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IRAN vs ISRAEL. La guerre fait rage dans les zones kurdes

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IRAN / ROJHILAT – Le bureau de renseignement des Gardiens de la révolution iraniens situé dans la ville de Paveh, dans la province kurdes de Kermanshah (Kirmaşan), a été entièrement détruit aujourd’hui lors d’une frappe américano-israélienne.
 
La ligne reliant Kermanshah à la frontière avec le Kurdistan d’Irak est presque entièrement couverte par les bases des Gardiens de la révolution/Basij et des gardes-frontières.
 

 Les deux Kurdistans devenus champs de batailles entre l’Iran et les USA-Israël 

Les frappes aériennes sont signalées dans d’autres zones kurdes partagées entre l’Iran et l’Irak. Côté irakien, c’est l’Iran qui frappe les camps des partis d’opposition kurdes iraniens. Côté iranien, ce sont les frappes américano-israéliennes qui ciblent les bases ou institutions militaires iraniennes, avec des civils qui se retrouvent au milieu des bombardements des deux côtés de la frontière…

Risques et avantages d’un changement de régime en Iran

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IRAK / ROJHILAT – Les frappes américano-israéliennes qui ont tué le guide suprême Khamenei placent l’Iran face à un choix crucial. Ces attaques pourraient affaiblir le régime, mais l’avenir du pays et la stabilité de la région dépendront de leur impact : instaureront-elles une démocratie durable ou plongeront-elles le pays dans des années de chaos ? (un article du chercheur kurde Seevan Saeed)

Le 28 février, le Moyen-Orient a franchi un cap. Lors de l’opération « Le Rugissement du Lion », les États-Unis et Israël ont frappé des sites militaires et stratégiques à Téhéran et dans d’autres villes, dans le but explicite d’affaiblir le pouvoir de la République islamique. Le président Trump a présenté ces attaques comme nécessaires pour éliminer les « menaces imminentes » que représentaient les programmes nucléaire et balistique de Téhéran et pour préparer le terrain à un changement de régime. Ces frappes ont mis fin aux négociations nucléaires en cours et ont déclenché des représailles contre des bases américaines dans la région et sur le territoire israélien, tandis que des informations faisaient état de la mort du guide suprême, l’ayatollah Khomeini.

Il est encore difficile de prédire si la République islamique, confrontée à une contestation généralisée et à un effondrement économique, survivra à l’offensive américano-israélienne. Si le régime venait à s’effondrer, il pourrait être remplacé par un autre gouvernement autoritaire, une évolution vers le pluralisme, ou une période prolongée d’instabilité et de violence, à l’instar des crises en Syrie, en Libye, en Irak ou en Afghanistan.

Depuis des années, le régime iranien est confronté à de profondes fractures internes. Les soulèvements répétés contre l’effondrement économique, la répression politique, la corruption et le ras-le-bol général ont été réprimés avec une brutalité extrême. Lors des récentes manifestations, qui ont débuté en décembre, plus de 70 000 civils ont été tués par les forces de sécurité sur ordre du Guide suprême, qui a également imposé un black-out des communications pour étouffer toute dissidence.

La République islamique, profondément liée à sa hiérarchie cléricale et à ses forces armées, n’est ni faible ni susceptible d’une simple décapitation.

Sur le plan des relations extérieures, des décennies de sanctions et d’isolement diplomatique ont durement affecté l’économie iranienne. Des études empiriques suggèrent qu’une confrontation géopolitique prolongée avec les puissances occidentales a entraîné des pertes continues de PIB par habitant, une réduction des investissements étrangers et de l’intégration commerciale, ainsi qu’une détérioration notable des indicateurs de qualité institutionnelle, tels que la stabilité politique et la gouvernance.

Cependant, malgré les troubles intérieurs et les pressions extérieures, le régime a fait preuve de résilience. Son appareil sécuritaire demeure cohérent et les défections de hauts responsables sont rares, ce qui indique que l’autorité du régime, bien que contestée, n’est pas fragile.

La République islamique, profondément liée à sa hiérarchie cléricale et à ses forces armées, n’est ni faible ni susceptible d’être décapitée d’emblée. Éliminer les hauts dirigeants ou endommager les infrastructures clés ne suffit pas à dissoudre les fondements institutionnels du pouvoir. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), les milices Bassidj, l’Artesh (armée nationale) et les réseaux cléricaux conservateurs forment des bases de pouvoir imbriquées. Ils ont démontré leur capacité à réprimer et à survivre face aux pressions internes et externes.

Si un régime autoritaire profondément enraciné comme la République islamique venait à s’effondrer, un successeur parallèle issu de l’élite existante prendrait probablement le relais, au moins à court terme.

Les frappes militaires étrangères peuvent certes neutraliser des cibles stratégiques et des infrastructures clés, mais une attaque extérieure ne garantit pas l’effondrement du régime et engendre des risques supplémentaires. L’histoire montre que, si un régime autoritaire profondément enraciné comme la République islamique venait à s’effondrer, un successeur parallèle issu de l’élite en place est susceptible d’émerger, au moins à court terme. De plus, cette rupture entraînera inévitablement une instabilité prolongée et une crise humanitaire de longue durée.

En Syrie, par exemple, en 2011, les manifestations anti-régime ont dégénéré en guerre civile, entraînant des violences généralisées, des déplacements de population et des atrocités. En Libye, la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 a plongé le pays dans des années de chaos, des factions rivales s’affrontant pour le pouvoir dans un conflit prolongé.

En 2003, en Irak, après que les forces américaines et de la coalition ont renversé le régime de Saddam Hussein, le pays a été confronté à des violences sectaires, des insurrections et des luttes de pouvoir, tandis qu’en 2021, en Afghanistan, les talibans ont pris le pouvoir après l’effondrement du gouvernement, provoquant des déplacements de population, des perturbations économiques et une crise humanitaire.

De tels scénarios, s’ils se répétaient dans l’Iran d’aujourd’hui, seraient catastrophiques pour les civils, aggraveraient les tensions ethniques et transformeraient le pays en théâtre de guerres par procuration régionales, seul le sentiment d’identité nationale et la continuité de l’État iraniens, profondément ancrés, pouvant contribuer à le protéger d’une désintégration totale.

