« Le Kurdistan est une réalité et il a toujours existé »
TURQUIE / BAKUR – Les politiciens et les militants kurdes réagissent aux novelles mesures de répression frappant la langue kurde et le mot « Kurdistan » qui ont récemment déclenché un débat public en Turquie. Les Kurdes ont souligné l’importance de faire face aux politiques de déni.
Şerefxan Cizirî, porte-parole de la Plateforme de la langue kurde, a déclaré que le président turc Recep Tayyip Erdoğan et l’ancien Premier ministre Ahmet Davutoğlu avaient également mentionné le mot Kurdistan dans le passé. « La région où vivent les Kurdes s’appelle le Kurdistan. Le Kurdistan ne disparaîtra pas simplement parce qu’ils le nient », a réagi Cizirî.
LA LANGUE EST ESSENTIELLE POUR LE PEUPLE
Cizirî a condamné les autorités turques qui ont interdit le concert de Mem Ararat au motif que « des chansons kurdes seraient interprétées ». Il a rappelé que des chansons kurdes étaient jouées sur la chaîne de télévision publique TRT Kurdî depuis des années. Il a souligné que les gens devraient protéger leur langue et leur culture contre ces pressions. « La langue est essentielle pour un peuple. Une fois que vous perdez votre langue, vous cessez d’être un peuple », a-t-il ajouté.
LE BUT PRINCIPAL EST L’INTERDICTION
Rêzan Aktum, directeur de l’Association de recherche sur la langue et la culture en Mésopotamie (MED-DER), a fait remarquer que l’objectif principal de l’État est d’interdire la langue et la culture kurdes afin de maintenir son propre pouvoir. « L’État tire son pouvoir de son état d’esprit [basé] sur le déni et la répression. Unissons-nous et luttons contre cet état d’esprit déni et répressif. Parlons, pensons et écrivons en kurde dans notre vie quotidienne. Nous ne pouvons contrecarrer ces politiques que de cette manière. »
LE KURDISTAN A EXISTÉ ET EXISTERA TOUJOURS
Le député HDP Van Sarısaç a également critiqué la haine envers l’utilisation du mot Kurdistan. « S’il y a une séparation aujourd’hui, ce n’est pas à cause du mot Kurdistan, c’est à cause de ceux qui nient une société. Il n’y a même pas besoin de discuter du Kurdistan. Le Kurdistan est une réalité. Le Kurdistan n’est pas quelque chose qui peut être légitimé ou délégitimé par Erdogan et ses prédécesseurs, y compris le fondateur de la république, Mustafa Kemal Atatürk. Le Kurdistan est déjà légitime. Le Kurdistan est une région qui existe depuis des dizaines de milliers d’années et abrite les Kurdes. Cette réalité a toujours existé et continuera d’exister. »
Sarısaç a souligné que le déni des Kurdes et du Kurdistan conduit à un recul de la démocratie en Turquie. Il a souligné que le déni kurde n’a servi qu’à plonger le pays dans la crise et la dépression. « Rien n’a jamais changé en Turquie en attaquant les Kurdes et en les soumettant à des massacres. Au contraire, le déni kurde a provoqué un recul démocratique. La Turquie n’a jamais été une bonne démocratie, mais maintenant nous manquons même de cette vieille démocratie. (…) En fait, le déni kurde découle du fait que le problème kurde n’est pas résolu et que l’État maintient son pouvoir basé sur le déni et l’assimilation. Cela n’a pas fonctionné et ne fonctionnera jamais à l’avenir. Les Kurdes n’abandonneront jamais leur identité, leurs valeurs, leur langue et leur Kurdistan. »
ANF
FRANCE. Les femmes kurdes célèbrent la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes
PARIS – Les femmes kurdes seront dans la rue dès samedi 20 novembre à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes célébrée le 25 novembre.
Le Mouvement des femmes kurdes de France (TJK-F) organisera des actions et des événements dans de nombreuses villes à l’occasion du 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes.
Le TJK-F a également publié un calendrier de ses actions autour du 25 novembre.
