SYRIE / ROJAVA – Luqman Kamal, un Kurde d’Afrin victime d’une violence ciblée au milieu des attaques racistes organisées ciblant les Kurdes du Rojava lors des célébrations du Newroz du 21 mars, est décédé la nuit dernière.
Alors que les Kurdes de Syrie célébraient Newroz, leur fête nationale du printemps et du renouveau, une nouvelle tragédie vient rappeler la précarité extrême de leur existence dans un pays qui leur est de plus en plus hostile. Luqman Kamal, un civil kurde originaire d’Afrin, est mort dans la nuit du 22 au 23 mars des suites de coups violents portés par des gangs syriens.
Le drame s’est déroulé au point de contrôle d’Al-Shatt, dans la ville d’Azaz, alors que Luqman Kamal revenait des festivités de Newroz. Selon les sources locales, il a été capturé, insulté, puis tabassé avec une brutalité extrême par des éléments de la Sécurité publique syrienne et leurs alliés. Les coups ont été si violents que la victime a succombé peu après.
Cet assassinat n’est pas un incident isolé. Il s’inscrit dans une vague d’attaques organisées et systématiques visant les Kurdes à Afrin, dans la campagne d’Alep et plus largement dans les zones du Rojava. Depuis le début des célébrations de Newroz, des dizaines de cas de violences ont été documentés : passages à tabac, humiliations publiques, insultes ethniques, destruction de drapeaux kurdes et incendies de symboles culturels. Des vidéos et témoignages circulent massivement montrant des groupes armés arabes, souvent liés aux nouvelles autorités de Damas, s’en prenant aux civils kurdes qui tentaient simplement de danser, de chanter ou d’allumer les feux traditionnels.
Les Kurdes du Rojava vivent aujourd’hui dans une peur permanente. Après des années de résistance contre Daech / Isis, contre l’occupation turque et contre le régime de Bachar al-Assad, ils se retrouvent à nouveau exposés à une nouvelle forme de persécution dans un pays désormais largement contrôlé par des gangs islamistes. La transition politique à Damas n’a pas apporté la paix promise : elle a au contraire libéré des milices et des forces de sécurité qui voient dans les Kurdes un ennemi à éliminer ou à soumettre.
Luqman Kamal n’était pas un combattant. C’était un père de famille, un civil ordinaire qui rentrait chez lui après avoir participé à une fête ancestrale. Sa mort atroce, sous les coups de ceux qui prétendent représenter l’État syrien, est le symbole sanglant d’une réalité que les Kurdes dénoncent depuis des mois : ils sont en danger de mort dans leur propre pays.