TURQUIE. Des journalistes kurdes menacés de mort sur les réseaux sociaux

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TURQUIE / BAKUR – Il est extrêmement dangereux d’être kurde et journaliste en Turquie où le peuple kurde subit une extermination ethnique, culturelle et linguistique. Des crimes que le régime turc veut cacher au monde extérieur et même à sa propre population afin d’en finir avec les Kurdes sans être gêné dans son sale besogne. C’est pourquoi des dizaines de journalistes kurdes, accusés de « terrorisme », croupissent dans des prisons turcs tandis que les autres encore en liberté reçoivent des menaces de mort « anonymes » ou sont empêché de faire leur travail par les forces armées turques.
 
Plusieurs journalistes kurdes en Turquie déclarent que les menaces de mort à leur encontre se sont multipliés ces derniers temps via les réseaux sociaux et qu’aucune mesure n’est prise contre les comptes anonymes qui leur envoient ces menaces.
 
Les journalistes kurdes déclarent que la répression de la presse s’est intensifiée en Turquie et que l’État a commencé à travailler en partenariat avec la cellule clandestine de la gendarmerie chargée de la lutte antiterroriste (JİTEM), connue pour avoir commis de nombreux assassinats politiques dans les années 1990.
 
La plupart des menaces de mort visant les journalistes kurdes sont signées « Yeşil », un membre du JITEM connu pour avoir torturé et tué de nombreux Kurdes dans les années 1990. Elles sont accompagnées d’images d’exécution de civils kurdes par des soldats turcs etc…
 
Yeşil et le JİTEM font parler d’eux de nouveau en Turquie alors que des faux comptes ont menacé de mort des journalistes via les réseaux sociaux.
 
Selon le procès-verbal du parlement turc, Mahmut Yıldırım (alias Yeşil) aurait été membre d’Ülkü Ocakları (les Loups gris fascistes) dans les années 1970. Yeşil, connu sous le nom de code «Sakallı» (barbu) en public, a été mentionné pour la première fois en raison de la torture qu’il a infligée aux habitants de la province kurde-alévie de Tunceli (Dersîm) en 1991. Il a également été indiqué dans le procès-verbal qu’Yeşil a exercé les fonctions de commandement de la gendarmerie provinciale dans cette période. Cependant, son devoir a pris fin après qu’il a été découvert. Le procès-verbal enregistrait également le fait que Yeşil avait travaillé pour l’Organisation nationale du renseignement (MİT) et JİTEM dans les années 1990.
 
Bilal Gündem, rédacteur en chef kurde de l’Agence de Mésopotamie (MA), est l’un des journalistes ciblés. Gündem a parlé à MedyaNews des menaces auxquelles il faisait face. «Ce genre de récits portant la signature « JİTEM » perpétue leurs menaces contre les politiciens et les journalistes kurdes depuis des années».
 
 
Gündem a déclaré que ces menaces visaient à effrayer les journalistes. Il a déposé une plainte pénale en vain. Les utilisateurs des comptes n’étaient pas clairs mais la forme des messages était la même et les messages ont été envoyés à plusieurs personnes. Il a déclaré que les messages contenaient des images de scènes d’exécution et d’armes à feu. En outre, Gündem a déclaré qu’il ferait une demande auprès de l’Association des droits de l’homme (İHD) et déposerait une plainte pénale.
 
 
La journaliste Burcu Karakaş a été menacée par des messages similaires. Elle a réagi sur les réseaux sociaux.
 
Un autre journaliste kurde, Hayri Demir, a également été menacé sur les réseaux sociaux. Demir a annoncé qu’il déposerait une plainte pénale contre ceux qui l’ont menacé. Demir a déclaré qu’il avait été menacé pour la première fois sur Instagram et a déclaré que le message incluait le pseudo «Yeşil (jitem.turkey)».
 
« Les menaces ne sont pas distinctes des décisions gouvernementales »
 
Hayri Demir a une idée de ce qui pourrait être responsable des menaces. « Les menaces de mort contre les journalistes, moi y compris, ne sont pas distinctes des décisions du gouvernement… Il est possible de comprendre ce fait en considérant la détention massive de journalistes. La Turquie est devenue une prison pour les journalistes. L’État tente de faire taire les journalistes en menaçant ceux qu’il ne peut emprisonner par des méthodes judiciaires. Il le fait avec l’aide de partenaires vicieux. En fait, en utilisant le nom de JİTEM, qui sont à l’origine des meurtres de 14 journalistes, dont Ape Musa (journaliste kurde Musa Anter), ils indiquent qu’ils sont revenus aux anciennes méthodes. Souvenons-nous: il y a quelques jours à peine, des personnes comme Mehmet Ağar, qui ont été parmi les responsables des barbaries des années 1990, se sont fait photographier à Bodrum. »
 
Demir a ajouté que si les autorités restaient silencieuses, cela signifie qu’elles soutenaient d’une certaine manière les menaces.
 
Des centaines de journalistes emprisonnés ou poursuivis
 
Nuri Akman est un autre journaliste qui a fait l’objet de menaces sur les réseaux sociaux. Akman a évoqué l’incident au cours duquel deux civils kurdes ont été torturés et jetés d’un hélicoptère militaire à Van (Wan). Les journalistes qui ont rapporté la torture ont été arrêtés. Akman a déclaré que les forces de sécurité avaient ciblé les journalistes pour couvrir leurs crimes.
 
Il a ajouté que les journalistes encouraient des dizaines d’années de peines de prison et que des centaines de journalistes avaient été emprisonnés ou poursuivis par la justice turque. Akman a déclaré que la répression des journalistes avait augmenté, ajoutant que malgré les menaces de mort et la répression, ils allaient continuer à faire leur métier de journaliste.
 
Info relayée en anglais par Media News

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