissidentes » proches du gouvernement de Damas. En réalité, les FDS avaient déjà cédé leurs positions à Alep aux forces assaïchites en avril, conformément à un accord entre l’Administration autonome et Damas. Provocation délibérée malgré un accord Les Forces démocratiques syriennes (FDS) accusent les groupes impliqués dans les attaques d’attiser délibérément les tensions depuis des mois, notamment par le siège continu des quartiers de Şêxmeqsûd et d’Eşrefiyê. Les attaques actuelles constituent une violation flagrante de l’accord du 1er avril, qui visait initialement une désescalade. « Ces factions attaquent délibérément des zones résidentielles avec des roquettes, des chars et de l’artillerie afin de créer de l’instabilité », a déclaré le centre de presse des FDS dans un communiqué. La population civile est la cible de ces attaques. L’attaque coïncide avec la visite turque à Damas. L’escalade de la violence à Alep coïncide avec la visite du ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan , à Damas. Sur place, M. Fidan, accompagné du ministre de la Défense, Yaşar Güler, et du chef des renseignements, Ibrahim Kalın, s’est entretenu avec le gouvernement intérimaire syrien. Les discussions ont porté sur l’avenir des structures autonomes du nord et de l’est de la Syrie et sur l’éventuelle intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS) à l’État syrien. M. Fidan a accusé les FDS de refuser l’intégration et d’entretenir des contacts avec Israël – une accusation fermement rejetée par l’administration intérimaire.

TURQUIE. Annulation du concert du groupe kurde Koma Amed

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TURQUIE – Le gouverneur d’Istanbul/Küçükçekmece a interdit le concert du groupe de musique kurde KOMA AMED – prévu le 20 décembre – quelques heures avant le concert, prétendant  la dernière minute au motif que le concert était « inappropriée » Un concert du groupe folklorique kurde Koma Amed, prévu à Istanbul le 20 décembre, a été bloqué quelques heures avant son début par le bureau du gouverneur du district de Küçükçekmece. Le groupe, dont les membres vivent à l’étranger depuis la fin des années 1990 pour des raisons politiques, devait remonter sur scène pour la première fois depuis de nombreuses années le 25 octobre à Diyarbakır. Leur concert à Istanbul était prévu au Centre de spectacles Yahya Kemal Beyatlı à Küçükçekmece. Koma Amed a annoncé l’annulation sur son compte de réseau social, invoquant des obstacles bureaucratiques : « Le concert que nous devions donner le 20 décembre au Centre culturel Yahya Kemal Beyatlı a malheureusement dû être annulé en raison de problèmes d’autorisation. Nous sommes contraints de reporter notre événement à une date ultérieure. Nous vous communiquerons la nouvelle date dès que possible. Nous vous prions de nous excuser pour la gêne occasionnée. »
« Nous restons fidèles à notre conviction que la paix est essentielle. Nous souhaitons que nos chansons contribuent à ce processus. Nous croyons que la paix offrira un avenir meilleur à tous. C’est avec cet espoir que nous espérons nous retrouver bientôt », a déclaré le groupe, faisant référence au processus de paix kurde en cours. Le bureau du gouverneur du district de Küçükçekmece a publié un communiqué officiel indiquant qu’il avait jugé que la demande de l’association pour l’attribution du centre de spectacles « n’était pas appropriée ».