Voici le communiqué a été publié à l’occasion du 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes:
« En tant que femmes, nous accueillons le 25 novembre 2021 dans ces conditions extraordinaires à un moment où des développements très importants ont lieu partout dans le monde et en particulier dans Kurdistan. Le mouvement de libération kurde et la lutte des femmes kurdes depuis plus de quarante ans ont prouvé qu’un système confédéral démocratique alternatif basé sur la réalité des peuples organisés peut être construit au Kurdistan et au Moyen-Orient. Cette réalité s’est concrétisée avec la révolution du Rojava.
Pour cette raison, ce n’est pas pour rien que la lutte de libération kurde, les valeurs qu’elle a créées et les acquis de toutes les forces démocratiques sont visés. Accroître la lutte organisée des femmes pour protéger leur existence et assurer leur liberté afin de protéger et d’étendre les gains réalisés en faveur de la liberté des femmes sera la plus grande réponse à ces attaques.
Nous sommes les héritières de Sakine Cansız. »
Voici le calendrier des actions et événements organisés par le TJK-F:
Paris
Date : 20 novembre
Heure: 14.00
Lieu : Place de la République
Des conférences et des séminaires sur les violences faites aux femmes auront lieu le dimanche 21 novembre dans tous les centres kurdes de Paris et de sa région.
Rennes
Date : 25 novembre
Heure: 17.00
Lieu : Place de la République
Strasbourg
Date : 25 novembre
Heure : 18h00
Lieu : Place Kléber
Mulhouse
Manifestation/Rassemblement
Date : 25 novembre
Heure : 18h00
Lieu : Place de la Bourse
Marseille
Conférence de presse
Date : 25 novembre
Heure: 17.00
Lieu : Palais de Justice
Manifestation/Rassemblement
Date : 27 novembre
Heure: 13.30
Lieu : Quai du port
Bordeaux
Date : 27 novembre
Heure : 15h30
Lieu : Place de la Victoire
Montpellier
dimanche 21 novembre
Lieu : Place de la Comédie
Heure : 14h00
Draguignan
Rassemblement
Date : 27 novembre
Heure : 10h00
Lieu : place René Cassin
Toulouse
Manifestation/Rassemblement
Date : 25 novembre
Heure : 18h30
Lieu : Capitole
PARIS. Conférence: Confédéralisme démocratique – retours d’expérience
PARIS – Le Conseil Démocratique Kurde en France organise une conférence sur le confédéralisme démocratique mis en place au Rojava, dans le nord et l’est de la Syrie Il faut s’inscrire pour assister à la conférence qui aura lieu le samedi 27 novembre, à 14 heures, à la Bourse du Travail.
Voici le communiqué du CDK-F annonçant la conférence:
Qu’entend-on par Confédéralisme démocratique ?
Quelle réalité recouvre ce modèle de gouvernance pensé par le leader kurde emprisonné Abdullah Öcalan, et mis en oeuvre au Rojava, oasis de démocratie dans le chaos du Moyen-Orient?
Qu’est-ce que la « Jineolojî » ou « science des femmes » qui guide et transcende ce modèle d’organisation de la société conçu pour apporter une solution aux guerres et aux crises qui déchirent les peuples de la région?
Un universitaire, une chercheuse et des journalistes nous éclaireront sur le sujet à travers leurs recherches et le récit de leur expérience sur place.
Intervenant.e.s
Ibrahim Seydo Aydogan, Maître de Conférence à l’INALCO
Chloé Troadec, journaliste indépendante
Loez, photo-journaliste
Mireille Court, journaliste indépendante
Sarah Marcha, membre du Centre de Jineolojî
Samedi 27 novembre 2021, 14h00
Bourse du Travail – Salle Eugène Henaff
29 boulevard du Temple
75011 Paris
Pour assister à la conférence, veuillez vous inscrire en envoyant un mail à cette adresse: inscriptions@cdkf.fr
BORDEAUX. Colloque « Expérience démocratique au Rojava entre idéalisation démocratique et diabolisation répressive »
BORDEAUX – Le lundi 22 novembre, l’Université Bordeaux-Montaigne organise un colloque sur le modèle démocratique mise en place par les Kurdes et leurs alliés au Rojava avec de nombreux invités pour parler de la situation actuelle dans la région mais également pour essayer de casser les stéréotypes et les préjugés entourant cette gouvernance politique « hors-norme » qui attire les foudres de la Turquie, fait grincer les dents de l’Iran… d’un côté mais aussi enthousiasme et inspire certains cercles de militants à la recherche d’un monde plus égalitaire, respectueux de la nature, féministe, pluraliste, démocratique…
Pour le colloque intitulé « Expérience démocratique au Rojava entre idéalisation démocratique et diabolisation répressive », les organisateurs ont invité plusieurs universitaires, chercheurs et la politicienne et militante Corinne Morel-Darleux qui se rend régulièrement au Rojava depuis quelques années.
