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« Dire qu’autrefois nous encensions ces combattantes kurdes que nous laissons massacrer aujourd’hui »

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PARIS – Dans une tribune publiée par le site Le Monde à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, l’autrice Katell Faria dénonce l’abandon des combattantes des Unités de protections des femmes (YPJ) du Rojava, par l’Europe et les États-Unis alors qu’elles font face à l’offensive du régime islamiste syrien. Elle nous a autorisé à la publier également sur notre site.

 

« Femme, vie, liberté ». Ce slogan, je ne l’ai pas découvert en 2022, après le meurtre de la jeune Kurde iranienne Mahsa Amini, assassinée par la police des mollahs pour avoir mal porté son voile. Je l’ai découvert en 2019, dans le nord-est de la Syrie, durant mon immersion au sein des Yekînen Parastina Gel (YPG) – les « unités de défense de la femme » –, aux côtés de combattantes kurdes qu’on appelle Yapaja. Quelques mois après la chute de l’organisation Etat islamique.

Pendant des semaines, l’été de cette même année, j’ai partagé le quotidien de ces femmes qui, avec leurs camarades masculins du YPG, avaient combattu Daech [l’acronyme arabe de l’organisation Etat islamique] et montré un héroïsme dont tous les médias occidentaux s’étaient, un temps, fait l’écho. Comme nous leur étions reconnaissants, alors, d’avoir lutté pied à pied contre les terroristes islamistes qui, de Rakka, nous avaient frappés jusque sur nos terrasses de café ! A cette époque, nous trouvions ces femmes admirables, et nous avions raison.

Non seulement elles avaient combattu au corps à corps nos ennemis, mais elles portaient, pour le nord-est de la Syrie, un projet de société inspiré de valeurs et de penseurs occidentaux : démocratique, laïque, socialiste, respectueux des minorités et, surtout, féministe. Ainsi, le Parti de l’union démocratique, dont elles sont le fer de lance, avait réussi à mettre en place, dans cette région minée par un patriarcat aussi brutal qu’implacable, des mesures telles que l’interdiction de la polygamie et des mariages forcés de mineures, mais aussi la possibilité, pour une femme, de demander le divorce et d’hériter.

« Femme, vie, liberté ». Ce slogan, mes camarades le prononçaient souvent. Avec force et conviction. Il résumait le combat qu’elles menaient en tant que Kurdes, mais aussi en tant que femmes : un combat pour ne plus vivre sous l’oppression, qu’il s’agisse de celle de Bachar Al-Assad, de Recep Tayyip Erdogan, de Daech ou du patriarcat. Le droit de vivre libres, elles l’avaient payé très cher, car nombre d’entre elles avaient péri dans la lutte contre le califat d’Abou Bakr Al-Baghdadi. Quant à celles qui avaient survécu, elles en étaient revenues tellement abîmées qu’à 30 ans à peine, elles semblaient en avoir 40, voire 50. Oui, leur liberté, elles l’avaient plus que méritée. Et pourtant, rien n’était gagné – elles le savaient. Sans doute pressentaient-elles que nous les trahirions un jour. Mais pas de manière si indigne…

Elles se battent encore

En effet, en décembre 2024, lorsque Ahmed Al-Charaa, soutenu par la Turquie, a chassé Bachar Al-Assad du pouvoir, c’est avec consternation qu’elles ont appris que les médias occidentaux applaudissaient ce remplacement d’un tyran raciste par un tyran djihadiste.

Puis, un an plus tard, en janvier, c’est avec écœurement qu’elles ont découvert que les gouvernements américains et français, qui les soutenaient autrefois, les abandonnaient totalement au profit du nouveau pouvoir syrien. En faisant ainsi, nos dirigeants donnaient à Al-Charaa – qui avait déjà massacré des milliers d’alaouites et de Druzes – le feu vert pour attaquer les Kurdes.

Ainsi, c’est le cœur serré que j’ai découvert, il y a quelques semaines, la vidéo sur laquelle les sbires de la nouvelle armée syrienne jettent la dépouille d’une Yapaja du haut d’un immeuble pendant les affrontements d’Alep ; celle où d’autres fracassent la statue d’une Yapaja au moment de la prise de la ville d’Al-Tabqa ; sans compter celle où une petite brute cruelle exhibe joyeusement une tresse de cheveux qu’il s’enorgueillit d’avoir découpée sur un cadavre. Comment pouvons-nous approuver une telle ignominie ? Dire qu’autrefois nous encensions ces femmes que nous laissons massacrer aujourd’hui. En les abandonnant ainsi, nous commettons une grave faute morale autant qu’une faute politique.

Mais il y a pire encore : il semble qu’à la trahison nous ajoutions désormais la calomnie. En effet, depuis quelques semaines monte une petite musique répétant que, finalement, les islamistes ne seraient pas si méchants, et les Kurdes ne seraient pas si gentils. Certains sous-entendent même qu’au fond les seconds ne vaudraient pas mieux que les premiers. On croit rêver, tant ce relativisme confine au cynisme. Non seulement nous avons réussi l’exploit, après des années de guerre contre le terrorisme islamiste, de laisser s’installer au pouvoir un ancien cadre d’Al-Nosra et fondateur de Hayat Tahrir Al-Cham ; mais en plus nous voudrions soulager notre culpabilité en faisant croire que nos alliés kurdes, qui nous ont défendus contre le mal absolu et ont porté des valeurs qui nous sont chères, ne valent pas mieux que nos ennemis ! Voilà qui manque cruellement de courage et de noblesse.

Une chose est sûre : Al-Charaa, le roi de la taqiya [l’art de la dissimulation], peut nous dire merci. En reprenant sa propagande, divulguée par ses affidés, nous lui rendons un grand service. La fin est proche, pour mes camarades Yapaja. Elles le savent. Et pourtant, elles se battent encore. Quant à leurs sœurs iraniennes, nul ne sait ce que l’avenir leur réserve. Pourtant, elles aussi se battent encore, à leur manière. Au cœur de l’horreur. En pleine tragédie. En cette Journée internationale des droits des femmes, j’aimerais que nous pensions à ces combattantes de la liberté : celles qui sont déjà mortes, celles qui vont bientôt mourir. Nous leur devons au moins ça.

