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La révolution : avec ou sans État ?

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PARIS – Le journaliste et écrivain kurde réfugié en France, Ercan Aktas* a écrit une série d’articles sur la pensée d’Abdullah Ocalan sous le titre d’« Une lecture d’Öcalan dans une perspective anarchiste ». Voici le premier article d’Ercan Aktas.

I – La révolution : avec ou sans État ?

Introduction

Reposant sur un héritage intellectuel anti-étatique et remettant en question la hiérarchie et l’autorité, la pensée anarchiste a, tout au long de l’histoire, développé des alternatives radicales aux structures de pouvoir centralisé et aux dispositifs de coercition(1). Dans ce cadre théorique, les concepts de « nation démocratique » et de « confédéralisme démocratique » développés ces dernières années par Abdullah Öcalan suscitent un intérêt croissant dans la littérature anarchiste(2). Les critiques qu’Öcalan formule à l’égard de l’État, du pouvoir, de la hiérarchie et des relations entre l’humain et la nature acquièrent une nouvelle orientation, notamment sous l’influence intellectuelle de Murray Bookchin(3). Cet article vise à analyser les points de convergence entre la pensée d’Öcalan et la théorie anarchiste, ainsi que les chemins originaux qu’il emprunte.

Au sein de la pensée révolutionnaire du XIXe siècle, les débats entre Mikhaïl Bakounine (1814–1876) et Karl Marx (1818–1883), deux contemporains, éclairent les lignes de rupture entre les traditions

« L’État, par sa nature, est autoritaire ; dès qu’il existe, la liberté devient impossible. » — Mikhaïl Bakounine anarchiste et marxiste(4). Tous deux ont centré leur pensée sur la lutte contre l’exploitation capitaliste, mais ont divergé profondément quant aux méthodes et aux finalités de cette lutte. Marx considérait qu’un État ouvrier, dirigé par le prolétariat, était une étape historique nécessaire vers une société sans classes(5). Bakounine, en revanche, percevait toute forme d’État — bourgeois ou prolétarien — comme un outil de reproduction de l’autorité et de la domination(6). Il s’est opposé au centralisme et à l’avant-gardisme du parti, affirmant que même une dictature du prolétariat, dite “temporaire », engendrerait une nouvelle classe dominante.

L’une des critiques fondamentales de Bakounine envers Marx portait sur le déterminisme historique et la conception autoritaire du socialisme(7). Alors que le matérialisme historique de Marx proposait une trajectoire inévitable de l’évolution sociale fondée sur le développement des forces productives, Bakounine défendait une révolution fondée sur la liberté et la volonté humaine, construite à partir de la base, par des assemblées populaires et des structures collectives locales(8). Selon lui, une transformation sociale ne pouvait être réalisée que par une participation directe du peuple, sans autorité centrale. Ces débats incarnent non seulement une divergence idéologique entre deux penseurs, mais aussi une opposition stratégique et éthique sur les fondements mêmes des mouvements révolutionnaires modernes.

Marx « a gagné », Bakounine « a perdu »

Le conflit au sein de la Première Internationale (1864–1876) a culminé avec l’expulsion de Bakounine et de la tendance anarchiste par Marx au Congrès de La Haye en 1872(9). Ce conflit idéologique et stratégique entre Marx et Bakounine a profondément influencé l’avenir des mouvements révolutionnaires. Lors de ce congrès, Marx proposa de transférer le siège de l’Internationale de Londres à New York, une manœuvre interprétée comme une tentative de centralisation du pouvoir. Bakounine et son camarade James Guillaume furent alors exclus, officiellement pour indiscipline organisationnelle” et “conspiration secrète”(10).

La ligne marxiste donna naissance à la Deuxième Internationale et, plus tard, au socialisme de type soviétique sous Lénine. En revanche, la pensée de Bakounine continua à vivre à travers les mouvements anarchistes, autonomes et d’action directe(11). Dès 1872, la Première Internationale se divisa de facto : les anarchistes organisèrent leur propre Congrès anti-autoritaire à Saint-Imier(12).