Les organisateurs critiquent l’interdiction

L’organisation Sanatça et le Centre culturel de Mésopotamie (MKM), à l’origine de l’événement, ont publié un communiqué confirmant la décision du préfet. Ils ont fait valoir que l’annulation du concert était contraire au processus de paix kurde en cours. « Malgré tous les obstacles, le processus de paix et de société démocratique a permis l’expansion des espaces culturels pour l’art kurde. Dans ce contexte, Koma Amed, qui n’avait pu se produire dans son pays d’origine pendant 30 ans en raison des interdictions, a chanté des chants de liberté et de paix devant des centaines de milliers de personnes sur la place Newroz à Diyarbakır le 25 octobre 2025.  Depuis hier, tous nos efforts pour que le concert de Koma Amed puisse avoir lieu à Istanbul sont restés vains. En tant qu’organisation œuvrant pour la promotion des événements culturels et artistiques kurdes, nous rejetons catégoriquement cette interdiction.  À l’heure où le processus de paix et de société démocratique a besoin de davantage de liberté d’expression, de la possibilité de produire dans sa langue maternelle et du droit de créer un art enraciné dans sa culture, de tels obstacles à la liberté artistique ne servent pas la paix. Il est notoire que de telles interdictions et entraves sont imposées par des forces extérieures aux processus [de paix turco-kurde]. La destruction culturelle de l’art kurde se poursuit, perpétrée par des éléments hostiles à la paix. Nous présentons nos excuses à notre communauté et aux auditeurs de Koma Amed pour cette injustice. Nous annoncerons prochainement les détails d’un concert dans un autre lieu. Enfin, en tant qu’artistes kurdes, nous continuerons à chanter nos chansons avec plus de force et de passion que jamais. Avec nos chants et nos zılgıts, nous apporterons la paix à ce pays. La paix triomphera. » A propos de KOMA MAED Koma Amed a été créée en 1988 par des étudiants des facultés de médecine d’Ankara et de Hacettepe. Les membres fondateurs comprennent Evdılmelik Şexbekir, Gülşen Çetin, Savaş Çakmak, Rohat Kutlay, Fikri Kutlay, Mustafa Kart et Ahmet Kaya. Le groupe a sorti son premier album Kulîlka Azadî en 1990. En raison de difficultés à trouver des studios disposés à enregistrer de la musique kurde, ils ont partagé l’espace de studio avec d’autres groupes kurdes de l’époque, dont Koma Mezrabotan, Koma Çiya, Vengê Sodirî, Koma Rojhilat, Koma Dengê Azadî, Koma Rewşen, Koma Gulen Xerzan, Mizgîna Sor, Koma Azad, et Agire Jîyan, travaillant souvent avec les mêmes arrangeurs et musiciens. Après la sortie de leur album Dergûş en 1997, certains membres ont demandé l’asile en Allemagne pour des raisons politiques, ce qui a conduit à la dissolution du groupe.

KURDISTAN. Places gratuites pour les femmes au prochain match d’Amedspor

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TURQUIE / KURDISTAN – En réponse aux slogans injurieux visant la femme politique kurde Leyla Zana, Amedspor a décidé d’ouvrir gratuitement ses tribunes aux femmes pour le match contre Iğdırspor. La vice-présidente d’Amedspor, Şeyda Arslantaş, a déclaré : « Nous répondrons au mieux à ces attaques en augmentant le nombre de femmes dans les tribunes. » (Par ailleurs, la Commission des femmes de l’Association des droits de l’homme (ÖHD) a annoncé avoir porté plainte contre les chants racistes contenant des insultes et des grossièretés dirigés contre Leyla Zana par des groupes de supporters de Bursaspor, Ankaragücü et Rizespor. 
La Commission des femmes de l’Association des avocats pour la liberté (ÖHD) a publié une déclaration devant le tribunal de Diyarbakır pour dénoncer les attaques sexistes et racistes qui ont débuté à Bursaspor, se sont poursuivies avec Ankaragücü et Rizespor, et ont ciblé la femme politique kurde Leyla Zana. Une banderole proclamant « Leyla Zana est notre honneur » était déployée lors de cette manifestation. Ekin Yeter, coprésidente de l’ÖHD et auteure de la déclaration, a affirmé : « Nous considérons les insultes proférées contre Leyla Zana, figure emblématique de la politique kurde et de la lutte des femmes, non pas comme une simple réaction isolée de partisans, mais comme une attaque organisée, fruit d’un système dominé par les hommes et de comportements racistes. »)
 
Şeyda Arslantaş
La vice-présidente d’Amedspor, Şeyda Arslantaş, a déclaré : « Nous répondrons à ces attaques en augmentant le nombre de femmes dans les tribunes. » Le 16 décembre dernier, lors du match Vanspor-Bursaspor, les supporters de Bursaspor ont arboré une affiche du célèbre tueur à gage (Yesil) responsable de nombreux massacres de civils kurdes dans les années 1990 et celle d’une « Toros blanche » tout en criant des insultes sexistes ciblant la femme politique kurde Leyla Zana, première députée kurde du parlement turc qui a passé 10 ans dans les geôles turques pour avoir parlé en kurde au parlement turc. La direction d’Amedspor, en signe de solidarité face à ces attaques, a annoncé que le match Amedspor-Iğdırspor du 28 décembre serait gratuit pour les femmes. « Cette attaque vise