Katell Faria est autrice engagée auprès des Kurdes de Syrie depuis 2018. Elle a publié notamment « L’appel du Rojava » dans l’ouvrage collectif « Femmes d’aventures » (Points, 2022).

#IRANWAR. Les bombardements déciment des familles entières au Rojhilat

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IRAN / ROJHILAT – Le Kurdistan iranien est une nouvelle fois transformé en champ de bataille sanglant. Alors que les tensions entre l’Iran et l’axe Washington-Tel Aviv s’intensifient, ce sont les civils kurdes qui paient le prix le plus lourd. En l’espace d’une semaine, plusieurs familles ont été anéanties à Divandarreh et Marivan, victimes collatérales de frappes aériennes ciblant les installations du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).

Marivan : Une famille entière fauchée à la veille d’une naissance

Le lundi 2 mars 2026, l’horreur a frappé la ville de Marivan. Une frappe aérienne visant un bâtiment des Gardiens de la révolution a provoqué des explosions d’une telle violence que les habitations civiles voisines ont été soufflées.

Au cœur de ce drame, une famille a été décimée par une frappe aérienne :

  • Mitra Jalilavi, 30 ans, originaire d’Ahvaz, enceinte de neuf mois et sur le point d’accoucher.

  • Farzad Bazargan, 34 ans, son époux, originaire du village de Dari.

  • Karen Bazargan, leur enfant de seulement quatre ans.

Mitra se préparait à rejoindre l’hôpital de Sanandaj (Sînê) pour donner la vie ; elle a trouvé la mort sous les décombres de sa propre maison, située derrière la garnison militaire.

Divandarreh : Le lourd tribut des travailleurs et des villageois

La ville de Divandarreh a également été la cible de raids intensifs menés par l’aviation américaine et israélienne. Selon l’organisation de défense des droits humains Hengaw, quatre autres civils kurdes ont perdu la vie lors de ces bombardements :

  • Le dimanche 1er mars, Soleiman Mollaviseh, habitant du village de Zaki Beg, a été tué lors des premières frappes contre les sites militaires de la ville.

  • Le samedi 7 mars, vers 10h00, trois autres vies ont été fauchées lors du bombardement de la base du CGRI sur la 16e rue : Samira Shafiei (du village de Kani Sefid), Fereydoun Amini (du village de Cholbolagh) et Hamed Saeedi, un employé du bureau de poste local.

L’injustice d’un peuple pris en étau

Ces événements tragiques illustrent l’insécurité permanente et l’injustice historique subies par le peuple kurde. Occupé par le régime iranien qui installe ses bases militaires au cœur des zones résidentielles kurdes — utilisant de fait la population comme bouclier humain — le Rojhilat est aujourd’hui bombardé par des puissances étrangères sans aucune considération pour les vies civiles.

Les images documentées par Hengaw montrent des quartiers dévastés, des infrastructures électriques coupées et des familles endeuillées. Une fois de plus, le Kurdistan paie le prix d’une guerre dont il n’est pas l’acteur, mais la victime impuissante.

ROJAVA. Massacre des Kurdes d’Afrin occupée par la Turquie

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SYRIE / ROJAVA – Alors que les discours internationaux évoquent parfois un retour à la stabilité, la réalité sur le terrain dans le nord de la Syrie crie l’inverse. À Afrin, l’insécurité n’est pas une fatalité, mais une arme politique. Dans cette région occupée, le peuple kurde continue de subir un nettoyage ethnique silencieux, marqué par des enlèvements, des déplacements forcés et des assassinats perpétrés en toute impunité par les milices soutenues par la Turquie.

Des visages derrière les chiffres

Les victimes n’étaient pas des combattants, mais des travailleurs de la bijouterie locale :

  • Morad Hussein Aziz : originaire du village de Yalanqoz (district de Jinderes) et membre de la famille Itara.

  • Ahmed Barakat : orfèvre originaire de la campagne méridionale de Sefira (Jabal al-Hass).

  • Une troisième victime : également orfèvre dans le même atelier, dont l’identité reste encore à confirmer.

Ces hommes ont été abattus pour leur or et leur argent, mais surtout parce que dans l’Efrîn occupée depuis 2018, la vie d’un Kurde ne bénéficie d’aucune protection légale.

L’autonomie : un droit vital à la dignité

Ce drame rappelle pourquoi le peuple kurde ne cessera jamais de réclamer l’autonomie. L’autonomie n’est pas une simple ligne politique, c’est le droit fondamental de vivre sur sa terre ancestrale sans craindre d’être kidnappé, déplacé ou assassiné en toute impunité.

Depuis l’invasion, des milliers de Kurdes ont disparu dans les geôles des mercenaires de l’armée syrienne sous tutelle turque. Ce triple meurtre est le symbole d’un système qui utilise la terreur pour empêcher tout retour des personnes déplacées et pour achever la spoliation des richesses de la région.

Où sont les garanties ?

Parler du « retour des réfugiés » à Efrîn est un mirage criminel tant que les assassins de Morad et Ahmed circulent librement. Qui protégera les survivants ? Qui demandera des comptes aux bourreaux ? Sans une reconnaissance internationale de l’injustice subie par les Kurdes, le nettoyage ethnique se poursuivra sous le masque d’une stabilité de façade.

SYRIE. Quels sont les obstacles à l’intégration des YPJ ?

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SYRIE / ROJAVA – Alors que la Syrie entame une phase de transition politique complexe en 2026, l’accord d’intégration entre les Forces démocratiques syriennes (FDS) et le Gouvernement de transition syrien (GTS) se heurte à un obstacle idéologique majeur : la place des femmes au sein de la défense nationale. Dans cette analyse, la chercheuse Meghan Bodette explore les tensions entourant l’avenir des Unités de défense féminines (en kurde : Yekîneyên Parastina Jin, YPJ). Entre l’expertise militaire reconnue de ces combattantes kurdes et les réticences d’un nouveau pouvoir aux racines conservatrices, ce dossier révèle une profonde injustice : alors que les normes régionales évoluent, de la Jordanie à l’Arabie saoudite, les pionnières de la lutte contre Daech risquent d’être exclues de l’armée qu’elles ont contribué à rendre possible.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, et le Gouvernement de transition syrien (GTS) œuvrent depuis près d’un mois à la mise en œuvre d’un accord d’intégration. L’intégration militaire s’avère être l’un des dossiers les plus difficiles à résoudre. Ce point crucial est encore compliqué par le désaccord entre les deux parties sur un principe fondamental : le droit des femmes à participer pleinement à la vie publique.

