Blocus armé, embargo, coupure d’eau… tous les moyens sont bons pour achever le Rojava

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SYRIE / ROJAVA – Blocus armé, embargo, terrorisme, coupure d’eau… tous les moyens possibles et imaginables sont mis en œuvre par la Turquie et ses mercenaires jihadistes pour mettre fin à l’autonomie locale des Kurdes dans le nord de la Syrie. Le régime syrien participe également à cette guerre anti-kurde en assiégeant et en imposant l’embargo aux enclaves sous contrôles des forces arabo-kurdes dans le nord d’Alep. Une situation dramatique sur le plan humanitaire, sanitaire et sécuritaire qui renforce par ailleurs les cellules dormantes du groupe État Islamique. L’anthropologue belge, India Ledeganck revient de la région stratégique de Tal Rifaat, dans le nord d’Alep, prise en tenaille au Nord par la Turquie et au Sud par le régime syrien et où les civils sont victimes d’exactions, d’arrestations arbitraires et d’actes de torture commis par les milices pro-turcs. Voici son reportage: La famille qui nous a accueillis à Shehba, canton de Tal Rifaat, est originaire d’Afrin, région envahie par l’État turc en 2018. Comme 300 000 autres exilés, ses membres se sont enfuis après l’occupation de leur ville. Ils habitent actuellement dans une maison qui leur a été fournie par l’Administration autonome du nord-est de la Syrie (Aanes), qui coordonne sept régions autonomes. Selon une ONG de défense des droits humains basée à Shehba, 100 000 réfugiés d’Afrin sont répartis dans 5 camps, dont plus de 3 700 familles à Tal Rifaat. L’aide médicale est fournie pour l’instant par le Croissant-Rouge arabe syrien et le Croissant-Rouge kurde, l’aide internationale n’étant parvenue que de manière très limitée selon les autorités locales. La région de Tal Rifaat, située au nord d’Alep, ainsi que le quartier de Sheikh Maqsoud à Alep majoritairement habité par des Kurdes subissent un blocus particulièrement dur de la part du régime de Bachar Al-Assad depuis août 2022. Les habitants de Sheikh Maqsoud et Tal Rifaat n’ont plus la capacité de subvenir à leurs besoins de base : ou les prix sont trop élevés, ou les produits manquent. Le blocage des médicaments, du lait en poudre et du mazout aux checkpoints a des conséquences désastreuses sur la population. Les malades chroniques ne disposent plus de leur traitement et plusieurs enfants sont morts d’hypothermie ces dernières semaines, tandis que le dernier hôpital de Tal Rifaat, soutenu par la Croix-Rouge kurde, risque de fermer ses portes par manque de matériel. Le quotidien est dorénavant régi par le rationnement et la peur constante du lendemain, d’autant plus que la livre syrienne subit une inflation sans précédent.

REPRENDRE LE CONTRÔLE DE LA RÉGION

Selon le Conseil démocratique syrien (MSD) et l’assemblée civile de Tal Rifaat, l’embargo a pour objectif d’obtenir des concessions de la part de l’Aanes. Car le gouvernement syrien ne reconnait pas l’autonomie des régions du nord de la Syrie, ni celle des Forces démocratiques syriennes (FDS). Depuis 2012, Assad reste imperturbable face aux demandes de négociations adressées par l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (Aanes) sur ce point. « Le gouvernement syrien crée des frontières pour pouvoir assouvir son intérêt premier », qui est de reprendre le contrôle sur Tal Rifaat et Sheikh Maqsoud, déclare Jiyan, membre du Conseil démocratique d’Alep à Sheikh Maqsoud.
Les régions du Rojava 
Dans cette perspective, le morcellement des régions occidentales de l’Aanes s’avère un atout crucial pour le régime syrien. Dix kilomètres séparent la région sud de Tal Rifaat du quartier kurde de Sheikh Maqsoud dans le nord d’Alep. Cette bande de terre est cependant sous son influence, tout comme les territoires séparant Alep de Manbij, l’une des sept régions autonomes du nord-est syrien. En conséquence, les passages sur l’axe Manbij-Alep-Tal Rifaat sont soumis à la bonne volonté du régime, et de nombreux checkpoints sont disposés autour de ces différentes régions.

UNE UNITÉ D’ÉLITE DE L’ARMÉE SYRIENNE À LA MANŒUVRE

Sur le terrain, les contrôles sont exercés par la 4e Division, une unité d’élite de l’armée syrienne proche de l’Iran qui, en plus de mettre en application le blocus économique imposé par le régime, se livre à des pillages et à des vols. Ainsi, lors de notre arrivée au camp de réfugiés Serdem à Shehba, nous avions été reçus par des représentants de l’Aanes encore en état de choc : des membres de la 4e Division avaient tenté de voler du mazout dans le camp le jour précédent, et cela s’était terminé par des confrontations entre eux et les forces de sécurité de l’Aanes.
La région de Shehba, juin 2022
En parallèle, une sélection à caractère discriminatoire est appliquée, et les Kurdes ou les réfugiés d’Afrin, kurdes et arabes, seraient ainsi confrontés à plus de difficultés lors de leurs déplacements. Pour exemple, nous avons rencontré une jeune femme kurde âgée de 20 ans originaire d’Afrin dont le passage avait été refusé. Bien qu’elle soit étudiante à l’université d’Alep, elle doit constamment recourir à l’aide de l’administration autonome pour pouvoir utiliser la route Alep-Manbij et rendre visite à sa famille. « C’est un peu comme une grande prison à ciel ouvert », nous dira un habitant de Tal Rifaat. Cette politique basée sur la faim et la création de divisions au sein de la population touche en premier lieu les civils, comme le rappelle Mohamed Enan, membre de l’assemblée civile de la région de Tal Rifaat. « Ils ont créé des checkpoints et, dès qu’ils voient que je suis originaire d’Afrin, ils m’arrêtent », souligne Ali, un réfugié arabe d’Afrin victime d’humiliations par la 4e Division. Il a fui, avec plus d’une centaine de membres de sa famille, les exactions commises par les milices soutenues par la Turquie à Afrin. La création de checkpoints par le gouvernement syrien afin de forcer l’administration autonome à céder son territoire n’est pas un phénomène récent. L’invasion d’Afrin par la Turquie en 2018 a été utilisée par la Russie et le gouvernement syrien pour affaiblir l’AANES. Lorsque la guerre d’Afrin a éclaté, pour passer les checkpoints il fallait en avoir les moyens. Les civils paniqués de se retrouver bloqués à Afrin alors que de plus en plus de villes tombaient dans les mains de l’État turc étaient alors contraints de brader leurs biens et moyens de locomotion aux membres de la 4e Division pour des prix dérisoires.

LA MENACE TURQUE

« La Russie et le régime syrien brandissent la menace turque », indique Mohamed Enan. « Ils prennent l’invasion turque ou sa potentialité comme une opportunité afin de reprendre le contrôle des régions de Tal Rifaat, Kobané et Manbij. Les frappes quotidiennes à Tal Rifaat tirées depuis les régions occupées par la Turquie, les massacres commis par les milices proturques, tout se passe sous les yeux des Russes et du régime. » Les tirs près de la ligne de front sont effectivement encore monnaie courante à Tal Rifaat. Durant notre séjour, il y a eu plus ou moins deux tirs au mortier par jour près du camp de réfugiés où nous étions. La Turquie considère le Parti de l’union démocratique (PYD), majoritaire au sein de l’Aanes, comme une section du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et une menace pour sa sécurité interne. Ankara a l’objectif de créer une zone tampon de 30 km le long de la frontière syro-turque, là où sont situées les villes à population majoritairement kurde. Elle a envahi la région d’Afrin en 2018 ainsi que la région entre Serê Kaniyê (Ras Al-Ain) et Girê Spî (Tal Abiad) en 2019. La région de Tal Rifaat est perçue comme la dernière cible de l’opération « Rameau d’olivier », selon l’agence de presse du gouvernement turc Anadolu. Un des motifs utilisés pour légitimer une opération militaire sur la région réside dans la composante démographique de Tal Rifaat, principalement constitué d’Arabes. Toujours selon Anadolu, des familles arabes auraient fui la région depuis l’installation de l’AANES en 2016. Pourtant, les régions du nord sont un refuge pour de nombreuses familles arabes fuyant le régime d’un côté, les milices proturques à Afrin de l’autre. Le nord de la Syrie compterait plus de 30 000 déplacé·es provenant d’Idlib.