l’identité des femmes et le processus de paix. » Interrogée par l’agence Mesopotamia à ce sujet, la vice-présidente d’Amedspor, Şeyda Arslantaş, a déclaré que les attaques contre Leyla Zana n’étaient pas fortuites, mais visaient directement son identité de femme et la lutte des femmes kurdes. Mme Arslantaş a rappelé que des attaques racistes similaires s’étaient déjà produites dans les tribunes de Bursaspor, arborant des images de voitures « Beyaz Toros », et a ajouté : « Malheureusement, une femme politique est insultée dans les tribunes de cette équipe. L’administration et l’ensemble des acteurs de la ville condamnent fermement cet acte. Cette attaque vise le processus de paix et de société démocratique en cours dans la région. Les tribunes sont un reflet de la société : femmes, hommes, jeunes et moins jeunes, toutes les composantes de la société s’y côtoient. Ces propos racistes s’attaquent au leadership et à la force du mouvement des femmes kurdes. » « Amedspor continuera de défendre les valeurs du peuple » Arslantaş a souligné qu’Amedspor lutte depuis des années contre le racisme, la discrimination et le sexisme, déclarant : « En la personne de Leyla Zana, l’identité féminine et le pouvoir transformateur de cette identité ont été pris pour cible. Amedspor, avec sa communauté, ses supporters et sa direction, continuera de défendre les valeurs de son peuple et de contribuer au processus de paix sociale. » Appel aux supporters femmes  Arslantaş, qui a invité toutes les femmes au match d’Iğdırspor le 28 décembre, a partagé les informations suivantes concernant le programme de billets gratuits : « Nous souhaitons voir davantage de femmes dans les tribunes pour contrer cette attaque. Les supportrices doivent simplement se rendre dans les centres féminins de leur quartier et fournir leur numéro d’identification. Nous les enregistrerons ensuite grâce à ces numéros et leur offrirons des billets gratuits. La présence des femmes dans les tribunes sera la réponse la plus forte à cette mentalité odieuse. »

TURQUIE. Les organisations alévies à Roboski: Notre douleur est la même

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TURQUIE / KURDISTAN – Des organisations alévies se sont rendues dans la localité kurde de Roboski où 34 jeunes, dont des enfants, ont été tués par l’aviation turque le 28 décembre 2011. Elles leur ont exprimé leur solidarité et déclarant : « Le massacre de Roboski n’était pas différent des autres massacres alévis. Notre douleur est la même. »  Des représentant·es d’organisations alévies ont rendu visite aux familles des 34 personnes, dont des enfants, massacrées le 28 décembre 2011 dans le village de Roboski, district de Qileban (Uludere), province de Şirnex. La délégation comprenait des représentant·es de la Fédération alévie Bektashi, de la Confédération des associations alévies européennes, de la Fédération alévie turque, de la Fondation culturelle anatolienne Hacı Bektaş Veli, des associations culturelles alévies et des associations culturelles Pir Sultan Abdal, ainsi que des représentant·es de partis politiques et d’organisations démocratiques. À l’entrée du village, la délégation a été accueillie par les familles endeuillées. Lors de sa visite, Mustafa Aslan, président de la Fédération alévie bektashi (ABF), a déclaré : « Nous sommes réunis ici pour rassembler deux communautés dont les langues et les croyances ont été niées. Nous venons de Maraş, où, comme à Roboski, le massacre est resté impuni. Trente-quatre personnes, jeunes et moins jeunes, ont été assassinées. Leur seul crime ? Vouloir survivre. Nous sommes ici pour partager cette douleur. Si les auteurs de ces massacres n’ont pas été traduits en justice, c’est uniquement parce qu’ils cherchent à nous diviser et à nous empêcher de lutter ensemble. C’est pourquoi nous sommes ici : pour lutter ensemble. »  Prenant ensuite la parole, Hüseyin Mat, président de la Confédération des associations alévies d’Europe (AABK), a condamné le massacre de Roboski, déclarant : « Les Alévis et les Kurdes ont énormément souffert dans ce pays. Leur seule revendication était l’égalité des droits civiques. Malgré cela, l’État n’a pas daigné reconnaître leurs croyances et leurs identités. Au contraire, il a perpétré de nombreux massacres pour uniformiser la population. Nous savons que les massacres commis contre les Alévis étaient similaires à celui de Roboski. Notre douleur est commune. »  Veli Encü, s’exprimant au nom des familles des victimes de Roboski, a déclaré : « Vous êtes venus commémorer le 14e anniversaire du massacre de Roboski. Nous vous remercions. Notre douleur est intacte. Nos assassins sont les mêmes. Des décennies se sont écoulées depuis les massacres qui nous ont été infligés. Les responsables de ces massacres ne seront pas oubliés. Nous luttons pour la justice depuis 14 ans. Nous réaffirmons notre engagement dans ce combat. Nous ne renoncerons pas tant que les responsables n’auront pas été traduits en justice. »  À l’issue de cette visite, la délégation s’est rendue au cimetière des victimes du massacre de Roboski.