Depuis sa création, les Forces d’autodéfense syriennes (FAD) ont permis aux femmes d’occuper tous les postes militaires, y compris au combat en première ligne. L’une de ses composantes fondatrices était les Unités de défense féminines (YPJ), une force armée entièrement féminine dotée de sa propre structure de commandement autonome.

Le STG est dirigé par d’anciens membres de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), un groupe islamiste radical. Les femmes n’ont pas servi dans les forces armées de HTS. Le groupe imposait des restrictions sévères aux droits et libertés individuelles des femmes lorsqu’il gouvernait la province d’Idlib avant décembre 2024.

Les dirigeants kurdes syriens souhaitent que les combattantes des YPJ soient autorisées à intégrer les quatre nouvelles brigades qui seront créées pour les anciens membres des FDS, conformément à l’accord d’intégration du 30 janvier 2026. Jusqu’à présent, le STG a rejeté cette demande.

L’intégration des YPJ est une priorité absolue pour les négociateurs kurdes et les communautés qu’ils représentent . Permettre aux femmes kurdes d’intégrer les forces armées favoriserait l’égalité des droits et constituerait un pas vers une armée représentative de toutes les composantes de la société syrienne. Cela permettrait également à Damas de tirer profit des partenariats internationaux et de l’expérience que les YPJ ont acquis au fil des années de collaboration avec la Coalition mondiale dirigée par les États-Unis.

LES YPJ 

Le premier bataillon des YPJ a été fondé en 2013 à Afrin, dans le nord-ouest de la Syrie. Elles comptent aujourd’hui environ 2 000 à 2 500 combattantes.

Le groupe affirme son engagement en faveur de la liberté des femmes et des droits des Kurdes. Nombre de ses membres ont été motivées à le rejoindre pour échapper aux normes sociales patriarcales en vigueur dans leur pays et pour résister aux crimes commis contre les femmes par des acteurs étatiques et non étatiques ciblant les Kurdes syriennes. Conformément au principe d’autonomie des femmes appliqué dans les structures militaires et civiles du nord-est de la Syrie, l’ensemble de la hiérarchie des YPJ était féminine. Bien que des unités mixtes existassent sur le terrain et que des commandants des deux sexes dirigeaient des opérations, toutes les décisions internes concernant les femmes étaient prises par des femmes.

Les combattantes des YPJ ont participé à toutes les batailles majeures contre Daech dans le nord-est de la Syrie. Leurs unités ont coopéré avec la Coalition mondiale contre Daech, dirigée par les États-Unis, et ont reçu une formation de sa part.

Pour faciliter l’intégration, les YPJ ont renoncé à leur structure de commandement autonome. Elles sont disposées à s’intégrer au sein des nouvelles divisions et brigades de l’armée syrienne qui seront créées conformément à l’accord du 30 janvier.

Cadres juridiques et institutionnels

La loi syrienne n’interdit pas explicitement aux femmes de s’enrôler dans les forces armées. Avant 2024, certaines femmes servaient dans l’armée syrienne, bien que cela fût culturellement déconseillé et que leur rôle fût généralement symbolique .

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement de l’État de Syrie (GST ou STG) n’a adopté aucune nouvelle loi visant à empêcher la participation des femmes dans l’armée. L’article 10 de sa déclaration constitutionnelle stipule que « tous les citoyens sont égaux devant la loi en droits et en devoirs, sans discrimination fondée sur la race, la religion, le sexe ou l’origine ». En théorie, cela pourrait constituer le fondement de la non-discrimination et d’un droit égal à participer aux institutions de l’État, y compris aux forces armées.

Les Kurdes syriens estiment que l’opposition à l’intégration des YPJ est largement liée à l’idéologie et à l’inertie institutionnelle. Les dirigeants du GST sont issus d’une tradition politique fondamentaliste où les femmes sont exclues de la vie politique et sécuritaire. La politique du STG en matière de droits des femmes est bien plus modérée que celle du HTS à Idlib, et quelques femmes ont accédé à des postes politiques à Damas. Cependant, le chemin est encore long avant d’atteindre une égalité totale, notamment dans des domaines comme la sécurité et la défense.

Comme l’explique l’Institut pour l’étude de la guerre, le gouvernement de transition syrien (GTS) « constitue une nouvelle armée syrienne à partir de la multitude de groupes armés islamistes et autres groupes d’opposition avec lesquels Shara s’est allié pour renverser le régime d’Assad. Cette nouvelle armée est principalement composée de factions ayant rejoint Hayat Tahrir al-Sham (HTS) au sein de la salle d’opérations Fateh al-Mubin qui a renversé Assad, d’une part, et de factions soutenues par la Turquie qui faisaient partie de l’Armée nationale syrienne (ANS) et de la salle d’opérations Fajr al-Hurriya, d’autre part. » Aucun de ces groupes armés n’acceptait les femmes. Certains sont dirigés par des hommes faisant l’objet de sanctions internationales pour une longue liste d’exactions, notamment des violences sexuelles et sexistes. Une armée composée de tels groupes a peu de chances, pour le moins, d’être institutionnellement préparée à travailler avec des femmes.

La taille des brigades à créer pour les anciens membres des FDS est un autre point de désaccord dans les négociations, ce qui complique l’intégration des femmes. Les brigades de l’armée syrienne comptent généralement entre 3 000 et 5 000 combattants. Le gouvernement aurait exigé que les nouvelles brigades soient encore plus petites, limitant ainsi le nombre total de militaires que les FDS peuvent intégrer. Il aurait également rejeté l’intégration des YPJ en tant que brigade distincte.

Sécurité militaire vs. sécurité intérieure : pourquoi cette différence ?

En novembre 2025, la Syrie a annoncé que ses forces de sécurité intérieure et sa police, placées sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, seraient ouvertes aux femmes. Elle a également autorisé les femmes membres des Forces de sécurité intérieure (FSI), affiliées aux FDS, à s’intégrer dans les mêmes conditions que leurs homologues masculins. Comprendre les raisons de cette divergence peut contribuer à définir des cadres pour l’intégration des jeunes femmes dans les forces armées.

