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Damas avoue détenir les journalistes Michelmann et Polad

SYRIE / ROJAVA – Plus de trois mois après leur disparition, le gouvernement de transition syrien a officiellement confirmé la détention de la journaliste allemande Eva Maria Michelmann et de son collègue kurde Ahmed Polad (Mehmet Nizam Aslan).

Selon un communiqué du ministère syrien de l’Information, les deux journalistes ont été « découverts » lors d’une perquisition à Raqqa dans un bâtiment qui servait de quartier général aux Forces démocratiques syriennes (FDS). Damas affirme qu’ils avaient dissimulé leur identité et qu’ils font désormais l’objet de poursuites judiciaires, sans qu’aucune charge précise n’ait été communiquée.

Ce récit officiel est pourtant en totale contradiction avec les témoignages recueillis sur place.

Un enlèvement délibéré selon les témoins

Des témoins oculaires affirment que les deux journalistes ont été délibérément enlevés le 18 janvier 2026 par des soldats des forces gouvernementales, alors qu’ils se trouvaient dans un centre de jeunesse kurde à Raqqa. Plusieurs civils s’y étaient réfugiés face à l’intensification des combats lors de l’offensive du gouvernement de transition contre l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES). Tous les autres civils présents auraient été évacués, tandis que Michelmann et Polad ont été séparés du groupe et emmenés de force.

Conditions de détention préoccupantes

Les deux journalistes travaillaient pour l’agence de presse ETHA, basée à Istanbul, et pour la chaîne Özgür TV. Leur sort est resté inconnu pendant des mois. Ce n’est qu’à la mi-avril que l’on a appris qu’ils étaient détenus dans une prison d’Alep. Eva Maria Michelmann a depuis été transférée dans un centre de détention à Damas.

Leur longue période d’isolement cellulaire suscite de vives inquiétudes. L’avocat allemand de Michelmann, Frank Jasenski, a dénoncé lors d’une récente conférence de presse des conditions de détention inhumaines. Il a exigé leur libération immédiate, soulignant que l’isolement prolongé pendant plusieurs mois constitue une forme de torture selon les standards internationaux.

Le frère de la journaliste, Antonius Michelmann, a rapporté que sa sœur avait été soumise à des interrogatoires « pendant des heures, voire des jours », laissant craindre une nette dégradation de son état de santé.

Version officielle jugée contradictoire

Le ministère syrien de l’Information affirme par ailleurs que les deux journalistes se seraient présentés comme des travailleurs humanitaires et auraient prétendu collaborer avec les Nations unies — des déclarations jugées fausses par Damas. Ils sont également accusés d’avoir tenté de s’évader et sont soupçonnés d’être des « combattants étrangers » en situation irrégulière.

Ces accusations, formulées plusieurs mois après les faits, apparaissent comme une justification a posteriori et contredisent fortement les témoignages directs selon lesquels les journalistes ont été enlevés alors qu’ils couvraient les événements à Raqqa.