L’alternative, une transition inclusive et pluraliste, exige une feuille de route concrète et une réforme constitutionnelle, avec la participation des divers courants politiques iraniens, notamment les libéraux laïques, les réformistes, les représentants des minorités ethniques, les acteurs de la société civile et même certains membres du clergé. Dans ce contexte, la politique étrangère doit s’articuler autour de la responsabilité et de la reconstruction, et non autour de la compétition par procuration.

Un avenir libre et participatif pour l’Iran se heurte à de sérieux obstacles. Les divisions au sein de l’opposition, l’absence de leadership clairement défini et la montée en puissance des mouvements séparatistes menacent la cohésion nationale. Même en cas d’effondrement de la République islamique, la résilience de ses institutions et la cohésion de ses forces de sécurité rendent improbable une transition immédiate vers une démocratie stable et pluraliste.

Un autre régime autoritaire pourrait émerger, et une instabilité prolongée demeure un risque réel si les puissances extérieures privilégient leurs intérêts stratégiques à une gouvernance inclusive. Parvenir à un véritable pluralisme exigerait une organisation, des négociations et une mobilisation soutenues des acteurs nationaux. Le changement de régime est un processus, non un événement ponctuel, et son évolution façonnera l’avenir de l’Iran et celui du Moyen-Orient dans son ensemble.

L’article d’origine (en anglais) à lire sur le site The Amargi « Risks and advantages of regime change in Iran« 

IRAK. Une militante féministe tuée à Bagdad

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IRAK  – Yanar Mohammed, cofondatrice et présidente de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak qui recevait des menaces de mort de la part de militants islamistes, a été tuée hier à Bagdad, signale l’agence kurde ANHA.

Yanar Mohammed, militante politique et dirigeante de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak, a été assassinée hier devant son domicile à Bagdad.

En 2004, elle avait reçu deux menaces d’un groupe islamiste se faisant appeler le « Commandement suprême pour le djihad et la libération ». Qui était Yanar ?

Une brève biographie

Yanar Mohammed est né en 1960 à Bagdad, en Irak.

Elle a obtenu son diplôme d’ingénieure, département d’architecture, en 1984. Elle a poursuivi ses études dans la même université, obtenant une maîtrise en ingénierie en 1993. Pendant ses études universitaires, elle était membre du Parti communiste irakien.

Immigration et retour en Irak

Sa famille a émigré d’Irak au Canada en 1993. Cependant, elle ne pouvait pas accepter la vie à l’étranger et est retournée à Bagdad en 2003, comme elle l’a dit, « après l’occupation américaine de l’Irak ».

La même année, elle fonda l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak et en devint la présidente. Elle créa par la suite le Comité pour la défense des droits des femmes en Irak et fut rédactrice en chef du journal « Al-Musawa » (Égalité).

Dans ses écrits, elle critiquait les États-Unis, arguant qu’ils avaient occupé l’Irak et devaient se retirer. Elle établissait un lien entre les violences sectaires infligées aux femmes irakiennes et la politique américaine dans le pays.

Son combat politique

Pendant 23 ans, au sein de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak, elle a soutenu les femmes exposées à la violence, notamment celles menacées par les soi-disant « crimes d’honneur ». Elle a également lutté contre les réseaux de traite des êtres humains et a contribué à libérer des femmes victimes d’esclavage sexuel et de prostitution forcée.

Elle s’est efforcée de sensibiliser les femmes à la manière de lutter contre la discrimination fondée sur le sexe et a plaidé pour l’égalité entre les femmes et les hommes par le biais de la radio et de la télévision irakiennes.

Dans des circonstances difficiles, elle est parvenue à rencontrer environ 200 femmes dans les prisons irakiennes et à rédiger un rapport sur les sévices qu’elles subissaient, ce qui a permis de sauver l’une d’entre elles d’une condamnation à mort.

Prix

Yanar Mohammed a reçu le prix Gruber des droits des femmes en 2008 et le prix norvégien Rafto le 29 septembre 2016, en reconnaissance de ses efforts pour la défense des droits des femmes.

Appel à la poursuite de l’EI

Yanar Mohammed a appelé à la poursuite des mercenaires de l’EI.

Le vendredi 27 février, elle a organisé un événement en Irak sous le slogan : « Les droits des femmes yézidies en Irak et en Syrie seront-ils perdus ? »

Lors de cette réunion, consacrée spécifiquement à la question des femmes yézidies, elle a appelé à la poursuite des mercenaires de l’EI qui ont commis des attaques et des violations contre les femmes yézidies.

Son assassinat

Yanar Mohammed a sauvé des centaines de femmes en Irak de la violence et du meurtre. Hier, lundi 2 mars, deux hommes masqués à moto l’ont abattue devant son domicile à Bagdad.

Le régime veut faire taire la voix des femmes en tuant Yanar, mais les femmes ne se laisseront jamais réduire au silence face au sexisme, à l’intolérance religieuse et à une culture de l’assujettissement.

Un combat de l’enfance à l’âge de 66 ans

Yanar Mohammed était encore très jeune lorsqu’elle a appris une vérité de sa grand-mère au sujet de son grand-père.

Son grand-père, respecté dans sa communauté, a épousé la sœur de son ex-femme alors qu’elle n’avait que 14 ans.

À partir de ce moment, Yanar a commencé à s’opposer aux coutumes et traditions religieuses fondées sur la discrimination sexiste, et elle s’est lancée dans un combat qui a finalement sauvé la vie de centaines de femmes irakiennes de la mort et du meurtre. (ANHA)

SYRIE. Les otages kurdes jetés aux oubliettes

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SYRIE / ROJAVA – Cela fait plus de 40 jours que les familles des prisonniers de guerre kurdes attendent la libération de milliers de soldats et civils capturés par les gangs de Damas lors des attaques ciblant les régions du Nord et d’Est de la Syrie. Alors qu’on craint que la plupart des otages soient exécutés, le silence des autorités kurdes du Rojava interroge. Pourquoi ne réclament-ils par leurs otages capturés en janvier et février 2026 contre lesquels ils ont déjà libéré des dizaines de djihadistes de Damas et qu’al-Sharaa a accordé une amnistie générale (voir l’article ci-dessous) qui ne concerne pas les otages kurdes ?