La nature des activités des deux institutions ne sera probablement pas le facteur déterminant. Le ministère syrien de l’Intérieur mène des opérations qui relèvent traditionnellement de l’armée, comme les missions de lutte contre Daech. Les unités antiterroristes des Forces de sécurité intérieure (FSI), composées d’hommes et de femmes et menant des missions similaires à celles des unités antiterroristes des Forces démocratiques syriennes (FDS), ont été aperçues assurant la sécurité du gouverneur de Hassaké, nommé par les FDS, ce qui laisse supposer qu’elles sont incluses dans le cadre de l’accord d’intégration de la sécurité intérieure.

Le ministère de l’Intérieur est une institution plus « modérée » que l’armée. La nouvelle armée syrienne est devenue le refuge des éléments les plus extrémistes de la coalition du président de transition Ahmed al-Charia, notamment des djihadistes étrangers et des chefs de guerre sanctionnés par les États-Unis. Certains de ces groupes et individus sont si hostiles aux minorités ethniques et aux femmes que la participation des YPJ à cette même structure militaire pourrait s’avérer dangereuse.

La communauté internationale est davantage impliquée auprès du ministère de l’Intérieur qu’au sein de l’armée. Toutes les missions conjointes syro-américaines de lutte contre Daech ont été menées par l’intermédiaire du ministère de l’Intérieur. Les dirigeants syriens pourraient donc privilégier les priorités internationales, telles que le pluralisme, au sein des forces de sécurité intérieure plutôt qu’au sein de l’armée.

Certaines propositions d’intégration suggèrent que les YPJ rejoignent le ministère de l’Intérieur, ce qui leur permettrait à la fois de poursuivre leurs missions de lutte contre le terrorisme, domaine dans lequel elles excellent, et de répondre aux préoccupations relatives aux droits des femmes en temps de paix, contrairement à l’armée. Bien qu’il puisse s’agir d’un compromis à court terme, les femmes kurdes qui souhaitent intégrer les forces de sécurité intérieure et la police gouvernementales peuvent déjà le faire. La participation des femmes aux forces armées est particulièrement importante pour les femmes des YPJ elles-mêmes, ainsi que pour diverses raisons de sécurité et de stabilité politique.

Normes régionales

 

De nombreux pays arabes autorisent les femmes à servir dans les forces armées et prennent des mesures pour encourager une participation féminine encore plus importante. Ces exemples ne sont pas directement transposables à l’intégration des FDS à Damas : les YPJ sont des unités féminines pleinement constituées et aguerries au combat, qui demandent simplement à pouvoir poursuivre leurs activités au sein de l’armée nationale de leur pays. Cependant, les États de la région peuvent démontrer aux dirigeants syriens que la culture et la religion ne constituent pas un obstacle à l’intégration des femmes dans l’armée. Cela pourrait contribuer à atténuer l’opposition idéologique.

La Jordanie, le Liban et l’Irak, pays voisins, autorisent tous les femmes à servir dans les forces armées. La Jordanie a autorisé le recrutement de femmes diplômées de l’université comme officières pour des fonctions civiles en 1973 et a ouvert les postes opérationnels aux femmes en 2006. En 2022, les forces armées jordaniennes employaient 18 038 femmes, soit 17,4 % de leurs effectifs, même si la grande majorité occupait des postes médicaux ou administratifs. Elles se sont fixé un objectif de 3 % de participation féminine aux unités combattantes . Le Liban a autorisé les femmes à intégrer l’armée pour des postes non combattants dans les années 1990. En 2019, le pays s’efforçait d’ouvrir les postes de combat aux femmes. Cette année-là, environ 4 000 femmes servaient dans les forces armées libanaises, certaines étant déployées dans des zones de mission critiques.

La participation des femmes aux forces armées est également en hausse dans les pays du Golfe. Les Émirats arabes unis autorisent les femmes à intégrer leurs forces armées depuis 1990. Le pays abrite la première académie militaire féminine de la région, l’ école militaire Khawla bint Al Azwar, qui forme désormais des femmes d’autres pays arabes. En septembre 2014, Mariam al-Mansouri, pilote de chasse émiratie, a participé à des missions de combat contre Daech au-dessus de la Syrie. L’Arabie saoudite a elle aussi ouvert ses forces armées aux femmes en 2021, trois ans seulement après avoir accordé aux Saoudiennes le droit de conduire.

La Ligue arabe, dont la Syrie est membre, dispose d’un Plan d’action exécutif sur les femmes, la paix et la sécurité. Ce Plan d’action recommande aux États membres de « revoir les lois régissant les institutions militaires et les forces de police, ainsi que la mesure dans laquelle elles autorisent les femmes à y être affiliées » et de « promouvoir la participation des femmes aux forces armées, aux forces de police et aux forces de maintien de la paix des Nations Unies ».

Article d’origine à lire sur le site Kurdish Peace Institut « YPJ Integration: What are the Obstacles?« 

 

ROJAVA. Trois civils abattus dans le canton d’Afrin

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SYRIE / ROJAVA – Ce matin, l’horreur a de nouveau frappé Jinderes, un district d’Afrin. Trois civils kurdes — un bijoutier, un propriétaire de bureau de change et leur employé — ont été lâchement assassinés pour être dépouillés de leur argent et de leurs bijoux.

Cet acte criminel ne peut être dissocié du climat d’injustice absolue qui règne sur Afrin depuis son invasion en mars 2018. Occupée par des factions affiliées à la Turquie, la région est devenue le théâtre de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité systématiques.

L’assassinat de ces trois hommes illustre la vulnérabilité extrême d’un peuple dont la simple existence sur sa terre ancestrale est menacée par une politique délibérée de terreur et de spoliation. Alors que le monde détourne le regard, le peuple kurde continue de subir une oppression brutale visant à parachever un nettoyage ethnique par le sang et le pillage.

KURDISTAN. Une attaque de drones fait des victimes à Erbil

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IRAK / KURDISTAN – La nuit dernier, une nouvelle attaque de drone a ciblé l’aéroport international d’Erbil (en kurde : Hawler), au Kurdistan du Sud. L’attaque a fait un mort et trois blessés.

Alors que les tensions régionales s’intensifient, la province kurde d’Erbil (Hewlêr) continue de payer le prix fort d’une guerre qui ne dit pas son nom. Dans la nuit de mardi à mercredi, une série d’attaques coordonnées a de nouveau frappé la capitale du Kurdistan irakien, illustrant une fois de plus l’injustice historique d’un peuple pris en étau entre des puissances impériales et leurs milices affiliées.