Le colloque sera également diffusé sur ZOOM* pour les personnes qui ne pourront se déplacer.
Voici le programme du colloque:
9h-9h15 : ouverture Edouard Jourdain et Pierre Crétois, les universitaires organisateurs de colloque
9h15-10h45
Pierre Bance (chercheur indépendant), « Pouvoirs et contre-pouvoirs au Rojava »
Davide Grasso, (International University College, Turin), « Autorité/avant-garde/autogestion : une tension incomprise dans la révolution confédérale »
11h-12h30
India Ledeganck (UC Louvain), « Meclîs rûspî : les dignitaires tribaux au prisme du confédéralisme démocratique. »
Somayeh Rostampour, (Cresppa-Paris 8) « Le spectre du leader-père incontestable sur la famille politique kurde dans un contexte de guerre, à l’épreuve des rapports sociaux de sexe »
14h-15h30
Hardy Mede, (Paris I Sorbonne / CRPS-CESSP) « Le Rojava en quête de reconnaissance : comment et avec qui négocier ? »
Rémi Carcelès, (Université Aix-Marseille) « La vision du Rojava en France : entre mobilisations et proscription »
15h30-16h : conférence de clôture – Témoignage de Corinne Morel-Darleux (écrivaine, militante et femme politique)
Pour participer à la réunion Zoom, cliquez ici
ID de réunion : 868 2103 9810
Code secret : 897482
Adresse:
La Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine
10 Esplanade des Antilles
33600 PESSAC
Pour plus d’info, écrire à edouardjourdain@hotmail.com ou à pierre.cretois@gmail.com
La Turquie arrête le célèbre chanteur syrien Omar Souleyman
TURQUIE / BAKUR – Le célèbre musicien syrien, Omar Souleyman a été arrêté en Turquie pour appartenance à une « organisation terroriste » (les YPG du Rojava).
L’agence de presse Mezopotamya a rapporté qu’il a d’abord été détenu dans le district Karaköprü d’Urfa (Sanliurfa) et emmené à la direction provinciale de la gendarmerie.
L’AFP a ajouté que Souleyman était interrogé sur les allégations des médias locaux selon lesquelles il aurait des liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
Son manager a déclaré que la police interrogeait Souleyman au sujet d’un reportage des médias locaux alléguant qu’il s’était rendu dans le nord-est de la Syrie, sous le contrôle des YPG (Unités de protection du peuple) liées aux Forces démocratiques syriennes (FDS), que la Turquie considère comme une émanation du PKK.
Souleyman, un Arabe originaire de la province syrienne de Hasakah, a gagné sa réputation en chantant lors de mariages et de fêtes en kurde et en arabe.
Il a déménagé dans le district d’Akçakale à Urfa il y a une dizaine d’années et y aurait dirigé une boulangerie.
Sublime Frequencies, un label basé à Seattle qui a sorti la première compilation des enregistrements de Souleyman à être distribuée en Occident, a déclaré que le succès de son album de 2007 Highway to Hassake a conduit Omar à être invité à faire une tournée au Royaume-Uni et en Europe à l’été 2009.
« À la fin de 2009, Omar avait prouvé que sa prestation unique et charismatique de dabke folklorique électrifié syrien, de choubi irakien et de shaabi arabe avait la capacité de plaire au public occidental le plus diversifié », a-t-il poursuivi.
« Bien que les talents musicaux ne manquent pas en Syrie, dabke et autres, Omar Souleyman est la première exportation musicale syrienne à avoir conquis le cœur des Occidentaux et des Arabes à cette échelle. »
Il a également donné des représentations en juin et en octobre dans la capitale de la région autonome du Kurdistan, Erbil.
