AccueilKurdistanĒrānšar : symbole du pillage de l’héritage kurde

Ērānšar : symbole du pillage de l’héritage kurde

Voici un énième exemple qui illustre parfaitement l’appropriation systématique de l’héritage kurde par les États coloniaux qui occupent le Kurdistan.

L’Iran porte le nom d’un empire sasanide dont le terme Ērānšar n’a de sens qu’en kurde hawrami (« Terre de Feu »), pourtant les nationalistes persans le revendiquent comme « Terre des Aryens ».

Un vol linguistique et historique qui symbolise le pillage plus large : tout ce qui est kurde — nom, histoire, culture — est systématiquement approprié, renommé ou effacé. Cet effacement constitue une injustice profonde envers le peuple kurde, dont l’identité et les racines sont ici niées au profit d’un récit nationaliste construit.

L’Iran moderne tire son nom de l’empire sasanide Ērānšar. Pourtant, ce terme n’a aucun sens cohérent en persan moderne. Il n’en prend un que dans la langue kurde, et particulièrement en hawrami.

Les nationalistes persans répètent à l’envi que « Ērān » viendrait de « Arya » et signifierait « terre des Aryens ». Ce n’est pas une vérité historique : c’est une reconstruction tardive qui efface les significations anciennes et indigènes, encore vivantes dans la langue et la culture kurdes.

En kurde comme en persan, « aryen » se dit arya, et non « Ēr » ou « Ir ».

En hawrami (dialecte kurde), l’étymologie est limpide et ancrée dans un système linguistique vivant :

Ēr = feu

-ān = suffixe territorial kurde, que l’on retrouve dans des noms de régions comme Botan, Ardalan, Badinan, Mukriyan, Soran, Baban, Germiyan, Mariwan, Kermashan ou Hawraman.

Ainsi, Ērān signifie littéralement « terre de feu » – et cette signification reste pleinement intelligible aujourd’hui en hawrami.

Cette lecture s’accorde parfaitement avec les fondements spirituels profonds de la culture kurde : le feu y a toujours été sacré, bien avant l’islam, dans le zoroastrisme, l’ézidisme, le yarsanisme (kakeyi) et les traditions originelles kurdes.

L’origine dite « aryenne » repose sur une reconstruction académique et une appropriation culturelle de l’histoire kurde. La lecture kurde, elle, est directe, linguistique et culturellement enracinée. Il ne s’agit pas seulement d’étymologie morte : c’est une signification qui vit encore dans la bouche des Hawramis.

Soyons clairs une bonne fois pour toutes :

Il n’existe en persan aucun composé « Ērān » ou « Iran » qui signifie « terre des Aryens ». Ni « Ēr », ni « Ir » ne portent ce sens.

Ērānšar n’a qu’une seule signification véritable, et elle est ancrée dans la langue kurde.

Ērānšar était un empire créé par les Sasanides d’origine kurde – un héritage que l’on tente aujourd’hui de nous voler.

Par Kurdeki Neteweyi