La France sommée d’agir après les menaces d’assassinats turques visant les Kurdes d’Europe
Une députée allemande appelle à la réouverture de l’enquête du meurtre des militantes kurdes à Paris
BERLIN – Après qu’un ancien haut responsable turc a appelé à des assassinats ciblés des militants kurdes en Europe et qui a donné comme exemple l’assassinat de Sakine Cansız, Leyla Şaylemez et Fidan Doğan, militantes kurdes tuées à Paris en 2013, la députée allemande Ulla Jelpke a demandé la réouverture de l’enquête qui piétine depuis 8 ans.
Suite aux aveux de l’ancien chef du département des renseignements de l’état-major général, Ismail Hakkı Pekin dans une émission télévisée selon laquelle le triple meurtre de révolutionnaires kurdes à Paris en 2013 était une opération de l’État turc, la députée allemande du Parti de gauche Ulla Jelpke a déclaré: « Le massacre doit faire à nouveau l’objet d’une enquête et l’Allemagne doit mettre les politiciens kurdes sous protection policière. » L’ancien chef du département des renseignements de l’état-major turc, Ismail Hakki Pekin a déclaré dans une émission télévisée turque qu’il devait y avoir des liquidations ciblées de dirigeants du KCK / PKK non seulement à Qandil, au Kurdistan du Sud, mais aussi en Europe. Suite aux remarques de Pekin, la parlementaire fédérale du Parti de gauche allemand Ulla Jelpke a lancé un appel à la France et à l’Allemagne. « LES REMARQUES DE PEKIN RECONNAISSENT LA TERREUR DE L’ÉTAT » Jelpke avait soumis plusieurs questions parlementaires à l’Assemblée fédérale sur le massacre du 9 janvier à Paris et les activités et les préparatifs d’assassinat de l’Organisation nationale du renseignement (MIT) de Turquie en Allemagne. Jelpke a déclaré que le terrorisme d’État faisait partie du régime d’Erdogan. « Les remarques de Pekin sont une confession importante sur cette question, qui devrait conduire à un réouverture de l’affaire », a-t-elle déclaré. « L’ALLEMAGNE DOIT PROTÉGER LES POLITICIENS KURDE » La sécurité des personnes politiques kurdes en Allemagne est en danger, a déclaré Jelpke, ajoutant que le gouvernement fédéral allemand avait également une énorme responsabilité. La porte-parole des Affaires intérieures du Parti de gauche a appelé le gouvernement fédéral sous Angela Merkel: « Le gouvernement fédéral doit prendre ces paroles au sérieux et protéger les Kurdes qui vivent et mènent un travail politique en Allemagne. L’Allemagne enverra ainsi un message important au régime d’Erdogan. La meilleure réponse aux menaces turques serait de lever l’interdiction du PKK. » ANF« Au nom d’Erdogan »: un militant kurde condamné à la prison en Allemagne
Des militants kurdes en Europe face aux menaces de mort émises par la Turquie
La Journée internationale de la langue maternelle chez les Kurdes
En l’an 2000, l’UNESCO a proclamé le 21 février « La Journée internationale de la langue maternelle ». Depuis, chaque 21 février, les États-membres qui siègent à l’UNESCO célèbrent cette journée pour promouvoir la diversité linguistique et culturelle et le multilinguisme. La Turquie fait partie des États siégeant à l’UNESCO mais elle refuse aux Kurdes – qu’elle veut assimiler de force – d’avoir un enseignement dans leur langue maternelle. Retour sur un génocide linguistique visant les Kurdes en Turquie et en Iran…
Les Kurdes victimes d’un génocide linguistique
Les Kurdes vivant dans les régions occupées par l’État turc où un génocide ethnique, culturel et linguistique est en cours depuis près d’un siècle, subissent de plein fouet l’interdiction de parler leur langue. En effet, les Kurdes ne peuvent recevoir un enseignement en langue kurde, ne peuvent faire leur défense devant la justice, etc. ni même prétendre qu’ils ont une langue qui s’appelle le kurde car la Turquie nie l’existence même de cette langue millénaire et la fait passer dans registres comme « langue X » (X comme pour dire « inconnue ») !
Pour « couper » la langue kurde à la racine, dès les années 1980, l’État turc avait décidé de créer des internats pour les enfants kurdes Dès l’âge de 7 ans, les Kurdes passaient leur année scolaire en internat à la merci des enseignants et des surveillants dont la mission était d’inculquer la langue turque à des enfants qui n’en connaissaient pas un mot et de les turquifier en les coupant de leur familles, leur culture, leur langue.