Sa chanson Warni Warni a obtenu près de 95 millions de vues sur Youtube.
Kurdistan24
PARIS. Au Père-Lachaise, les Kurdes étaient bien seuls pour rendre hommage à Ahmet Kaya
PARIS – Ce mardi 16 octobre, la famille d’Ahmet Kaya – musicien kurde mort en exil à Paris il y a exactement 21 ans – organisait la commémoration annuelle à laquelle ont participé des personnes issue de la diaspora kurde, des militants et quelques politiciens et académiciens kurdes exilés…
Alors qu’on s’attendait à voir quelques politiciens français parmi la foule suite à la profanation de la tombe d’Ahmet Kaya survenue il y a 3 jours, on a constaté avec tristesse que les Kurdes étaient bien seuls dans leur chagrin et leur colère devant un tel acte commis 21 ans après la mort d’Ahmet Kaya qui avait été persécuté de son vivant par le régime turc et ses sbires pour simplement avoir annoncé qu’il allait sortir un album en kurde ! Même 21 ans plus tard, la barbarie turque le hantait, à des milliers de km de sa patrie, en saccageant sa tombe. Hormis deux tweets d’élus municipaux parisiens et une gerbe à la cérémonie commémorative envoyée par le conseil municipal de Paris qui condamnait le « vandalisme haineux », la classe politique française ne s’est pas montrée aux côtés des Kurdes en ce triste jour devant la tombe d’Ahmet Kaya, au cimetière du Père-Lachaise.
Hommage en discours et en musique
La cérémonie de commémoration d’Ahmet Kaya a commencé à 13 heures, par une minute de silence. Ensuite, la veuve d’Ahmet Kaya, Gülten Kaya, le président de l’Institut Kurde de Paris, Kendal Nazan, l’ancien député du HDP actuellement vivant en exil à Londres, Osman Baydemir, un représentant du Gouvernement Régional du Kurdistan d’ « Irak » et des militants kurdes venus des 4 parties du Kurdistan ont pris la paroles pour saluer la mémoire d’Ahmet Kaya.

La veuve d’Ahmet Kaya, Gülten Kaya a pris la parole et a déclaré: « Je ressens ce que tout le monde ici ressent maintenant. Votre soutien me donne de la force, comme toujours. La solidarité avec Ahmet et le fait d’être ensemble me donne de l’espoir pour l’avenir. Nous pouvons continuer sur notre chemin si nous nous donnons mutuellement de la force. »
Le président de l’Institut Kurde de Paris, Kendal Nazan a rappelé brièvement les attaques racistes et le lynchage politico-médiatique dont Ahmet Kaya a été victime en Turquie en tant que musicien kurde bien qu’il chantait en langue turque et son exil forcé à Paris. Condamnant la profanation de la tombe de Kaya au coeur de Paris et les attaques visant les Kurdes sur leurs terres, Nazan a déclaré qu’on ne pouvait venir à bout de 40 millions de Kurdes en les tuant.



TURQUIE. Une mairie AKP d’Ankara annule l’autorisation d’un concert kurde
TURQUIE – La Municipalité AKP d’Ankara / Keçiören a annulé l’accord de concert du chanteur kurde Mem Ararat en disant qu’elle ne savait pas qu’il chanterait en kurde ! (On se demande où il était ce maire quand son président Erdogan a eu droit à un concert kurde à Batman il y a quelques jours…)
Les billets de concert prévu pour 4 décembre étaient presque tous vendus et les artistes avaient acheté leurs billets d’avion et réservé leurs chambres d’hôtel à Ankara. La mairie qui ne respecte pas son accord les remboursera-elle ou était-ce un coup préparé d’avance pour leur porter préjudice ?
Mêm Ararat est un jeune compositeur, musicien très populaire et joue devant des salles pleines. Mais il a eu de nombreux ennuis avec la « justice » turque pour ses chansons qui parlent de la souffrance des Kurdes.
TURQUIE. 14 politiciens et syndicalistes emprisonnés à Amed
TURQUIE / BAKUR – La semaine dernière, la police turque a arrêté 19 politiciens et syndicalistes dans la province kurde d’Amed. 14 d’entre aux ont été placés en détention provisoire aujourd’hui pour «appartenance à une organisation terroriste».