Damas accorde une amnistie générale, mais la justice fait toujours défaut en Syrie

Le 18 février, le président intérimaire syrien Ahmed al-Charia a promulgué un décret d’amnistie générale , censé bénéficier à un demi-million de Syriens incarcérés. Le ministère de la Justice de Damas a présenté cette mesure comme s’inscrivant dans le cadre des « initiatives humanitaires » menées durant le mois de Ramadan ; toutefois, les minorités et les organisations de la société civile s’inquiètent de l’identité des personnes libérées.

Plus de  1 500 personnes  ont déjà été libérées, et le ministère de la Justice a  ajouté  qu’il « prend des mesures pour poursuivre les complices du régime »,  afin de  « prévenir une politique d’impunité ». Parallèlement, le ministère a précisé que l’amnistie « exclut soigneusement les crimes graves et les violations graves commises contre le peuple syrien », sans toutefois définir ce qui constitue une « violation grave ».

L’amnistie ne concerne que les sanctions pénales publiques, à l’exclusion des recours civils et des indemnisations dues aux victimes. Elle exclut les crimes de torture, la traite des êtres humains et les autres infractions qualifiées de « graves », sans toutefois en définir précisément la nature. Par ailleurs, les peines de prison à perpétuité seront réduites à 20 ans, et le décret prévoit la libération des détenus âgés de 70 ans et plus, ou souffrant de graves problèmes de santé, quelle que soit la nature de leurs crimes.

Cependant, des personnalités importantes, dont le rôle dans les violences sectaires est avéré, comme Qoussaï al-Shammari, lié aux massacres de Soueïda, ont été libérées après moins d’un an de détention, sans inculpation, sans procès ni explication publique. Sa libération, largement relayée sur les réseaux sociaux, a renforcé l’impression que Damas refuse de demander des comptes aux fidèles du gouvernement de transition syrien (STG). Plus inquiétant encore, cette amnistie a également été accordée à plusieurs détenus des prisons de l’État islamique.

Parallèlement, les familles des prisonniers de guerre sont de plus en plus inquiètes car l’échange de prisonniers envisagé entre Damas et les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, ne se concrétise pas.

Qui est libre et qui est encore enfermé ?

Qusay al-Shammari, reconnu coupable d’avoir participé au massacre de civils druzes à Soueïda l’été dernier, a été libéré après près d’un an de détention. Bien qu’arrêté au lendemain du massacre, il n’avait fait l’objet d’aucune poursuite. Sa libération dans le cadre d’une amnistie a suscité l’indignation des familles des victimes et des organisations de défense des droits humains, renforçant ainsi le sentiment que Damas refuse de demander des comptes à ses forces pour des crimes aussi graves.

L’an dernier, la commission gouvernementale chargée d’enquêter sur les violences sectaires dans la région côtière alaouite a déféré 500 suspects devant la justice, mais a été critiquée pour ne pas avoir publié son rapport et pour ne pas avoir reconnu la responsabilité de l’État. Le juge Hatem al-Naasan, qui a dirigé une enquête distincte sur les atrocités commises en juillet 2025 à Soueïda, a promis que les responsables rendraient des comptes, mais le délai imparti par sa commission est expiré sans qu’aucun résultat public n’ait été publié.

Libération de détenus de l’EI

L’amnistie a ouvert les portes des cellules dans tous les gouvernorats, y compris à la prison d’al-Aqtan à Raqqa, qui détenait 2 000 détenus, dont beaucoup étaient soupçonnés d’appartenir à l’EI.

Les FDS avaient initialement refusé de céder le centre sans garanties de sécurité de la part de la Coalition mondiale anti-Daech, mais après une confrontation tendue, le STG en a pris le contrôle et a libéré plus de 100 mineurs et d’autres personnes qui ont déclaré avoir été détenues à titre punitif pour des infractions mineures.

À Raqqa, des familles ont lancé des appels à témoins pour obtenir des informations sur leurs proches, qu’elles affirmaient avoir été injustement détenus par les FDS. Dans le cadre de l’amnistie générale, de nombreux prisonniers, y compris des personnes soupçonnées d’appartenir à l’EI, sont désormais libérés.

Des doutes subsistaient déjà quant à la capacité de Damas à gérer efficacement le dossier de l’EI. Plus tôt dans l’année, l’UE avait mis en garde contre les risques sécuritaires après un exode massif du camp d’al-Hol suite à sa prise de contrôle par le STG.

Depuis que le STG a pris le contrôle de zones précédemment détenues par les FDS, l’EI a intensifié ses attaques à Deir ez-Zor et à Raqqa, signalant une menace insurrectionnelle croissante dans l’est de la Syrie et soulignant les difficultés considérables rencontrées par Damas pour gérer efficacement la menace extrémiste.

Les familles des prisonniers des FDS exigent des réponses

Dans le cadre de négociations menées sous l’égide des États-Unis , Damas et les autorités locales de Soueïda ont procédé à un échange limité de prisonniers, entraînant la libération de 81 personnes. Cependant, des familles druzes réclament toujours des informations sur les autres détenus et les personnes disparues. Le négociateur en chef de Damas a déclaré à la presse locale que « des efforts seront déployés ultérieurement pour clore définitivement le dossier ».

Le Conseil démocratique syrien a salué l’échange et a appelé à un processus d’échange global et organisé dans toutes les régions syriennes, faisant principalement référence aux prisonniers des FDS. Cependant, l’échange prévu entre les FDS et le Groupe de transition syrien (STG) ne s’est pas concrétisé. Le commandant en chef des FDS, Mazloum Abdi, a révélé que lors d’une réunion avec des ministres syriens, il avait été convenu d’accélérer l’intégration et de former un comité spécial chargé des échanges de prisonniers et de faire la lumière sur le sort des personnes disparues, avec un délai de sept jours. Ce délai est désormais dépassé.

Le mercredi 25 mars, des centaines de familles ont manifesté à Qamishlo, exigeant des réponses concernant leurs proches – jeunes hommes et femmes capturés par les forces du STG à Deir Hafar, Raqqa et Tabqa. « Nous espérons des éclaircissements, que ce soit de la part des FDS ou du gouvernement syrien. S’ils sont morts, nous voulons leurs corps ; s’ils sont prisonniers, nous voulons connaître leur sort »a déclaré un père au journal The Amargi.

Certains Kurdes craignent que le STG ne tergiverse car il ne peut libérer tous les prisonniers de guerre des FDS répertoriés, nombre d’entre eux ayant été exécutés sur le terrain. Des vidéos de ces exécutions ont largement circulé en janvier.

