KURDISTAN – Réduire la cause kurde à une simple revendication idéologique est une erreur d’analyse profonde. Pour les Kurdes, l’engagement n’est pas un choix partisan, c’est une lutte existentielle. C’est le combat d’un peuple qui, depuis plus d’un siècle, fait face à une volonté d’effacement systématique, orchestrée par des États coloniaux turc, perse et arabe dont l’objectif commun a été, et reste, la disparition de l’identité kurde.
Le Bakûr et la terre brûlée
Au Bakûr (Kurdistan du Nord sous occupation turque), le génocide des Kurdes alévis de Dersim en 1938 reste la plaie béante du XXe siècle. Ce massacre, visant à briser l’identité kurde au nom d’un nationalisme turc exclusif, a préfiguré la violence des années 1990. Durant cette décennie, l’armée turque a incendié et rasé plus de 4 000 villages kurdes, jetant des millions de personnes sur les routes de l’exil pour déraciner la culture kurde de sa terre ancestrale. Aujourd’hui, cette agression coloniale se poursuit par des invasions militaires répétées au Kurdistan d’Irak et au Rojava.
Le Bashur et le projet de la « Ceinture Arabe »
Au Kurdistan d’Irak, le régime de Saddam Hussein a porté la barbarie à son paroxysme avec l’opération Anfal, un génocide méthodique ayant coûté la vie à 182 000 Kurdes, marqué par l’usage des armes chimiques, notamment contre la ville d’Halabja. Cette extermination physique s’est accompagnée d’une colonisation démographique : le projet de la « Ceinture Arabe ». En arabisant de force les régions de Mossoul et Kirkouk, le pouvoir a cherché à couper le peuple kurde de ses ressources et de sa géographie, remplaçant les populations autochtones par des colons.
Le Rojhilat : le « Jihad » contre un peuple
Au Kurdistan d’Iran, la répression a pris un tournant fanatique dès 1979 lorsque Khomeiny a déclaré le « jihad » contre les Kurdes. Ce décret religieux a légitimé le massacre de milliers de civils et de militants par les forces du régime perse. Depuis, le Rojhilat subit une militarisation totale et un pillage systématique de ses richesses, tandis que la langue et la culture kurdes sont traitées comme des menaces pour l’intégrité de l’État théocratique.
Le Rojava : L’apatridie et la dépossession
En Syrie, le colonialisme arabe s’est manifesté par un « génocide administratif ». Des dizaines de milliers de Kurdes ont été arbitrairement privés de leur nationalité, devenant des étrangers sur leur propre sol. Comme en Irak, le régime baassite a instauré une « Ceinture Arabe » au Rojava, dépossédant les Kurdes de leurs terres, interdisant leur langue et pillant leur patrimoine culturel pour imposer une identité arabe unique sur un territoire historique kurde.
Résister pour ne pas disparaître
Les massacres et les politiques d’exterminations du peuple kurde sont le résultat d’une tenaille coloniale exercée par des puissances régionales qui partagent le même but : l’anéantissement d’une nation colonisée et privée d’État. Face au pillage de leur culture et aux génocides, la lutte kurde est le cri d’un peuple qui refuse de s’éteindre. C’est une résistance vitale pour le droit de vivre avec sa propre identité, sur sa propre terre, face à des États dont l’existence est basée sur la négation des Kurdes.