Les accusations sont fondées sur la participation des détenus à des actions de protestation contre la nomination d’administrateurs aux municipalités du HDP, la violence à l’égard des femmes, ou à des déclarations de presse en solidarité avec les membres détenus du syndicat Eğitim-Sen et des événements de commémoration du journaliste kurde assassiné Musa Anter et des victimes du massacre d’Halabja.
Alors que 5 des détenus ont été libérés, 14 ont été placés en détention provisoire, notamment ;
Mehmet Asana, administrateur de la branche provinciale HDP Amed,
Nasır Yentar, coprésident de la branche du district HDP de Bağlar,
Hüseyin Baran, administrateur HDP du district de Bağlar,
Mehmet Şakir Demir, coprésident HDP du district de Bismil,
Ömer Filitoğlu, membre du Conseil des administrations locales du HDP
Les administrateurs du Parti des régions démocratiques (DBP) d’Amed, Yasemin Akengin, Mehmet Ali Alkan, Mehmet Süslü et Abdullah Dengiz.
Le vice-président du Parti socialiste du Kurdistan (PSK), Bayram Bozyel,
Administrateur du bureau central de l’Association culturelle alévie Pir Sultan Abdal (PSAKD), Erkan Keskin,
Responsable de la branche Amed du Syndicat des travailleurs de la santé et des services sociaux (SES) Gülhan Tekin,
Arzu Koç, membre du Conseil d’inspection du bureau central d’Eğitim-Sen,
Nezife Yiğit, membre de l’Assemblée des Mères de la Paix.
LYON. Tuna Altinel élu citoyen d’honneur de la ville de Villeurbanne
LYON – Tuna Altinel, le mathématicien turc persécuté par le régime turc pour son soutien au peuple kurde, a été élu aujourd’hui citoyen d’honneur de la ville de Villeurbanne.
La Mairie de Villeurbanne a remis à Tuna Altinel le certificat de citoyenneté d’honneur lors d’une cérémonie organisée à la mairie avant la réunion du conseil municipal.
Tuna Altinel a remercié la ville de Villeurbanne pour « leur solidarité et leur soutien sincère aux valeurs démocratiques », ajoutant que « Le combat pour la paix, la justice, la démocratie continue. »
Le mathématicien Cédric Villani a également participé à la cérémonie par visioconférence.
Le mathématicien Tuna Altinel a été tenu en otage en Turquie pendant 2 ans pour avoir participé en France à une soirée sur le massacre des Kurdes par les forces turques à Cizre. C’est le consulat de Turquie à Lyon qui avait signalé au régime turc la présence d’Altinel à la soirée en question et à son arrivée en Turquie quelques mois plus tard, en mai 2019, il se trouvait en prison pour « terrorisme ».
Sedat Ulugana: « Seyid Riza était un leader kurde indomptable »
Le 15 novembre 1937, Seyid Riza, un dignitaire alévi et chef du mouvement kurde pendant la rébellion de Dersim, fut pendu par l’État turc à l’âge de 74 ans avec son fils et plusieurs compagnons.
Parlant de la révolte des Kurdes de Dersim et de Seyid Rıza, l’académicien Sedat Ulugana a déclaré que: « les héros n’ont pas de tombes dans les colonies. Ils n’ont pas autorisé qu’ils y ait des tombes pour Cheikh Said, Seyit Reza et Khalid de Gibran. On dit aussi que les corps n’ont jamais été enterrés. Je suis également tombé sur des documents d’archives français selon lesquelles leurs corps avaient été brûlés. »
84 ans après l’exécution de Seyit Rıza et ses compagnons, on ne sait toujours pas où sont leurs corps. Cheikh Said et ses 46 amis, Halit de Gibran, Yusuf Ziya, Sayyid Abdulkadir, Kemal Fevzi et bien d’autres n’ont pas de tombe. Académicien Sedat Ulugana dit : « Il n’y a pas de tombes de héros dans les colonies ». Au 84e anniversaire de son exécution, le journal Yeni Yasam a interviewé le chercheur et historien Sedat Ulugana sur la révolte de Dersim et son chef Seyid Rıza.

