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SYRIE. Damas empêche un conférencier égyptien de participer au Festival du film de Rojava

SYRIE / ROJAVA – Damas a refusé l’entrée sur le territoire syrien à Essam Zakaria, ancien directeur du Festival international du film du Caire qui était invité au Festival international du film de Rojava (en kurde : Mîhrîcana Fîlman a Navnetewî ya Rojava).

La cinquième édition du Festival international du film de Rojava se déroule actuellement dans la ville de Qamishlo, après son ouverture hier sous le slogan « Histoires partagées, cinéma libre », au Centre Muhammad Sheikho pour la culture et l’art, organisé par la Commune du film de Rojava et le Mouvement mésopotamien pour la culture et l’art démocratiques.

Essam Zakaria, l’ancien directeur du Festival international du film du Caire, devait participer à une table ronde intitulée « Les quatre fonctions de l’art cinématographique », mais le gouvernement de transition syrien lui a interdit l’entrée en Syrie, ce qui a entraîné l’annulation du séminaire.

La première journée a été marquée par la projection du film Kobani, qui relate les histoires de résistance de combattants et combattantes lors des combats de 2014 contre les mercenaires de l’État islamique. Réalisé par Özlem Yaşar, écrit par Media Doz et produit par la Commune du cinéma du Rojava et le Mouvement de la culture et des arts en 2021, le film dure deux heures et demie et présente des scènes tournées dans les quartiers, les villages et les routes de Kobanê. 

ROJAVA. Hommage aux 180 enfants brûlés vifs dans le cinéma Amudê il y a 65 ans

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SYRIE / ROJAVA – À l’occasion du 65e anniversaire de l’incendie du cinéma Amuda, une cérémonie commémorative a eu lieu pour les 180 enfants kurdes brûlés vifs dans l’incendie du cinéma d’Amuda, à Qamishlo, le 13 novembre 1960.

Le Centre Hori pour la culture et l’art d’Amuda, dans le canton de Jazira, a organisé un événement culturel pour commémorer les martyrs du massacre du cinéma d’Amuda, auquel ont participé des habitants de la ville, des représentants d’organisations de la société civile, du Mouvement mésopotamien pour la culture et l’art démocratiques, de la Commune du cinéma du Rojava, ainsi qu’un certain nombre d’intellectuels, de poètes et d’artistes.

L’événement s’est déroulé sur le site du monument « Shahrazad » du cinéma Amuda, où 20 peintures réalisées par 11 artistes du Free Word Forum étaient exposées sur les murs du cinéma. Ces œuvres représentaient la souffrance et la douleur engendrées par le tragique incident survenu dans le cinéma.

La commémoration a débuté par une minute de silence en hommage aux martyrs. Ensuite, la Commune du cinéma du Rojava a publié un communiqué concernant le cinquième Festival international du film du Rojava.

Après le communiqué, Kurdyar Derei, membre de l’Union des intellectuels du canton de Jazira, a prononcé un discours dans lequel il affirmait que l’incendie du cinéma était prémédité et visait l’extermination du peuple kurde.

Bashir Mulla Nawaf, membre de l’Union des intellectuels de Jazira et témoin de l’incident, a récité un poème qu’il a dédié aux mères des martyrs.

Ensuite, deux témoins de l’incendie du cinéma Amuda, Mohamed Amin Abdel Salam et Rashid Fati, ont pris la parole, racontant le début de l’incident et expliquant qu’ils avaient été invités à assister à une projection de film et que, pendant la séance, la salle avait pris feu, un moment qui reste gravé dans leur mémoire.

La commémoration s’est conclue par une prestation de l’artiste Samir Orkesh, qui a interprété une sélection de chansons incarnant la tragédie de l’incendie du cinéma Amuda. (ANHA) 

Retour sur l’incendie meurtrier du cinéma d’Amudê
 

Le 13 novembre 1960, des centaines d’écoliers kurdes, dont la plupart avaient moins de 14 ans, périrent dans un incendie dans un cinéma d’Amûde, en Syrie. Le nombre de morts varie entre 180 et 300 enfants. Personne ne sait avec certitude, sauf que presque toutes les familles d’Amûde ont perdu un enfant ce jour-là.

 
Le film d’horreur égyptien «The Midnight Ghost» était projeté au cinéma d’Amûdê. Le directeur du sous-district d’Amûde avait ordonné à tous les élèves du primaire d’assister au film. L’Algérie se battait à cette époque pour son indépendance face à la France et la recette du film devait être reversée aux Algériens.
 
C’était la dernière représentation de la journée et 500 enfants étaient entassés dans la structure de bois, de paille et d’argile conçue pour accueillir 200 personnes. La plupart des enfants étaient entassés les uns à côté des autres sur de longs bancs. Le projecteur avait tourné toute la journée pour montrer le film égyptien à des centaines d’autres personnes. Dans cette dernière projection, il a surchauffé et s’est enflammé et les flammes se propagèrent rapidement à travers le bâtiment.
 
Les enfants piégé par les flames ont paniqué. Ils coururent vers les sorties – deux portes étroites de seulement 80 cm de large – tombant et trébuchant l’une sur l’autre. Les portes s’ouvraient vers l’intérieur et avec les enfants à l’intérieur empilés contre les portes, ils ne pouvaient pas les ouvrir.
 
Amûde n’avait pas de pompiers. On a appelé les pompiers de Qamişlo et Heseke (al-Hasakeh), mais ils sont arrivés trop tard.
 
Le cinéma d’Amude après l’incendie
 
Des témoins oculaires de l’époque ont déclaré que le projectionniste et les propriétaires du cinéma étaient partis après que l’incendie se soit déclaré et que les portes avaient été bloquées de l’extérieur. Ils ont également déclaré que lorsque les parents et les résidents ont tenté de sauver la vie des enfants emprisonnés à l’intérieur, la police les a arrêtés, affirmant que c’était « trop dangereux ». Cependant, un résident local, Mihemed Deqorî, a réussi à sauver 11 enfants de l’incendie, mais a péri en essayant de sauver un douzième.
 
Des sources kurdes estiment que 283 à 300 ont péri dans l’incendie du cinéma. Un journal égyptien Akhir Daqiqah a cité 200 morts et 450 blessés. Le magazine égyptien al-Musawir a fait état de 180 morts et 121 blessés. De nombreux enfants gravement blessés ont succombé par la suite à leurs blessures.
 
Mihemed Deqorî (Saeed Agha)
 
Cette tragédie a eu lieu pendant l’union éphémère de la Syrie et de l’Égypte – la République arabe unie (1958-1961). Les Kurdes étaient considérés comme une menace majeure pour le projet d’unité panarabe et le sentiment anti-kurde était élevé. Les activités politiques et culturelles des groupes minoritaires ont été étroitement surveillées; Des professeurs égyptiens ont été envoyés dans la région.
 
