TURQUIE / KURDISTAN — Deux kolbers kurdes ont été victimes de tortures et de violences sexuelles lors de leur arrestation et de leur détention, selon un rapport accablant publié par une délégation composée du Barreau de Hakkari (Colemêrg), de l’Association des droits de l’homme (IHD) et de l’Association des avocats pour la liberté (ÖHD).
Les faits remontent au 15 mai 2026. Salah Bamir et Resul Bamir, deux kolbers ou kolbars (colporteurs transfrontaliers entre les régions du Kurdistan occupées par la Turquie, l’Iran et l’Irak), ont été arrêtés alors qu’ils tentaient de franchir illégalement la frontière vers le Kurdistan oriental (Rojhilat) au niveau du poste d’Esendere. Après leur interpellation, ils ont été transférés au commissariat de police du district de Şemdinli (Şemzînan), où ils ont subi des actes de torture et, pour Resul Bamir, des violences sexuelles.
Les allégations de torture
Selon les témoignages recueillis par les avocats et rapportés par l’agence Mezopotamya (MA) :
-
Les deux hommes ont été frappés, insultés et soumis à des traitements dégradants dans des pièces sans caméra de surveillance.
-
Resul Bamir affirme avoir été violé. Il a perdu deux dents sous les coups, a saigné pendant plusieurs jours et a été incapable d’aller aux toilettes pendant un long moment.
-
Les deux kolbers présentent de multiples hématomes sur le corps.
Lors du premier examen médical à l’hôpital d’État de Hakkari le 18 mai, aucun constat de violences n’aurait été consigné. Un second rapport, daté du 20 mai, mentionne toutefois les allégations de viol et de torture.
Après trois jours de garde à vue, ils ont été placés en détention provisoire à la prison fermée de Hakkari le 18 mai.
Selon le rapport, les mauvais traitements se seraient poursuivis en prison. Le 10 juin 2026, Resul Bamir aurait été extrait de sa cellule après une visite familiale et à nouveau torturé par des individus, dont l’un des agents déjà impliqués dans les violences au commissariat de Şemdinli. Des gardiens de prison ont confirmé aux avocats que des personnes se présentant comme des agents de renseignement avaient emmené les détenus pour les agresser, et que la direction de la prison leur avait ordonné de ne pas intervenir.
Entraves à la justice
Les avocats ont dénoncé des obstacles répétés à leur mission : difficulté d’accès aux détenus et entrave à la documentation des faits. Le Barreau de Hakkari a rappelé que l’interdiction de la torture est absolue et a exigé une enquête indépendante et efficace, ainsi que des poursuites contre les responsables.
Ergün Canan, président du Barreau de Hakkari, a déclaré que Resul Bamir avait perdu deux dents et subi des violences sexuelles en garde à vue, et que les deux hommes présentaient de graves blessures.