TURQUIE / KURDISTAN – Les villageois de la province d’Amed (Diyarbakır) dénoncent la poursuite d’une surveillance massive qui viole leur droit à la vie privée. Malgré le processus de dialogue lancé suite à l’appel historique d’Abdullah Öcalan le 27 février, les caméras installées sous prétexte de « sécurité » continuent de scruter leur quotidien.
Alors que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a annoncé son intention de déposer les armes et de se dissoudre, et qu’une commission parlementaire a été mise en place pour explorer des solutions constitutionnelles, les violations des droits humains perdurent au Kurdistan au nom de la « sécurité ».
Des caméras omniprésentes dans la vie quotidienne
Bien avant le début du processus actuel, des caméras de surveillance et des pièges photographiques ont été installés dans de nombreux villages kurdes, particulièrement dans les zones montagneuses et rurales. Ces dispositifs, souvent placés à l’entrée des villages, sur les poteaux électriques ou directement dans les jardins privés, n’ont jamais été retirés malgré les protestations répétées des habitants.
Pire encore, de nouvelles caméras continuent d’être déployées. Ces derniers jours encore, dans les villages montagneux de Licê (Lice) et Pasur (Kulp), des équipes arrivant en véhicules civils ont procédé à de nouveaux installations, ignorant les objections des villageois.
Un habitant de Licê témoigne :
« Il y a quelques jours, j’ai vu un véhicule s’arrêter près du village. Ils m’ont salué et m’ont dit que si j’avais un problème, je pouvais venir les voir. Dès que je suis parti, ils ont recommencé à installer les caméras. »
Une atteinte systématique à la vie privée
Ces caméras surplombent les maisons, les jardins et les espaces de vie. Selon les villageois, elles ont souvent été installées sans même informer les muhtars (responsables de village). Lorsque des caméras sont endommagées, des amendes sont systématiquement infligées, notamment dans la région de Licê. Les bergers sont régulièrement accusés d’avoir abîmé les pièges photographiques.
Si la pression sécuritaire a diminué ces derniers mois avec l’ouverture du dialogue, les habitants insistent : cette surveillance permanente reste inacceptable.
« La pression a baissé pendant ce processus, mais nous voulons que ça s’arrête complètement, déclare un villageois. Nous voulons nous sentir en sécurité dans nos propres maisons et villages. Nous ne voulons pas être filmés 24 heures sur 24. Les caméras doivent être retirées. »