Existe-t-il une véritable justice transitionnelle ?

Les défenseurs des droits humains contestent la légalité du décret d’amnistie prononcé par le président al-Sharaa. La déclaration constitutionnelle confère ce pouvoir à l’Assemblée du peuple, un organe que al-Sharaa a marginalisé en centralisant les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

Le libellé du décret, qui ne définit pas clairement la notion de « violations graves contre le peuple syrien », est également critiqué. Le Réseau syrien pour les droits de l’homme le qualifie de « formulation générale susceptible de multiples interprétations si elle n’est pas précisée par des définitions juridiques exactes ».

La Commission nationale pour la justice transitionnelle, créée l’an dernier, a été saluée comme un progrès. Cependant, son champ d’action se limite aux crimes commis sous Bachar el-Assad, excluant les exactions des factions de Hayat Tahrir al-Sham affiliées à al-Charaa, des milices de l’Armée nationale syrienne soutenues par la Turquie et des forces actuelles du STG. Or, les familles des personnes disparues sous le régime d’Assad dénoncent un manque de transparence, de communication et de dynamique institutionnelle. Tandis que les services de justice provinciaux s’empressent de rendre publiques les mesures d’amnistie, de réviser les dossiers, de visiter les prisons et de libérer des détenus, le processus national de justice transitionnelle demeure au point mort.

Nouvelles demandes pour une commission indépendante

Quarante-neuf organisations de la société civile syrienne ont conjointement appelé au renouvellement de la Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie, un appel soutenu par Human Rights Watch, qui note que les enquêtes menées par Damas ont manqué de transparence, notamment en ce qui concerne la responsabilité du commandement.

« Nous devons franchir de nouvelles étapes vers la justice », déclare la juge Atiyeh Youssef. « Il est indispensable d’avoir un engagement politique clair en faveur de la responsabilité et une stratégie précise pour relever les défis posés par le grand nombre de victimes, le grand nombre de suspects et la rareté des ressources. » Elle propose la création d’une commission d’enquête et de poursuite, dotée d’une sous-commission d’amnistie, axée sur la compréhension plutôt que sur la vengeance, sur la réforme plutôt que sur les représailles.

L’amnistie générale a certes libéré des milliers de personnes, mais elle a aussi mis en lumière la fragilité du système judiciaire syrien. En l’absence de définitions juridiques claires, de procédures transparentes et d’une responsabilité inclusive, l’amnistie risque de devenir un instrument d’effacement, et non de réconciliation.

Article d’origine (en anglais) à lire sur le site The Amargi « Damascus Issues General Amnesty, But Justice Is Still Missing in Syria« 

La Turquie bafoue les droits des minorités et les arrêts de la CEDH

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GENEVE – Lors d’une conférence organisée pendant la 61e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, la Turquie a été accusée de violer les accords internationaux, de ne pas mettre en œuvre le « droit à l’espoir » des prisonniers politiques kurdes et de tolérer des attaques ciblant le Rojava en violation du droit international.

La question kurde a de nouveau été abordée au niveau international lors de la 61e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève. Lors d’une conférence intitulée « Droits des minorités : la situation en Turquie et en Syrie », des experts juridiques ont accusé la Turquie de bafouer systématiquement ses obligations internationales.

L’événement était organisé par le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) et animé par son représentant permanent auprès des Nations Unies, Gianfranco Fattorini. Parmi les intervenants figuraient le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les questions relatives aux minorités, Nicolas Levrat, l’avocate italienne spécialisée dans les droits de l’homme Eleonora Scala et le juriste britannique Stephen C. Knight.

Rapporteur spécial de l’ONU : La Turquie doit respecter les accords

Nicolas Levrat a souligné que les minorités ethniques, religieuses et linguistiques ont droit à la protection de leur identité en vertu du droit international. Ce droit repose essentiellement sur l’article 27 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). Cet article garantit aux minorités le droit de vivre leur culture, de parler leur langue et de pratiquer leur religion – un droit qui lie tous les États parties au traité.

La Turquie et la Syrie sont toutes deux parties à des accords pertinents. Pourtant, la Turquie continue d’interpréter la notion de minorité de manière restrictive dans le cadre du Traité de Lausanne et ne reconnaît de fait que les communautés non musulmanes. Les Kurdes et d’autres groupes ethniques sont ainsi exclus de la protection des minorités garantie par le droit international. M. Levrat a également évoqué les obligations découlant du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) et des mécanismes du Conseil de l’Europe. Il a exigé que la Turquie garantisse ses obligations en matière de lutte contre la discrimination, de droits linguistiques et de protection juridique effective.

Critiques concernant le traitement du cas d’Öcalan et l’emprisonnement politique

L’avocate italienne Eleonora Scala a évoqué la procédure judiciaire engagée par Abdullah Öcalan pour « la paix et une société démocratique ». Malgré les initiatives kurdes répétées en faveur d’une solution à la question du Kurdistan, le gouvernement d’Ankara n’a pris aucune mesure de confiance. « Öcalan poursuit cette procédure judiciaire en isolement sur l’île-prison d’Imrali », a déclaré Mme Scala.

Plusieurs arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), notamment ceux relatifs au « droit à l’espoir », ne sont pas appliqués. Bien que ce droit garantisse une perspective réaliste de réexamen et de libération, la Turquie refuse de l’instaurer. Scala a également souligné que des milliers de prisonniers politiques demeurent en détention. Le non-respect des décisions de justice internationales compromet la crédibilité de l’État de droit.

Allégations concernant le Rojava : violations du droit international humanitaire

Le juriste britannique Stephen C. Knight a concentré son attention sur le Rojava et l’autonomie du nord-est de la Syrie. Il a mis en lumière les violations des droits humains documentées, commises lors d’attaques perpétrées par les troupes et les milices du gouvernement de transition syrien soutenu par la Turquie. Parmi ces violations figurent des arrestations arbitraires, des disparitions forcées, des violences disproportionnées contre les civils, des pillages et des déplacements forcés. De tels actes violent le droit international humanitaire, qui garantit la protection de la population civile. M. Knight a plaidé pour la mise en place de mécanismes d’enquête indépendants et pour une responsabilisation internationale face à ces violations. La communauté internationale doit renforcer considérablement ses mécanismes de surveillance et de contrôle.

