SYRIE / ROJAVA – L’Assemblée du peuple syrien, qui compte 210 sièges, se constitue progressivement. Lors des premières élections organisées après la chute d’Assad en octobre dernier, 119 députés ont été élus. Cependant, plusieurs zones des gouvernorats de Hassaké, Raqqa et Soueïda avaient été exclues du scrutin, car elles échappaient alors au contrôle du gouvernement central.
Après la prise de Raqqa par le Gouvernement de transition syrien (GTS) en janvier, six sièges supplémentaires y ont été pourvus. L’accord d’intégration signé le 29 janvier entre le GTS et les Forces démocratiques syriennes (FDS) a ouvert la voie à des élections à Hassaké, où dix sièges restent à pourvoir. Cette situation met une nouvelle fois en lumière l’injustice historique subie par le peuple kurde, dont la représentativité politique demeure fragile et soumise à des processus incertains.
« Nous nous préparons actuellement à organiser les élections à Hassaké », a déclaré au journal The Amargi Nawar Najma, porte-parole du Comité suprême électoral. « La formation des sous-comités est en cours ; nous prévoyons qu’elle sera achevée dans les prochains jours. »
Les partis kurdes se disent prêts à participer, tout en posant des conditions claires : un processus équitable, une inscription correcte des électeurs et une représentation adéquate de la communauté kurde. Faris Othman (Parti démocratique progressiste kurde) et Faysal Youssef (Conseil national kurde) ont tous deux exprimé des réserves sur le caractère réellement démocratique du scrutin.
Un système hybride très critiqué
Le système électoral actuel ne repose pas sur un vote populaire. Seuls 126 sièges ont été pourvus jusqu’à présent, dont une grande partie via un corps électoral très restreint. Sur les 210 sièges, 70 sont directement nommés par le président intérimaire Ahmed al-Sharaa, sans passer par le vote.
De nombreux acteurs, notamment kurdes et de la société civile, dénoncent un processus qui relève davantage de la « nomination » que de l’élection. « Il ne s’agit pas d’une élection. C’est un mélange de nominations et d’un corps électoral restreint », a déclaré Faris Othman.
Actuellement, la représentation des minorités et des femmes reste très faible : seulement 6 femmes siègent à l’Assemblée. Sur les 126 députés déjà en place, on compte 4 Kurdes, 4 Alaouites, 2 Ismaéliens et 1 chrétien. Les sunnites sont largement majoritaires.
Pas de partis politiques autorisés
Les candidats ne peuvent se présenter qu’à titre individuel. Le GTS justifie cette mesure par la nécessité de stabiliser le pays avant d’autoriser le pluralisme partisan. Une future loi sur les partis est promise à l’issue de la phase de transition.
Objectif principal : une nouvelle constitution
L’une des missions les plus importantes de cette Assemblée sera de lancer le processus d’élaboration d’une nouvelle constitution. Le président al-Sharaa dispose d’un poids considérable avec ses 70 nominations, ce qui suscite des craintes quant à la légitimité et à l’inclusivité du futur texte.
Les négociations se poursuivent avec les Kurdes sur des questions sensibles : enseignement en langue kurde, reconnaissance des diplômes, intégration des forces militaires (dont les YPJ) et statut futur des régions du Nord-Est.