C’est dans ce climat de tension que les affirmations de la population kurde et des partis syro-kurdes ont fait surface selon lesquelles l’incendie était une attaque délibérée contre les Kurdes, motivée par un sentiment anti-kurde. Le rapport KurdWatch sur l’incendie déclare qu ‘«il n’y a aucune preuve concrète que l’incendie et la catastrophe qui s’en est suivie étaient autre chose qu’un accident causé par des mesures de sécurité inadéquates». Il dit plutôt que les événements de l’époque ont donné lieu à cette interprétation.
 
Le régime syriens n’a jamais mené d’enquête sur la cause de l’incendie qui a dévoré près de 200 enfants kurdes.

Le 5e Festival du film de Rojava renaît de ses cendres après Amûde

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SYRIE / ROJAVA – Soixante-cinq ans après le massacre du cinéma d’Amûde où des enfants kurdes sont morts brûlés vifs, le 5e Festival international du film de Rojava débute à Qamishlo.

Les cendres d’Amûde sont encore chaudes. En 1960, dans une petite ville du Rojava, des centaines d’enfants périrent brûlés vifs lors du massacre du cinéma d’Amûde, un événement qui, outre la tragédie, marqua l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire du cinéma kurde. Aujourd’hui, une lueur d’espoir renaît de ces cendres : le 5e Festival international du film du Rojava s’ouvre à Qamishlo ce 13 novembre, jour anniversaire du massacre du cinéma d’Amûde.

Cette fois, le cinéma incendié d’Amûde ravive la mémoire collective d’un peuple. Soixante-cinq ans après la tragédie qui a coûté la vie à des centaines d’enfants kurdes, le 5e Festival international du film de Rojava (en kurde : Mîhrîcana Fîlman a Navnetewî ya Rojava) aura lieu le 13 novembre, à Qamishlo, au cœur du Rojava. Placé sous le thème « Histoires partagées et cinéma libre », le festival se veut non seulement un événement artistique, mais aussi un manifeste de mémoire collective et de résistance.

Le monument commémoratif du massacre du cinéma d’Amûdê

Le festival débutera par une cérémonie commémorative devant le cinéma Amûde, où le cinéma, né des cendres de 283 enfants, incarnera à nouveau la vie. Le phénix, choisi comme symbole du festival, représente la renaissance, la mémoire et l’esprit indomptable de la révolution, en hommage au cinéma Amûde.

La préparation du festival reflète le tissu social du Rojava, forgé par le travail collectif de réalisateurs, scénaristes, ouvriers, enseignants, étudiants et combattants. La Commune du Cinéma du Rojava n’est pas seulement un collectif cinématographique, mais un espace social qui organise la mémoire culturelle de la révolution. Chaque étape de la préparation, de la conception de l’affiche et du travail technique à la traduction et à la promotion, a été réalisée dans un esprit de solidarité communautaire, sous la coordination de la Commune du Cinéma du Rojava.

Ce festival de sept jours, qui présentera 81 films, proposera des projections au Centre culturel et artistique Mihemed Shexo et au cinéma Tev-Çand Mesopotamia de Qamishlo. La programmation comprend 21 documentaires, 7 longs métrages kurdes, 8 productions syriennes, 8 longs métrages internationaux et 37 courts métrages. Cette année, la sélection met en lumière des thèmes tels que la résistance, la quête de liberté, les migrations et les luttes sociales.

Avant la clôture du festival, il y aura une cérémonie de remise de prix, dont les catégories et les lauréats incarneront l’esprit du cinéma révolutionnaire. Parmi les cinq prix décernés figurent le Prix de la démocratie et des droits de l’homme Sırrı Süreyya Önder, le Prix Mazdek Ararat du travail dans le cinéma, le Prix Menice Haco du courage des femmes libres et le Prix Halil Dağ du cinéma libre, chacun récompensant non seulement l’excellence artistique, mais aussi un engagement politique affirmé.

L’esprit du festival de cette année est défini par la présence de réalisatrices et un langage cinématographique centré sur les femmes. Le comité du festival souligne le rôle actif des femmes à chaque étape du processus et l’influence de cette perspective dans les films présentés. Il met en lumière le fait que la révolution du Rojava est elle-même une révolution de femmes.

Le film d’ouverture sera Heval Bırako, une production de la Commune du cinéma du Rojava. Écrit par le journaliste Nazım Daştan et inspiré d’une histoire vraie, ce film a été produit par la Commune et réalisé par Numan Yiğit. Par ailleurs, le documentaire Hemo, également produit par la Commune, sera projeté pour la première fois au festival. Dans la section consacrée au cinéma syrien, des films longtemps interdits ou censurés seront présentés pour la première fois au public du Rojava, parmi lesquels Le Sergent immortelLe Traducteur et Ajnabi.

En plus des projections de films, le festival proposera tout au long de la semaine des tables rondes, des débats, des ateliers de cinéma et d’autres événements culturels. Avec sa cérémonie de clôture et sa remise de prix, le Festival international du film de Rojava ambitionne de devenir une plateforme incontournable célébrant à la fois le cinéma et la solidarité sociale.

Diyar Hesso, l’un des coordinateurs du festival, l’a décrit comme un point de convergence entre art et transformation : « Le festival est devenu non seulement une célébration cinématographique, mais aussi un outil de changement social et un acte de mémoire collective », a-t-il déclaré. Hesso, également cinéaste et membre de la Commune du film du Rojava, s’est entretenu avec ANF au sujet de la création du festival, du cinéma révolutionnaire qui a émergé avec la révolution du Rojava et du concept de cinéma communautaire né des cendres du cinéma Amûde.

Le thème de cette année est « Histoires partagées et cinéma libre ». Pourquoi ce thème ?

C’est à la fois une explication et un appel. En parlant d’« histoires partagées », nous souhaitions relier la mémoire locale à la mémoire collective de différents peuples. Ce qui se passe au Rojava n’est pas seulement local ; ce sont les histoires partagées de toute la région, voire du monde. Nous traversons tous les mêmes expériences de douleur, d’espoir et de résistance. Le « cinéma libre », quant à lui, représente une position indépendante de toute autorité, tant dans son contenu que dans son mode de création. Le cinéma ne trouve son véritable sens qu’entre les mains de ceux qui pensent et créent librement. C’est pourquoi notre festival est aussi une invitation, un appel à se rassembler autour d’histoires partagées.

Combien de films ont été sélectionnés pour le programme de cette année ? Comment la sélection a-t-elle été effectuée et où auront lieu les projections ?

Sur 120 candidatures, 81 films ont été sélectionnés pour la programmation de cette année. Parmi eux, 21 documentaires, 7 longs métrages kurdes, 8 productions syriennes, 8 longs métrages internationaux et 37 courts métrages. Les projections auront lieu pendant sept jours au Centre culturel et artistique Mihemed Shexo et à la salle de cinéma Tev-Çand Mesopotamia de Qamishlo. La sélection de cette année met en avant des thèmes tels que la résistance, la quête de liberté, les migrations et les luttes sociales.

Pourriez-vous nous parler de quelques-uns des films marquants de la programmation de cette année ?