La pensée d’Öcalan, pour qui “l’État est l’une des inventions les plus dangereuses de l’histoire de l’humanité ; c’est la cristallisation du monopole du pouvoir”(13), fait écho à ce débat historique. Son concept de “démocratie sans État” peut être lu comme une actualisation, au cœur du Rojava, du conflit idéologique de La Haye entre Marx et Bakounine(14). Tandis que Marx y défendait la dictature du prolétariat et le rôle central d’un parti, Bakounine plaidait pour une transformation sociale fondée sur les assemblées populaires, les structures de base et le rejet de toute centralisation.

La critique radicale d’Öcalan vis-à-vis de l’État se traduit par une proposition de structuration politique horizontale et pluraliste fondée sur la participation directe du peuple. Après 2012, les structures d’autogestion mises en place au Rojava — communes, assemblées, conseils de femmes et unités de défense populaire — constituent une réalisation concrète du rêve de Bakounine : une organisation sociale sans État.

Bien qu’Öcalan ne cite pas explicitement Bakounine, il ravive en pratique cette ligne de pensée marginalisée, en explorant les possibilités d’une politique non étatique face aux États coloniaux-modernistes du Moyen-Orient. L’expérience du Rojava peut être interprétée comme une tentative de créer une alternative au socialisme autoritaire et centralisé, basée sur l’auto-organisation populaire. Ainsi, la ligne de Bakounine, longtemps perçue comme vaincue, trouve une nouvelle vie dans une des régions les plus complexes du monde, au sein d’un tissu social multiethnique, multilingue et multiconfessionnel. Le paradigme d’Öcalan incarne la résurgence de la veine anarchiste réprimée à La Haye, en réponse aux États coloniaux du Moyen-Orient(15).

 

Ercan Jan Aktaş est chercheur en sciences sociales, écrivain et militant. Ses travaux portent sur la paix sociale, la violence, le militarisme, le genre et l’objection de conscience. Il contribue à Yeni Özgür Politika, Yeni Yaşam et Bianet avec des articles, des interviews et des reportages approfondis sur l’actualité politique, les questions migratoires, la paix sociale et le genre. Il poursuit son travail universitaire, journalistique et militant en France.

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Références 

1 – Peter Marshall, Demanding the Impossible: A History of Anarchism, HarperCollins, 1992.

2 – Thomas Jeffrey Miley, « Abdullah Öcalan and the Post-Statist Political Imagination », Globalizations, 2022.

3 – Abdullah Öcalan, Manifeste pour une civilisation démocratique, volume 1, Aram Aram Éditions, 2009.

4 – George Woodcock, Anarchism: A History of Libertarian Ideas and Movements, Penguin, 1986.

5 – Karl Marx, La guerre civile en France, 1871.

6 – Mikhaïl Bakounine, Étatisme et Anarchie, 1873.

7 – Paul McLaughlin, Mikhail Bakunin: The Philosophical Basis of His Anarchism, Algora, 2002.

8 – Daniel Guérin, L’Anarchisme, de la théorie à la pratique, Monthly Review Press, 1970.

9 – Wolfgang Eckhardt, The First Socialist Schism: Bakunin vs. Marx in the International Workingmen’s Association, PM Press, 2016.

10 – Robert Graham, We Do Not Fear Anarchy – We Invoke It, AK Press, 2015.

11 – David Graeber, Fragments of an Anarchist Anthropology, Prickly Paradigm Press, 2004.

12 – René Berthier, Bakounine et Marx : Alliances et ruptures, Éditions du Monde libertaire, 2009.

13 – Abdullah Öcalan, Le Système des Civilisations I : L’État, Aram Aram Éditions, 2001.

14 – Dilar Dirik, The Kurdish Women’s Movement: History, Theory, Practice, Pluto Press, 2022.

15 – Joost Jongerden, « Rethinking Politics and Democracy in the Middle East: The Kurdish Case in Syria », Ethnicities, 2019.

 

 

 

 

 

 

TURQUIE. Une attaque raciste ciblant une famille kurde fait un blessé grave

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TURQUIE – Dans un village de la province de Mersin, une famille kurde a été victime d’une agression raciste pour avoir parlé en kurde. Un Kurde ayant reçu un coup à la tête est en soins intensifs.