Qui est Seyit Rıza ?
Nous ne connaissons pas la véritable date de naissance de Seyit Rıza. Puisqu’il a été exécuté en 1938 à l’âge d’environ 70 ans, on peut supposer qu’il est né dans le dernier quart de 1800. Il est né à Dersim. Contrairement à ce que prétendent certains partis, il a reçu une instruction. Bien sûr, l’éducation qu’il a reçue n’était pas une éducation des normes d’aujourd’hui. Au Kurdistan, les Kurdes sunnites et les Kurdes Kizilbash [Un Kizilbaş / Qizilbash est un disciple de l’ordre soufi chiite des Safavides. On appelle aussi Kizilbaş certains Kurdes alévis en Turquie] ont une tradition de madrasa [établissement islamique d’enseignement sunnite].
La tradition de la madrasa est très transitive. Autrement dit, un imam sunnite pouvait recevoir une éducation dans une médersa où se rendait également un pîr [dignitaire religieux] alévi. Par exemple, dans notre région de Kigi, les Kurdes yézidis ont envoyé leurs enfants dans les madrasas. Par exemple, Ahmedi Mizeyi dit : « Tous nos professeurs étaient des imams. »
Durant cette époque, jusqu’au milieu des années 1800, les codes entre les religions (…) au Kurdistan étaient très flous. Ce n’était pas aussi rigide qu’aujourd’hui. De même, comme nous l’apprennent les mémoires de Nuri Dersimi, Seyid Rıza a été éduqué par le père de Nuri Dersimi, Milla brahim.
Dans son témoignage dans les archives du tribunal, Seyid Rıza dit « Je sais lire et écrire ». Il peut lire le turc ottoman et apposer sa signature. Il y a deux signatures dans les lettres qu’il a envoyées à Sèvres, l’une est de Seyit Rıza et l’autre d’Alişer [un des dirigeants de la révolte de Dersim]. La signature d’Alişer est plus proche du turc ottoman, mais la signature de Seyit Rıza est entièrement écrite en alphabet latin.
En fait, la jeunesse de Seyit Rıza est passée dans des conflits intertribaux à Dersim. Mais avec la formation du nationalisme kurde après la deuxième monarchie constitutionnelle, [le nationalisme kurde] a reçu plus d’écho chez les Kurdes Kızılbaş par rapport aux Kurdes sunnites.
Pourquoi?
La contradiction du milieu kurde de Kızılbaş avec l’Empire ottoman était plus profonde. Le cas échéant, les tribus kurdes sunnites pouvaient s’entendre avec les Ottomans sur la base du sunnisme. Mais les tribus kurdes Qizilbash n’avaient pas une telle chance. Nuri Dersimi est une grande chance pour Dersim. Nous savons qu’il est allé à Istanbul et y est resté un certain temps. Nous savons qu’il était en contact avec la société kurde Teavün ve Terakki à cette époque.
Dersimi et quelques autres sont influencés par le nationalisme kurde à Istanbul. C’est aussi un point très intéressant. Le nationalisme kurde ne se forme pas au Kurdistan, il se forme à Istanbul. Le nationalisme kurde qui a émergé à Istanbul est transféré dans la région du Dersim par la main de ces cadres – étudiants.
Au bout d’un moment, Seyit Rıza se rend compte que les conflits entre les tribus ne leur apporteront rien. Avec la proclamation de la monarchie constitutionnelle, Seyit Rıza commence à montrer une attitude différente. Il dit que les problèmes peuvent être résolus par des compromis, pas par la vendetta ou le pillage. C’est Nuri Dersimi qui le dit. Après cela, nous rencontrons une autre visage de Seyit Rıza. La conscience kurde est très forte à Seyit Rıza. Seyit Rıza qualifie l’État turc de « Rom » [nom donné aux Ottomans et Turcs par les Kurdes]. « Nous sommes des Kurdes, ils sont des Roms », dit-il. Il est l’un des premiers chefs tribaux qui ont adopté le nationalisme kurde (…). Plus tard, ses relations avec Alişer le font devenir complètement politisé. (…)
Peut-on dire que les premières rébellions kurdes de la période républicaine sont venues des Kurdes alévis ?
