L’enseignement gratuit des universités du Rojava envié par des académiciens français

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PARIS – Imaginer un pays en guerre, manquant de tout et sous embargo, qui mise sur un enseignement supérieur entièrement gratuit n’est pas chose facile. Pourtant, la région autonome du Rojava a réussi cela et c’est ce qu’on a entendu de la bouche des académiciens français présents hier à la conférence sur l’Université du Rojava qui a eu lieu à Université Paris Nanterre.
 
Le mardi 25 février, une conférence sur l’Université du Rojava* a eu lieu à l’Université Paris Nanterre. De nombreux académiciens français étaient conviés à la conférence intitulé : « Rojava : Création d’une Université Alternative et Démocratique pendant la guerre ».
La conférence / table ronde était divisée en deux partie :
Présentation de l’université de Kobané et de l’université du Rojava par Gulistan Sido, responsable des Relations Internationales, Université du Rojava, Rohan Mistefa, co-Présidente, Université du Rojava et Mostafa Alamhoulousheykhlar, co-président, Université de Kobané (Sido, Mistefa et Alamhoulousheykhlar ont assisté à la conférence via Skype à cause des problèmes de visa). Une vidéo de présentation des activités d’enseignement et de recherche de l’Université du Rojava a également été diffusée lors de cette première partie.
 
Dans la vidéo de présentation, on a pu apprendre que les étudiants des universités du Rojava bénéficiaient de la gratuité totale pour étudier. Cette gratuité étant valable pour le logement, les repas et les transports également. Pour des académiciens français qui se plaignent du démantèlement du système d’éducation – partiellement gratuit – en France et dont certains ont participé à des mouvements de grève des étudiants français, le système d’éducation du Rojava était un modèle à transporter en France et même dans le monde. 
 
Lors de la deuxième partie de la conférence intitulée « Comment soutenir et collaborer avec les Universités du Rojava ? », les intervenants réunis autour d’une table ronde ont fait des propositions pour soutenir et collaborer avec les universités du Rojava.
 
Parmi les invités de la conférence, on peut citer la présence du sociologue Eric Fassin, de l’Université Paris 8, le docteur en histoire et en sciences politiques Hamit Bozarslan, de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Joëlle Le Marec, de Celsa (École des hautes études en sciences de l’information et de la communication) – de Sorbonne Université, Christophe Voilliot, Université Paris Nanterre, Co-Secrétaire général de SNESUP-FSU Pascale Laborier, de l’Institut des sciences sociales du politique (ISP) et co-fondatrice du programme Programme national d’Accueil en Urgence des Scientifiques en Exil (PAUSE), Université Paris Nanterre, aux côtés de nombreux autres invités et de Mustafa Erdem Sakinç, CEPN, de l’Université Sorbonne Paris Nord et Selim Eskiizmirliler, de l’Université de Paris qui ont assuré le rôle de modérateurs lors de la journée.
 
Dans le cadre de la conférence, les organisateurs ont présenté une liste (ci-dessus) de moyens d’actions de soutien et de collaboration avec les universités du Rojava.
 
Actions de soutien aux Universités du Rojava
  • Création d’un comité de soutien et de collaboration International reconnu par le bureau des Relations Internationales des Universités du Rojava
  • Campagne de Collecte de livres
  • Campagne de Collecte de livres électroniques et/ou en paf
  • Campagne de Collecte de matériels de laboratoire (j’ai déjà une liste pour le département de Mécatronique qui est en cours de création comme exemple)
  • Campagne de la présentation des Universités du Rojava
  • Soumettre un projet européen pour demander des subventions dans le but de développer l’enseignement et la recherche au Rojava.
Actions de collaboration avec les universités du Rojava
 
  • Organisation d’échanges d’étudiants
  • Organisation d’échanges d’enseignants chercheurs
  • Projets conjoints de recherche
  • Organiser la procédure d’accréditation des université du Rojava (avec éventuellement une procédure de double diplôme)
  • Organiser une journée thématique à Paris fin avril ou début mai avec la présence physique des trois universitaires du Rojava et éventuellement avec celle des membres du comité internationale. Il y a également un projet d’un séjour de 15 jours avec des réunions/ateliers à Paris et au moins une réunion à Berlin.
  • Organiser une conférence internationale de L’université Alternative et Démocratique au Rojava à une date non encore fixée.
Assurément, les Kurdes et tous les autres peuples du Rojava / Syrie du Nord et de l’Est n’ont pas fini de surprendre le reste du monde avec leur résilience et modèle social et politique avant-gardiste qu’ils ont mis en place envers et contre tous les États colonialistes du Moyen-Orient. L’enseignement n’est qu’une facette de ce modèle féministe, écologiste et pluraliste qui est la solution au chaos qui ronge la région depuis trop longtemps maintenant.