TAL RIFAAT, RÉGION STRATÉGIQUE

« Tal Rifaat est une porte vers Alep » déclarent Jiyan et Mohamed Enan. Elle se présente effectivement comme une région stratégique pour la Turquie, car elle lui permet, via Alep, d’accéder à plusieurs routes économiques importantes. Celles-ci connectent les régions du nord-ouest de la Syrie avec les régions côtières syriennes, en traversant les régions de Hama et d’Idleb. « C’est une guerre économique qui s’attaque à la M4 », explique Mohamed Enan, se référant à l’autoroute qui traverse effectivement d’est en ouest les territoires de la Syrie et connecte Alep à la ville portuaire de Lattakié. La création d’une frontière entre les villes d’Azaz, de Tal Rifaat et d’Idleb amènerait la Turquie à disposer de carrefours économiques importants près de ses frontières. De plus, les postes-frontières de Bab Al-Salamah à Azaz et de Bab al-Hawa près d’Idleb sont à l’heure actuelle tous deux situés dans les régions occupées par les milices soutenues par la Turquie. Azaz joue de cette manière un rôle essentiel dans le soutien logistique apporté par la Turquie aux groupes rebelles. « Tal Rifaat est la clé pour connecter Azaz à Alep. C’est une manière pour la Turquie de renforcer son pouvoir de négociation face à la Russie et à la Syrie » indique Jiyan. « Il semble pourtant peu probable que la Russie serve Tal Rifaat à Ankara sur un plateau d’argent » précise-t-elle. Les invasions terrestres de la Turquie sur les territoires syriens situés à l’ouest de l’Euphrate ont été exécutées via l’accord de la Russie et de l’Iran en amont. Le 23 novembre 2022, alors que la Turquie opérait une série de bombardements dans toutes les régions du nord de la Syrie, des représentants russes ont déclaré qu’ils n’avaient pas accordé le feu vert à la Turquie pour mener une attaque terrestre. Néanmoins, un alignement de la Turquie par rapport aux objectifs de la Russie, qui souhaite une normalisation des rapports entre les deux États, pourrait potentiellement amener la première à obtenir des concessions. Un feu vert pour une nouvelle opération pourrait être obtenu dans ce cadre. Le 14 janvier 2023, le porte-parole de la présidence turque a ainsi déclaré qu’une attaque sur les régions du nord était imminente. Mazlum Abdi, commandant des FDS, a quant à lui annoncé qu’une opération turque de grande ampleur pourrait être réalisée sur Kobané vers le mois de février.

LES CELLULES DORMANTES DE L’OEI À L’AFFUT

En plus de la menace de l’invasion, les frappes aériennes quotidiennes et intensifiées en novembre 2022 ont engendré au sein de la population la crainte d’une activation des cellules dormantes de l’organisation de l’État islamique (OEI). Au cours de ces derniers mois, le personnel des infrastructures pénitentiaires et judiciaires de l’Aanes a été visé par des frappes aériennes turques, tuant notamment la coprésidente et le coprésident des structures pénitentiaires de la région de Jazira seulement deux mois après leur prise de fonction. La campagne aérienne en novembre 2022 a notamment visé la prison de Jerkin à Qamishli, un checkpoint du camp d’Al-Hol ainsi que les quartiers généraux des unités de contre-terrorisme (YAT) reliés à l’Aanes. Le 23 novembre 2022, plusieurs membres de l’OEI détenus dans le camp d’Al-Hol avaient tenté de fuir après une frappe turque sur l’un des checkpoints du camp. Ce dernier regroupe en son sein plus de 53 000 personnes, majoritairement des enfants et des femmes affiliées à l’OEI. Mazlum Abdi avait déclaré le même jour l’interruption des opérations contre l’OEI, mais elles ont cependant repris quelques jours plus tard. « L’État islamique tire avantage des attaques perpétrées par l’État turc », explique Ruksen Mohamed, porte-parole des unités de protection de la femme (YPJ). « Les cellules dormantes attendent une opportunité pour pouvoir agir. Pour exemple, nous en avons récemment arrêté une près de Tal Hamis qui planifiait d’organiser une attaque contre les camps. Ils disposaient des armes et du matériel logistique nécessaire. Ces arrestations montrent qu’il suffit d’une attaque de la Turquie ou d’une autre cellule dormante pour qu’elles se mettent en action », explique-t-elle. Les actions des cellules dormantes sont majoritairement concentrées dans la partie orientale de la région de Deir ez-Zor, le long de la frontière syro-irakienne. Fin décembre 2022, les unités de contre-terrorisme ont arrêté trois personnes accusées d’être membres de l’OEI et le directeur d’un hôpital de Deir ez-Zor a échappé à une tentative d’assassinat. Le 26 décembre, un membre de la sécurité de l’Aanes a perdu la vie près de Deir ez-Zor après une attaque dirigée contre une station de la sécurité interne. Une autre attaque, cette fois à Rakka, a été effectuée la même journée. Elle visait un centre de la sécurité interne situé à proximité d’une prison contenant presque 900 membres de l’OEI. Deux d’entre eux ont été tués, ainsi que deux membres des FDS et quatre de la sécurité interne. Un couvre-feu total sur la ville de Rakka et la fermeture des routes environnantes ont été imposés pendant plusieurs jours après cela. « Je suis inquiet, nous confie un habitant de la région de Deir ez-Zor, car nous ne savons pas quand ni comment les cellules peuvent attaquer ». Une nouvelle invasion militaire de la part de l’État turc, en plus d’être une catastrophe humanitaire, amènerait une déstabilisation des structures politiques et militaires locales. Ces dernières ont pourtant joué un rôle majeur dans la victoire contre l’OEI au sein de la coalition internationale. Les FDS dénoncent les liens entre les actes terroristes perpétrés dans le nord de la Syrie et les milices pro-turques qui contrôlent les territoires occupés. Les populations locales sont de plus victimes d’exactions, d’arrestations arbitraires et d’actes de torture. Reportage réalisé avec l’aide d’Ali ALI, journaliste kurde de Syrie Avec l’autorisation aimable d’India Ledeganck

SYRIE. Couvre-feu et traque des terroristes de DAECH à Raqqa

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SYRIE – Les forces arabo-kurdes soutenues par la coalition internationale passent au peigne fin la région de Raqqa où elles ont imposé un couvre-feu pour traquer les terroristes de DAECH. Mardi, les Forces de sécurité intérieure du nord et de l’est de la Syrie (Asayish) ont imposé un couvre-feu total à la ville de Raqqa, dans le nord de la Syrie, quelques jours après le début d’une opération de sécurité à Raqqa, Tabqa et leur campagne pour poursuivre les militants de l’État islamique (DAECH / ISIS). L’opération « Représailles pour les martyrs de Raqqa » a été lancée par les FDS et les Asayish soutenus par les forces de la Coalition mondiale dirigée par les États-Unis, à la suite d’une attaque de l’Etat islamique contre le quartier général des Asayish à Raqqa le 26 décembre 2022. Lundi, le Comité de l’intérieur du Conseil civil de Raqqa a annoncé qu’un couvre-feu total commencerait mardi de six heures du matin à huit heures du soir. Les Asayish se sont déployés à proximité du quartier d’al-Diri’ah à l’ouest de la ville et du quartier d’al-Mashlab à l’est. Les FDS ont déclaré avoir arrêté Wali al-Raqqa (un dirigeant local de l’Etat islamique), ainsi que des membres de l’Etat islamique, et ont saisi plusieurs armes, des munitions, des livrets sur l’extrémisme et des badges de l’Etat islamique. North Press Syria

Les dirigeants kurdes du Rojava soutenus par les États-Unis sont sur la liste de surveillance du FBI