Évolution sécuritaire, militaire et sociale dans le sud de la Syrie

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SYRIE / ROJAVA – Le site kurde LEKOLIN* signale que le Sud de la Syrie – dont annexation du plateau de Golan par l’Israël a été acceptée implicitement par le régime de Jolani – est disputée par plusieurs États colonialistes. Un an après le renversement du régime d’Assad par Hayat Tahrir al-Sham (HTS), le sud de la Syrie entre dans une période de transition stratégique. Tandis que le gouvernement d’al-Jolani tente de maintenir son emprise sur la région, la Russie se concentre sur la protection de ses bases, la Turquie sur l’expansion de son influence et la défense de la communauté alaouite, et Israël sur la création d’une zone tampon. Alors que Hayat Tahrir al-Sham (HTS) et ses groupes djihadistes affiliés, ainsi que les milices soutenues par l’État turc, poursuivent leurs massacres, enlèvements et pillages contre les populations alaouites et druzes, le sud de la Syrie est le théâtre d’une nouvelle restructuration. Dans notre rapport spécial, nous examinerons en détail tous les développements survenus au cours de l’année écoulée, notamment sur les plans sécuritaire, militaire et social, dans le sud de la Syrie. MOUVEMENT DES FORCES DE SÉCURITÉ GÉNÉRALE AFFILIÉES À DAMAS Peu après la chute du régime d’Assad, le gouvernement d’al-Jolani, tout en tentant de projeter une image « modérée », a simultanément mis en œuvre son idéologie salafiste-djihadiste sur le terrain, en tournant son attention vers le sud de la Syrie au cours de la première semaine de mars et en lançant une série de massacres. Des groupes djihadistes, dont certains affiliés aux services de renseignement turcs (MİT), ont commencé à massacrer des Alaouites sous prétexte d’« éliminer les derniers bastions pro-Assad ». Près de 50 massacres ont été perpétrés à Lattaquié, Tartous, Hama et Homs. Le 26 juillet 2025, HTS a distribué des armes à ses partisans sunnites dans la ville de Jabal, la campagne de Hama, le village de Babelah et la ville de Lattaquié (dans les quartiers des Sables Palestiniens, de Silaybê et de Sheikh Dahêr, ainsi que dans les zones côtières). Les bénéficiaires de ces armes résident dans ces mêmes zones. De même que l’État turc occupant a armé ses milices au Kurdistan du Nord et les a utilisées pour combattre le Mouvement de libération, le régime d’al-Jolani a suivi son exemple en armant ses partisans et en tentant de massacrer la population alaouite. Il a également tenté, sans succès, d’inciter à la guerre parmi les Druzes de Soueïda par l’intermédiaire de Leith al-Balusi. Il a également été révélé que, le même jour (26 juillet 2025), Hayat Tahrir al-Sham (HTS) a expédié environ 200 missiles sol-sol dans la région de Birj Islam, près de Lattaquié. Une partie de ces missiles a été déployée au sud de Tartous, tandis que d’autres ont été transportés par voie maritime via Baniyas jusqu’à Tripoli, au Liban, en collaboration avec des milices étrangères. CREEATIONS D’UNITES AVEC DES EX-ASSADISTES  Durant la même période, le 14 août 2025, il a été révélé que le ministre de l’Intérieur, Anas Khatab, avait transmis des instructions à un certain Yasêr Ebas. Ce dernier, issu de la communauté alaouite, est membre de l’unité « El Silm El Ehlî » (Paix locale). Cette unité a été créée par HTS afin de recruter d’anciens employés du ministère de l’Intérieur de l’ancien régime, en les appâtant avec des promesses alléchantes (comme celle de reprendre leurs fonctions dans leurs régions d’origine). Par la suite, environ 250 Alaouites ont été enregistrés auprès de cette unité ; ces personnes sont liées à Yasêr Ebas par des liens familiaux et régionaux. Le 4 septembre 2025, les forces de sécurité générale affiliées à Hayat Tahrir al-Sham (HTS) ont été remplacées dans la région côtière par des groupes étrangers (tels qu’Ansar al-Tawhid, Ansar al-Suna et Ansar al-Din). Ces groupes harcèlent la population côtière, utilisant délibérément un discours haineux et sectaire pour provoquer des réactions, puis l’attaquent et l’arrêtent sous prétexte de cibler les groupes fidèles à l’ancien régime. Dans le cadre de cette politique abjecte, un massacre a été perpétré dans la région d’al-Radar, à Tartous : quatre jeunes hommes ont été tués, et un jeune homme de 20 ans nommé Bashar Mehyob a été décapité et sa tête placée sur un véhicule. Par ailleurs, un autre jeune homme nommé Samoil a été tué dans la zone rurale de Kardaha. Le 16 septembre 2025, des renforts ont été envoyés d’Idlib au château de Baniyas. Ils comprenaient notamment des missiles de défense aérienne, des missiles mer-sol et des véhicules de fabrication turque (véhicules blindés de transport de troupes). Par ailleurs, un tunnel a été creusé entre le château de Baniyas et les jardins d’Al-Bayda. Le même jour, le régime d’Al-Jolani a donné des instructions aux forces d’Asaab al-Hamra. Ces instructions stipulaient que toutes les forces d’Asaab al-Hamra et les forces spéciales devaient se déplacer d’Alep, Damas, Idlib et Salamiya vers la région côtière. Les services de renseignement turcs, en collaboration avec les forces de sécurité générales affiliées à Hayat Tahrir al-Sham (HTS), ont lancé une opération de grande envergure dans la zone. Cette opération visait à identifier les lieux de résidence et les domiciles des officiers et des individus ayant collaboré avec l’ancien régime (armée de l’air, défense aérienne, génie militaire, sites sensibles, médecins et ingénieurs purgés). LES COLLABORATEURS PRÉSENTÉS COMME DES HÉROS Par ailleurs, le 28 septembre 2025, des groupes au sein des Forces de sécurité générale et des groupes bédouins armés furent envoyés dans les quartiers peuplés et les districts pauvres de Homs et de la région côtière afin de semer la terreur et la torture parmi la population. Le plan prévoyait que Fadi Sakr intervienne et les libère, ce qui lui permettrait de se présenter comme une figure influente dans les médias et de gagner le soutien populaire dans la région côtière, tout en semant la division au sein de la communauté alaouite. Le frère de Fadi réside au Liban et dirige une agence immobilière chargée du transfert des propriétés et des biens appartenant à de riches officiers et commerçants alaouites après les règlements de comptes. Finalement, le 13 octobre 2025, des milices d’origine bédouine, dispersées le long de la côte, se sont armées. Elles ont hissé le drapeau du HTS, pénétré dans des villages alaouites, harcelé des femmes, commis des vols et dérobé des générateurs électriques qu’elles ont emportés à Idlib. De ce fait, certains villages de la campagne de Tartous se sont retrouvés sans électricité. Ces bandes opèrent la nuit, tirant sans discernement ; la population est terrorisée par leurs agissements. MOBILITÉ DES GROUPES ÉTRANGERS Pour rappel, en mars, des groupes djihadistes étrangers, ainsi que des groupes fidèles au gouvernement de Damas, ont participé à des massacres contre les populations alaouites et druzes dans le sud de la Syrie et ont considérablement renforcé leurs forces dans la région. Selon les informations disponibles, le 7 juillet 2025, Mir Abou Salman al-Bilarosi, un important chef de gang étranger d’origine biélorusse, a été tué avec un groupe spécial lors d’une attaque contre la base aérienne de Hmeimim, dans la zone rurale de la province de Lattaquié. Cette attaque visait à éliminer des individus fidèles au régime baasiste ; leurs positions sur la base avaient été identifiées grâce à des renseignements obtenus par l’intermédiaire de leurs représentants. Ce