Neuf frappes de drones sur Hewlêr : un bilan humain tragique

Selon le gouverneur Umed Xoşnaw, la ville a été la cible de neuf frappes de drones au cours de la nuit. Si la majorité des engins ont été interceptés par les systèmes de défense de la coalition internationale, l’un d’eux a réussi à s’écraser à proximité de l’aéroport international d’Erbil.

L’explosion a coûté la vie à Welat Tahir, un agent de sécurité aéroportuaire. Ce père de deux enfants est la dernière victime en date d’un conflit qui ignore la souveraineté kurde. Trois de ses collègues ont également été blessés dans cette attaque, qui visait une zone civile et stratégique essentielle à la survie économique de la région.

Bagdad également visée : la base Victory prise pour cible

Parallèlement aux frappes sur le Kurdistan, une attaque de drone a été déjouée à Bagdad vers 4 heures du matin. Deux appareils se dirigeant vers le complexe de la base Victory, où stationnent des conseillers de la coalition internationale, ont été interceptés par la défense aérienne. Bien qu’aucun dégât majeur n’ait été signalé dans la capitale irakienne, ces événements confirment une stratégie d’embrasement global dont le territoire kurde reste la cible privilégiée.

Le Kurdistan : terrain de jeu sanglant du régime iranien

Ces agressions ne sont pas isolées. Elles s’inscrivent dans une campagne de terreur menée par des milices irakiennes affiliées au régime iranien. Ces groupes ont explicitement annoncé leur intention de frapper les installations liées aux États-Unis en Irak et au Kurdistan (KRI) pour soutenir les intérêts de Téhéran.

Cette situation souligne l’injustice permanente subie par les Kurdes

Le Sud-Kurdistan est devenu la cible quotidienne de roquettes et de drones, transformant la vie des civils en un enfer d’insécurité.

Outre les infrastructures, les camps des groupes kurdes de l’Est (Rojhelat) situés au KRI sont aussi visés, témoignant d’une volonté de briser toute forme de résistance kurde, qu’elle soit politique ou culturelle.

Le monde reste largement silencieux face à ces violations répétées du droit international sur le sol kurde. En refusant de garantir une protection réelle à Erbil, la communauté internationale laisse le champ libre à un nettoyage ethnique et politique qui ne cesse de s’étendre, sacrifiant une nouvelle fois le peuple kurde sur l’autel de la géopolitique mondiale.

ROJAVA. Les femmes kurdes exigent la libération de leurs proches détenus par Damas

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SYRIE / ROJAVA – À l’occasion de la Journée internationale du 8 mars, les femmes kurdes se sont rassemblé dans la salle omnisports jouxtant le stade Haytham Kajo, pour célébrer le 8 mars, mais surtout exiger leurs proches (civils et soldats kurdes) capturés par les gangs de Damas et de Turquie en janvier et en février 2026.

 

Une importante manifestation organisée par le mouvement des femmes kurdes, Kongra Star, a débuté il y a peu à Qamishli, dans la salle omnisports jouxtant le stade Haytham Kajo, à l’occasion de la Journée internationale des femmes. De nombreuses femmes de la ville et des familles de prisonniers des Forces démocratiques syriennes capturés apr Damas y ont participé.

Cette année, la commémoration de la Journée internationale des femmes se déroule dans un contexte exceptionnel au Rojava, suite aux attaques perpétrées par des factions du gouvernement intérimaire syrien. De ce fait, l’événement a pris un caractère de protestation et a véhiculé des messages politiques et humanitaires clairs.

Lors de la manifestation, le slogan « Fidèles à la philosophie de Jin jiyan azadî (femme, vie, liberté), nous protégeons les acquis de la révolution féministe » a été scandé. Des centaines de femmes se sont rassemblées, brandissant des photos de leurs fils emprisonnés et des banderoles exigeant des informations sur leur sort et leur libération immédiate.

Les participants ont scandé des slogans réclamant justice pour les prisonniers, la fin des injustices dont ils sont victimes et la révélation de leur sort. Ils ont insisté sur l’urgence de leur libération et du retrait de leurs chaînes afin qu’ils puissent retrouver leurs familles.

Les participants ont également brandi des banderoles avec des slogans tels que « Nous voulons notre frère emprisonné » et « Rendez-nous nos fils emprisonnés ».

Les femmes portaient des foulards verts ornés du slogan « Femmes, Vie, Liberté », une scène reflétant la détermination des femmes du Rojava à poursuivre leur lutte et à défendre les acquis de la révolution des femmes. (ANHA)

Amedspor : Quand le stade devient le cœur battant du 8 mars

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TURQUIE / KURDISTAN – Hier, le stade d’Amedspor à Diyarbakır n’a pas seulement fêté une victoire sportive (1-0 contre Serikspor) ; il a vibré d’une ferveur militante à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Pour ce club, qui porte fièrement l’identité et les aspirations du peuple kurde, chaque match est une affirmation de soi face à l’adversité.

Victime régulière d’attaques racistes et de pressions politiques en raison de son nom et de ses racines, l’Amedspor transforme son terrain en un espace de lutte pour la justice. Sous une immense bannière proclamant « Le monde devient plus beau grâce au travail des femmes » (Dünya kadının emeğiyle güzelleşir), les supporters ont rappelé que le combat pour l’égalité des genres est indissociable de la lutte pour les droits fondamentaux et la reconnaissance culturelle.

Les affiches déployées dans les tribunes — mêlant symboles de résistance et figures féminines protectrices — soulignaient l’engagement profond du club en faveur des droits. Malgré les hostilités extérieures, cette soirée a prouvé que l’Amedspor reste un pilier de la dignité, où le succès sportif se conjugue avec un message politique fort : celui d’un peuple qui refuse d’être réduit au silence.