La conférence a clairement démontré que la question kurde demeure un enjeu international. Si les représentants d’Ankara invoquent régulièrement des arguments sécuritaires, les experts en droits humains appellent à une application rigoureuse des obligations juridiques internationales et à une solution politique fondée sur les normes internationales. (ANF) 

KURDISTAN. L’Iran attaque un camp de l’opposition kurde à Erbil

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IRAK / KURDISTAN – Ce matin, l’Iran a frappé un camp d’exilés kurdes d’Iran au Kurdistan irakien, faisant au moins un blessé, selon le site The New Region.

Au moins trois drones iraniens ont ciblé le camp Azadi, qui abritait auparavant des membres du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (KDPI) et leurs familles à Koya, à Erbil, faisant au moins un blessé.

« Trois drones ont attaqué le camp d’Azadi, l’un d’eux a atterri près de l’hôpital, un autre près du dépôt d’armes et de munitions », a déclaré Tariq Haydari, maire du district de Koya, au journal The New Region, précisant que le camp a depuis été évacué.

Une personne a été légèrement blessée, selon le maire, qui a également noté des explosions continues provenant du dépôt d’armes et de munitions, « probablement le bruit d’armes qui explosent ».

Le KDPI a qualifié l’attaque, dans un message publié sur X, de « grave violation humanitaire et juridique », précisant que des installations civiles et médicales avaient été visées lors de la frappe.

Une source du KDPI a indiqué au journal The New Region que le camp abritait auparavant environ 1 000 familles, ajoutant que la personne blessée est membre du KDPI.

Dimanche, le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien (CGRI) a lancé un avertissement aux « éléments séparatistes » du pays, affirmant que toute mobilisation entraînerait leur « destruction complète ».

Quatre attaques iraniennes distinctes ont visé des groupes d’opposition kurdes dans la région quelques jours auparavant, faisant un blessé. Ces attaques ont eu lieu dans les provinces de Souleimaniye et d’Erbil ; la plupart des missiles et des drones ont été interceptés et détruits avant d’atteindre leurs cibles.

Le Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) a annoncé samedi que ses forces s’étaient engagées dans des affrontements avec le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) dans la province de Kermanshah (Rojhelat), dans l’ouest de l’Iran.

Le Parti de la vie libre du Kurdistan (PJAK) a condamné lundi les attaques iraniennes contre les groupes armés d’opposition Rojhelati basés dans la région du Kurdistan, les qualifiant de signe du « désespoir et de la faiblesse » de Téhéran et de son hostilité envers les Kurdes.

« À l’heure où les forces répressives du régime à travers l’Iran sont devenues la cible de frappes israéliennes et américaines, ce régime n’a aucun plan ni politique rationnel pour résoudre ses crises, et il sacrifie le peuple iranien pour servir ses propres ambitions de pouvoir », a déclaré PJAK.

Cinq groupes d’opposition irano-kurdes ont annoncé le 22 février la formation d’une coalition commune, jurant de renverser la République islamique, de réaliser le droit à l’autodétermination du peuple kurde et d’établir un système politique démocratique.

Les partis dissidents, dont beaucoup sont basés dans la région du Kurdistan, sont depuis longtemps des cibles militaires pour l’Iran, ce qui suscite des inquiétudes chez le gouvernement régional du Kurdistan (GRK) quant à la sécurité de la région.

En 2023, l’Irak et l’Iran ont signé un accord de sécurité en vertu duquel Bagdad s’engageait à désarmer et à relocaliser ces groupes hors des zones frontalières, suite aux avertissements répétés de Téhéran.

Ces attaques sont survenues dans un contexte de conflit régional plus large, après que l’Iran a lancé une campagne de représailles à travers la région suite à des attaques américaines et israéliennes de grande envergure qui ont entraîné la mort du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, ainsi que de plusieurs autres hauts responsables iraniens.

ROJAVA. Damas bannit le drapeau du Kurdistan à Afrin

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SYRIE / ROJAVA – Les forces de sécurité du gouvernement syrien ont interdit la vente et l’utilisation du drapeau du Kurdistan dans le canton kurde d’Afrin.

Dans la région d’Afrin, au Kurdistan occidental, les forces de sécurité du gouvernement syrien ont interpellé 5 jeunes Kurdes qui arboraient le drapeau du Kurdistan. 

Un avocat kurde du village de Gemruk, dans le district de Mabata, à Afrin, a déclaré à Rudaw que les forces de sécurité générale du gouvernement syrien avaient demandé à plusieurs jeunes du village de ne pas hisser le drapeau du Kurdistan.

Les jeunes se préparaient pour le Newroz

Selon les informations reçues par Rudaw, cinq jeunes de ce village portaient le drapeau du Kurdistan alors qu’ils ramassaient des pneus pour les préparatifs du nouvel an kurde Newroz.

Les forces de sécurité générale du gouvernement syrien ont arrêté les jeunes hommes, confisqué leurs papiers d’identité et leur ont demandé de se rendre au centre de sécurité de Mabata.

Les jeunes ont été interrogés au Centre de sécurité publique et informés qu’ils n’étaient pas autorisés à brandir le drapeau du Kurdistan.

Selon la source, les noms de ces jeunes sont les suivants : Mustafa Rashid Mihemed Şoto, Ferhad Şêx Hesen, Diyar Mihemed Hemo, Ednan Ehmed Şoto et Ednan Hemüş.

La vente du drapeau est également interdite.

Une source spéciale de la ville d’Afrin a également révélé à Rudaw que lundi, une patrouille des forces de sécurité gouvernementales a perquisitionné des magasins sur Rajo Road.

Les forces de sécurité ont informé les commerçants que l’affichage et la vente du drapeau du Kurdistan sont interdits.

Les « Antigones kurdes » : ces mères qui défient le silence des tombes secrètes en Iran

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IRAN / ROJHILAT – Cette femme kurde s’appelle Salma Kharajiani. Son fils unique a été assassiné par les forces du régime iranien. Comme pour tant d’autres jeunes Kurdes tués dans les quatre parties du Kurdistan, les autorités iraniennes lui ont caché l’emplacement de sa tombe pendant des années.
 
Après de longues et obstinées recherches, elle a finalement retrouvé sa sépulture dans la ville d’Hamadan. Là, elle a exhumé elle-même les ossements de son fils. On la voit sur la photographie tenir sa dépouille dans ses mains ; elle a posé son crâne sur sa tête comme une couronne, avant de ramener ses ossements vers la terre sacrée du Kurdistan pour qu’il y repose enfin en paix.
 