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Les troupes américaines font confiance aux dirigeants kurdes syriens pour leur vie mais pas le FBI qui les a ajouté a liste de surveillance du terrorisme, écrit le chercheur Matthew Petti. Pour Salih Muslim, un des dirigeants kurdes figurant sur la liste en question, le FBI ne fait que ce plier à la demande des renseignements turcs (MIT) pour qui les Kurdes sont des terroristes. Voici l’article de Matthew Petti publié sur le site Kurdish Peace Institute: Les dirigeants kurdes syriens soutenus par les États-Unis sont sur une liste de surveillance du FBI Les troupes américaines confient leur vie à Salih Muslim et Asya Abdullah. Les forces de l’ordre américaines ne leur font pas confiance pour [les laisser] monter dans un avion. Depuis près d’une décennie, les forces américaines combattent dans le nord-est de la Syrie aux côtés des Forces démocratiques syriennes (FDS). Muslim et Abdullah dirigent le Parti de l’union démocratique (PYD), la principale faction politique kurde de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie (AANES). Abdullah a rencontré le président de la France en 2015 et le propre fils de Muslim a été tué lors d’affrontements contre al-Qaïda en 2013. Mais Muslim et Abdullah auraient des ennuis dans un aéroport américain. Le nom et la date de naissance de Muslim figuraient sur la «liste d’interdiction de vol» du gouvernement américain, tandis qu’Abdullah serait sélectionnée pour un contrôle supplémentaire si jamais elle montait à bord d’un vol américain, selon des documents récemment divulgués. « Je pense que [c’est] [un] jugement injuste. Et c’est fait pour satisfaire [l’intelligence] turque. Asya Abdullah et moi rencontrons souvent des responsables américains », a déclaré par SMS Muslim à l’Institut kurde pour la paix. « Et ils connaissent notre rôle dans le renforcement des relations entre le peuple kurde et les Américains. Je pense que le service [de sécurité américain] devrait être interrogé sur ses sources d’informations à notre sujet. » La Turquie s’oppose aux rebelles kurdes syriens. Certains anciens membres du parlement turc ayant des liens avec le mouvement kurde figurent également sur la liste de surveillance. Certains d’entre eux ont joué un rôle clé dans le processus de paix turco-kurde qui a échoué en 2015. L’Amérique et la Turquie ont chacune mené leur propre « guerre contre le terrorisme » : la première contre les islamistes, la seconde contre la guérilla kurde. Les deux pays ont parfois coopéré, Washington offrant des renseignements à Ankara et utilisant les lois antiterroristes américaines contre les partis kurdes. À d’autres moments, les campagnes sont entrées en conflit, alors que les forces américaines nouent des relations avec leurs homologues kurdes syriens. Cela a provoqué de fortes contradictions dans la politique américaine – comme mettre Muslim et Abdullah sur une liste de surveillance antiterroriste tout en s’associant avec eux pour des opérations antiterroristes sur le terrain. Alors que le gouvernement turc est devenu plus répressif, les demandes de la Turquie d’autres pays sont devenues plus audacieuses. Au cours des récentes négociations sur l’admission de la Suède et de la Finlande dans l’OTAN, la Turquie a exigé que ces pays livrent des dizaines de « terroristes » recherchés par les autorités turques. La liste comprenait plusieurs militants politiques civils et un éditeur de journal. Les tribunaux suédois ont refusé d’autoriser l’expulsion du rédacteur en chef car ses droits humains étaient menacés. La fuite de la liste de surveillance soulève des questions sur les garanties dont disposent les autorités américaines concernant les demandes de pays étrangers comme la Turquie. Les listes ont été divulguées la semaine dernière lorsque la compagnie aérienne à bas prix CommuteAir les a accidentellement publiées sur un serveur accessible au public. Une chercheuse en cybersécurité qui s’appelle Maia Arson Crimew a apparemment alerté l’entreprise de la violation de données. Elle a également enregistré une copie des fichiers de la liste de surveillance et l’a distribuée aux journalistes et aux chercheurs, y compris à Kurdish Peace Institute (l’Institut kurde pour la paix). Les fichiers comprennent la liste d’interdiction de vol et la liste des « sélectionnés ». La liste d’interdiction de vol, comme son nom l’indique, interdit aux passagers d’embarquer sur des vols commerciaux à l’intérieur, à destination ou en provenance des États-Unis. La liste Selectee, sur laquelle Abdullah figurait, comprend les noms des personnes pour un contrôle de sécurité supplémentaire dans les aéroports. La version divulguée des listes de surveillance date de 2019, a déclaré une porte-parole de CommuteAir au Daily Dot, qui a rendu compte de la fuite. Les informations personnelles, à l’exception des noms et des anniversaires, ont été supprimées et le chercheur Edward Hasbrouk a noté sur son blog que ces données étaient utilisées pour tester des logiciels. Bien que les listes de surveillance constituent une grande partie de la stratégie antiterroriste américaine – et largement redoutées par les voyageurs – le gouvernement américain a gardé leur contenu entouré de secret. Les voyageurs peuvent ne pas savoir qu’ils sont sur une liste jusqu’à ce qu’ils rencontrent des problèmes à la porte de l’aéroport. Le Terrorist Screening Center du FBI, qui gère le système de liste de surveillance, affirme que les entrées sont basées sur des « critères spécifiques liés au renseignement » et jamais « des suppositions ou des intuitions ». Cependant, les autorités ne sont pas obligées de citer des «faits concrets» ou des «preuves irréfutables» pour répertorier les individus, montrent des documents précédemment divulgués . Des responsables américains auraient répertorié des personnes qui refusaient de devenir des informateurs du FBI. Plusieurs procès ont forcé les autorités à réformer le système. L’American Civil Liberties Union soutient que la version réformée viole toujours les droits des citoyens. En 2019, un juge fédéral américain a déclaré le système de liste de surveillance inconstitutionnel ; une cour d’appel a annulé cette décision deux ans plus tard. On pense que le gouvernement américain échange ses données de liste de surveillance avec des États étrangers. En 2020, les services de renseignement pakistanais ont temporairement [enlevé] et interrogé un citoyen américain qui avait été ajouté à la liste d’interdiction de vol, même s’il avait déjà blanchi son nom auprès des autorités américaines. On ne sait pas comment Muslim et Abdullah se sont retrouvés sur les listes de surveillance. En réponse à une question de l’Institut kurde pour la paix, le bureau des médias du FBI a refusé de commenter, sauf pour confirmer qu’il était au courant d’une « violation d’informations détenues par une compagnie aérienne privée, y compris des informations gouvernementales sensibles ». Parce que la liste d’interdiction de vol est partagée avec d’autres pays, y ajouter des dirigeants du PYD aurait pu être considéré comme un message positif à la Turquie, a déclaré un ancien responsable américain de l’immigration, sous couvert d’anonymat, à l’Institut kurde pour la paix. La liste d’interdiction de vol est liée aux mêmes bases de données que les agents de l’immigration utilisent pour traiter les demandes de visa, et les autorités américaines ont refusé à plusieurs reprises à Muslim un visa pour parler à Washington, malgré les appels des membres américains du Congrès des deux partis à laisser entrer le dirigeant kurde. Mais, comme l’a expliqué l’ancien responsable, « ce n’est pas l’idée que nous ne voulons pas qu’il soit ici parce que ce serait provocateur. (…) Nous ne vous donnons pas simplement un refus politique. Nous vous plaçons activement sur la liste d’interdiction de vol parce que vous êtes lié à ce que nous considérons comme une organisation terroriste. » La Turquie a demandé à plusieurs reprises l’arrestation de Muslim, qu’elle considère comme affilié au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Muslim a démenti tout « lien opérationnel » avec le PKK. Les États-Unis et les pays européens sont d’accord avec l’évaluation de la Turquie selon laquelle le PKK est une organisation terroriste mais traitent le PYD de Muslim et d’Abdullah comme une organisation distincte. Certains révolutionnaires kurdes syriens sont issus du PKK. Le PKK a revendiqué à la fois Mazlum Abdi, général des Forces démocratiques syriennes, et Ilham Ahmad, qui dirige l’administration révolutionnaire, comme anciens membres. Mais ni Abdi ni Ahmad ne semblent être sur les listes de surveillance. « J’imagine qu’il y a quelque chose sur quelqu’un comme Mazlum Abdi du genre, ‘si vous rencontrez cette personne dans une demande de visa, vous devez envoyer un e-mail à DC tout de suite’, ce ne sera pas la même chose que la liste d’interdiction de vol. Les gens qui font du contre-terrorisme se font un devoir de ne pas regarder [les vétérans du PKK combattant aux côtés des forces américaines], parce que toute la politique américano-syrienne essaie de… ne pas regarder la chose », a déclaré l’ancien responsable de l’immigration. La liste d’interdiction de vol nomme également Remzi Kartal et Zübeyir Aydar, représentants de l’Union des communautés du Kurdistan (KCK), une organisation faîtière qui comprend à la fois le PKK et le PYD, en Europe. Tous deux ont été membres du parlement turc avant de quitter le pays (…). Les procureurs turcs ont mis Muslim, Kartal et Aydar sur un mandat d’arrêt à la suite d’un attentat à la bombe en mars 2016 à Ankara qui a tué 36 civils. Les faucons de la liberté, un groupe dissident kurde qui a rompu avec le PKK, ont revendiqué cette attaque. De même, la liste Selectee comprend Adem Uzun et Nilufer Koç, membres du Congrès national du Kurdistan, un autre groupe faîtier kurde en Europe. Ces organisations de la diaspora ont été un canal clé pour les négociations de paix. Le Trésor américain a imposé des sanctions financières à Uzun et Kartal en 2011 au motif qu’ils aidaient le PKK à faire passer de la drogue. L’Union des communautés du Kurdistan a qualifié de « sans fondement » les accusations de trafic de drogue. Les autorités françaises ont arrêté Uzun en 2012 mais l’ont relâché quelques mois plus tard. Dans un e-mail adressé à l’Institut kurde pour la paix, Uzun a écrit que les autorités américaines tentaient de « stigmatiser » les politiciens kurdes, les décrivant comme des criminels plutôt que comme des « politiciens [cherchant] à trouver une solution pacifique et démocratique à la question kurde.” « Ni moi ni les autres personnes répertoriées n’avons été… contactés personnellement. Ils le publient sans aucun avertissement. Toutes les raisons et allégations qu’ils ont utilisées pour justifier la liste sont hors de propos et fausses », a déclaré Uzun, ajoutant qu’il parlait également pour Kartal et Aydar. Uzun a émis l’hypothèse que les autorités américaines « prennent leurs informations de l’État turc » et a noté qu’il avait été sanctionné juste au moment où les pourparlers de paix entre la Turquie et le PKK ont échoué en 2011. Ces pourparlers de paix ont finalement repris. Au même moment, le PYD était en pourparlers avec la Turquie sur la situation en Syrie, et Muslim s’est même rendu à Ankara en 2013. Cependant, le processus de paix a de nouveau échoué en 2015, et la guerre se poursuit depuis lors. Les politiciens kurdes ne sont pas les seuls à figurer sur les listes de surveillance. Gerry Adams, un politicien irlandais ayant des liens présumés avec l’insurrection de l’Armée républicaine irlandaise, se plaint depuis longtemps des problèmes de sécurité lors de sa visite aux États-Unis. Les membres américains du Congrès ont fait pression sur le gouvernement pour qu’il retire Adams de ses listes de surveillance, en raison de son rôle dans le processus de paix en Irlande du Nord. Les responsables ont déclaré qu’ils l’avaient fait en 2006, mais la fuite de la semaine dernière a montré qu’Adams était toujours sur la liste Selectee, a rapporté le Sunday Times. Tant que le processus est entouré de secret, il n’y a aucun moyen de savoir avec certitude comment ces décisions sont prises – et quel rôle jouent les gouvernements étrangers. Version originale à lire ici: U.S.-Backed Syrian Kurdish Leaders Are on an FBI Watchlist