chef de haut rang, surnommé Abou Salman, avait auparavant appartenu au groupe Asaab al-Hamra. Le 12 octobre 2025, des massacres ont été perpétrés par les bandes Ansar al-Sunnah dans la région côtière, qui ont préparé des véhicules piégés avec des mines et les ont envoyés dans des zones habitées par la communauté alaouite (Homs, Tartous et Lattaquié). Un autre développement crucial dans ce processus a été que, un mois auparavant, conformément aux perspectives de l’État turc occupant, de nombreux gangs étrangers, portant les uniformes militaires de l’ancien régime, ont été déployés dans les villes de Lattaquié et de Jabal. LA DIVISION DE LA SYRIE A COMMENCE Les accords et les négociations que le gouvernement Jolani a conclus avec la Russie et les États-Unis, ainsi que les concessions accordées à Israël, ont exacerbé les conflits internes au sein de HTS. Entre le 20 et le 26 octobre 2025, une série de réunions ont eu lieu dans les quartiers de Miliha, Al-Khizlaniyah et Zebedani à Damas, ainsi que dans les zones de Ma’rat Misrin et Al-Foo’a à Idlib, entre les chefs des groupes Huras Al-Din, Ansar Al-Tawhid, Jund Allah et Ansar Al-Islam ; ces individus avaient auparavant collaboré avec l’État islamique et étaient directement impliqués dans ses activités. Parmi eux figuraient des chefs de groupe connus sous les pseudonymes d’Abu Jilibi, Al-Wasmi et Abu Hafas. Au cours de ces réunions, il a été décidé d’inciter l’opinion publique contre Jolani en l’accusant d’apostasie et d’hérésie ; il a également été décidé de prêter allégeance à l’État islamique et de coopérer avec lui. De plus, des attaques contre des bases militaires russes dans la région côtière ont été planifiées lors de ces réunions. L’autorité générale en matière de charia au sein de Saraya Ansar al-Sunnah est Abou al-Fath al-Shami, alias Khalil, qui aurait fait scission avec Hayat Tahrir al-Sham (HTS). Auparavant allié à HTS, le groupe a accusé, après le renversement du régime syrien par al-Jolani et son arrivée au pouvoir, HTS et ses partisans de « dévier des enseignements islamiques et de manquer aux promesses faites à leurs nouveaux membres ». Saraya Ansar al-Sunnah, qui publie des déclarations et des fatwas visant le gouvernement de HTS et ses soutiens, n’a pas encore mené d’attaque contre HTS. Récemment, la plupart des attaques contre HTS et les forces loyales au régime d’al-Jolani ont été revendiquées par l’État islamique (EI), et des groupes étrangers anciennement affiliés à HTS ont également participé à ces attaques. Bien que les auteurs des attaques contre HTS soient dissimulés par les services de renseignement turcs (MIT) et syriens, notre site web Lekolin.org les a démasqués à de nombreuses reprises. Ansar al-Sunna, tout en mettant en œuvre sur le terrain la mentalité génocidaire de l’EI, a été reconnu coupable d’avoir planifié des attaques contre des cimetières appartenant aux communautés chiites et alaouites. Cimetières chiites : – Le sanctuaire de Sayyida Zeinab, détruit en décembre 2024, peu après l’arrivée au pouvoir de HTS, était l’une des cibles de l’attaque. – Le tombeau de Sayyida Ruqaya dans le quartier Hamidiyeh de Damas. – Le Tombeau de Sayyida Sukayna dans le quartier Mi’damiyeh de Damas. Cimetières alévis : – Le tombeau appelé Mekzon à Kafer Sousse. – Le tombeau d’Al-Khusaybi, situé derrière Sekena Heneno à Alep, figure également parmi les lieux qu’Ansar al-Sunnah avait prévu d’attaquer. Les zones du sud de la Syrie où se trouvent les groupes armés affiliés à HTS et les groupes armés étrangers, ainsi que le matériel militaire qu’ils ont déployé, sont les suivantes : 1-Faculté navale : Elle abrite 600 miliciens fidèles au gouvernement de Damas, dont 400 sont des miliciens étrangers d’origine afghane, ouïghoure, ouzbèke et turkmène. Leur armement comprend 23 véhicules de patrouille maritime (BMP) et 14 véhicules blindés de combat d’infanterie (BMP). Ils disposent également de chars, de lance-roquettes et de canons de calibre 120, 122 et 130. Camp 2-Setemo : Il est équipé de mitrailleuses lourdes DShK de 23 mm et 14 mm, de plusieurs chars et de 4 canons de campagne. Il compte 200 membres, dont des membres de gangs marocains et tunisiens. Camp 3-Seqobîn : Ce camp, où se trouvent des gangs d’origine syrienne, contient des mitrailleuses lourdes DShK de 23 et 14 mm et 3 chars. 