Un groupe de racistes turcs a pris pour cible une famille kurde dans le village de Kisecik, situé dans le district de Çamlıyayla à Mersin, dimanche après-midi.

Le groupe raciste, dont faisait partie le chef de Kisecik, a arrêté la famille à l’entrée du village.

Les citoyens kurdes ont d’abord été insultés, puis attaqués et on leur a dit : « Nous sommes en République de Turquie, comment osez-vous parler kurde ? »

Adnan Nazlı, un membre de la famille comprenant une femme et un bébé de trois mois, a été grièvement blessé suite aux coups reçus et a été admis en soins intensifs à l’hôpital de Mersin. Les autres membres de la famille ont bénéficié d’une prise en charge ambulatoire.

Suite à la plainte de la famille, les personnes impliquées dans l’agression ont été placées en garde à vue et conduites au commissariat de police du district de Tarse. L’enquête sur l’incident est en cours. (ANF)

ROJAVA. Le commandant Nuradin Sofi sera inhumé à Qamishlo

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SYRIE / ROJAVA – La dépouille du commandant kurde Nuradin Sofi arrivera aujourd’hui au Rojava pour être inhumée dans sa ville natale de Qamishlo.

Les Forces de défense du peuple (HPG, branche armée du PKK) avaient récemment annoncé le martyre de deux de leurs commandants, Koçero Urfa et Nuradin Sofi qui sont tombés martyrs lors d’une frappe aérienne turque alors qu’ils étaient en visite au QG des HPG au Kurdistan du Sud en 2021.

Les Unités de protection du peuple (YPG) ont présenté leurs plus sincères condoléances aux familles et camarades des martyrs Sofi et Urfa, racontant en détail des extraits de leur lutte qui a commencé au Rojava en 2013 et s’est poursuivie au fil des ans, soulignant leur rôle clé dans la conduite de la révolution et la construction des institutions militaires, sécuritaires, sociales et politiques du nord et de l’est de la Syrie.

Selon les informations disponibles, la population du Nord et de l’Est de la Syrie, toutes composantes confondues, se prépare à accueillir la dépouille du commandant Nouradin Sofi pour son inhumation dans sa ville natale de Qamishlo, dans le canton de Jazira. Des informations indiquent que sa dépouille arrivera dans le Nord et l’Est de la Syrie dans les prochaines heures. (ANHA)

TURQUIE. La police ferme les mosquées de Cizre

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TURQUIE / KURDISTAN – ŞIRNAK – Hier, la police turque a attaqué la cérémonie funéraire du combattant kurde Ferhat Tünç à Cizre. Aujourd’hui, elle a fermé les mosquées et les centre de condoléance de la ville pour empêcher la famille de Tunç d’organiser des prières funèbres et de recevoir les condoléances de la foule.

Hier, la police turque a attaqué les funérailles de Ferhat Tunç, guerrier kurde mort lors de combats il y a 8 ans. Le corps de Ferhat Tünç (Xebat Goyi), membre du HPG et présumé tué lors d’affrontements dans la région d’Herekol, district de Berwarî (Pervari), province de Sêrt, le 30 juin 2017, a été inhumé dans sa ville natale de Cizre en présence des centaines de personnes. Aujourd’hui, la police turque a fermé les lieux de condoléances et les mosquées de Cizre pour empêcher la famille d’organiser des prières funèbres et de recevoir les condoléances de la foule.

La famille de Tünç souhaitait partager son chagrin dans une maison de condoléances du quartier de Nur à Cizîr. Cependant, la police a encerclé toutes les maisons de condoléances et les mosquées du quartier. Les citoyens souhaitant se rendre dans les mosquées en ont été empêchés par la police, qui les a fermées.

Les journalistes qui se sont rendus à la mosquée Seyit Süleyman ont également été empêchés par la police. Nedim Oruç, reporter d’Ajansa Welat, qui tentait d’enregistrer le blocus devant la mosquée, a été soumis à un contrôle d’information générale (GBT) et empêché d’enregistrer.