L’ONU appelée à enquêter sur les décès suspects de manifestants libérés en Iran

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Alors que les manifestations anti-régime déclenchées par le meurtre de Jina Mahsa Amini, une jeune femme kurde tuée par la police des mœurs à Téhéran le 16 septembre 2022 pour un « voile mal porté », se poursuivent malgré la répression féroce des forces du régime, une ONG iranienne appelle l’ONU à enquêter sur les décès suspects de manifestants libérés après des jours ou semaines de tortures sévères. « Des preuves crédibles contestent les allégations de « suicides » avancées par les autorités iraniennes. Des familles décrivent des corps visiblement torturés, des preuves fabriquées, des enterrements rapides forcés », écrit l’ONG Iran Human Rights qui demande l’ouverture d’une enquête par l’ONU. Voici l’article d’Iran Human Rights: La Mission d’établissement des faits de l’ONU devrait enquêter sur la mort suspecte – que les autorités iraniennes ont qualifié de « suicides » malgré preuves significatives indiquant le contraire – d’un certain nombre de manifestants détenus récemment libérés, a déclaré dans un communiqué [le 19 janvier] le Centre pour les droits de l’homme en Iran (CHRI). « Nous assistons à un certain nombre de décès suspects de détenus libérés qui ont été clairement torturés pendant leur détention par l’État, les familles étant contraintes d’enterrer rapidement leurs proches après avoir été empêchées de procéder à des autopsies indépendantes », a déclaré le directeur exécutif du CHRI, Hadi Ghaemi. « Compte tenu des antécédents documentés de la République islamique en matière de meurtres ou de décès de détenus et de tentatives de dissimulation de preuves, ces décès devraient faire l’objet d’une enquête par la mission d’établissement des faits de l’ONU axée sur l’Iran », a déclaré Ghaemi. La mission d’enquête a été créée par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en novembre 2022 pour enquêter sur l’assassinat par la République islamique de plus de 500 hommes et femmes participant aux manifestations de rue qui ont éclaté à travers l’Iran après le meurtre le 16 septembre 2022 sous la garde de l’État de Jina Mahsa Amini, une jeune Kurde de 22 ans, ainsi que d’autres crimes et violations des droits commis par les autorités iraniennes depuis lors. Les suicides présumés, qui impliquent tous de jeunes femmes et hommes qui ont récemment été libérés de détention dans le cadre des manifestations de rue anti-gouvernementales en cours en Iran, ont été caractérisés par des demandes reconventionnelles de membres de la famille, des preuves contraires et des indications de mauvais traitements graves en prison, notamment des passages à tabac et des injections forcées de drogues inconnues pendant leur détention. Dans certains cas, les membres de la famille qui ont parlé au CHRI ont directement contesté la cause du décès, déclarant que le soi-disant suicide avait été « mis en scène ». Dans d’autres cas, des enquêtes menées par des organisations de défense des droits humains et des journalistes ont fourni des preuves que les suicides présumés étaient la dissimulation d’un meurtre par les forces de sécurité de l’État. Dans de nombreux cas, de sérieuses questions entourent les événements qui ont précédé le suicide présumé, y compris des preuves solides de torture pendant la détention, ce qui aurait causé une détresse émotionnelle extrême. Voici plusieurs cas publics qui devraient faire l’objet d’une enquête par la Mission d’établissement des faits de l’ONU. Atefeh Naami Le suicide présumé d’Atefeh Na’ami, 37 ans, a été « mis en scène », a déclaré son frère Mohammad Amin Na’am, qui est basé à Londres, à CHRI dans une interview, ajoutant qu’Atefeh avait « des signes de torture sur son corps » et était «tuée» et ramenée dans son appartement où sa mort a été présentée comme un suicide. Atefeh a disparu le 20 novembre 2022, a déclaré Mohammad au CHRI, et a été retrouvée morte chez elle le 26 novembre. Sa famille pense que les autorités ont nié l’avoir détenue pour semer davantage le doute sur sa mort « mise en scène ». Les autorités ont également détruit les preuves de sa mort et empêché la famille d’obtenir une autopsie indépendante, a-t-il déclaré. « Atefeh participait activement aux manifestations. Elle a été identifiée comme l’une des dirigeantes de la contestation à Karaj. Elle avait reçu des messages de menaces, ce qui l’a obligée à installer des caméras chez elle. Pour des raisons de sécurité, elle utilisait également une ligne téléphonique séparée chaque fois qu’elle nous appelait », a-t-il déclaré. Le corps de Na’ami a été découvert par sa nièce au domicile de Na’ami le 26 novembre 2022, en sous-vêtements, sur un canapé avec une couverture sur la tête et un tuyau de gaz dans la bouche. « Notre famille a beaucoup souffert », a déclaré Mohammad. « Il était évident pour nous que le suicide était une mise en scène. » « La couverture qu’ils ont jetée sur Atefeh ne lui appartenait pas. Il était clair qu’ils l’avaient couverte avec la couverture et l’avaient ramenée à la maison après l’avoir tuée », a-t-il ajouté. « La couverture a disparu quelques heures après qu’elle ait été retrouvée parce qu’elle avait une ‘mauvaise odeur’, ont déclaré [les autorités], même s’il s’agissait d’une preuve criminelle. Ma sœur a vu des signes de torture sur le corps d’Atefeh », a déclaré Mohammad au CHRI. Mohammad a ajouté qu’Atefeh n’avait montré aucun signe de détresse émotionnelle ou de dépression. « Atefeh se préparait à assister au mariage de notre cousin. Elle venait tout juste d’acheter une robe et parlait du mariage. Elle avait aussi commencé à lire un des livres de Will Durant sur l’histoire des religions. Le fait est qu’elle avait la révolution en tête, pas le suicide ! » « Ma sœur a été enterrée à la hâte le 28 novembre [2022], en présence de quelques membres de la famille seulement », a-t-il déclaré au CHRI. « Les autorités avaient dit que l’inhumation aurait lieu à 13 heures, mais cela s’est produit trois heures plus tôt, à côté de la tombe de notre mère, au cimetière de Beheshtabad à Ahavz », a-t-il ajouté. Abbas Mansouri Abbas Mansouri, 19 ans, s’est suicidé moins d’une semaine après avoir été libéré après 20 jours de détention suite à son arrestation en lien avec les manifestations. Il avait des signes d’« agression physique » sur son corps, a déclaré à CHRI une source ayant une connaissance détaillée de l’affaire, ajoutant que les autorités avaient forcé la famille à garder le silence sur sa mort. De nombreuses questions restent sans réponse sur ce qui est arrivé à Abbas pendant sa détention et pourquoi il est mort par suicide six jours seulement après sa libération. « Son oncle a vu des signes d’agression physique sur le corps d’Abbas lorsqu’il a été enterré », a déclaré la source à CHRI après avoir requis l’anonymat pour protéger sa sécurité personnelle. « Ils ont menacé toute la famille et les ont forcés à procéder à l’inhumation sans en informer le public », a ajouté la source. Mansouri a été arrêté par des agents de la sécurité de l’État lors d’une manifestation à Shush, dans la province du Khuzestan, le 16 novembre 2022, et accusé d’avoir « distribué du chocolat avec des dépliants » avec le slogan « Femme, vie, liberté » imprimé dessus. Il a été libéré le 5 décembre et le 11 décembre, il a été enterré. « Tout comme les enfants de sa génération, Abbas distribuait du chocolat, frappait du poing et encourageait [lors d’une manifestation] quand soudain la rue était pleine d’agents de sécurité qui l’ont emmené avec plusieurs autres », a déclaré la source. « Quand il a été libéré 20 jours plus tard, il était devenu un reclus, ne prononçant presque pas un mot. Il a dit à sa famille que les détenus avaient reçu des pilules et des injections de drogue dont on leur avait dit qu’elles les aideraient à dormir plus facilement. Puis le 11 décembre, Abbas s’est suicidé avec des pilules. « Il n’avait aucune maladie et n’était pas du genre à prendre des stupéfiants », a déclaré la source. Yalda Aghafazli De sérieuses questions entourent également la mort présumée par suicide de Yalda Aghafazli, 19 ans, qui avait déclaré avoir été sévèrement battue et maltraitée en détention, et qui est décédée cinq jours après sa sortie de prison. Elle a été arrêtée le 26 octobre 2022, alors qu’elle écrivait des slogans politiques sur un mur à Téhéran et emmenée à la prison notoirement dure de Gharchak. Dans un fichier audio que Yalda a enregistré après sa sortie de détention, qui a été publié sur les réseaux sociaux après sa mort, elle a déclaré avoir été sévèrement battue lors de son arrestation, ce qui l’a incitée à entamer une grève de la faim pendant plusieurs jours. « Je n’avais jamais été autant battue au cours de mes 19 années que pendant ces 12 ou 13 jours (de détention). J’ai tellement crié que je ne pouvais pas parler, mais jusqu’au dernier moment, je n’ai jamais regretté [mes actions] », a-t-elle déclaré. La nouvelle de sa sortie de prison a été rendue publique le 6 novembre avec une photo d’elle souriant devant la prison . Cinq jours plus tard, elle est retrouvée morte dans sa chambre. Mohammad Shahriyari, qui dirige le parquet de Téhéran, a déclaré qu’elle était morte d’une overdose de pilules. Mais une source proche de la famille a contesté cette affirmation, a rapporté la BBC, ajoutant que la famille attend toujours les résultats d’un rapport toxicologique. « Yalda était une fille autodidacte », a déclaré l’une de ses amis à CHRI, ajoutant que Yalda gagnait bien sa vie. « Elle n’a jamais pris de stupéfiants. » «Je la connaissais comme une personne énergique; le suicide était hors de question », a ajouté la source qui a requis l’anonymat pour protéger sa sécurité personnelle. Arshia Emamgholizadeh Alamdari Arshia Emamgholizadeh Alamdari, 16 ans, a été enterré le 27 novembre 2022. [Elle s’est suicidée] deux jours après avoir été libéré de détention au cours delaquelle il a déclaré avoir été torturé. Il avait été arrêté le 12 novembre pour avoir prétendument renversé un turban sur la tête d’un religieux et a été détenu pendant 11 jours à la prison centrale de Tabriz, dans la province de l’Azerbaïdjan oriental. Il a été libéré le 23 novembre. « Ils nous ont donné des pilules la nuit et nous ont torturés en nous frappant la plante des pieds », a déclaré Arshia à ses amis après sa libération, selon le site IranWire. Le rapport ajoute qu’Alamdari s’est vu prescrire des pilules lors d’une visite chez un médecin après sa sortie de prison. Là encore, sa mort est indissociable des graves allégations de torture en détention qui l’ont précédée. En plus des cas ci-dessus impliquant des détenus récemment libérés, il y a eu d’autres cas de décès qui ont été qualifiés de suicides par les autorités, mais pour lesquels des enquêtes indépendantes ont mis en avant des preuves solides de la responsabilité de l’État dans les décès. Ceux-ci inclus: Sarina Esmaeilzadeh Sarina Esmaeilzadeh n’avait que 16 ans lorsqu’elle est décédée à Gohardasht, dans la province d’Alborz, après avoir été « frappée à la tête avec des matraques » par les forces de sécurité de l’État, selon Amnesty International . Pourtant, les autorités iraniennes ont affirmé que la jeune blogueuse vidéo s’était suicidée après avoir sauté du toit le jour même où elle avait rejoint les manifestations anti-étatiques, le 23 septembre 2022. Selon une « source primaire » en Iran, Amnesty a rapporté que « des agents de sécurité et de renseignement ont soumis la famille de la jeune fille à un harcèlement intense pour les contraindre au silence ». Nika Shakarami Nika Shakarami avait également 16 ans lorsqu’elle a disparu après avoir rejoint les manifestations anti-étatiques à Téhéran le 20 septembre, et a finalement été retrouvée par sa famille dans une morgue 10 jours plus tard. Un rapport d’enquête de CNN analysant des images de Nika a montré qu’elle était pourchassée par les forces de sécurité de l’État avant sa mort, ce que les autorités iraniennes ont de nouveau affirmé être mort par suicide, encore une fois en sautant d’un immeuble. Sa mère Nasrin avait déclaré à Etemad, un journal iranien indépendant, dans une interview publiée le 10 octobre qu’elle pensait que sa fille « était aux manifestations et y avait été tué ». « La réponse des autorités iraniennes aux protestations actuelles a été des meurtres, des arrestations massives et des exécutions ; la dissimulation de nouveaux meurtres ou de suicides provoqués par l’État serait la continuation du même manuel de répression violente et anarchique », a déclaré Ghaemi. Article d’origine à lire ici: Suspicious Deaths of Released Protesters in Iran Should be Investigated by UN