4e Commandement naval : Contient des mitrailleuses lourdes DShK de 23 et 14 mm. Plus de 100 membres de gangs d’origine syrienne sont présents. 5-Mine El Beyda : Ce camp comprend 23 armes, 14 chars, 5 BMP, 122 pièces d’artillerie, 130 canons et des lance-roquettes. Il abrite une milice étrangère de 700 personnes d’origine tchétchène, afghane, ouïghoure, turkmène et assab al-hamra. 6-Camp El Sinober : Contient 300 membres de gangs d’origine syrienne. 7-Camp Yahodiyê : Il contient 4 chars et 150 militants, dont 100 sont étrangers. Camp 8-El Semiyê : Contient 23 armes, dont 14 armes à feu, 3 lance-roquettes de fabrication coréenne, 3 canons mobiles de calibre 122 et 3 canons mobiles de calibre 130 (montés sur véhicules). On y trouve également 3 chars et 2 véhicules de combat d’infanterie (BMP). Hôtel 9-Kardaha : Des camionnettes transportent 23 140 armes. Environ 70 membres de gangs sont présents avec leurs armes et leurs munitions. 10-Nadi Dubat à Lattaquié : Il est principalement composé de commandants étrangers, par exemple des commandants ouïghours, turcs, afghans, tunisiens et quelques commandants syriens au sein de HTS. 11- École d’infirmières de Kardaha : Environ 200 membres de gangs s’y trouvent. Des mitrailleuses lourdes DShK de calibre 23 et 14 mm sont montées sur des pick-ups pour faciliter leurs déplacements. 12- Dans la région côtière, à Tartous, entre Al-Amrit et Al-Inabiyya, se trouve un centre appartenant à des bandes (ouïghoures, ouzbèkes et turcophones). On y trouve des missiles sol-sol, des armes de défense aérienne, des véhicules blindés et des véhicules militaires. Ce centre servait autrefois de quartier général au régime. 13- Dans la zone rurale d’Al Qisêr, à Homs, dans la région de Hûsh Al Sayed (Ansar al-Suna – Huras al-Din), se trouve un centre appartenant à des groupes armés. Ce centre abrite des militants étrangers, des armes antiaériennes, des véhicules blindés et des véhicules militaires. Il sert de point de départ aux patrouilles. 14- Dans la ville de Tartous, près du quartier d’Al-Hamidiya, se trouve un centre d’entraînement pour milices étrangères, où ont été acheminés des missiles terre-mer. Ce lieu appartenait auparavant à la direction baasiste de Tartous. 15- Station-service Al-Wîşeh à Kardaha : Il y a environ 200 militants syriens à l’intérieur et 3 camionnettes avec des mitrailleuses lourdes DShK de 14 mm attachées. 16-Bêt Zentût : Contient environ 300 membres de gangs étrangers, ainsi que des armes lourdes. 17- Club des officiers à Lattaquié : Environ 150 membres de gangs étrangers, 15 camionnettes et des mitrailleuses lourdes DShK de 14 mm et 23 mm sont présents. 18- Des armes légères et antichars ont été acheminées vers les bâtiments entourant le cimetière Hafez al-Assad. Ces groupes sont généralement affiliés à la Direction générale de la sécurité du gouvernement de Damas ; ces armes, de fabrication turque, ont été introduites clandestinement sur place. 19- À Lattaquié, de nombreux gangs se sont dispersés au carrefour d’Al-Azharî, au carrefour de Harun, sur l’autoroute Sewra et sur la route côtière, et des points de contrôle temporaires ont été établis avec l’aide de gangs étrangers. *LEKOLIN – Centre d’études stratégiques du Kurdistan