 Notre film d’ouverture sera Heval Bırako . Son scénario, écrit par le journaliste camarade Nazım et inspiré d’une histoire vraie, a été produit par la Commune du cinéma du Rojava et réalisé par Numan Yiğit. Par ailleurs, le documentaire Hemo, également produit par la Commune, sera présenté en avant-première au festival. Dans la section consacrée au cinéma syrien, plusieurs films longtemps interdits ou inédits seront projetés pour la première fois sur grand écran au Rojava. 

Comment les réalisatrices ont-elles contribué, et comment un langage cinématographique centré sur les femmes a-t-il pris forme ?

Au cœur de la révolution du Rojava se trouve la libération des femmes. Cette année encore, on peut affirmer que les femmes ont insufflé l’esprit même du festival. Dans la section Cinéma syrien, on retrouve des films de réalisatrices telles qu’Özlem Arzeba et Soleen Yusuf. Les femmes ont été actives non seulement derrière la caméra, mais aussi à toutes les étapes, du comité du festival à la conception des décors, en passant par la sélection des films. De ce fait, le langage, l’esthétique et l’essence même du festival ont été façonnés par le regard émancipateur des femmes.

Comment est-il possible d’organiser un festival au Rojava en temps de guerre ?

Le Rojava est actuellement soumis à un blocus massif imposé par l’État turc et le régime syrien. Routes et frontières sont fermées, empêchant de nombreux réalisateurs, acteurs et producteurs d’assister physiquement au festival. Pourtant, nous surmontons ce blocus grâce à la solidarité. Nous recevons le soutien de différentes régions du Kurdistan (Nord, Sud et Est), de la Coopérative du cinéma libanais, ainsi que de cinéastes et collectifs d’artistes allemands. Traduction, coordination et ateliers sont le fruit d’un effort collectif. Ce festival est l’expression concrète de cette solidarité.

L’ouverture du festival coïncide avec l’anniversaire du massacre du cinéma Amûde, ce qui doit avoir une signification symbolique, n’est-ce pas ?

Oui, cette année, nous inaugurons le festival le 13 novembre, date anniversaire du massacre du cinéma Amûde. En 1960, 283 enfants périrent dans l’incendie du cinéma. Nous n’oublions pas cette douleur, car le cinéma du Rojava est né de ces cendres. Le phénix est le symbole du festival, car les cendres de ce cinéma incendié ont donné naissance à une nouvelle vie. Chaque film est un souffle de résistance en mémoire de ces enfants.

Pourriez-vous nous parler de la section scénarios et des catégories de prix ? Comment ces sections encouragent-elles les jeunes cinéastes ou les nouveaux collectifs ?

Le festival de cette année divise les films en deux grandes catégories : les films en compétition et les séances spéciales. La section consacrée au cinéma syrien n’est pas en compétition ; ses films seront présentés dans la section « Panorama ». Au sein de la compétition, des prix seront décernés dans cinq catégories, dont celles du meilleur scénario, du meilleur long métrage et du meilleur court métrage.

Le concours de scénarios est organisé séparément pour les courts et longs métrages. Par ailleurs, des prix seront décernés dans les catégories respectives des films kurdes, des documentaires et des films internationaux. Les films hors compétition feront l’objet de projections spéciales.

Parmi les prix décernés figurent le « Meilleur film » et le « Prix Sırrı Süreyya Önder pour la démocratie et les droits de l’homme » dans la catégorie Film international ; le « Meilleur long métrage » et le « Prix Mazdek Ararat pour le travail dans le cinéma » dans la catégorie Film kurde ; le « Meilleur court métrage » et le « Prix Menice Haco pour le courage des femmes libres » dans la catégorie Court métrage ; et le « Meilleur documentaire » ainsi que le « Prix Halil Dağ pour le cinéma libre » dans la catégorie Documentaire.

À travers son concours de scénarios, le festival vise à soutenir les jeunes cinéastes émergents, à encourager l’écriture de scénarios et à inspirer une appropriation créative du processus de réalisation cinématographique.

Que signifie, selon vous, le cinéma communautaire dans le contexte du Rojava ?

Le cinéma est par essence collectif. Mais au Rojava, ce collectivisme dépasse le simple cadre de la production : il est devenu une forme de solidarité sociale. Lorsqu’une histoire naît ici, elle n’appartient plus à un seul individu ; elle devient l’histoire du peuple. Certains films racontent l’histoire de nos amis tombés en martyrs, tandis que d’autres reflètent les tragédies vécues par la population. Notre mission est de transformer ces histoires en créations collectives.

En tant que Commune du cinéma du Rojava, nous considérons le cinéma comme un moyen de reconstruire la mémoire d’un peuple, un moyen de reconstruire la mémoire collective par l’art.

Quel espoir nourrissez-vous pour l’avenir du festival ?

 Le mouvement cinématographique né de la révolution du Rojava est encore en quête de son propre langage, de son esthétique et de sa forme. On pourrait l’appeler « Cinéma de la modernité démocratique », ou encore « Cinéma révolutionnaire ». Une chose est sûre : ce cinéma est né du cœur du peuple.

D’Amûde à aujourd’hui, nous avons toujours considéré le cinéma comme un outil de résistance et un moyen de reconstruction sociale. Et nous savons que le cinéma du Rojava n’est plus seulement la voix du Rojava, mais la voix collective de tout le Moyen-Orient. Nous organisons un festival en pleine guerre, rassemblant la mémoire d’un peuple, le souvenir des enfants, la lutte des femmes pour la liberté et la force collective du cinéma. Le Festival international du film du Rojava n’est pas un simple événement artistique ; il est la reconstruction même de la vie, de la résistance et de l’espoir. (ANF)

 

La Turquie n’a toujours pas libéré les otages kurdes

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TURQUIE / KURDISTAN – La semaine dernière, la Cour européenne des droits de l’homme avait de nouveau ordonné la libération du dirigeant kurde Selahattin Demirtaş. En réponse, le président Erdoğan avait déclaré qu’ils s’en conformeraient « à la décision de la justice. » Depuis, c’est silence radio : Ni Demirtas, ni les dizaines de milliers d’otages politiques kurdes ne sont libérés, et ce, en pleins pourparlers de paix entre l’État turc et le PKK…

De son côté, le DEM Parti a exigé la libération immédiate de Demirtas, de celle d’Adnan Selçuk Mızraklı* et de tous les prisonniers politiques.

Le médecin et homme politique kurde Adnan Selçuk Mızraklı a été arrêté en octobre 2019 et remplacé comme co-maire de la municipalité métropolitaine de Diyarbakir (Amed) par un administrateur nommé par l’État. Sa demande de libération conditionnelle a été rejetée. Le Parti de l’égalité des peuples et de la démocratie (DEM) a réagi avec incompréhension et critiques.

Le 4 septembre, Mızraklı a demandé son transfert dans une prison ouverte et une peine avec sursis. La commission d’administration et de surveillance de la prison de type F d’Edirne a examiné sa demande le 8 septembre et l’a rejetée, déclarant qu’« il n’existe aucune preuve qu’il se soit distancié de l’organisation [faisant référence au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK)] durant sa détention dans notre établissement ».