Entre-temps, Servet Tünç, frère de Ferhat Tünç, arrêté hier lors des funérailles, a été déféré au tribunal. Tünç a été remis en liberté conditionnelle. 
La famille de Tünç recevra aujourd’hui la visite organisé par l’Association de Mésopotamie pour l’assistance et la solidarité avec les familles ayant perdu leurs proches (MEBYA-DER). 

TURQUIE. Arrestation d’un jeune Kurde lors des funérailles de son frère

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TURQUIE / KURDISTAN – ŞIRNAK – Hier, la police turque a attaqué les funérailles de Ferhat Tunç, guerrier kurde mort lors de combats il y a 8 ans. Le corps de Ferhat Tünç (Xebat Goyi), membre du HPG et tué lors d’affrontements dans la région d’Herekol, district de Berwarî (Pervari), province de Sêrt, le 30 juin 2017, a été inhumé dans sa ville natale de Cizre en présence des centaines de personnes qui scandaient « Şehîd Namirin » (Les martyrs sont immortels) malgré les attaques des policiers turcs qui ont notamment arrêté Servet Tünç, le frère Ferhat Tünç.

Le corps de Ferhat Tünç (Xebat Goyi), membre du HPG et tué lors d’affrontements dans la région d’Herekol, district de Berwarî (Pervari), province de Sêrt, le 30 juin 2017, a été restitué à sa famille huit ans plus tard. La famille, qui avait fourni un échantillon de sang pour un test ADN, a été informée que les restes de Tunç lui seront restitués et invitée à se rendre à Mêrdîn. La famille s’est rendue à l’hôpital de formation et de recherche de Mardin pour récupérer le corps. La famille a ensuite pris possession du corps et s’est rendue dans le district de Cizîr (Cizre) à Şirnex.

Les députés Newroz Uysal Aslan et Mehmet Zeki İrmez, membres du Parti pour l’égalité des peuples et la démocratie (DEM), ainsi que la foule n’ont pas été autorisés à entrer dans le cimetière. La police a déclaré que seuls les membres de la famille seraient autorisés à entrer, a arrêté Servet Tünç, le frère du défunt Ferhat Tünç, en le menottant dans le dos pour avoir brandit la photo du défunt. À ce moment-là, la police a attaqué la députée Newroz Uysal Aslan et la foule. La foule rassemblée devant le cimetière est entrée par une autre porte.

Les policiers anti-émeute ont tenté de bloquer la foule à l’intérieur du cimetière. Les mères, dévoilant leurs foulards blancs, ont riposté en scandant « Şehid Namirin » et ont franchi les barricades policières. La foule a pris le corps de Ferhat Tünç des mains des policiers et l’a transporté jusqu’à la tombe où il devait être enterré, en scandant « Şehid Namirin ». La police a attaqué le cercueil de Tünç, mais la foule a porté le corps jusqu’à la tombe. Le corps a été enterré au milieu de centaines de personnes scandant « Şehid Namirin ». Rihan Tünç, la mère de Ferhat Tünç, a réagi à cette obstruction en déclarant : « Aujourd’hui, mon fils est un martyr du Kurdistan. Dieu merci, ce n’est pas un voleur et il n’a pas consommé de drogue. Que nos condoléances soient au Leader Apo. Je ne pleurerai pas et n’apporterai pas de joie à l’ennemi aujourd’hui. Aujourd’hui, ce sont les noces de mon fils. »  

Lors de l’inhumation, la foule scandait fréquemment « Şehid Namirin ». Après les prières, la foule est sortie du cimetière en scandant ces slogans. À ce moment-là, la police leur a barré la route et a de nouveau attaqué la foule, agressant Newroz Uysal Aslan, députée du DEM Parti (DEM). La foule a répondu en scandant « Şehid Namirin ». Les manifestants ont franchi le barrage policier et se sont dirigés vers le domicile familial, dans le quartier de Nur.

IRAN. Inquiétudes pour 3 otages kurdes tenus dans un lieu secret depuis des semaines

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IRAN / ROJHILAT – Depuis leur arrestation, trois civils kurdes sont détenus dans des lieux tenus secrets, sans aucun contact avec leur famille ni leurs avocats.

