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ROJAVA. Jour férié officiel à Jazira pour le Nouvel An yézidi (Çarşema Sor)

SYRIE / ROJAVA — Les autorités kurdes du Rojava ont déclaré le mercredi 15 avril 2026 jour férié officiel dans tous les établissements et services de la région de Jazira, à l’occasion du Çarşema Sor, le Nouvel An yézidi.

Également appelé Çarşema Serê Nîsanê (« Mercredi rouge » ou « Mercredi du début d’avril »), ce jour sacré marque pour les Yézidis (Êzdî) la renaissance de la nature, le renouveau de la vie et le début d’une année placée sous le signe de la paix, de la fraternité et de l’harmonie avec la création.

Selon le calendrier yézidi, nous entrons cette année dans l’an 6776.

Une fête ancestrale de création et de renouveau

Le Çarşema Sor est célébré le premier mercredi d’avril selon le calendrier oriental (julien et séleucide), soit le premier mercredi suivant le 14 avril du calendrier grégorien. Il commémore la création de l’univers et célèbre le retour du printemps, la fertilité de la terre et la victoire de la lumière sur les ténèbres.

Ce jour est profondément lié à la mythologie yézidie : l’univers était autrefois sombre et recouvert de glace. Dieu envoya Melek Tawûs (l’Ange-Paon, Roi Tawûs) sur Terre sous la forme d’un oiseau. Celui-ci se posa sur l’arbre sacré Hiro, et par la chaleur du soleil, la glace fondit, révélant une terre parée de fleurs multicolores — rouges, jaunes et vertes. C’est pourquoi ce mercredi est considéré comme le véritable début du printemps et le Nouvel An yézidi.

Rituels et traditions

Les célébrations sont marquées par des rites colorés et symboliques :

Les Yézidis se lèvent tôt, revêtent leurs plus beaux habits et décorent les portes de leurs maisons avec des fleurs sauvages, notamment des roses rouges.

Un animal est sacrifié selon les moyens de chacun (mouton, veau…).

Les femmes préparent des plats traditionnels tandis que les jeunes peignent douze œufs durs, colorés selon les saisons. L’œuf symbolise la Terre sphérique et la coquille brisée évoque la fonte de la glace originelle et l’éclosion de la vie.

La veille, les familles visitent les tombes de leurs proches pour y déposer des œufs, des sucreries et des fruits, partagés ensuite avec les pauvres.

Des interdits traditionnels persistent : on évite de labourer la terre en avril et les mariages sont déconseillés, car « avril est la mariée de l’année ».

Au cœur des célébrations figure le pèlerinage au temple de Laleş (Lalish), sanctuaire sacré abritant la tombe de Cheikh Adi (mort en 1162), où des centaines de bougies sont allumées.

Un héritage vivant malgré les épreuves

Les Yézidis, estimés à environ un million de personnes dans le monde (principalement au Kurdistan du Sud, en Syrie, en Turquie, en Arménie, en Géorgie, en Russie et en Europe), puisent leur spiritualité dans des traditions orales ancestrales, leur patrimoine écrit ayant été largement détruit au fil des invasions et persécutions.

Depuis le génocide perpétré par Daech à Shengal en août 2014, ces fêtes revêtent une importance encore plus grande : elles deviennent un acte de résistance, de résilience et d’affirmation identitaire.