SYRIE. L’embargo du régime syrien contraint la municipalité des quartiers kurdes d’Alep à suspendre ses services

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SYRIE – L’embargo du régime syrien imposé aux quartiers kurdes de Cheikh Maqsoud et d’Achrafieh, à Alep, a des conséquences graves. En plus de manque de produits de première nécessité, dont la nourriture, médicaments… le manque d’essence à obligé la municipalité autonome de ces deux quartiers à suspendre la plupart de ses services, à l’exception du ramassage d’ordures pour éviter une catastrophe sanitaire. L’Amnesty International exhorte les forces gouvernementales syriennes « à lever le blocus imposé aux civil·e·s dans les zones à majorité kurde du gouvernorat d’Alep (nord du pays), qui empêche les habitant·e·s d’obtenir du carburant et d’autres produits de première nécessité, a déclaré Amnesty International le 24 janvier 2023. » Amnesty rappelle que « Depuis l’imposition du blocus par le gouvernement en août 2022, des dizaines de milliers de civil·e·s, notamment des personnes déplacées à l’intérieur du pays, font face à de graves pénuries de carburant et d’aide humanitaire. Les fournitures médicales sont presque épuisées et les habitant·e·s brûlent des objets domestiques ou du plastique pour générer de la chaleur alors que les températures sont glaciales. Les zones touchées, notamment les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh, dans le nord de la ville d’Alep, et plus de 50 villages du canton de Shehba, sont sous le contrôle du conseil civil kurde, qui est affilié à l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES). » ajoutant qu’« Il est scandaleux de voir les autorités syriennes priver des dizaines de milliers d’habitant·e·s du gouvernorat d’Alep de produits de première nécessité en raison de considérations politiques. Les civil·e·s vivent dans la peur, la privation et l’incertitude constantes et paient une fois de plus le prix le plus fort de ce conflit qui semble sans fin. » L’embargo imposé depuis août 2022 aux quartiers de Cheikh Maqsoud et d’Achrafieh paralyse les services municipaux dans les deux quartiers. Pour maintenir le processus de nettoyage, la municipalité de Sheikh Maqsoud et d’Ashrafieh utilise son stock de diesel pour la propreté des deux quartiers et pour empêcher l’accumulation d’ordures, qui entraîne la propagation de maladies et d’épidémies. Quelques services de transport des déchets fonctionnent, tandis que les employés de la municipalité populaire sont obligés de faire manuellement tous les autres travaux municipaux. L’administratrice à la Municipalité populaire des quartiers Cheikh Maqsoud et Achrafieh, Fatima Haider, a déclaré que leur stock de carburant n’est pas suffisant pour effectuer tous les travaux et services, notant que leur travail se limite aux projets importants et à la continuité du ramassage d’ordures. Fatima Haidar a ajouté que la « Quatrième Division » affilié au gouvernement de Damas empêche l’acheminement du carburant vers les deux quartiers.