Le sort de trois civils kurdes détenus par les forces de sécurité ces dernières semaines reste inconnu, a rapporté le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan (Kurdistan Human Rights Network, KHRN).

Les forces de sécurité ont arrêté Matin Osloubi de Naqadeh, dans la province de l’Azerbaïdjan occidental, Rafigh Mostafaei de Marivan, dans la province du Kurdistan, et Aboubakr Oghabi d’Oshnavieh, dans la province de l’Azerbaïdjan occidental, lors d’incidents distincts au cours des dernières semaines.

Tous trois sont depuis détenus dans des lieux tenus secrets, sans aucun contact avec leur famille ni représentation juridique.

Osloubi, 25 ans, a été arrêté par l’Organisation du renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) à Naqadeh le 12 juillet.

Le 1er août, des agents du ministère du Renseignement ont arrêté Mostafaei sans mandat alors qu’il travaillait dans une briqueterie à Marivan.

Trois jours plus tard, le 4 août, des agents du ministère ont perquisitionné plusieurs maisons dans le village de Balagir à Oshnavieh sans mandat.

Au cours du raid, ils ont confisqué les documents d’identité d’Oghabi et l’ont arrêté plus tard alors qu’il se rendait au bureau local du ministère pour les récupérer.

Depuis l’attaque israélienne contre l’Iran et l’annonce ultérieure d’un cessez-le-feu, plus de 335 militants kurdes et autres citoyens ont été arrêtés dans les provinces d’Ilam, d’Azerbaïdjan occidental, du Kurdistan, de Kermanshah, de Téhéran et du Khorasan du Nord par le ministère du Renseignement et l’Organisation du renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).

En outre, des dizaines de citoyens, de militants des droits civiques, d’anciens prisonniers politiques et de proches de militants résidant à l’étranger ont été convoqués dans les bureaux du ministère du Renseignement et de l’Organisation du renseignement du CGRI et interrogés pendant plusieurs heures.

Bien que les autorités judiciaires aient déclaré que certains détenus ont été libérés sous caution, les informations obtenues par le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan indiquent que la plupart restent en détention sans accès à un avocat ni à la visite de leur famille dans des centres de détention centraux gérés par les agences de sécurité à Ilam, Kermanshah, Sanandaj, Orumiyeh, Téhéran et Bojnurd.(ANF) 

KURDISTAN. Ekin Wan commémorée sur sa tombe

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TURQUIE / KURDISTAN – La combattante kurde Ekin Wan, dont le corps nu a été mutilé et exhibé par des soldats turcs après sa mort lors d’un affrontement avec l’armée turque à Muş / Varto en 2015, a été commémorée sur sa tombe dans la province de Van.

Kader Kevser Eltürk (nom de guerre Ekin Wan) a été tuée en août 2015 lors de combats dans le district de Varto à Muş, alors que le couvre-feu imposé par l’État turc était en vigueur. Peu après, des photos prises par des membres d’une unité spéciale de la police turque ont fait leur apparition sur Internet. On y voyait le corps nu et mutilé d’Ekin Wan traîné dans les rues – une image gravée dans la mémoire collective de la société kurde.

La cérémonie commémorative au cimetière de Karşıyaka, dans le quartier central d’İpekyolu à Van, a été organisée par MEBYA-DER (Association de solidarité, d’unité et de culture avec les familles ayant perdu des proches dans le berceau des civilisations), qui s’occupe des personnes ayant perdu des proches lors de la lutte pour l’indépendance du Kurdistan. De nombreuses personnes ont assisté à la cérémonie. Les participants ont marché jusqu’à la tombe d’Ekin Wan sous le slogan « Şehîd namirin » (« Les martyrs sont immortels ») et ont observé une minute de silence.