Kurdistan : Décoloniser pour briser le cycle des guerres impériales

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COLONIALISME. Le Kurdistan n’est pas un simple champ de bataille, c’est une nation colonisée. Depuis les accords secrets Sykes-Picot en 1916 et la trahison du traité de Lausanne en 1923, le peuple kurde est sacrifié sur l’autel des intérêts impérialistes. Aujourd’hui, alors que l’Iran, les USA et Israël règlent leurs comptes sur le sol kurde, la décolonisation de ce territoire divisé n’est plus seulement une question de justice : c’est l’unique clé d’une stabilité durable pour tout le Moyen-Orient. Un Kurdistan souverain est le seul rempart capable de briser un siècle de génocides et de guerres par procuration.

La guerre qui oppose actuellement l’Iran, les États-Unis et Israël sur le sol kurde démontre une vérité brutale : le Kurdistan ne pourra sortir de son statut de victime collatérale que par une décolonisation totale. Ce territoire, divisé et partagé entre des puissances impériales, est aujourd’hui utilisé comme un ring où les empires règlent leurs comptes. Décoloniser le Kurdistan, c’est mettre fin à cette exploitation géographique qui transforme chaque ville kurde en cible de substitution dès qu’une tension éclate entre Téhéran, Washington ou Tel-Aviv.

L’origine du crime : Sykes-Picot et la trahison de Lausanne

Cette tragédie n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence d’un dépeçage méthodique planifié il y a plus d’un siècle. Tout commence avec les accords secrets Sykes-Picot en 1916, où la France et le Royaume-Uni, dans le plus pur style impérialiste, ont dessiné des lignes arbitraires sur une carte pour se partager les dépouilles de l’Empire ottoman. Ces tracés, réalisés sans aucune considération pour les peuples locaux, ont ignoré l’existence même de la nation kurde.

Bien que le Traité de Sèvres (1920) ait brièvement laissé entrevoir une indépendance, c’est le Traité de Lausanne en 1923 qui a scellé la trahison. En cédant aux exigences de la nouvelle République turque et en préservant les intérêts coloniaux franco-britanniques, les puissances mondiales ont écartelé le Kurdistan entre quatre États : la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie. Ce partage criminel a transformé une nation millénaire en une mosaïque de minorités opprimées au sein de leurs propres terres, créant une plaie ouverte qui saigne encore aujourd’hui.

Le prix du partage : une litanie de génocides

Ce carcan colonial a engendré un siècle de massacres systématiques visant à briser toute velléité d’existence kurde. En privant les Kurdes d’un État, les puissances impériales ont offert un permis d’exterminer aux régimes occupants :

  • En Turquie : Les massacres de Zilan (1930) et de Dersim (1937-1938) ont marqué le début d’une politique de négation identitaire sanglante.

  • En Irak : L’opération Anfal (1988) a coûté la vie à près de 182 000 civils, culminant avec l’attaque chimique d’Halabja.

  • En Iran : Depuis 1979, une répression féroce frappe le Rojhelat, illustrée par des exécutions de masse et des bombardements qui se poursuivent encore aujourd’hui.

  • Le génocide des Yézidis (2014) : L’abandon du Sinjar a permis à Daech de perpétrer un génocide, rappelant que sans souveraineté, le peuple kurde reste exposé à l’extermination.

La résistance actuelle : Moteur de la décolonisation

Face à cette oppression séculaire, la résistance kurde n’est plus seulement une force d’autodéfense, mais le moteur d’une alternative politique pour tout le Moyen-Orient. En 2026, cette résistance s’articule sur plusieurs fronts :

  • Une force de stabilisation : Au Rojava comme au Bashur, les forces kurdes sont les seules à maintenir une stabilité relative face à l’effondrement des États centraux.

  • L’avant-garde de la démocratie : Du soulèvement « Jin, jiyan, azadî (Femme, Vie, Liberté) » au Rojhelat aux modèles d’administration autonome, la résistance kurde porte un projet de société décentralisé et féministe.

  • Une opportunité de changement : Les groupes kurdes d’Iran voient dans les crises actuelles une fenêtre historique pour renverser la tyrannie et transformer le chaos impérialiste en libération nationale.

L’État kurde : Le pilier de stabilité du Moyen-Orient

L’émergence d’un État kurde souverain et unifié ne serait pas un facteur de désordre, mais au contraire le pilier de stabilité qui manque au Moyen-Orient. Un Kurdistan indépendant agirait comme une force d’équilibre capable de neutraliser les guerres par procuration en contrôlant ses propres frontières, d’offrir un modèle de pluralisme démocratique face aux dictatures voisines, et de sécuriser les ressources régionales loin des chantages impériaux.

La survie du Moyen-Orient dépend de la fin de ce partage colonial hérité de Sykes-Picot et de Lausanne. La création d’un État kurde est la seule réponse structurelle capable de briser l’ambition des empires et de restaurer une paix durable.

KURDISTAN. Souleimaniye sous le feu d’une offensive coordonnée

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IRAK / KURDISTAN – L’Iran et ses alliés irakiens intensifient les tensions au Kurdistan par une série d’attaques délibérées contre des infrastructures civiles. Après avoir visé un établissement hôtelier à Erbil hier, une nouvelle agression a frappé la province de Souleimaniye cette nuit.

Ce samedi soir, l’explosion d’un drone à proximité immédiate de l’hôtel Titanic, à Souleimaniye, illustre une volonté manifeste de briser la sécurité et la stabilité des régions kurdes. Cette répétition d’actes hostiles contre des cibles non militaires souligne l’escalade dangereuse imposée par le régime iranien et ses milices affiliées au cœur du territoire kurde. Ces frappes, menées sur plusieurs fronts, exploitent délibérément l’absence de systèmes de défense aérienne dans cette province pour semer la terreur au sein de la population.

Bien que le bilan humain précis soit encore en cours d’évaluation, les premières informations font état de plusieurs blessés parmi les civils et le personnel de sécurité, principalement touchés par des éclats et le souffle de l’explosion. Les dégâts matériels sont importants : les vitrines de l’hôtel Titanic ont été soufflées et plusieurs véhicules stationnés aux alentours ont été partiellement détruits, témoignant de la puissance de la charge emportée par le drone.

Une frappe chirurgicale contre des cibles civiles et militaires

L’offensive a frappé plusieurs points stratégiques de la province :

  • L’hôtel Titanic : Ce complexe hôtelier renommé, symbole de la vie urbaine de Souleimaniye, a été pris pour cible, mettant en péril de nombreux civils.

  • Le commandement des Peshmergas : Une base militaire de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) a été directement visée, soulignant la volonté des assaillants de frapper les forces de défense kurdes.