Les comités agissent par vengeance

Dans un communiqué publié mercredi, le parti DEM a déclaré : « Les opinions politiques de Selçuk Mızraklı sont claires : c’est un homme politique qui a lutté pour la paix et la démocratie et qui a payé un lourd tribut en étant retenu en otage pendant des années. Le comité n’a pas à décider du contenu de la déclaration de Mızraklı ! Nous rejetons cette justification arbitraire et illégale de son refus. »

Animé par des motivations idéologiques, ce comité continue de détenir arbitrairement et par esprit de vengeance des prisonniers politiques, outrepassant ainsi ses prérogatives. Nous déclarons ce comité, qui sabote de fait le processus de paix et de démocratisation, et ses décisions illégaux et antidémocratiques. Selçuk Mızraklı et tous les prisonniers politiques doivent être libérés immédiatement. (ANF)

TURQUIE. Une étudiante azérie ligotée et livrée à l’Azerbaïdjan

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TURQUIE – Nanaxanım Babazade, une étudiante azerbaïdjanaise détenue à Istanbul, a été ligotée et expulsée vers l’Azerbaïdjan, signale l’agence kurde ANF qui cite l’avocate de la victime.

Nanaxanım (Nana) Babazade, étudiante en master à l’Université d’Istanbul, a été prise pour cible en raison de son engagement politique et de sa visibilité dans les luttes sociales. L’avocat Baran Çelik, qui a fourni des informations à l’ANF, a déclaré : « Nana était étudiante en master à l’Université d’Istanbul. Figure connue du parti, elle était impliquée dans les conseils de jeunesse du HDK (Congrès démocratique des peuples), les groupes véganes et les luttes féministes, autant d’actions à forte connotation politique. Son visa était sur le point d’expirer lorsqu’elle a été convoquée au service de l’immigration. Bien qu’on lui ait indiqué que son dossier était incomplet, la police lui a proposé de travailler comme agent, lui demandant de « fournir des informations et de coopérer ». Après avoir refusé, elle a été arrêtée en août sous un prétexte fallacieux et transférée au Centre de rapatriement (Geri Gönderme merkezi – GGM). Au GGM, on lui a de nouveau proposé de devenir agent, offre qu’elle a encore refusée. Le 23 août, il a été décidé de l’expulser et de la placer sous surveillance administrative. »

L’affaire de Nana a été classée sans suite en seulement 45 jours.

L’avocat Baran Çelik a souligné que la décision d’expulsion avait été prise rapidement, en dehors de la procédure normale, et a ajouté : « Nous avons immédiatement déposé un recours devant le tribunal administratif pour contester cette décision. Alors que de telles affaires prennent généralement environ un an, le cas de Nana a été classé sans suite en seulement 45 jours. Le fait que la décision de justice ait été rendue si rapidement et que la procédure d’expulsion ait été engagée immédiatement constitue clairement une violation de la loi. Le fait que cette affaire ait été introduite alors que d’autres affaires étaient encore en cours soulève des soupçons d’ingérence. Cela soulève clairement la question de savoir si une procédure spéciale a été appliquée à Nana. De plus, il est extrêmement préoccupant que la décision d’expulsion ait été prise si rapidement, alors même que le délai pour déposer un second recours concernant l’arrêté de restriction (60 jours) n’était pas encore expiré. »

Ses mains, ses pieds et ses yeux étaient ligotés, sa bouche bâillonnée

L’avocat a souligné que l’expulsion de sa cliente vers l’Azerbaïdjan constituait une violation du droit et des droits humains, déclarant : « Nana a affirmé que si elle retournait en Azerbaïdjan, elle serait menacée par sa famille, sa vie serait en danger et elle pourrait être torturée. Malgré ces graves inquiétudes et l’obligation des États de prendre en compte la volonté et la sécurité de la personne lorsqu’ils envisagent l’option d’un pays tiers, elle a été expulsée directement vers l’Azerbaïdjan. Cette situation est également illégale. Nana nous a confié avoir subi des actes de torture lors de son expulsion. Selon son témoignage, elle n’a pas été autorisée à prendre ses chaussures, ses mains, ses pieds et ses yeux ont été ligotés, sa bouche a été bâillonnée avec un chiffon pour l’empêcher de parler, puis elle a été placée dans une voiture et expulsée. Le recours à de telles méthodes sur une étudiante est inadmissible. Nous allons porter plainte contre ce traitement inhumain et suivre la procédure. » (ANF)

TURQUIE. Liens entre les inégalités structurelles / repressions politiques et les suicides dans les régions kurdes

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TURQUIE / KURDISTAN – L’Association des droits de l’homme I(HD) a recensé 53 cas de suicides à Mardin en dix mois, critiquant les enquêtes superficielles et le manque structurel de perspectives dans la province kurde qui exacerbe le problème.

Selon l’Association internationale des droits de l’homme (IHD), 53 suicides ou décès suspects ont été recensés cette année dans la province kurde de Mardin, d’après un rapport publié mardi par la section locale de l’IHD à Mardin. Ce rapport indique que 38 cas sont des suicides présumés, tandis que 25 autres décès, de femmes, restent inexpliqués ou sont qualifiés de « suspects ». L’enquête s’appuie sur des informations provenant de plusieurs districts de la province, notamment Kızıltepe, Artuklu, Derik et Midyat.

Le suicide touche également les mineurs et des membres des forces armées turques

Selon l’IHD, la plupart des suicides ont été signalés à Kızıltepe (14), suivi d’Artuklu (8), Derik (7) et Midyat (6).

Berivan Güneş, membre du conseil d’administration de la branche provinciale de l’IHD, a expliqué lors de la présentation du rapport que le nombre de cas par rapport à la population était particulièrement élevé dans le district de Derik. Parmi les personnes touchées figuraient des mineurs et des membres des forces de police et de l’armée turques. Un enfant de onze ans est décédé.

25 femmes sont décédées dans des circonstances inexpliquées

Outre trois féminicides avérés, au moins 23 autres décès de femmes ont été qualifiés de suspects cette année. Dans quatre cas, une enquête criminelle est en cours, dix ont été classés comme « suicide » et onze autres décès sont dus à des « causes naturelles » selon les autorités. L’IHD a exprimé des doutes quant à la transparence de ces enquêtes.

Critiques concernant l’insuffisance des enquêtes et le manque de prévention

L’Association des droits de l’homme a critiqué les autorités pour l’insuffisance des enquêtes menées sur les cas de suicide présumés. Bien souvent, les circonstances des décès ne font pas l’objet d’enquêtes systématiques. La réalisation et l’étendue de ces enquêtes dépendent en partie de la pression publique, notamment des réactions sur les réseaux sociaux. Berivan Güneş a déclaré : « La prévention du suicide n’est pas la seule responsabilité du système de santé. Elle requiert l’implication des familles, des écoles et de la société dans son ensemble. Une stratégie sociétale est essentielle pour identifier les problèmes de santé mentale à un stade précoce et protéger les groupes à risque. »

Crises sociales et manque de perspectives comme facteurs de risque

On observe une augmentation des tentatives de suicide, notamment chez les jeunes. Outre le stress familial et psychologique, des problèmes structurels tels que le chômage, la dépendance aux jeux d’argent en ligne, la consommation de drogues et le manque d’espaces sociaux propices à l’épanouissement personnel constituent également des facteurs de risque. L’IHD a appelé à une enquête approfondie sur ces facteurs sous-jacents et à la mise en place de mesures de prévention ciblées. « Les causes du suicide chez les jeunes doivent être prises au sérieux », a déclaré Güneş. « Seules des mesures politiques concrètes permettront d’autonomiser et de protéger les enfants et les jeunes. »

Inégalités structurelles et répression politique dans les provinces kurdes

La province de Mardin est l’une des régions à majorité kurde du sud-est de la Turquie. Depuis des décennies, les organisations de défense des droits humains dénoncent des discriminations structurelles dans presque tous les aspects de la vie : sous-investissement dans l’éducation, l’emploi et les infrastructures ; accès limité aux soins de santé, notamment aux soins psychologiques ; et chômage élevé, en particulier chez les jeunes.