S’exprimant à cette occasion, la députée du Parti démocrate-chrétien (DEM), Gülderen Varlı, a rendu hommage à Ekin Wan. Elle a déclaré que les événements de l’été 2015 avaient clairement démontré la violence et la haine de l’État turc envers le peuple kurde, et envers les femmes en particulier. « Le combat qu’Ekin Wan a laissé derrière elle éclaire notre chemin – et nous le poursuivrons », a déclaré Varlı. (ANF) 

SYRIE. Le Conseil de sécurité de l’ONU condamne les violences à Soueïda

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SYRIE. Le Conseil de sécurité des Nations Unies a condamné les actes de violence qui ont frappé la province druze de Soueïda et a mis en garde contre la menace que représentent les gangs étrangers pour la sécurité régionale et internationale, rapporte l’agence kurde ANHA.

Le Conseil a exprimé sa profonde préoccupation face à la récente escalade de la violence à as-Suweida depuis le 12 juillet, appelant toutes les parties à respecter le cessez-le-feu et à assurer la protection des civils.

Dans une déclaration présidentielle adoptée à l’unanimité par ses 15 membres, le Conseil a fermement condamné les violations contre la population, notamment les massacres et le déplacement interne d’environ 192 000 personnes. Il a souligné la nécessité de permettre aux Nations Unies, à leurs partenaires et aux organisations humanitaires un accès complet, sûr et sans entrave pour acheminer l’aide.

Le Conseil a souligné que toutes les personnes, y compris les blessés, les détenus et ceux qui se sont rendus, doivent être traitées avec humanité. Il a réitéré son appel aux autorités syriennes intérimaires pour qu’elles protègent tous les Syriens, quelle que soit leur appartenance, et qu’elles mènent des enquêtes crédibles et transparentes, conformément aux normes internationales.

Elle a également souligné la nécessité de tenir les auteurs de violences responsables de leurs actes et de les traduire en justice, soulignant l’importance de l’inclusion et de la transparence dans les processus de justice et de réconciliation pour parvenir à une paix durable.

La déclaration fait référence au 36e rapport de l’Équipe d’appui analytique et de surveillance des sanctions ciblant les groupes terroristes DAECH et Al-Qaïda, réaffirmant l’importance de lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes et mettant en garde contre la menace que représentent les combattants terroristes étrangers pour la sécurité régionale et internationale.

Le Conseil a également appelé à un processus politique global, mené par les Syriens, fondé sur la résolution 2254, garantissant la protection des droits et des aspirations légitimes de tous les Syriens, leur permettant de déterminer leur avenir de manière pacifique et démocratique. Il a renouvelé son soutien aux Nations Unies et au Bureau de l’Envoyé spécial pour faciliter la transition politique conformément aux principes de l’ONU. (ANHA)

TURQUIE. Arrestation d’un avocat qui défendait les victimes de plusieurs affaires médiatiques

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TURQUIE – L’avocat Rezan Epözdemir – qui défendait des victimes du séisme de 2023 et des familles de deux féminicides, dont celle de la jeune Kurde Pinar Gultekin – a été arrêté à Istanbul pour « corruption, espionnage politico-militaire et aide au FETÖ ».
 
 
L’avocat Rezan Epözdemir a été placée en détention sur ordre du parquet général d’Istanbul. Son domicile a été perquisitionné pour « corruption, espionnage politique et militaire et aide au FETÖ* ». Ses documents numériques ont été saisis et son passeport a été restreint pour quatre chefs d’accusation distincts. Epözdemir devait se rendre à Londres dans la matinée.
 
Me Epözdemir est connu pour avoir représenté les familles des jeunes femmes Münevver Karabulut et Pınar Gültekin, assassinées sauvagement par des hommes à des dates différentes, ainsi que celles des victimes des tremblements de terre du 6 février 2023. Plus récemment, il avait défendu la famille de Mattia Ahmet Minguzzi.
 
*FETÖ, terme péjoratif désignant le mouvement Güleniste

KURDISTAN. 4 commerces d’Ipekyolu détruits par un incendie

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TURQUIE / KURDISTAN – Quatre magasins ont été détruits à la suite d’un incendie dans le centre commercial d’İpekyolu (Rêya Armûşê), dans la province kurde de Wan.
 