Ce geste, à la fois déchirant et symbolique, dépasse le drame personnel. Il incarne la résistance face à une politique d’effacement : effacement des corps, des noms, des mémoires. En posant ce crâne comme une couronne, tante Salma proclame que même dans la mort, la dignité kurde ne saurait être anéantie.
 
Des milliers de familles kurdes vivent le même calvaire. Derrière chaque tombe cachée se cache une mère, une sœur ou une épouse qui refuse de se résigner. Leur combat, souvent invisible aux yeux du monde, rappelle que la quête de justice pour les disparus et les exécutés reste une composante essentielle de la lutte pour les droits humains et la reconnaissance du peuple kurde.
 
Que la terre du Kurdistan accueille en paix ses enfants volés. Et que les voix de ces Antigones modernes continuent de résonner jusqu’à ce que plus aucune tombe ne soit cachée, et qu’aucune mère ne soit condamnée à porter seule le poids d’un deuil interdit.

Au Kurdistan/Iran : civils, prisonniers et conscrits au milieu de frappes de plus en plus violentes

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IRAN / ROJHILAT – Alors que l’attention se porte sur les développements militaires et les bouleversements politiques de haut niveau, une question cruciale est largement négligée : le sort des centaines de milliers de prisonniers détenus à travers l’Iran, notamment dans les régions kurdes. On craint de plus en plus qu’en cas d’escalade, les autorités n’utilisent les détenus comme moyen de pression, voire comme boucliers humains. Compte tenu des antécédents de répression de la République islamique et de son instrumentalisation des prisonniers lors de crises passées, cette crainte ne peut être écartée à la légère. Si les tensions s’intensifient, la situation dans les prisons iraniennes pourrait devenir un important foyer de crise humanitaire, un sujet qui, pour l’instant, reste marginal dans le débat public, mais qui pourrait rapidement se retrouver au cœur des événements.

 

Ce matin, plusieurs installations à Sanandaj (Sine), dont le complexe de Shahramfar et d’autres complexes liés à l’État, auraient été la cible d’attaques. Presque aussitôt, des inquiétudes ont émergé concernant les détenus qui pourraient se trouver à l’intérieur ou à proximité de ces sites. Certaines de ces installations, notamment Shahramfar, affilié aux services militaires et de renseignement, sont connues pour avoir hébergé des prisonniers politiques ainsi que d’autres catégories de détenus.

Dans le même temps, à Marivan, dans la province du Kurdistan, des informations ont fait état de l’évasion de plusieurs prisonniers suite à des troubles liés à l’insécurité générale. Cependant, les détails restent rares. On ignore combien de détenus ont réussi à s’échapper, ni s’il y a eu des morts ou des blessés lors de ces incidents. Les organisations de défense des droits humains et les militants locaux affirment tenter de vérifier les faits, mais l’accès à l’information demeure limité en raison de l’instabilité persistante et des restrictions d’accès à Internet.

Comprendre la situation sur le terrain est extrêmement difficile en raison des restrictions d’accès à Internet très sévères. L’accès est quasi inexistant. Seules quelques personnes disposant de connexions VPN particulièrement performantes parviennent à se connecter, souvent pour quelques minutes seulement. Pendant des jours, j’ai essayé de joindre ma famille, mes proches et mes amis sans succès. Hier, j’ai enfin pu parler brièvement avec quelques personnes. Originaire d’Urmia, j’ai appris qu’une situation extrêmement tendue et instable régnait sur place. Plusieurs bases militaires, grandes et petites, disséminées dans la ville et ses environs, ont été lourdement bombardées, comme ils me l’ont décrit.

D’après leurs témoignages, de nombreux habitants éprouvent un sentiment de soulagement et de satisfaction face aux attaques contre le régime et à la destruction présumée d’éléments clés de l’infrastructure des Gardiens de la révolution à travers le pays. Cependant, la peur et l’incertitude imprègnent le quotidien. La population s’inquiète de l’avenir. Elle craint une escalade du conflit, des déplacements de population et le risque de perdre son logement et ses moyens de subsistance si les hostilités s’intensifient. Mes interlocuteurs m’ont confié que les familles ont commencé à se préparer au pire : constituer des réserves alimentaires, préparer des trousses de premiers secours et élaborer des plans d’urgence. De nombreux habitants des grandes villes, ont-ils ajouté, se sont temporairement réfugiés dans les villages et les zones rurales avoisinantes, estimant ces lieux plus sûrs en raison de l’absence d’importantes installations militaires ou des Gardiens de la révolution. L’atmosphère qui règne, telle qu’elle m’a été décrite, est donc profondément paradoxale, mêlant espoir d’un changement politique et vive angoisse quant aux conséquences humaines potentielles.

Dans le même temps, ils ont décrit une situation économique et humanitaire qui se détériore. Les pénuries alimentaires sont de plus en plus criantes. Les produits de première nécessité sont difficiles à trouver et leurs prix ont flambé. Pour de nombreuses familles, même les articles essentiels ne sont plus abordables. L’inquiétude grandit quant à une possible aggravation de l’accès à la nourriture dans les jours ou les semaines à venir. Cette crainte ne porte pas seulement sur la hausse des prix, mais aussi sur une pénurie réelle. Les inquiétudes concernent également les fournitures médicales. Les pénuries de médicaments et d’équipements essentiels constituent un problème récurrent depuis des années, largement exacerbé par les sanctions et une mauvaise gestion économique structurelle. Aujourd’hui, avec l’escalade du conflit, beaucoup s’attendent à une nouvelle détérioration de la situation. L’insécurité, la crainte de déplacements forcés, l’inflation et les pénuries, conjuguées, créent un climat de profonde incertitude, dans lequel les populations civiles se préparent à une crise prolongée susceptible de se transformer rapidement en une grave urgence humanitaire.

Un autre problème crucial, mais largement négligé, concerne les dizaines, voire les centaines de milliers de jeunes hommes effectuant actuellement leur service militaire obligatoire en Iran. Nombre d’entre eux se retrouvent pris au piège d’un conflit qui s’intensifie rapidement, stationnés sur des bases militaires qui auraient été la cible de frappes répétées des forces israéliennes et américaines. Ces conscrits sont, dans la plupart des cas, de simples civils contraints d’accomplir leur service obligatoire. Ils se trouvent désormais exposés à de graves dangers, bien qu’ils n’aient aucun rôle significatif dans les décisions stratégiques.