Cette décision mise en œuvre a plutôt réussi, avec des effets dévastateurs qu’on peut facilement deviner sur le plan psychique et/ou socio-culturel chez les enfants kurdes et les adultes qu’ils sont devenus.
Dans les autres parties du Kurdistan, en Irak, Iran et Syrie, on avait à peu près les mêmes interdictions. Aujourd’hui, au Kurdistan autonome d’Irak et au Rojava, on enseigne en langue kurde tandis qu’en Iran, le kurde continue à être criminalisé… C’est pourquoi, aujourd’hui beaucoup de Kurdes, ceux en Turquie essentiellement, ne parlent plus leur langue mais ils sont nombreux à lutter pour avoir le droit de la réapprendre et de la parler; de s’approprier de nouveau leur musique, leurs us et coutumes, pillés et interdits par leurs colonisateurs. Le prix à payer pour les Kurdes, afin d’obtenir ce qu’ils veulent, reste très élevé. Cela coûte souvent des vies mais ils restent déterminés.
Pour finir avec les droits ou interdits concernant les langues, voici une histoire écrite par un écrivain kurde qui relate l’interdiction du kurde et ce qui nous attendait si on la bravait.
« Un pain en turc » ou comment interdire aux Kurdes de parler leur langue maternelle
Nous sommes dans les années 1980, dans une région kurde sous occupation turque. Un paysan court à la boulangerie de son village au retour de son champ et voudrait acheter un pain avant le coucher du soleil qui est proche, car dans cette région kurde, l’Etat turc a décrété un état d’urgence avec couvre-feu au couché du soleil. Le paysan lance à la hâte « ka nanakî, bi tirkî.* » en kurde, qu’on pourrait traduire en « un pain, en turc. » Ce pauvre paysan ne sait pas parler le turc mais il faut bien qu’il achète son pain d’une façon ou d’une autre.
Maintenant, imaginons un instant que cette scène ait lieu en France, pendant l’occupation nazi : Un paysan corrézien de retour de son champ, court à la boulangerie de son village. Le soleil va bientôt se coucher, or, il y a le couvre-feu à la tombée de nuit. Les Nazis ont interdit de parler le français et ont imposé la langue allemande dans tout le pays mais notre paysans corrézien ne parle pas un mot d’allemand. Alors, il dirait, vraisemblablement : « Un pain, en allemand. »
En effet, l’État turc avait interdit le kurde dans tout le pays, y compris dans les régions kurdes et ce, depuis la création de la Turquie en 1923. Même au sein de leurs foyers, les Kurdes ne pouvaient parler leur langue sous peine d’être arrêtés et/ou torturés, en plus de payer une amende. (L’État turc avait dépêché des fonctionnaires à cet effet dans tout le Kurdistan.)
Encore aujourd’hui, en Turquie, la langue kurde reste interdite, même si dans le cadre de la vie privée on peut la parler…
* « Ka nanakî bi tirkî / Bana türkçe bir ekmek ver » est le nom d’une nouvelle de Cezmi Ersöz, écrivain et journaliste kurde.
TURQUIE. Aveux turcs concernant l’assassinat de 3 femmes kurdes à Paris
Pékin appelle la Turquie à cibler et à tuer les politiciens et militants kurdes en Europe : « Ils ont aussi leurs éléments en Europe. Nous devons faire quelque chose dans ce sens en Europe. Cela a déjà été fait une fois à Paris ».
La France complice
Le communiqué se poursuit ainsi : « L’ancien chef des services de renseignement Ismail Hakkı Pékin a ouvertement annoncé dans ses propos que de nouveaux massacres comme celui de Paris pouvaient être commis. Le dictateur Recep Tayyip Erdoğan a ordonné le massacre des trois révolutionnaires kurdes. Ce sont ses tueurs qui ont perpétré l’assassinat. L’État français a empêché l’enquête sur le massacre, se rendant complice des auteurs. Le gouvernement français devrait considérer ces aveux publics comme des preuves concrètes et rouvrir le procès sur les meurtres. Cela doit créer les bases permettant de traduire Erdoğan et les autres coupables devant un tribunal international et de les condamner. Sur la base de cette déclaration, tous les États européens doivent prendre des mesures pour prévenir les menaces de l’État fasciste turc contre les populations de Turquie et du Kurdistan vivant en Europe. » (ANF )MONDE. Les Kurdes manifestent pour Afrin le 20 février
Introduction à la littérature orale kurde

LIVRE. Sortie de la pièce de théâtre « Gravité » écrite par l’écrivain kurde Mîrza Metîn