À cela s’ajoute une restriction systématique des droits démocratiques et de l’autonomie locale. De nombreux maires élus, issus du parti de gauche kurde HDP ou de son successeur, le DEM, ont été destitués ces dernières années et remplacés par des administrateurs nommés par l’État. Ces mesures, conjuguées aux enquêtes menées sur les organisations de la société civile locale, sont considérées comme politiquement motivées et affectent particulièrement les structures susceptibles de favoriser le soutien et la participation sociale, notamment les centres pour femmes et pour jeunes.

Dans ce contexte, des organisations comme l’IHD constatent un lien entre l’augmentation du nombre de suicides et de cas suspects et l’isolement social croissant ainsi que le manque de perspectives dans la région. La destruction des réseaux politiques et sociaux et le manque de reconnaissance culturelle sont également considérés comme des facteurs pouvant affecter le bien-être mental des jeunes. (ANF)

La Turquie tente d’établir de nouvelles bases militaires en Syrie

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SYRIE / ROJAVA – Un activiste kurde signale que la Turquie tente d’établir de nouvelles bases militaires dans les régions d’Alep, Hama et Deir ez-Zor, alors qu’on attendait de la Turquie de mettre fin à l’occupation du territoire syrien.
 
L’activiste kurde rapporte « qu’une délégation militaire des forces armées turques a mené des opérations de reconnaissance à Alep, Hama et Deir ez-Zor en vue d’établir de nouvelles bases militaires. Certaines bases existantes sont en cours d’évacuation, tandis que la construction de nouvelles bases, plus stratégiques et permanentes, est en cours. Cette opération est perçue comme une riposte à la présence militaire russe sur l’autoroute M5, avec pour principal objectif la création d’une ligne stratégique encerclant les régions autonomes de Turquie par le sud et l’ouest.
 
Quelle sera la réaction d’Israël, qui a bombardé les régions où l’État turc a tenté d’établir des bases, face à ce plan ? »

IRAN. Confirmation de la peine de mort d’un prisonnier politique arabe

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IRAN – La Cour suprême iranienne a confirmé la peine de mort de Reza Abdali (Daghaaleh), un prisonnier politique arabe de 35 ans, signale l’ONG kurde Hengaw.

La peine de mort de Reza Abdali (Daghaaleh), un prisonnier politique arabe de 35 ans détenu dans le quartier 8 de la prison centrale d’Ahvaz (Sheyban), a été confirmée par la Cour suprême iranienne. Abdali avait été condamné à mort pour « guerre contre Dieu » (moharebeh).

Selon les informations reçues par l’organisation Hengaw pour les droits de l’homme, le verdict a été officiellement communiqué à Abdali le jeudi 6 novembre 2025, confirmant la peine de mort et une peine supplémentaire de 15 ans de prison prononcées précédemment par le tribunal révolutionnaire d’Ahvaz, sans aucune modification.

Abdali a d’abord été condamné par la 1ère chambre du tribunal révolutionnaire d’Ahvaz, présidée par le juge Adibimehr, pour avoir été accusé de moharebeh en lien avec l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (MEK).

Durant sa détention, Abdali s’est vu refuser l’accès à un avocat et aux visites de sa famille et a subi de graves tortures et mauvais traitements lors des interrogatoires. Il s’est également vu refuser le droit à un avocat lors de son procès.

Reza Abdali a été arrêté en février 2025 par les forces de sécurité iraniennes à Ahvaz et transféré à la prison de Sheyban après ses interrogatoires.

L’organisation Hengaw pour les droits humains souligne que le droit à la vie est le droit humain fondamental par excellence, sans lequel tous les autres droits sont dénués de sens. Hengaw appelle les organisations internationales de défense des droits humains et les acteurs diplomatiques à user de tous les moyens à leur disposition pour faire pression sur la République islamique d’Iran afin qu’elle mette fin aux exécutions, en particulier celles infligées aux prisonniers politiques.

IRAN. Un professeur de la langue kurde emprisonné

IRAN / ROJHILAT – Le régime iranien continue la répression ciblant la population kurde.

Edris Menbari, professeur de langue kurde et membre du conseil d’administration de l’association socioculturelle Nozhin à Sanandaj (Sînê), dans la province du Kurdistan, a été envoyé à la prison centrale de Sanandaj pour y purger une peine d’un an.

Le Réseau des droits de l’homme du Kurdistan (KHRN) a rapporté que Menbari a été convoqué le 4 novembre par le Bureau d’exécution des jugements du tribunal de Sanandaj pour commencer à purger sa peine.

Il s’est présenté à la prison centrale de la ville le 8 novembre, accompagné de sa famille et de plusieurs membres de l’association socioculturelle Nozhin.

Menbari a été arrêté une première fois par des agents du ministère du Renseignement à Sanandaj le 18 décembre 2022. Après 43 jours de détention, il a été libéré temporairement sous caution fixée à 10 milliards de rials (près de 10 000 dollars américains).

En novembre 2023, la première chambre du tribunal révolutionnaire islamique de Sanandaj l’a condamné à 10 ans de prison pour « formation de groupes et d’associations dans le but de perturber la sécurité nationale ».

La Cour d’appel de la province du Kurdistan a par la suite cassé le jugement et renvoyé l’affaire devant une juridiction parallèle pour un nouveau procès.

À l’issue d’un nouveau procès, le même tribunal, présidé par le juge Karami, a condamné Menbari à un an de prison et à une peine supplémentaire d’un an avec sursis pendant trois ans pour le même chef d’accusation.

Par ailleurs, en octobre 2023, la 106e chambre du tribunal pénal n° 2 de Sanandaj, présidée par le juge Bahman Omidzadeh, a condamné le militant à un an d’emprisonnement en exil et à 40 coups de fouet pour « trouble à l’ordre public ». (ANF)

Une délégation kurde sera à Paris pour recevoir le Prix Danielle Mitterrand 2025

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PARIS – Des militant·es du mouvement social et des résistances démocratiques du Kurdistan de « Turquie » sont les lauréat·es du Prix Danielle Mitterrand* 2025. La remise du prix aura lieu le mercredi 10 décembre 2025, à partir de 18h30 à l’Académie du Climat, 2 Place Baudoyer, dans le 4e arrondissement de Paris.