ANHA

TURQUIE. La journaliste kurde, Rojin Altay arrêtée à Istanbul

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TURQUIE – La journaliste kurde Rojin Altay a été arrêtée à l’aéroport d’Istanbul. Altay serait poursuivie pour son travail au sein du journal Yeni Yaşam, et pour l’instant interdite de rencontrer un avocat. La journaliste Rojin Altay a été arrêtée dans la métropole turque d’Istanbul. Selon son avocat Sercan Korkmaz, l’employée du journal kurde « Yeni Yaşam » avait une ordonnance du tribunal pour l’arrêter dans le cadre d’une enquête. Altan était en route pour Amed (tr. Diyarbakır). Elle a été arrêtée samedi soir à l’aéroport Sabiha Gökçen. On ne sait rien sur le contexte du processus. L’avocat Korkmaz pense que l’affaire est lié au travail d’Altay en tant que journaliste critique. « Pendant 24 heures, ma cliente se voit refuser tout contact avec le monde extérieur, il y a une interdiction d’accès à un avocat », a-t-il expliqué. Pendant ce temps, Altay a été emmenée au quartier général de la police de Vatan dans le quartier Fatih d’Istanbul, un centre de torture notoire. Les professionnels des médias kurdes sont dans la mire constante des autorités répressives turques. Rojin Altay est également prise pour cible par la police et la justice depuis des années. À l’été 2021, elle a été arrêtée par la police alors qu’elle travaillait encore comme correspondante pour l’agence de presse Mezopotamya (MA) lors d’une manifestation contre le meurtre d’une famille kurde à Konya. Le 30 juillet 2021, sept membres de la famille kurde Dedeoğulları ont été assassinés par un raciste turc dans la province centrale d’Anatolie, et des habitants de tout le pays ont envahi les rues par colère. Rojin Altay et cinq autres travailleurs des médias ont été attaqués et blessés par une foule nationaliste alors qu’ils rentraient chez eux à la suite d’une grande manifestation à Istanbul. Plusieurs policiers ont observé l’attaque et ont laissé le groupe raciste faire son travail. Au final, seuls les journalistes ont été arrêtés – et maltraités par la police. ANF

IRAN. Séisme mortel au Kurdistan iranien

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IRAN / ROJHILAT – Un séisme mortel a frappé la localité kurde de Khoy, en Azerbaïdjan occidental. Au moins trois personnes sont mortes et plus de 816 autres blessées. C’est le troisième séisme qui frappe la région en l’espace de quelques mois. Pour la troisième fois en quelques mois, un fort tremblement de terre a frappé la ville kurde orientale de Xoy (Khoy), dans le nord-ouest de l’Iran. Selon les chiffres officiels, au moins 816 personnes ont été blessées, et trois autres décédées. Il y aurait des dégâts importants. Les médias iraniens parlent d’une ampleur considérable des destructions, également dans les villages environnants. De nombreux bâtiments se sont effondrés ou ont été gravement endommagés, et des voitures ont été écrasées par des chutes de débris. C’est ce qu’a annoncé la protection civile dans la soirée. Le séisme mesurait 5,9 sur l’échelle de Richter à une profondeur de dix kilomètres, selon l’USGS. L’épicentre était situé à l’extrémité nord-ouest de la ville. Les secousses ont également été ressenties dans le nord kurde de Van (tr. Van) ainsi qu’en Arménie et en Azerbaïdjan. Il n’y a pas d’électricité dans certains quartiers de Xoy, de nombreuses personnes sont descendues dans la rue par peur des répliques. Des centaines de secouristes ont été envoyés dans la zone du tremblement de terre depuis les villes environnantes, mais les chutes de neige ont rendu leur déploiement difficile. Des abris d’urgence ont été mis en place dans les salles de sport et les écoles. Des milliers de personnes devraient avoir besoin d’aide. En outre, deux hôpitaux de campagne sont en train d’être mis en place pour soigner le nombre vraisemblablement croissant de blessés. Il s’agissait du troisième tremblement de terre dans la région de Xoy en quelques mois. Il y a à peine dix jours, au moins 120 personnes y ont été blessées après un tremblement de terre de magnitude 5,4 , principalement à cause de la panique. En octobre, le premier séisme a endommagé plus de 5 000 bâtiments dans les villages autour de Xoy. Plus de 1 200 personnes ont été blessées, également principalement à cause de la panique. L’Iran souvent frappé par des tremblements de terre En raison de sa situation géographique dans une zone sismiquement active, l’Iran subit en moyenne un tremblement de terre par jour. En février 2020, au moins huit personnes sont mortes dans un tremblement de terre dans la région frontalière entre l’Iran et la Turquie sur le territoire turc. En novembre 2017, un tremblement de terre de magnitude 7,3 a tué 620 personnes à Kirmaşan (Kermanshah) dans l’est du Kurdistan. En 2003, un tremblement de terre dévastateur de magnitude 6,6 a dévasté la ville iranienne historique de Bam. 31 000 personnes ont perdu la vie. Le tremblement de terre le plus dévastateur (Manjil Rudbar) de l’histoire de la République islamique a tué 40 000 personnes dans le nord en 1990 et en a blessé 300 000 autres. ANF  

TURQUIE. Un paysan kurde jeté d’un hélicoptère militaire poursuivi pour terrorisme

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TURQUIE / KURDISTAN – Osman Siban, un paysan kurde de 51 ans, a été jeté d’un hélicoptère (avec un autre Kurde qui est mort 20 jours plus tard) par l’armée turque dans la province de Van en 2020. Grièvement blessé, il est poursuivi par la « justice » turque qui exige jusqu’à 15 ans de prison pour « terrorisme » tandis que ses bourreaux de soldats sont libres comme le vent… Le procès d’Osman Şiban est vu comme un acte de vengeance du pouvoir judiciaire sous tutelle et de l’armée. La deuxième audience du procès contre Osman Şiban, qui a été torturé et jeté d’un hélicoptère par des soldats turcs dans le district de Çatak de la province de Van en 2020, s’est tenue jeudi au 2e tribunal pénal de Mersin. Şiban est accusé d’« appartenance à une organisation terroriste ». Alors que Şiban et ses avocats étaient présents à l’audience, deux témoins ont participé à l’audience en visioconférence. L’homme kurde de 51 ans a déclaré qu’il ne connaissait pas les deux témoins et a réfuté leurs déclarations. « Lorsque l’État a finalement autorisé le retour des gens dans le village dépeuplé antérieurement, j’y suis retourné et j’ai construit une maison, où je suis resté pendant certains mois de l’année. Aucun membre d’une organisation terroriste n’est jamais venu chez moi. Je vis dans les hautes terres et je n’y ai été témoin d’aucune activité non plus. Je reste dans ma maison là-bas deux mois par an. Ma maison est vide pour les 10 mois restants. Je demande mon acquittement. » L’un des témoins, YS, a affirmé que les informations qu’il avait fournies à la police étaient fiables et que Şiban était « un membre d’une organisation », c’est-à-dire le PKK. Alors que le procureur a exigé que Şiban soit condamné pour « appartenance à une organisation terroriste », ses avocats ont demandé un délai supplémentaire pour défendre leur client. Le tribunal a accepté la demande des avocats et a reporté l’audience au 11 avril. Que s’est-il passé le 11 septembre 2020? L’inculpation d’Osman Şiban est considérée comme un acte de vengeance par le pouvoir judiciaire contrôlé et l’armée. L’homme kurde est à la fois témoin et victime de l’une des plus graves attaques de l’armée turque contre la population civile kurde ces dernières années. Avec Servet Turgut, 55 ans, Osman Şiban a été arrêté le 11 septembre 2020 près du district de Çatak lors de travaux sur le terrain par des soldats d’une unité d’opérations turque. Après de graves tortures, ils ont été poussés hors d’un hélicoptère militaire et ont subi de graves blessures. Après l’épreuve, Osman Şiban et Servet Turgut ont été emmenés dans différents hôpitaux. L’armée a déclaré au personnel médical que les deux hommes étaient des terroristes et avaient été blessés alors qu’ils tentaient de s’échapper d’un hélicoptère. Şiban a survécu à l’épreuve tandis que Servet Turgut est mort après vingt jours dans le coma. Comme preuve de l’appartenance présumée d’Osman Şiban au PKK, l’acte d’accusation énumère, entre autres, trois bidons de carburant de rechange qui auraient été découverts en pleine terre dans un hameau de Çatak, près de la maison de Şiban, dans laquelle il ne vit que pendant l’été – le reste de l’année, il vit dans la métropole côtière de Mersin. On l’accuse d’avoir emmené les bidons n’ont pu y être emmenés que par l’homme de 51 ans et que la zone du hameau où se trouve la maison de Şiban a été survolée par un drone de reconnaissance le 9 septembre 2020. L’évaluation des données collectées aurait montré qu’au moment des vols de surveillance, il y avait des activités suspectes inhabituelles dans la zone. Enfin et surtout, l’accusation se réfère aux déclarations d’un témoin supposé qui – s’il existe – prétend avoir déclaré que la maison d’Osman Şiban avait été régulièrement visitée par les cadres du PKK Murat Karayılan et Mahsum Korkmaz (tué à Gabar le 28 mars 1986) dans les années 1980 et 1990. ANF