Absolument. La série de révoltes ne commence pas avec le Koçgiri de 1921, mais avec la révolte de Bitlis en 1914. En 1914, personne en dehors du centre-ville de Bitlis ne soutint cette révolte. Peut-être que quelques cadres ont agi consciemment, ce sont Hamzayı Müksey et Halil Hayali. Tous les autres participants s’étaient inscrits au club pour protéger leurs propres intérêts. Les Russes en parlent aussi. Certains de nos chercheurs kurdes, sans aller trop loin, affirment que « Bitlis est un centre culturel ». En un sens, c’est un centre culturel, mais pas le centre du nationalisme kurde. Après la Première Guerre mondiale, en 1921, une rébellion basée sur le nationalisme kurde a eu lieu à Koçgiri. Il existe des noyaux de féodalité dans de nombreuses régions du Kurdistan, mais pas à Koçgiri. C’est une résistance organisée avec une méthode nationaliste kurde. La lettre que Seyit Rıza et Alişer ont envoyée à Sèvres est, en un sens, le manifeste du nationalisme kurde dans les années 1920.
Pouvez-vous le développer un peu ?
[Le manifeste d’Aliser et Seyid Riza] dit que les kémalistes sont des touranistes [des nationalistes turcs, panturquistes]. Il dit qu’ils combattent les Ottomans depuis des centaines d’années, qu’ils ne les ont pas laissés entrer dans Dersim, et il dit : « Nous parlons au nom de 8 millions de Kurdes », en considérant les Kurdes en tant qu’un peuple dans son ensemble, pas selon leurs religions. Elle rappelle aussi aux Français quelque chose d’historique : « Il y avait un Saladin alors, maintenant il y a des milliers de Saladin. » A à travers le kurdisme, le Kızılbaş Alişer reconnait comme étant un des siens Selahattin Eyyubi, qui est considéré comme le fondateur du sunnisme. Il révèle un nationalisme kurde holistique. Avec la fondation de la République, on peut dire que le nationalisme kurde et le patriotisme kurde étaient représentés par les tribus kurdes Kızılbaş.
Revenons à Seyit Rıza. Quel est exactement son rôle dans la résistance de Dersim ?
Après que Seyit Rıza ait envoyé cette lettre au Conseil des traités de Sèvres en 1920, il a abandonné son identité tribale. Seyit Rıza est désormais un leader du peuple kurde. Alisher a définitivement une influence sur lui. Car Alişer est le chef de branche de tout le club kurde de la région de Koçgiri. C’est ainsi qu’il appose sa signature. C’est aussi un très bon intellectuel. Dans une lettre qu’il a envoyée à la société kurde Teali d’Istanbul, il a écrit que les livres et les journaux que la société leur avait envoyés d’Istanbul ne leur étaient pas parvenus. En d’autres termes, ils pourraient suivre la situation conjoncturelle à la fois concernant la question kurde et le processus de Sèvres en développement.
En conséquence, après 1920, Seyit Rıza n’est plus un chef de tribu, mais un chef qui parle au nom de tous les Kurdes. 8 millions de Kurdes ne sont pas seulement des Kurdes Qizilbash, il y a des sunnites, des yézidis et même des chrétiens, qu’il appelle les tribus du Kurdistan. Il dit « le peuple kurde et les tribus du Kurdistan ». Ce qu’il appelle « les tribus du Kurdistan » sont les chrétiens, les Assyriens, les Chaldéens et même les Jitans. C’est une approche très holistique. En fait, ce testament présenté en 1919 est similaire au testament présenté par Öcalan. C’est cet aspect qui m’a beaucoup surpris. La volonté de Seyit Rıza dans cette lettre est la suivante : Nous respectons les droits de tous les peuples vivant au Kurdistan, nous n’avons pas de but impérial, nous n’avons pas de but moniste. Qu’eux aussi nous respectent.
Pouvez-vous nous parler un peu de ces lettres ?