Voici le communiqué de la Fondation Danielle Mitterrand pour la soirée du 10 décembre 2025

Cette année, la Fondation est très heureuse de remettre le Prix Danielle Mitterrand aux artisan·nes des résistances démocratiques du Kurdistan du Nord (Bakur) lors d’une soirée exceptionnelle « Municipales 2026 : pour contrer l’autoritarisme s’inspirer des communes kurdes».

Dans cette région, les habitant·es défendent depuis des décennies la démocratie locale et dessinent d’autres avenirs possibles ancrés dans la solidarité, l’écologie et l’émancipation. Autant de réalités des quelles apprendre et s’inspirer à l’heure de préparer nos territoires et nos mouvements à lutter contre les assauts d’une extrême-droite toujours plus puissante et d’autoritarismes chaque fois plus présent dans nos quotidiens.

Une source d’inspiration et d’espoir face aux autoritarismes

Les expériences au Kurdistan du Nord montrent que d’autres mondes existent. Alors que les fascismes gagnent du terrain, la démocratie peut se reconstruire d’en bas, par l’organisation collective. Il est possible de construire des espaces de résistance et d’autonomie même au cœur de régimes répressifs. Il est possible de créer des espaces de solidarité et de dignité, même lorsque les conditions matérielles se compliquent. Ces initiatives sont un exemple de construction patiente mais robuste de contre-pouvoirs capables de résister aux assauts autoritaires. Elles sont aussi la preuve que l’émancipation n’est pas donnée, qu’elle se cultive dans de multiples pratiques du quotidien.

À quelques mois des élections municipales en France, il est plus que jamais essentiel de nous rappeler qu’une démocratie vivante ne se limite pas aux urnes, qu’elle ne naît pas seulement d’un scrutin, mais plutôt d’engagements concrets pour remettre en question l’ordre établi et proposer des alternatives. Dans un contexte où les libertés sont menacées par la montée inquiétante des extrêmes droites et leurs alliances avec le néolibéralisme, les résistances démocratiques et sociales des habitant·es du Kurdistan de Turquie offrent des perspectives d’avenir.

Une démocratie vivante et des initiatives qui favorisent l’émancipation et l’autonomie

Depuis les années 2000, de nombreuses élections ont été remporté par le mouvement social et politique kurde dans la région Est-Anatolie. Loin d’être une fin en soi, l’accession au pouvoir local, est vu comme un outil parmi d’autres pour construire l’autonomie démocratique. Les municipalités sont ainsi devenues des laboratoires d’une autre manière de vivre et de gouverner — participative, écologique, égalitaire.

Des assemblées fleurissent où les habitant·es prennent des décisions ensemble. La parité instaurée à la tête de chaque institution favorise l’émancipation des femmes et l’égalité. À Amed (Diyarbakır), à Mardin, à Van, des coopératives émergent comme alternative au système économique capitaliste. Les habitant·es organisent les luttes contre les grands barrages qui assèchent les terres et engloutissent les villages. Ils et elles défendent les jardins partagés menacés par la bétonisation. Les centres culturels redonnent voix à la langue kurde et aux mémoires effacées. La création de fermes pour transmettre les savoirs et de bibliothèques de semences paysannes dessinent les contours d’une écologie sociale. Les formations sur la jineoloji (« la science des femmes ») permettent de penser un vivre-ensemble hors du patriarcat. De ces initiatives foisonnantes, de ces pratiques d’organisation collective émerge un pouvoir populaire qui dépasse largement la participation aux élections.

Ces expériences ont été et continuent d’être brutalement attaquées par l’État turc : vagues de destitutions des co-maires élu·es, peine d’emprisonnements, licenciements et fermetures arbitraires des structures associatives, des médias et des centres culturels. Malgré les couvre-feux et les bombardements au plus fort de la répression en 2016, les habitant·es continuent d’inventer au quotidien l’idée même d’un territoire démocratique. L’engagement au sein des associations, le temps investi dans des activités solidaires viennent compenser le manque de moyens et la destruction méticuleuse des institutions. Ces élans inspirent l’espoir. Par l’auto-organisation et la mise en œuvre de pratiques municipalistes, égalitaires et d’alternatives écologiques, ces habitant·es incarnent aujourd’hui une démocratie vivante résolument émancipatrice, profondément attachée à la dignité humaine et au vivre-ensemble.

Une délégation présente en France pour recevoir ce prix symbolique

Nous aurons l’honneur et le plaisir d’accueillir lors de ce prix des représentant·es de ce puissant mouvement social :  

  • Les co-maires et ancien·nes élu·es de la municipalité de Diyarbakir pour leur engagement en faveur de la démocratie
  • Une membre du Mouvement des femmes libres – TJA(Tevgera Jinên Azad), engagé pour l’autonomie et l’émancipation des femmes ;
  • et un membre du Mouvement Mésopotamien pour l’eau, qui défend l’eau, les terres et la réappropriation des semences paysannes.

Pour venir les rencontrer et découvrir leurs témoignage nous vous attendons nombreux·ses lors d’une soirée de solidarité exceptionnelle !

Le 10 novembre des Turcs et la douleur des Kurdes

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TURQUIE / KURDISTAN – Aujourd’hui, 10 novembre, des millions de Turcs rendent hommage à Ataturk, un boucher qui a ordonné le massacre Arméniens, Grecs pontiques, Syriaques, Kurdes de Dersim, Zilan, Koçgiri… et qui a interdit les rituels alévis au profit de l’Islam sunnite, la religion d’État en Turquie…

Pendant que ces millions de Turcs pleurent leur Ataturk en ce 10 novembre, date à laquelle il est décédé [suite à une balle reçue sur le front de Dersim selon les dires des Dersimis] nous les Kurdes, nous pleurons nos millions de Kurdes massacrés, chassés de leurs terres, assimilés de force… depuis des décennies à Dersim, Zilan, Koçgiri, Halabja, Afrin, Serê Kanîyê, Sînê, Mahabad, Maras, Roboski… aux quatre coins du Kurdistan colonisé et nous nous recueillons devant la mémoire de Seyit Riza, Qazi Muhammad, Leyla Qasim, Sakine Cansiz, docteur Abdul Rahman Ghassemlou et tous les enfants, femmes, jeunes, vieillards kurdes massacrées par la barbarie colonialiste qui sévit d’Iran en Turquie, en passant par la Syrie et l’Irak, et ce, chaque fois que nos bourreaux rendront hommage à nos tyrans morts, qu’ils s’appellent Saddam Huseyin, Mustafa Kemal Ataturk, Rouhollah Moussavi Khomeini ou al-Assad père et fils…

IRAN. Le nationalisme iranien et turc alimente le racisme anti-kurde à Urmia

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IRAN / ROJHILAT – Dans l’article suivant, le militant des droits humains originaire d’Ourmiyeh, Gordyaen Benyamin Jermayi dénonce le nationalisme iranien et turc qui alimente le racisme anti-kurde à Ourmia.

