TURQUIE / KURDISTAN – Pour la 900e semaine consécutive, les familles kurdes se sont rassemblées à Diyarbakir (Amed) pour réclamer la vérité sur le sort de leurs proches disparus de force dans les années 1990 après avoir été arrêtés par les forces de sécurité turques.
Depuis plus de 30 ans, ces familles se réunissent chaque samedi devant le Monument pour le droit à la vie, sous le slogan « Retrouvons les disparus, que les coupables soient traduits en justice ». Inspiré des « Mères du samedi » d’Istanbul, ce mouvement a débuté en 2009. Qu’il neige, qu’il pleuve, malgré les pandémies ou les tremblements de terre, la mobilisation n’a jamais failli.
Fırat Akdeniz, membre de la Commission des personnes disparues de l’Association des droits de l’homme (IHD) de Diyarbakır et lui-même proche d’un disparu, résume ce combat exceptionnel : « Il est difficile de décrire une lutte qui dure depuis 900 semaines et plus de 30 ans… Se placer entre la mort et la société finit par devenir un espace de résistance. »
Chaque semaine, l’histoire d’une personne disparue est racontée. Après 900 semaines, les familles, dont des personnes âgées de 7 à 70 ans, continuent d’exiger des réponses et réclament « au moins une pierre tombale ».
Le cas emblématique de Mehmet Salih Akdeniz
L’oncle de Fırat Akdeniz, Mehmet Salih Akdeniz, a été arrêté par des soldats en octobre 1993 alors qu’il se trouvait sur le plateau de Şen, près de Pasur (Kulp). Emmené avec dix autres villageois vers le hameau de Kepir, il a disparu après avoir été transféré par hélicoptère. Depuis ce jour, aucune trace de lui ni des autres villageois n’a été retrouvée.
« Au début, les mères demandaient : “Si vous nous avez pris nos enfants vivants, rendez-les-nous vivants.” Avec le temps, cet espoir s’est transformé en une supplique plus douloureuse : recevoir ne serait-ce qu’un seul os de leurs proches », explique Fırat Akdeniz.
Ce combat, initialement porté pour retrouver des vivants, est devenu une lutte de résistance et une dette de mémoire. Akdeniz, qui documente de nombreuses affaires de disparitions forcées (Zozan Eren, Ilyas Eren, Mirza Ateş, Celil Aydoğdu et bien d’autres), insiste sur la nécessité d’une véritable confrontation avec le passé.
« L’État doit ouvrir ses archives. Une commission indépendante, placée sous l’égide du Parlement, est indispensable pour faire la lumière sur ces crimes, des années 1990 jusqu’à aujourd’hui. »