Un incendie, dont la cause reste encore inconnue, s’est déclaré au centre d’affaires Ova, dans le quartier de Bahçıvan, district de Rêya Armûşê, à Van (Wan). Les pompiers sont intervenus rapidement. Après environ deux heures de travail, l’incendie a été éteint. L’incendie a causé des dégâts matériels dans quatre magasins.
 
Une enquête sur l’incendie a été ouverte.

SYRIE. Deux Kurdes d’Afrin kidnappés à Alep

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SYRIE – Des membres de la Sécurité générale de Damas ont procédé à l’enlèvement de deux jeunes parmi les Kurdes déplacés d’Afrin à Alep, sans accusations claires.

Des sources locales ont rapporté que des membres de la « Sécurité générale » affiliée au gouvernement de transition syrien ont enlevé deux jeunes hommes le 5 août : Basel Salah Kadro du village d’Omar Semo dans le sous-district de Sharan, et Ali Janidan Ahmad Muhammad, un habitant de la ville d’Afrin occupée par la Turquie.

L’arrestation a eu lieu alors qu’ils se trouvaient à Alep, à bord d’une voiture Verna argentée, selon des sources proches de leurs familles. Ils ont d’abord été conduits au commissariat d’Aziziyeh, à Alep, sans connaître les motifs principaux ni les charges retenues contre eux. L’augmentation des arrestations arbitraires visant les jeunes Kurdes suscite des inquiétudes croissantes.

Récemment, on a constaté une augmentation des incitations, de la sédition et des discours de haine de la part de partis considérés comme affiliés au gouvernement de transition syrien, que ce soit sur les réseaux sociaux ou par l’intermédiaire de certaines mosquées liées au ministère des Affaires religieuses. (ANHA)

SYRIE. Pourquoi la Turquie préfère-t-elle le HTC aux Kurdes ?

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SYRIE / ROJAVA – Pourquoi la Turquie préfère-t-elle HTC  (ou HTS) aux Kurdes ? Que représente HTS pour la Turquie ? Une alliance avec HTS contre les Kurdes est-elle compatible avec la fraternité turco-kurde ?

Il est nécessaire de comprendre les actions de la Turquie en Syrie. Le gouvernement AKP mène actuellement une propagande en Turquie pour établir une fraternité kurdo-turque et mettre fin au conflit. Or, en Syrie, il poursuit l’objectif inverse. Pour qu’une fraternité kurdo-turque puisse exister, elle doit inclure tous les Kurdes. La fraternité avec les Kurdes de Turquie ne saurait signifier une hostilité envers les Kurdes de Syrie. Imposer la destruction aux Kurdes de Syrie et les précipiter dans un massacre remettrait également en question sa rhétorique intérieure. Les intellectuels et les forces démocratiques turcs, en particulier, doivent s’interroger sur la situation en Syrie.

Le CHP et les autres partis d’opposition restent silencieux sur la Syrie. Soit ils ne suivent pas et ne s’y intéressent pas, soit ils sont complices de l’hostilité contre les Kurdes. Pourtant, ce qui s’y passe concerne directement la Turquie et sa démocratie. Vaut-il mieux pour la Turquie d’être voisine d’une Syrie démocratique, ou d’une Syrie dominée par HTS, qui partage la mentalité d’Al-Qaïda et de Daech ? La question n’est pas simple : elle concerne l’avenir de la Turquie. À l’heure actuelle, la Turquie a entièrement investi dans HTS. Malgré les massacres perpétrés contre les Alaouites et les Druzes, HTS ne suscite aucune critique de la part de la Turquie. Erdoğan affirme ouvertement son soutien inconditionnel à al-Sharaa.

Les revendications démocratiques et la quête de liberté du peuple syrien sont ignorées par la Turquie. Ce peuple a énormément souffert sous le régime Baas. Des millions de personnes ont été déplacées, des centaines de milliers ont perdu la vie. Il ne reste qu’un pays dévasté et un peuple qui lutte pour survivre dans la pauvreté. À la chute du Baas, on espérait que le peuple pourrait respirer et entrevoir des jours meilleurs, mais il s’est retrouvé confronté à une situation bien pire. Le système que HTS tente d’instaurer suscitera sans aucun doute une nostalgie du Baas. Tous les signes en sont déjà évidents. Au lieu de parvenir à l’unité nationale et de former un gouvernement inclusif, HTS a formé un gouvernement limité à lui-même. Pour asseoir sa domination, il a autorisé les massacres d’Alaouites et de Druzes.