 

Du Newroz aux matchs de football : comment le nationalisme iranien et turc alimente le racisme anti-kurde à Urmia

 

Ces dernières semaines, plusieurs matchs de football à Urmia ont dégénéré en affrontements ethniques entre Kurdes et Turcs azerbaïdjanais. Les incidents qui ont suivi témoignent de la complexité des problématiques ethniques et religieuses de cette région.

Urmia est une métropole historique et cosmopolite située dans la province d’Azerbaïdjan oriental (Kurdistan oriental ou nord-ouest de l’Iran). Abritant des Kurdes, des Turcs azerbaïdjanais, des Arméniens, des Assyriens et d’autres minorités ethniques et religieuses, elle a toujours été un lieu de tensions entre ces groupes.

Les Kurdes et les Turcs azerbaïdjanais constituent la majorité de la population de la ville et de sa région. Cependant, la population turque détient un pouvoir et une influence politiques plus importants. Les Kurdes et les autres minorités sont systématiquement exclus et marginalisés par les politiques discriminatoires de l’État iranien. Ils sont également la cible d’un ultranationalisme turc croissant, soutenu et amplifié par l’Iran, la Turquie et l’Azerbaïdjan.

Les récents matchs de football d’octobre 2025 dans le plus grand stade de la ville, qui ont suscité une attention et des réactions considérables sur les réseaux sociaux ainsi que dans l’espace politique, ont une fois de plus mis en lumière la manière dont les Kurdes et les autres minorités sont confrontés au racisme d’État, aux discours de haine et à la discrimination à Urmia.

Le 10 octobre 2025, un match de football s’est déroulé au stade Bakeri d’Urmia entre l’équipe kurde Hoor Spor Urmia et Naft-e-Masjed Soleiman. Hoor Spor Urmia appartient à une chaîne de restaurants kurdes réputée, tandis que Naft-e-Masjed Soleiman est affiliée à la Compagnie nationale iranienne du pétrole.

Le match s’est transformé en bien plus qu’une simple rencontre de football. Durant la rencontre, on a pu voir des supporters vêtus de tenues kurdes, chantant des chansons kurdes et scandant des slogans pacifiques tels que « Bijî Urmiye » (Vive Urmia).

La présence de femmes dans le stade, vêtues de tenues kurdes et soutenant pleinement l’équipe, représentait également un développement nouveau dans un État qui interdisait auparavant aux femmes l’accès aux stades sportifs.

Le match s’est terminé sur un score de 0-0, mais Hoor Spor Urmia a battu Naft Masjed Soleiman 8-7 aux tirs au but, ce qui a ensuite été célébré par les supporters à l’intérieur du stade et dans les rues.

Ce n’était pas un match ordinaire ; c’était le premier du genre où des Kurdes se rassemblaient pour soutenir une équipe qui les représentait, leur identité niée et leur présence dans une ville comme Urmia – quelque chose de similaire aux matchs de football du Kurdistan du Nord et de Turquie, où les Kurdes soutiennent des équipes de football kurdes telles que Amed Spor ou Van Spor.

Campagne de haine contre les Kurdes

Les nationalistes turcs azerbaïdjanais d’Urmia et d’ailleurs ont cependant réagi différemment. Sur les réseaux sociaux, certaines pages et plateformes médiatiques, comme Araz News, ainsi que des individus tels qu’Eliyar Makuyi, homme politique turc azerbaïdjanais connu résidant en Turquie et porte-parole de la GAMOH, organisation ultranationaliste turque affiliée à la fois au AK Parti et au Parti d’Action Nationaliste (MHP), ont lancé une campagne de diffamation et de haine contre les Kurdes en publiant des contenus racistes les accusant de terrorisme et de séparatisme, et les qualifiant de migrants et d’étrangers. Cette rhétorique, loin d’être un phénomène nouveau, reflète des décennies de propagande iranienne et turque visant à discréditer le peuple kurde en le présentant comme étranger et une menace pour son intégrité territoriale dans des régions comme Urmia.

Trois jours plus tard, le 13 octobre, l’équipe turque azerbaïdjanaise 90 Urmia affrontait l’équipe iranienne Nasaji Mazandaran dans le même stade d’Urmia. Au lieu d’un match amical, la rencontre a dégénéré en manifestation anti-kurde. Les supporters ont appelé au massacre des Kurdes en scandant : « Hasani, où es-tu pour exécuter les Kurdes ? », en référence à Gholamreza Hasani, un religieux extrémiste et représentant du guide suprême iranien dans la province d’Azerbaïdjan occidental. Ce dernier avait joué un rôle notoire dans la promotion du racisme anti-kurde et dans la persécution et le massacre de Kurdes, notamment lors du massacre de Qarna en 1979.

La foule turque azerbaïdjanaise a également brandi le symbole « Bozkurt » des Loups Gris dans le stade. Ce symbole représente l’ultranationalisme et le fascisme turcs, souvent utilisés par des groupes extrémistes turcs en Turquie, en Azerbaïdjan et en Europe. Il convient de noter que ces organisations, ces groupes et leurs symboles ont été interdits et qualifiés d’entités extrémistes par plusieurs États membres de l’UE.

Dans le même temps, ils ont déployé le drapeau syrien dans le stade et ont fait l’éloge de l’État turc et de Recep Tayyip Erdogan pour avoir envahi Afrin, Gire Sipi et Sere Kaniye au Rojava (nord-ouest et nord-est de la Syrie) et ont scandé « Mort au PJAK, mort au PKK ».

Des photos de l’exécution d’Ismail Agha Shikak ont ​​également été affichées dans le stade et dans les rues, comme une menace pour les Kurdes : ils subiraient le même sort s’ils continuaient à manifester leur présence dans la ville.

Certains comptes de médias sociaux appelaient également les Turcs à boycotter les entreprises kurdes et à s’abstenir de commercer avec les Kurdes de la ville.

Réactions

La réaction de l’État iranien face à de tels agissements a toujours été favorable aux nationalistes iraniens et turcs. Ironie du sort, les services de sécurité iraniens ont arrêté Shayan Hushyar, chercheur et militant turc azerbaïdjanais modéré, pour avoir condamné les discours de haine et le racisme antikurdes à Urmia lors des matchs de football, au lieu de poursuivre en justice les auteurs de ces propos racistes.

Alors que la loi iranienne criminalise tout acte considéré comme « séparatiste », elle a systématiquement et intentionnellement fermé les yeux sur les slogans pro-turcs et pro-azerbaïdjanais ainsi que sur les symboles et groupes associés appelant à la violence contre les Kurdes ou à la séparation des régions azerbaïdjanaises de l’Iran.

Comme l’ont montré ces événements, l’affichage des drapeaux turc et azerbaïdjanais est totalement ignoré, tandis que ceux qui appellent à la paix et à la coexistence et les citoyens kurdes ordinaires qui expriment leur identité sont confrontés à des poursuites et à des menaces.

Le 17 octobre 2025, lors d’un autre match entre l’équipe kurde Ronahi Urmia et Qaraquyunlu Shahin Dezh au stade Takhti d’Urmia, les supporters kurdes ont condamné les slogans racistes scandés par 90 supporters d’Urmia les jours précédents.