La Turquie demande à la Serbie d’extrader le militant kurde Ecevit Piroğlu

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Le ministre turc des Affaires étrangères a déclaré qu’ils négociaient avec la Serbie pour l’extradition d’Ecevit Piroğlu accusé d’être affilié au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) pour avoir combattu DAECH au Rojava. La Turquie demande l’extradition du militant kurde depuis plus de 18 mois. Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, a déclaré jeudi aux journalistes qu’il avait discuté avec son homologue serbe l’extradition d’un « terroriste » affilié au PKK. La Serbie a déjà apporté son soutien à plusieurs partisans présumés de Fethullah Gülen, que la Turquie tient pour responsables de plusieurs tentatives de renversement du gouvernement, selon le ministre. « Il y a quelqu’un affilié au PKK, un terroriste. Nous avons demandé de l’aide pour son extradition aujourd’hui », a déclaré Çavuşoğlu. Le ministre turc a également évoqué le « renforcement de la coopération » entre les deux pays sur la migration irrégulière et « la stabilité et la paix dans les Balkans ». Le statut juridique de Piroğlu a récemment été un sujet brûlant pour la Turquie et la Serbie. Piroğlu est un militant de gauche depuis 1992 et est un ancien président de la branche d’Izmir de l’éminente association des droits de l’homme (İHD). Il a été arrêté à plusieurs reprises pour son activisme et, en 2018, a finalement quitté la Turquie pour la Serbie, à la suite d’accusations de terrorisme en raison de sa participation aux manifestations antigouvernementales du parc Gezi en 2013. Au plus fort de la lutte des Kurdes syriens contre les forces djihadistes, Piroğlu s’est rendu dans le nord de la Syrie pour lutter contre l’État islamique (DAECH). La police serbe a arrêté le militant le 25 juin 2021 à Belgrade, et il est en détention depuis. Sa demande d’asile a été rejetée. Les autorités turques ont fait pression sur les autorités serbes pour extrader Piroğlu. Medya News

Les peuples d’Iran n’ont le choix qu’entre la couronne et le turban ?