Un exemple me vient d’une famille que je connais personnellement. Leur fils était en poste dans une base militaire près de Tabriz lorsque celle-ci a été bombardée. Heureusement, au moment de l’attaque, les soldats ne se trouvaient pas dans la zone touchée ; ils étaient dans leurs dortoirs. D’après le récit qu’on m’a fait, dès le début des bombardements, de nombreux conscrits ont rassemblé leurs affaires et ont quitté la base sans en informer officiellement leurs supérieurs, pour rentrer chez eux. De plus en plus d’éléments indiquent que de nombreux conscrits hésitent à rester dans les installations militaires dans ces conditions. Leur situation soulève une préoccupation humanitaire plus générale : de jeunes hommes enrôlés de force sont désormais confrontés à des risques mortels dans un conflit sur lequel ils n’ont aucune prise.

Un autre aspect important de la situation est que, malgré les frappes intensives menées contre les installations des Gardiens de la révolution à travers le pays, le régime continue d’affirmer son autorité à l’intérieur du pays. Les institutions étatiques enverraient des messages d’avertissement aux citoyens, les mettant en garde contre toute forme de protestation ou de mobilisation politique. Le message est clair : quiconque tente de s’organiser, de participer à des manifestations ou d’agir contre le système s’exposera à de graves conséquences.

Ces menaces alimentent un climat de peur. Si certains observateurs estiment que le régime a été considérablement affaibli militairement, la réalité sur le terrain apparaît plus complexe. Les structures de sécurité et de renseignement essentielles demeurent intactes, et l’appareil répressif continue de fonctionner. De ce fait, nombreux sont ceux qui hésitent à descendre dans la rue. Malgré la pression militaire extérieure exercée par les États-Unis et Israël, les mécanismes internes de contrôle, de surveillance, d’arrestations et d’intimidation restent en place. Cette tension entre l’affaiblissement perçu du sommet et le maintien du contrôle à la base influence les comportements et limite la probabilité d’une mobilisation populaire immédiate.

J’ai également parlé avec deux personnes originaires de ma ville natale, Urmia, qui vivaient à Téhéran. Dès le début des récentes attaques, elles ont décidé de quitter la capitale et de retourner à Urmia. Elles séjournent actuellement dans le village de leurs grands-parents, loin des principales bases militaires et installations de sécurité, où elles estiment que la situation est relativement plus sûre pour les civils. Ce phénomène de population quittant les grandes villes pour se réfugier dans les zones rurales reflète une tendance plus large de déplacements internes et de peur, alimentée à la fois par l’intensification des frappes et par la présence persistante des forces de sécurité de l’État dans les centres urbains.

Dans le même temps, la vie quotidienne dans les grandes villes est largement paralysée. De nombreux commerçants ont fermé boutique et les rues sont désertes. Cette situation s’explique en partie par la crainte d’être arrêtés. Les autorités auraient décrété une semaine de deuil national suite au décès du Guide suprême, et l’ouverture de commerces pendant cette période pourrait être interprétée comme un acte de défiance, susceptible d’entraîner des représailles de la part des forces de sécurité. S’ajoute à cela une préoccupation sécuritaire plus immédiate. Les civils craignent que leur présence dans les centres-villes, notamment à proximité des bâtiments gouvernementaux ou des installations militaires, ne les expose à un danger en cas de nouvelles grèves. De ce fait, de nombreux habitants préfèrent rester chez eux, limitant leurs déplacements aux besoins essentiels et suivant de près l’évolution de la situation grâce aux moyens d’information et de communication dont ils disposent, aussi limités soient-ils.

Par Gordyaen Benyamin Jermayi

Gordyaen Benyamin Jermayi est un militant kurde des droits humains né à Ourmia, au Kurdistan oriental. Diplômé en génie civil, il est membre d’une organisation humanitaire qui documente les exactions de l’État iranien au Kurdistan oriental. Depuis 2020, il présente et soumet des documents à des organismes internationaux, notamment au CDH et aux Forums des minorités Moyen-Orient-Afrique des Nations Unies. Il est également le fondateur de la plateforme Instagram « Kurdistani People », qui œuvre à sensibiliser le public aux questions kurdes et à connecter les Kurdes de la diaspora.

Article d’origine (en anglais) à lire sous le titre de « Inside Kurdistan/Iran: Civilians, Prisoners, and Conscripts Amid Escalating Strikes »

 

IRAN. Au moins 1 500 morts, dont 200 civils, en trois jours de guerre

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IRAN / ROJHILAT – En trois jours de guerre, au moins 1 500 personnes, dont 200 civils et 1 300 membres des forces armées iraniennes, ont été tuées par les frappes israéliennes et américaines à traves l’Iran, y compris dans les régions kurdes du Nord-Est, signale l’ONG Hengaw. 

Alors que la guerre entre les États-Unis, Israël et la République islamique d’Iran entre dans son troisième jour, les constatations de terrain et la documentation de l’ONG de défense des droits humains Hengaw de lourdes pertes parmi les forces gouvernementales iraniennes et un nombre croissant de victimes civiles.

D’après des données vérifiées et confirmées par Hengaw, au moins 1 500 personnes ont été tuées à ce jour, dont 200 civils et 1 300 membres des forces armées iraniennes. Ces chiffres sont établis dans un contexte de graves perturbations d’Internet à travers l’Iran, l’accès à Internet étant régulièrement coupé pendant de longues heures dans plusieurs villes, de jour comme de nuit.

Répartition des victimes et étendue géographique des attaques

D’après les données recueillies par le Centre de statistiques et de documentation de Hengaw, des installations militaires et gouvernementales ont été ciblées par des frappes aériennes et de missiles dans 150 villes réparties dans 22 provinces.

Les cibles comprennent des bases du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), des centres Basij, des aéroports militaires, des sites de missiles, des commissariats de police, des institutions judiciaires, des bureaux de presse du département du renseignement, des casernes de l’armée et des quartiers généraux des forces spéciales.

Le plus grand nombre de victimes militaires a été enregistré à Téhéran, Kermanshah (Kermashan), en Azerbaïdjan occidental (Urmia), en Azerbaïdjan oriental et au Kurdistan (Sanandaj ou Sînê).