* Avec la création de l’université du Rojava, les Kurdes syriens ont voulu mettre fin à l’enseignement élitiste qui tend à diviser la société en deux catégories : une classe d’élites dirigeant la société et l’immense majorité de la société reléguée au rang d’ignorants incapables de réfléchir aux problèmes de la société et qui ont besoin des premiers pour être dirigés à tous les niveaux.

 
L’université du Rojava, fondée en juillet 2016 à Qamishli, la capitale de la région autonome de facto de la Fédération démocratique de Syrie du Nord et d’Est, propose des programmes d’études en médecine, ingénierie, sciences, arts et sciences humaines – dont la jineoloji. En outre, l’université propose des programmes pour l’enseignement primaire et la littérature kurde. Depuis 2017, l’université entretient un partenariat avec l’Université Paris 8, à Saint-Denis, en France.
 
Plus de 700 étudiants suivent les cours d’arts, de jinéologie, de pétrochimie, d’agriculture, de beaux-arts et de pédagogie avec des cours dispensés en kurde (la principale langue d’enseignement), en arabe et en anglais.
 
En raison de l’invasion et de l’occupation d’Afrin par la Turquie en 2018, de nombreux étudiants de l’Université d’Afrin se sont vu attribuer des places à l’Université du Rojava pour poursuivre leurs études.
 
Lors de sa visite à l’université, David Graeber avait déclaré que l’université du Rojava était une renaissance en matière d’enseignement universitaire.
 
Un système éducatif démocratique 
 
L’enseignement à l’université est basé sur des supports de cours préparés conformément au modèle d’administration autonome démocratique.
 
Le système éducatif de l’université fonctionne différemment du système éducatif des autres universités dans le monde. Ce qui différencie essentiellement l’université du Rojava des autres universités est l’accès des couches populaires à l’enseignement supérieur, et ce, dans une région en guerre. Toute personne désireuse de s’inscrire aux cours de l’Université du Rojava, peut le faire après un entretien lors duquel elle explique les raisons de sa démarches. La personne n’a aucunement besoin de présenter un diplôme d’accès aux études universitaires, comme cela est le cas dans de nombreux pays du monde.
 
Au lieu d’être basé sur des examens, un système permanent d’évaluation est appliqué à l’université, et l’enseignement est dispensé en langues kurde et arabe.
 
Une autre caractéristique qui rend l’université différente est que l’université est gérée selon le modèle de l’administration autonome, ce qui signifie que les étudiants et les enseignants participent à la gestion de l’université.
 
8 facultés
 
Le campus central de l’Université du Rojava est situé à Qamishlo. Les autres campus sont situés à Rimêlan et à Hesekê. L’université compte 8 facultés, ainsi que la faculté nouvellement ouverte : Faculté d’agriculture, Faculté des arts, Faculté de littérature kurde, Jineoloji, Faculté de génie pétrolier et de pétrochimie, Faculté des sciences de l’éducation et Faculté d’architecture et d’écologie.
 
La Faculté des sciences de l’éducation compte également 7 départements : histoire, géographie, sciences académiques, mathématiques, physique, chimie et sciences.
 
L’année dernière, la Faculté administrative et financière a été ouverte à l’Université et le personnel nécessaire à la faculté a été engagé.
 
Conditions d’inscription
 
Chaque département de l’université attribue 10 % des places aux familles des martyrs.
 
Autre fait remarquable de la nouvelle année scolaire, le comité d’éducation de Cizre a réduit les conditions d’admission à l’université.
 
Masûd El Mihemed, membre du conseil d’administration de l’université du Rojava, a déclaré qu’une telle décision avait été prise pour lever les obstacles devant les étudiants qui ne souhaitent pas s’inscrire à l’université. Masûd a déclaré qu’ils étaient confrontés à ce problème, en particulier dans le département de littérature kurde.
 
Ouverture d’une faculté et trois départements supplémentaires
 
Pour l’année 2019-2020, la commission de l’éducation et de la formation de Cizre a ajouté de nouveaux départements aux départements existants. En plus de la Faculté d’architecture et d’ingénierie écologique qui couvre cinq années d’enseignement, l’enseignement du technicien de la construction qui couvre deux années d’enseignement, la traduction et l’interprétation anglaises qui couvrent deux années d’enseignement et un lycée mécatronique qui couvre trois années d’enseignement ont été ouverts.

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