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Alors que les protestations anti-régime déclenchées en septembre 2022 suite au meurtre d’une jeune femme kurde par la police des mœurs pour une affaire de voile non conforme aux normes des mollahs continuent de secouer l’Iran, notamment dans les régions périphériques (Kurdistan, Baloutchistan…), on assiste à une tentative de revanche des royalistes qui mènent une guerre médiatique pour s’accaparer le pouvoir duquel ils ont été éjectés par le peuple il y a plus de 43 ans maintenant ! La colère est immense parmi les forces progressistes, des peuples non-perses et des femmes marginalisés qui sont le moteur de la révolution féministes iranienne. Ils s’opposent fermement aux tentatives des royalistes veulant voler leur révolution. « L’opposition iranienne s’engage sur une voie inquiétante. La gauche devrait contrer cela avant que le pahlavisme ne devienne le fer de lance du mouvement », écrivent Dastan Jasim, Pedram Zarei, Ammar Goli. Voici leur article: Seul le choix entre couronne et turban ? La vague historique de protestations qui a commencé avec la mort de Jina Mahsa Amini le 16 septembre 2022 a duré plus de 100 jours. Les manifestations ne s’éteignent pas à travers le pays et il ressort très clairement des slogans et des bannières des manifestations qu’un changement total de système, une révolution, est exigé. Pendant ce temps, l’opposition révolutionnaire se regroupe, précisément parce que toute résistance depuis la révolution islamique de 1979 a été criminalisée et contrainte à l’exil. La question se pose d’autant plus maintenant de savoir qui peut diriger cette opposition, comment elle doit être organisée et comment éviter les erreurs du passé. Une déclaration conjointe du Nouvel An par diverses personnalités éminentes de la diaspora iranienne, dont le fils de l’ancien Shah et l’activiste Masih Alinejad, appelle désormais à l’unité entre les acteurs de la diaspora. Le rôle de l’opposition dans la diaspora Cependant, l’opposition actuelle dans la diaspora peut également être considérée de manière critique. En aucun cas, [l’ensemble de] la diaspora n’a pas toujours été contre le système, et beaucoup ne veulent pas parler de ce qui s’est passé depuis et avant 1979. En conséquence, la responsabilité historique de nombreux groupes politiques n’est pas le moins du monde abordée. C’est fatal, surtout du point de vue des minorités politiques et ethniques comme les Kurdes, car il est évident que le discours de certaines parties de l’opposition diasporique utilise de nombreux points nationalistes et monarchistes pour éviter [d’évoquer] cela. De nombreuses forces de gauche et progressistes le tolèrent car elles craignent d’une part de détruire l’unité commune et d’autre part de mettre en péril le potentiel de mobilisation de masse de la diaspora. À une époque où les groupes et organisations de gauche sont en crise structurelle, l’espace discursif est constamment façonné par l’opposition de droite. Bien que les couches les plus pauvres de la population soient le pilier des protestations, les luttes qui se déroulent dans les rues d’Iran sont utilisées à des fins nationalistes et néolibérales. C’est l’unité avec les forces fascisantes et régressives en exil qui a transformé la révolution de 1979 en une révolution de l’autoritarisme et a liquidé les gains d’une année de grèves et de manifestations. Les forces de gauche et progressistes qui prennent au sérieux la transition vers la démocratisation doivent s’attaquer aux racines de l’autoritarisme iranien du Shah au Mollah et détacher systématiquement la structure de cette opposition des fronts uni monarchistes et nationalistes. S’ils ne le font pas, le danger n’est pas seulement l’échec du changement démocratique, mais l’existence de tous ces groupes marginalisés qui défient actuellement l’autoritarisme en Iran. Critique de l’autoritarisme iranien Sous-jacente à cette critique se trouve la critique fondamentale de l’autoritarisme iranien. De nombreuses voix d’opposition, par exemple, insistent pour que le régime soit décrit comme islamique plutôt qu’iranien. Plus qu’un stratagème discursif, ce détail rhétorique est le symptôme d’un manque de compréhension de ce qui a défini l’Iran au cours des 100 dernières années et de la manière de résoudre le problème fondamental de l’autoritarisme en Iran. En fait, ce que Khomeini et Khamenei ont construit en 1979 n’est, dans sa forme institutionnelle de base, qu’une continuation du centralisme et de l’autoritarisme existants sous une apparence islamique., ce qui n’est en rien diamétralement opposé à un passé monarchiste supposé progressiste. Ce n’était pas des moindres l’Iran moderne de Reza Shah, qui dès 1925, très semblable à Mustafa Kemal Atatürk de 1923 par exemple, prêcha un nationalisme impitoyable afin de créer une légitimité à la modernité. Ce qui était autrefois une évidence en raison d’une certaine descendance, à savoir la domination totale, devrait maintenant être remplacé par une compréhension nationaliste commune. Semblable à Atatürk, pour Reza Shah, cela signifiait également une modernisation transitoire orientée vers l’Occident et une répression décisive de tout groupe ethnique qui pourrait perturber cette unification centrée sur la Perse avec le nouveau nom « Iran », traduit Terre des Aryens. Ce n’est donc pas un hasard si le premier traité d’amitié bilatéral entre la Turquie d’Atatürk et l’Iran de Reza Shah avait pour objectif central de contrer les soulèvements kurdes des années 1920, qui ont eu lieu dans la zone frontalière turco-iranienne, qui était le cœur de la communauté kurde représente les zones de peuplement. Son fils Mohammed Reza Shah Pahlavi, qui lui a succédé et qui était le père de l’actuelle figure de proue de l’opposition, Reza Pahlavi, ne devait pas avoir d’autre programme. Même Mohammed Mossadegh, considéré par de nombreux gauchistes occidentaux comme une légende socialiste uniquement pour son programme de nationalisation des ressources naturelles du pays, n’avait aucune intention de mettre fin au centralisme et à l’autoritarisme. Manque de traitement du passé Compte tenu de ces continuités non résolues, une critique institutionnelle sérieuse et pas seulement idéologique du passé de l’Iran serait si importante. Sinon, le résultat est ce qui se passe actuellement : les Kurdes et les autres minorités sont accusés de séparatisme à chaque tournant par les nationalistes iraniens et les porte-parole des Gardiens de la révolution, même lorsqu’aucun groupe politique n’appelle à la séparation. Seule la critique fondamentale du mode passé de l’État iranien suffit à être considéré comme des « séparatistes » et des « agitateurs », alors que la démocratisation et un véritable changement institutionnel ne sont pas seulement dans l’intérêt des minorités, mais de tout le pays. Surtout dans le contexte d’un pays miné par la mauvaise gestion et la corruption, le contrôle efficace entre les différentes parties de l’appareil d’État, la décentralisation du système politique et de la prise de décision politique, ainsi qu’un examen sérieux de ce que signifie le changement démocratique sont fondamentaux. C’est loin d’être le cas actuellement, de nombreux acteurs kurdes se sentent poussés vers un mode de défense permanent dans le discours nationaliste. L’absence de remise en question se lit aussi dans l’exemple de l’opposition diasporique plus récente et des transitions parfois fluides entre nationalisme, monarchisme et idéologie de la République islamique. Ces dernières années, alors que les conditions économiques en Iran sont devenues plus difficiles, de nombreuses célébrités iraniennes ont quitté le pays et sont devenues politiquement actives d’une manière ou d’une autre. Ils se sont depuis prononcés sur les problèmes politiques, économiques et même de sécurité de l’Iran et dominent rapidement le discours. Cependant, ces personnes ont délibérément suivi deux approches dans leurs déclarations politiques après avoir quitté l’Iran : soit elles ont soutenu les monarchistes dès le départ, soit elles ont d’abord fait un pas vers la politique des mouvements réformistes en Iran, puis ont commencé à soutenir les groupes monarchistes. De nombreuses personnalités n’ont soutenu que des candidats réformistes lors des dernières et avant-dernières élections et n’ont donc pas usé de leur privilège pour appeler à un changement fondamental mais pour rendre constamment acceptable le moindre mal. C’est justement ces personnes qui ont soudainement découvert le slogan « Femme, Vie, Liberté » du mouvement kurde, mais ils essaient de le détacher complètement de son essence de gauche et kurde et même de souligner ce slogan avec l’ancienne épouse du roi Farah Diba. Des exemples similaires de cette pratique sont le footballeur Ali Karimi, l’acteur Hamid Farrokhnezhad, le cinéaste Borzu Arjmand, mais aussi Masih Alinejad, Reza Veysi ou Kamelia Entekhabifard. Ils ont tous normalisé la république islamique dans le passé, se poussent maintenant à l’avant-garde des révolutionnaires et présentent le monarchisme comme la seule alternative. Ceux qui n’acceptaient pas le statu quo dans les années 80 sont relégués au second plan. Image déformée des relations de classe en Iran Ces cercles d’acteurs privilégiés tentent désormais de prendre le relais de l’opposition diasporique. La propriété matérielle donne le ton ici. La communauté autour de Reza Pahlavi fournit non seulement une image cohérente au monde extérieur en raison d’un réseau lié par des liens familiaux et économiques étroits, mais se distingue également en raison de la prétendue liberté d’idéologie propagée, ce qui, par rapport à d’autres groupes d’opposition, ils ne pour de nombreuses personnes de la classe moyenne supérieure plus accessible à l’ouest. Le milieu universitaire en Allemagne est particulièrement sujet à ce biais. Alors que les habitants des provinces économiquement colonisées comme le Baloutchistan et le Kurdistan ne peuvent même pas aller à l’école et que la majorité des étudiants ont des difficultés à financer des études universitaires, ceux issus de familles aisées en Iran peuvent suivre des cours d’allemand et s’impliquer ensuite en prenant une grosse somme d’argent postuler dans une université allemande. Cette partie socioéconomiquement aisée de la population montre aux universitaires de gauche en Allemagne une image déformée des relations de classe en Iran et des revendications des gens dans la rue. Les idées libérales de liberté sont présentées comme les seuls désirs de tous et des questions telles que l’inégalité socio-économique ou l’oppression ethnique ne sont même pas mentionnées superficiellement. Le fait que la transition des partisans du régime aux monarchistes soit si fluide est principalement dû au fait qu’un changement dans le statu quo étatique n’est l’objectif ni pour l’un ni pour l’autre. Si l’on regarde de plus près les revendications et les déclarations de l’opposition monarchiste et nationaliste, on se rend vite compte qu’elles veulent aussi établir une autre conception de la révolution. Ils ne se soucient pas de renverser les structures sociales et politiques de pouvoir et de domination, et des objectifs tels que la justice sociale ne sont pas mentionnés. Cela se produit à un moment où l’Iran, grâce à un système capitaliste rentier, est l’un des pays les plus inégaux au monde en termes de richesse et de répartition des revenus. En outre, les groupes monarchistes dépendent toujours du soutien des armées nationales et étrangères, en d’autres termes, ils n’ont aucun lien organique avec les sections de la population qui organisent les véritables manifestations en Iran et ne font de la publicité qu’à l’aide d’instruments tels que comme l’armée, les médias tels que le radiodiffuseur pro-monarchiste Manoto TV et Iran international et récemment aussi les réseaux sociaux pour eux-mêmes. Dans une récente interview avec Manoto TV, le prince héritier Reza Pahlavi affirme que tous les gardiens de la révolution ne sont pas mauvais – alors que la principale demande des manifestants iraniens est de les mettre sur la liste des terroristes. La responsabilité de la diaspora Les tendances actuelles dans les différents rangs de la diaspora sont problématiques car le passé a montré quelle responsabilité fatale elle peut avoir. En 1978, des centaines de grèves ininterrompues, de protestations et de mouvements de résistance ont conduit à la chute éventuelle du régime monarchiste. Les forces de gauche étaient fondamentales ici. L’histoire devait cependant tourner lorsque l’ayatollah Khomeiny a été poussé au premier plan par la gauche pro-soviétique comme le parti Tudeh et perçu comme une opposition pragmatique, et ramené en Iran de son exil. On disait que le clergé de l’époque disposait du meilleur réseau politique national pour mobiliser les masses, et les auteurs occidentaux n’ont pas tardé à adopter l’argument du révolutionnaire religieux pragmatique et soi-disant pacifique. La même dynamique s’observe actuellement chez les monarchistes. Certains opposants iraniens de la diaspora soutiennent que la coopération avec les monarchistes est essentielle et que la critique doit attendre après la révolution. Il s’agit d’une approche réactionnaire, car un bouleversement révolutionnaire dans un tel cas conduirait inévitablement au fait que les asymétries matérielles déjà existantes sont directement transformées en un nouvel ordre et apporteraient davantage de misère à tous les défavorisés. Seul un mouvement de gauche fort et représentatif avec des revendications progressistes et un collectif honnête traitant des erreurs du passé peut lutter contre les tendances antidémocratiques de l’opposition iranienne diasporique. Tant que la gauche iranienne n’est pas en train de se régénérer et que la voix des minorités est sous-représentée, le renversement du régime est possible, mais cela ne conduira pas à un changement des conditions sociales. La société de classe demeure. La question du genre n’est pas entièrement résolue et la question ethnique est mise de côté. La diaspora porte une grande responsabilité, car son accès disproportionné au public par rapport à la population en Iran comporte le plus grand risque de que 1979 se répète et qu’une caste privilégiée non représentative prive une révolution de sa voix et de son essence. L’Iran mérite plus que le choix entre une couronne et un turban, il mérite une véritable démocratisation. Dastan Jasim est politologue et doctorante à l’Institut Leibniz d’études mondiales et régionales de Hambourg (GIGA). Elle fait son doctorat à la FAU Erlangen Nuremberg sur la culture politique des Kurdes en Iran, en Irak, en Syrie et en Turquie et travaille également sur les questions de politique de sécurité dans la région. Pedram Zarei est un traducteur multilingue, journaliste et militant politique du Rojhelat (Kurdistan oriental). Il vit en Allemagne en tant que réfugié politique depuis quatre ans. Ses domaines d’intérêt incluent la question kurde, la psychologie critique et la sociologie culturelle. Ammar Goli, est journaliste d’investigation. Ses recherches portent principalement sur le domaine des relations entre les groupes mafieux et les gouvernements totalitaires et la question kurde au Moyen-Orient. La version d’origine (en allemand) de l’article à lire ici: Nur die Wahl zwischen Krone und Turban?