Victimes civiles et dégâts dans les zones résidentielles

Hengaw exprime sa profonde inquiétude face à l’augmentation du nombre de décès civils et confirme que c’est dans la province d’Hormozgan que le plus grand nombre de victimes civiles a été enregistré.

D’après les preuves documentées, un nombre important des victimes étaient des écolières de l’école primaire « Shajareh Tayyebeh ». Outre Hormozgan, des décès de civils, dont plusieurs enfants, ont été recensés à Téhéran, dans le Khorasan-e Razavi, à Qazvin, à Alborz, à Kermanshah, au Kurdistan, en Azerbaïdjan occidental (Urmia) et en Azerbaïdjan oriental.

Les bâtiments administratifs et résidentiels situés à proximité des institutions militaires et de sécurité ont également subi de graves dommages lors des frappes aériennes, entraînant d’importantes perturbations des services.

Malgré le contexte de guerre persistant, la République islamique n’a pas mis en œuvre de mesures d’évacuation pour les zones résidentielles situées à proximité des installations militaires et de sécurité. Les civils tentent donc, de manière spontanée et non coordonnée, de se protéger et de se réfugier dans des zones relativement plus sûres.

Minimisation et contradictions dans les chiffres officiels

Le troisième jour de la guerre, le Croissant-Rouge iranien a annoncé que le nombre total de victimes s’élevait à 555, sans faire de distinction entre les victimes militaires et civiles.

Les données recueillies par Hengaw indiquent que ce chiffre s’inscrit dans une politique délibérée de sous-estimation et de dissimulation menée par les autorités.

Les enquêtes de terrain montrent que les institutions de sécurité se sont abstenues de publier des données précises sur les pertes militaires, notamment dans les villes du Kurdistan. Dans les rares cas où des chiffres ont été publiés, ils semblent nettement inférieurs à la réalité.

L’ONG Hengaw réaffirme l’urgence de la transparence dans l’identification des victimes et la communication des chiffres relatifs aux pertes humaines. Elle souligne que toutes les parties impliquées dans le conflit sont tenues, en vertu des conventions internationales, de protéger les vies civiles lors des hostilités armées.

Hengaw appelle une fois de plus les instances internationales à surveiller de près les pertes civiles et, compte tenu de la politique de dissimulation de la République islamique, à contraindre fermement toutes les parties à assumer leur responsabilité de protéger les civils.

« Les sentiers d’une âme libre » : poèmes dédiés aux femmes kurdes

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« Tu refuses l’oppression,
Refuse la soumission. »
 
 
« Les sentiers d’une âme libre » est un recueil de poésie de l’autrice Elif Léna AKCICEK dédié aux femmes kurdes. Il parle d’enfance, de conditionnement, de résistance silencieuse et de liberté conquise.

 
 

 

À travers ces poèmes, ce sont des femmes qui grandissent dans des cadres étroits, qui pensent autrement et qui apprennent à se relever ensemble.
 
Chaque texte est un pas sur un chemin intérieur, où l’identité se tisse entre héritage, lutte et dignité.
 
« Les sentiers d’une âme libre » est un hommage aux femmes debout, celles qui avancent, même dans l’ombre.
 
Livre publié à compte d’auteur chez Amazone

Coalition des partis kurdes d’Iran: Nous vivons des jours décisifs

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KURDISTAN – Dans un communiqué publié aujourd’hui, la coalition des forces politiques du Kurdistan iranien invite la population kurde à la prudence et à être prête à un changement de régime en Iran.
 
 
Voici le communiqué publié par la coalition des forces politiques du Kurdistan iranien :
 
« Nous vivons des jours décisifs.
 
Le peuple kurde en lutte et en quête de droits !
 
Depuis le samedi 9 février, le cours des événements en Iran s’oriente vers un changement profond et fondamental. La guerre actuelle est le résultat de décennies de politiques agressives du régime, d’ingérence dans les affaires des pays de la région, de soutien au terrorisme d’État, d’obstination à se doter de l’arme atomique et à développer une industrie balistique, de menaces à la sécurité internationale et de refus du régime de se conformer aux mesures internationales. Cette politique a finalement transformé l’Iran en un pays dévasté, à l’économie effondrée, et a conduit à la chute du régime. L’assassinat de Khamenei, le guide suprême du régime, et de dizaines de commandants militaires et de responsables politiques a accéléré cette spirale infernale.
 
La Coalition des forces politiques du Kurdistan iranien affirme que cette guerre n’est pas une guerre entre la société iranienne et ses nations contre les États-Unis, Israël et la communauté internationale. Alors que l’Iran et le Kurdistan oriental traversent une période cruciale, nous lançons un appel au peuple kurde :
 
1) Le peuple kurde doit être conscient des développements et y faire face consciemment, aligner son comportement politique sur les demandes et les recommandations de la coalition des forces politiques du Kurdistan iranien et rendre cette coordination et ces relations vivantes et productives.
 
2) Au moment du renversement du régime et du soulèvement populaire massif, toutes les institutions administratives et de services doivent être protégées dans l’intérêt et pour les besoins du public.
 
3) Nous appelons les forces armées du régime au Kurdistan à se désolidariser des vestiges de la République islamique. Nous leur disons qu’il est préférable de ne pas laisser passer cette dernière occasion de tourner le dos à l’ennemi et de choisir le camp de leur nation.
 
4) Tous les Kurdes doivent faire face aux changements avec sagesse et maturité et s’abstenir des erreurs individuelles et de la vengeance qui nuisent à la sécurité et à la protection publique de la société.
 
5) Nous exigeons qu’ils restent aussi loin que possible des bases militaires et de sécurité du régime pour une sécurité accrue.
 
6) Nous demandons à notre peuple, en particulier aux commerçants, aux propriétaires et aux commerçants du marché, de prendre soin les uns des autres plus que jamais, en particulier des locataires, des pauvres et des personnes démunies dans les jours difficiles qui nous attendent.
 
La Coalition des forces politiques du Kurdistan iranien* publiera ses politiques et ses programmes par le biais d’autres communiqués. »
 
*La Coalition des forces politiques du Kurdistan iranien est composée du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (KDPI) ; du Parti de la vie libre du Kurdistan (PJAK) ; du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) ; du Komala des travailleurs du Kurdistan et d l’Organisation Khabat.