Après la victoire de Ronahi, la foule a envahi les rues du centre-ville, scandant des slogans condamnant le racisme et rendant hommage à Simko Shikak, en référence à Ismail Agha Shikak , un chef kurde qui s’est révolté contre les dynasties Qajar et Pahlavi dans les années 1920 et 1930 dans la région d’Urmia.

Au cours de ces manifestations, certains Turcs ont été vus en train de filmer et de photographier la foule pour la signaler aux autorités iraniennes, et leurs agissements ont été dénoncés par la jeunesse kurde.

Cet acte a été perçu comme une provocation par certains militants, médias et groupes politiques turcs. Ils ont repris la même rhétorique raciste qui perdure depuis des décennies, qualifiant les Kurdes de terroristes, de séparatistes et de migrants.

En réaction officielle aux événements d’Urmia, le Parti de la vie libre du Kurdistan (PJAKa mis en garde contre les agissements de « certains groupes » qui chercheraient, selon lui, à semer la division et l’hostilité entre Kurdes et Turcs. Le parti a affirmé que les slogans provocateurs scandés à Urmia et Tabriz s’inscrivent dans la stratégie de l’État iranien et que ces confrontations et divisions ethniques sont contraires à la philosophie du « Jin, Jiyan, Azadi » (Liberté, Liberté) et à l’histoire de la coexistence pacifique des peuples de la région. Des militants kurdes ont également réagi à cette déclaration sur les réseaux sociaux, reprochant au PJAK d’accuser les Kurdes de provoquer les Turcs et d’attiser les conflits ethniques dans la région, sans pour autant aborder le racisme turc, profondément enraciné et systémique, comme cause principale.

Dans un autre communiqué , l’association culturelle Nojîn a réagi aux incidents en déclarant : « L’organisation Nojîn, tout en soulignant l’identité kurde d’Urmia, insiste simultanément sur la nécessité de protéger et de préserver les droits de tous les groupes ethniques, religieux, de genre et linguistiques du Kurdistan – y compris les Azéris – et appelle chacun, y compris les organisations, les mouvements, les individus et les sympathisants du Kurdistan, à se distancer de la honte historique et interne qui a été institutionnalisée dans l’esprit du peuple kurde tout au long de l’histoire, à adopter une position claire et explicite concernant la ville la plus stratégique du Kurdistan oriental et à empêcher que la crise identitaire et foncière qui y sévit ne se poursuive et ne s’aggrave. »

 Discrimination systématique et politique de l’« Azerbaïdjan occidental »

Ces dynamiques ne constituent pas un phénomène nouveau à Urmia. Elles s’enracinent dans une discrimination et un racisme systémiques soutenus par l’État iranien, qui, depuis la création de la « province d’Azerbaïdjan occidental » en 1937 par la dynastie Pahlavi, affaiblit, opprime et nie l’existence des Kurdes dans la région d’Urmia. Ce changement de nom de la région d’Urmia s’inscrivait dans une politique plus vaste visant à assimiler et à fragmenter davantage le Kurdistan.

Parallèlement, l’État iranien encourage et promeut depuis longtemps les changements démographiques dans les régions à majorité kurde d’Urmia, attisant la compétition et l’hostilité entre les deux populations dans le cadre d’une stratégie de « diviser pour mieux régner » constamment contestée par les Kurdes depuis un siècle. Du fait de ces politiques, Urmia, jadis bastion de la culture et de la politique kurdes, est devenue une ville où les Kurdes subissent systématiquement la répression de l’État iranien ainsi que le nationalisme et l’agression des Turcs azerbaïdjanais.

Du Newroz au football : un schéma de répression

On a également observé la même dynamique récemment, en mars 2025, lors des célébrations du Newroz [Nouvel-an kurde]. Les Kurdes d’Urmia ont organisé le plus grand festival de l’histoire de la ville, voire du Kurdistan oriental. On estime que 80 000 à 100 000 personnes se sont rassemblées à l’ouest de la ville pour célébrer le nouvel an en chantant des chansons kurdes, en dansant et en mettant à l’honneur leurs costumes traditionnels et leur identité.

Bien qu’il s’agisse d’un événement culturel et pacifique, il a provoqué la colère des nationalistes turcs. Menés par des personnalités comme Nader Qazipour, commandant extrémiste des Gardiens de la révolution, homme politique et ancien député, ils ont réagi violemment en envahissant les rues, armés de bâtons et de battes, et en scandant « Heydar, Heydar », un chant invoquant le premier imam chiite, généralement utilisé par des groupes affiliés aux organisations religieuses et militaires de l’État iranien. Lors de ces manifestations, ils ont proféré des slogans hostiles aux Kurdes et appelé à leur massacre, en citant des personnalités comme le mollah Hasani et en faisant l’éloge du président turc Erdogan.

Au lieu de poursuivre les incitateurs à la haine et à la violence, les autorités iraniennes ont une fois de plus réagi en s’en prenant aux personnes visées par ces incitations. Elles ont arrêté et interrogé plusieurs citoyens kurdes, dont des femmes et des mineurs, pour avoir porté des vêtements traditionnels kurdes et publié des contenus sur les réseaux sociaux.

Aujourd’hui, Urmia est un microcosme des tensions ethniques qui traversent l’Iran. Dans cette région, l’identité et l’existence kurdes sont systématiquement opprimées et niées, tandis que le nationalisme et le racisme turcs et iraniens prospèrent grâce à la tolérance sélective de l’État à leur égard. Du fait des politiques anti-kurdes menées depuis des décennies, toute expression visible de l’identité et de la solidarité kurdes, que ce soit à travers la culture, le sport ou la langue, est qualifiée de crime politique, contrairement à l’identité et à l’existence des Turcs azerbaïdjanais. L’État iranien a toujours utilisé cette stratégie du « diviser pour mieux régner » afin de contrôler certaines communautés dans des régions stratégiques et diverses comme Urmia.

Les manifestations et protestations qui accompagnent des événements tels que les célébrations de Newroz, les matchs de football ou d’autres manifestations culturelles dans cette ville ne sont pas des incidents isolés. Elles témoignent d’une discrimination ethnique organisée et systématique, alimentée par les nationalismes iranien et turc, qui cible la population kurde d’Urmia dans sa vie quotidienne.

Gordyaen Benyamin Jermayi est un militant kurde des droits humains né à Ourmia, au Kurdistan oriental. Diplômé en génie civil, il est membre d’une organisation humanitaire qui documente les exactions de l’État iranien au Kurdistan oriental. Depuis 2020, il présente et soumet des documents à des organismes internationaux, notamment au CDH et aux Forums des minorités Moyen-Orient-Afrique des Nations Unies. Il est également le fondateur de la plateforme Kurdistani People sur Instagram, qui œuvre à sensibiliser le public aux questions kurdes et à connecter les Kurdes de la diaspora.

Article original à lire sur le site The Kurdish Center for Studies « From Newroz to Football Matches: How Iranian and Turkish Nationalism Fuel Anti-Kurdish Racism in Urmia«