  • Le camp de Zergwez : À l’est de la ville, la base du groupe kurde iranien Komala a subi un bombardement intensif.

L’absence de défense aérienne : une vulnérabilité exploitée

Cette attaque met en lumière une injustice flagrante dans la protection du territoire. Alors que d’autres secteurs du Kurdistan disposent de certains dispositifs de surveillance, la province de Souleimaniye est totalement dépourvue de capacités de défense aérienne. Ce vide défensif a laissé le ciel de la province à la merci des missiles ou drones ennemis, incapables d’être interceptés avant l’impact.

Mort d’un combattant kurde

Le mouvement Komala a officiellement annoncé le martyre de l’un de ses combattants lors de l’attaque de sa base à Zergwez. Sa photographie a été diffusée par l’organisation, témoignant du prix humain payé par la résistance kurde au cours de cette nuit d’agression.

Cette offensive massive contre une province kurde stratégique semble viser non seulement les forces d’opposition, mais aussi à déstabiliser l’administration locale et à intimider la population civile de Souleimaniye.

Jin, Jîyan, Azadî : Universalité sans effacement des racines kurdes

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PARIS – En ce 8 mars 2026, Journée internationale des droits des femmes placée sous le signe de « Droits. Justice. Action. », rendons hommage aux pionnières invisibilisées : Gökçe Ciftci nous rappelle avec force que l’universalité de « Jin, Jîyan, Azadî » (Femme, Vie, Liberté) ne saurait s’édifier sur l’effacement des femmes kurdes qui en ont forgé le sens et la puissance au fil des décennies de résistance.

 

À la mémoire de toutes celles qui ont porté la vie, enfanté le monde, éduqué les générations en transmettant à l’humanité, la philosophie de Jin, Jîyan Azadî.

« Jin, Jîyan, Azadî » (Femme, Vie, Liberté). Trois mots devenus un cri universel, scandé dans les rues de Téhéran, repris à travers le monde, porté par des millions de femmes et d’hommes réclamant dignité et liberté. Ce slogan appartient aujourd’hui à toutes celles et ceux qui luttent contre l’oppression.  

Mais l’universalité ne doit jamais se construire sur l’effacement. 

Car Jin Jîyan Azadî n’est pas né du hasard, ni d’un moment révolutionnaire récent. Il est issu du mouvement de libération du Kurdistan, forgé au fil des décennies de résistance, de luttes féministes radicales et d’organisation politique menée par des femmes kurdes qui ont placé la libération des femmes au cœur même du combat pour la liberté. 

Ce n’est donc pas un hasard si la révolution en Iran a débuté dans les régions kurdes du pays. Ce n’est pas un hasard si l’étincelle fut l’assassinat de Jîna Amînî, une jeune femme kurde, arrêtée parce que femme, tuée parce que libre, et invisibilisée jusque dans son prénom même que le régime iranien tenta d’effacer et remplacer par Mahsa, prénom non kurde, imposé par l’État colonialiste.  

La révolution n’a pas commencé à Téhéran. Elle a commencé là où la résistance est ancienne, là où la liberté se paie depuis longtemps, même avant la république islamique, pendant le règne du Shah, au prix du sang, là où les femmes kurdes se battent depuis des générations contre le patriarcat, mais aussi, contre le colonialisme et la dictature. 

Rappeler cela ne signifie en aucun cas revendiquer une propriété du slogan. Ce plaidoyer ne vise ni l’exclusivité ni la confiscation de Jin, Jîyan, Azadî, au profit des seules femmes kurdes. Bien au contraire, si ce slogan a traversé les frontières, c’est précisément parce que sa portée est universelle. 

Mais l’universalité ne justifie pas l’amnésie. Elle ne peut servir d’alibi à une exclusion immorale et malhonnête. 

Car cette tentative d’effacement des combattantes kurdes de ce mouvement révèle malheureusement une mentalité encore trop répandue au Moyen-Orient : celle de peuples qui se soulèvent, à travers l’histoire, contre les injustices, les dictatures, l’effacement de l’État de droit… mais seulement lorsqu’ils se sentent directement concernés…  

On assiste alors, trop souvent, non pas à une véritable libération, mais au simple remplacement d’une dictature par une autre, généralement, une dictature laïque remplacée par une dictature islamiste, ou l’inverse. Le pouvoir change certes de visage, mais la logique d’oppression demeure la même. Ce sont les minorités qui en font, toujours en premier, les frais. Et bizarrement les fervents défenseurs des libertés issus de la population colonialiste tombent soudainement dans le mutisme… 

C’est précisément là que réside l’une des causes profondes de l’instabilité chronique de la région.  

Les droits et les libertés ne peuvent être défendus uniquement pour celles et ceux qui pensent comme nous, prient comme nous, ou luttent sous nos drapeaux. 

L’indignation face à l’injustice, face à la barbarie, ne peut être à géométrie variable. Car lorsqu’elle l’est, le mouvement, quel qu’il soit, quelles que soient ses intentions initiales, est condamné à l’échec.

 

 

 

Effacer l’origine d’un slogan, c’est effacer les femmes qui l’ont porté quand personne ne les regardait. C’est vouloir jouir de la lumière sans reconnaître celles qui ont allumé la flamme. 

Reconnaître l’origine kurde de Jin Jîyan Azadî n’enferme pas ce slogan, cela l’honore. Nommer les combattantes kurdes, ce n’est pas diviser, c’est réparer une injustice. Refuser leur effacement, ce n’est pas hiérarchiser les souffrances, c’est refuser la falsification de l’histoire. 

Une révolution qui commence par effacer ses pionnières trahit déjà ses principes ! 

Jin Jîyan Azadî appartient aujourd’hui au monde, oui. Mais le monde a une dette envers celles qui l’ont fait naître. Et reconnaître cette vérité n’enlève rien à personne, elle rend simplement justice à celles que l’on tente trop souvent de faire disparaître.