Les lettres étaient écrites en turc ottoman, une langue très simple était utilisée, les demandes étaient très simples, mais il y a aussi des phrases montrant qu’elles ont été écrites par quelqu’un qui avait une connaissance de la langue diplomatique. Au début de la lettre, elles déclarent que Şerif Pacha est leur représentant. Il y a un portrait de Seyit Rıza qui connaît l’essence de la question kurde. Il y a un Seyit Rıza qui déclare que le Kurdistan ne compromettra pas sa liberté, et ils soulignent que, s’il le faut, ils défendront ces droits contre les Français. Dans un sens, ils montrent le bâton sous le manteau. Dans ces lettres, outre Seyit Rıza et Alişer, il y a les noms de 11 chefs tribaux de Dersim. Il y a même les noms de quelques marchands et chefs de tribus d’Erzincan.
Quelles demandes sont formulées ?
À partir de 1919, la société kurde Teali a été divisée en deux à Istanbul. Le groupe dirigé par Seyit Abdulkadir disait : « Ne poussons pas trop les Ottomans, demandons l’autonomie, même la couleur de leur autonomie devrait être culturelle, pas politique. » D’un autre côté, le groupe dirigé par Memduh Selim et l’émir Ali Bedirhan disait : « Non, nous ne voulons en aucun cas vivre avec les Ottomans. Nous voulons établir un Kurdistan indépendant. » Seyit Rıza et Alişer ont des relations solides avec le deuxième groupe. Seyit Abdulkadir se comporte plutôt comme un bureaucrate ottoman. Seyit Rıza et Alişer savent que l’Empire ottoman va s’effondrer. Ils ont deux problèmes. Premièrement, ils veulent que la frontière nord du Kurdistan passe par les montagnes du nord d’Erzincan et inclue Darende jusqu’à Koçgiri. Deuxièmement, ils ne veulent pas laisser Van aux Arméniens.
Les colonies n’ont pas de tombes de héros
On ne sait pas où se trouvent les tombes non seulement de Seyit Rıza mais aussi de Cheikh Said et Halit de Gibran. Ulugana raconte:
« Dès 1920, les kémalistes ont connaissance des lettres envoyées par Seyit Rıza. Ils avaient déjà mis Seyit Rıza sur la liste. Ils connaissent aussi la fameuse lettre que Seyit Rıza a envoyée en 1937. Elle est envoyée au ministère français des Affaires étrangères, et une copie est envoyée aux Britanniques.
Nous avons récemment partagé un document montrant que, dans le récépissé de renseignement, il y a un cachet et la mention « Lettre venant de Dersim », que cette lettre a été remise directement au consulat à Istanbul. Elle n’a pas été envoyée par les Bedirkhan d’Alep, comme certains le prétendent, mais traduite en français. À partir de 1930, il existe une connexion entre le mouvement Hoybun et Seyit Rıza. Seyit Rıza savait très bien ce qu’il faisait. Certaines personnes aiment dire « c’est un péché » [l’exécution de Seyid Riza], mais ce n’est pas le cas. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est gravé dans la mémoire du peuple. Le second est son attitude inflexible devant le tribunal. C’est leur marche intrépide vers la potence. L’État ne veut pas que cette mémoire reste, qu’elle devienne permanente. Les héros n’ont pas de tombes dans les colonies. Aujourd’hui aussi, le premier endroit qu’ils attaquent sont les cimetières. Ils n’ont pas autorisé qu’il y ait les tombes de Cheikh Said, Seyit Reza et Khalid de Gibran. On dit aussi que les corps n’ont jamais été enterrés. Je suis également tombé sur des documents d’archives françaises selon lesquelles les corps de rebelles kurdes ont été incinérés. » (La version turque de l’article est ici)
*******************
La lettre de Seyit Rıza, écrite en Dersim le 30 juillet 1937 et enregistrée par les autorités françaises le 2 octobre 1937, a été découverte par le chercheur Sedat Ulugana. « Je parle pour l’ensemble du Kurdistan », déclare Seyit Rıza dans sa lettre.
Traduction en français de la lettre de Seyid Riza:


Bordereau d’envoi du consulat français à Istanbul:

La lettre en langue ottomane que Seyid Rıza envoya au comité de Sèvres en 1920
Traduction française de la lettre ottomane envoyée par Seyyid Rıza, page 1
Traduction française de la lettre ottomane envoyée par Seyyid Rıza, page 2.