La Turquie s’efforce d’imposer ce régime, notamment en laissant les Kurdes désorganisés et sans défense. Car actuellement, en Syrie, au nord et à l’est, règne une administration démocratique. Les peuples y cohabitent en paix. Tous les peuples, toutes les confessions et toutes les cultures y vivent librement. La Turquie s’est donné pour mission d’éliminer ce modèle. Elle réclame le démantèlement de l’administration autonome et la dissolution des FDS. Surtout, elle insiste sur le fait que les Kurdes ne doivent avoir ni identité ni statut.

La Turquie a procédé à des invasions, chassé les Kurdes des zones occupées, bombardé sans relâche la région, lâché des gangs contre la population et tenté de détruire l’économie et de déstabiliser la région. Elle a fait pression sur la coalition pour qu’elle rompe ses liens avec les FDS. En bref, elle a tout fait pour éliminer la région autonome. Pourtant, elle n’a pas réussi à l’effondrer complètement et à la disperser comme elle le souhaitait. Néanmoins, elle n’a pas abandonné cet objectif, continuant à utiliser tous les moyens et opportunités à sa disposition.

Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont désormais décidé de participer aux négociations entre le gouvernement de Damas et la région autonome. La Turquie s’y oppose. Elle ne bénéficie pas de l’influence de puissances influentes jouant le rôle de médiateurs. Il n’y a peut-être aucune chance de faire dérailler un éventuel accord. Ces puissances pourraient se porter garantes d’un accord. C’est pourquoi la Turquie tente de bloquer les négociations ou de bloquer un accord par l’intermédiaire de HTS. Grâce à des initiatives avec HTS, elle a réussi à reporter la réunion qui devait se tenir à Paris le 25 juillet. Mais il a été confirmé que cette réunion aura lieu, apparemment au milieu du mois. En réponse, la Turquie a intensifié ses efforts pour semer le trouble dans la région. Des ministres turcs ont effectué des voyages successifs en Syrie. Les responsables turcs ont multiplié les menaces contre les FDS et l’administration autonome.

Face à l’insuffisance des arguments pour discréditer l’administration autonome, la Turquie a intensifié ses efforts pour organiser les tribus avec HTS afin de créer l’instabilité. Comme elle l’a fait avec les Druzes, elle prévoit de provoquer et de diffuser de la propagande selon laquelle les tribus se rebellent contre les FDS. Pourquoi les tribus devraient-elles se rebeller ? Existe-t-il un tel contexte ou un tel besoin ? Non. Il s’agit purement et simplement d’une tentative de la Turquie et de HTS de semer la zizanie et de perturber la stabilité.

Parallèlement, la Turquie tente d’utiliser la Russie pour contrebalancer les États-Unis et Israël. La Turquie a également organisé et facilité la réunion de HTS à Moscou. N’ayant pas obtenu les résultats escomptés de la part des États-Unis et d’Israël, elle s’inquiète et tente de jouer la carte russe en réponse. Elle sait que la Russie souhaite rester en Syrie. Elle a dit à la Russie : « D’accord, vous pouvez rester, mais soutenez HTS contre les Kurdes, et nous accepterons de signer les accords que vous souhaitez. »

À y regarder de plus près, on constate qu’ils ont adopté la stratégie consistant à exploiter toutes les contradictions et tous les équilibres contre les Kurdes, et ils persistent dans cette voie. Le peuple turc et le peuple kurde devraient constamment se demander : pourquoi la Turquie préfère-t-elle HTC aux Kurdes ? Qu’est-ce que HTC pour la Turquie ? Une alliance avec HTC contre les Kurdes est-elle compatible avec la fraternité turco-kurde ?

Zeki Akil, via Yeni Özgür Politika