Par Gökçe CIFTCI, une jeune franco-kurde basée à Montpellier 

Histoire oubliée : la brève liberté du Kurdistan (1979) et l’année où Khomeini y a mis fin (1980)

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IRAN / ROJHILAT – Dans ce récit historique et analytique, la chercheuse Rojîn Mûkrîyan revient sur l’acte de naissance sanglant de la République islamique : la répression du Kurdistan. En retraçant l’expérience éphémère mais fondatrice des conseils d’autogestion du Rojhilat en 1979, l’auteure démontre comment le nouveau pouvoir clérical a sacrifié l’aspiration démocratique kurde sur l’autel de l’intégrité territoriale et du dogme théocratique. Entre solidarités fracturées de la gauche iranienne et militarisation outrancière du régime, ce texte met en lumière une rupture qui, quarante-cinq ans plus tard, demeure la clé de voûte de toute alternative démocratique en Iran.

Au lendemain de la révolution de 1979, les cités kurdes d’Iran ont connu une brève période d’autogestion par le biais de conseils locaux. Cette expérience démocratique prit fin brutalement en 1980, sous l’impulsion de Khomeini, faisant du Kurdistan le premier grand champ de bataille du nouveau régime.

La confrontation entre le peuple kurde et la République islamique (RII) est une caractéristique structurelle du régime depuis sa fondation. Perçus d’emblée comme une menace, les Kurdes ont boycotté le référendum de mars 1979 et refusé l’ordre théocratique. Au Rojhilat, ils ont instauré des conseils de villages et de villes, pratiquant une démocratie participative qui organisait la vie quotidienne.

Cette autonomie était intolérable pour le pouvoir clérical. Qualifiant immédiatement ce projet de menace pour l’« intégrité territoriale », Téhéran a déchaîné le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), alors naissant, et ses juges de la charia. Ce qui suivit ne fut pas une opération de police temporaire, mais une répression militarisée et systémique.

La première confrontation (1979-1980)

Les premiers mois post-révolutionnaires furent marqués par une escalade fulgurante de la violence. Lors du « Newroz sanglant » de Sanandaj (18-21 mars 1979), les milices islamistes et le CGRI attaquèrent les organisations kurdes et de gauche, faisant environ 200 morts sous les tirs d’hélicoptères de combat. Le conflit gagna rapidement Naqqadeh, Paveh et Mahabad. En juillet 1979, l’exode de protestation à Mariwan vit des milliers d’habitants quitter la ville durant quinze jours pour dénoncer la militarisation et les campagnes médiatiques hostiles, suscitant un élan de solidarité à travers l’Iran.

« Cette expérience d’autonomie était intolérable pour le nouveau pouvoir clérical, qui a immédiatement considéré l’autonomie kurde comme une menace pour l’intégrité territoriale et a déchaîné les Gardiens de la révolution et les juges de la charia pour la réprimer. »

Le 19 août 1979, Khomeiny déclara officiellement le djihad, qualifiant les rebelles kurdes de mohareb (« ceux qui font la guerre à Dieu »). L’armée et le CGRI furent massivement mobilisés. La première guerre du Kurdistan (août-septembre 1979) imposa un contrôle militaire sur les centres urbains. Malgré un bref cessez-le-feu, les hostilités reprirent en avril 1980. Cette seconde guerre fit environ 10 000 victimes kurdes, marquées par des bombardements de zones civiles, des tortures et des exécutions systématiques.

Sous l’égide du juge de la charia Sadegh Khalkhali, le régime multiplia les atrocités, telles que les massacres des villages de Qarna (2 septembre 1979) et Qallatan (26 mars 1980). Le siège de Sanandaj (Sînê), qui dura 24 jours, symbolisa la volonté farouche du pouvoir d’anéantir toute aspiration à l’autonomie. Les chiffres officiels des Gardiens de la révolution — faisant état de 24 000 « martyrs » dans leurs rangs contre 19 000 combattants kurdes tués — témoignent de l’intensité d’un conflit ayant coûté la vie à près de 45 000 personnes au total.

Une solidarité fracturée

Le mouvement de libération kurde ne luttait pas de manière isolée. La Déclaration de Mahabad (19 février 1979), portée par le KDPI, Komala et le cheikh Ezzeddin Hosseini, inscrivait le combat kurde dans une lutte sociale plus large. Elle rejetait le « séparatisme » au profit d’un Iran fédéral. Si des organisations comme les Fedayi (FEK) ou les Moudjahidine du peuple (MK) exprimèrent leur soutien, cette solidarité reposait sur des bases fragiles.

Une grande partie de la gauche téhéranaise, bien qu’anti-impérialiste, restait viscéralement attachée à l’État-nation indivisible. L’autodétermination n’était tolérée que si elle ne menaçait pas l’unité territoriale. Lors de la crise des otages américains et du déclenchement de la guerre Iran-Irak, cette gauche s’est repliée sur des positions nationalistes, percevant l’autonomie kurde comme une « déviation séparatiste ».

« Une grande partie de la gauche basée à Téhéran proclamait un anti-impérialisme tiers-mondiste tout en restant profondément attachée à un État-nation iranien indivisible. »

Cette incapacité à choisir entre l’autodétermination universelle et la défense d’un État « anti-impérialiste » assiégé fut fatale. Elle conduisit à l’abandon des Kurdes et compromit toute alternative démocratique pour l’ensemble des communautés d’Iran.

Consolidation et exil

La République islamique s’est consolidée sur les ruines de l’autonomie kurde. Ville après ville, les conseils furent démantelés et la vie quotidienne militarisée par les réseaux de renseignement et les tribunaux révolutionnaires. Chassés des centres urbains, les partis kurdes furent acculés vers les montagnes (notamment Qandil), contraints à la guérilla pour survivre.

La guerre Iran-Irak transforma ensuite le Kurdistan en monnaie d’échange et en champ de bataille permanent. Bagdad utilisa certaines factions contre Téhéran, tandis que les Kurdes iraniens subissaient déplacements forcés et emprisonnements.

Cette rupture historique irrigue encore la diaspora kurde aujourd’hui. Des dizaines de milliers de Kurdes, acteurs de 1979 devenus les premières victimes du régime, ont reconstruit leur vie en Europe et en Amérique du Nord. Ce souvenir douloureux nourrit la prudence actuelle : les Kurdes savent avec quelle célérité les promesses révolutionnaires s’effacent devant le pouvoir. Pour eux, tout futur changement de régime devra impérativement être démocratique et assorti de garanties constitutionnelles solides.

Texte d’origine (en anglais) à lire sur le site The Amargi « Forgotten History: Kurdistan’s Brief Freedom (1979) and the Year Khomeini Ended It (1980)«