Colloque « Triple féminicide des militantes kurdes à Paris »

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PARIS – Le Conseil Démocratique Kurdes en France (CDK-F) organise un colloque à l’occasion du dixième anniversaire du triple meurtre des militantes kurdes Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez à Paris. Le colloque intitulé « Devoir de vérité et justice 10 ans après le féminicide à Paris des militantes kurdes Sakine CANSIZ, Fidan DOGAN et Leyla SAYLEMEZ » aura lieu le 12 janvier 2023, dans le 7e arrondissement de Paris. Des proches des trois militantes tuées, des avocats des familles, des militants kurdes et des personnalités politiques et associatives françaises participeront à ce colloque de plusieurs heures. Voici le communiqué du CDK-F concernant le colloque: « Il y a 10 ans, le 9 janvier 2013, trois militantes kurdes, Sakine Cansiz, Fidan (Rojbîn) Dogan et Leyla Saylemez, étaient froidement assassinées dans les locaux du Centre d’Information du Kurdistan (CIK), au coeur de Paris. L’assassin arrêté près de deux semaines après le massacre s’est avéré être un agent des services de renseignement turcs (MIT). Cependant, du fait de ses atermoiements, la justice française a manqué une occasion cruciale de juger un crime politique commis en France, l’assassin étant mort mort en prison un mois avant la date de son jugement. Toutefois, de nouvelles évolutions ont contraint la justice à rouvrir une instruction pour identifier les commanditaires du triple assassinat, une instruction qui traine cependant en longueur, faute de volonté du gouvernement français de coopérer avec la justice en levant le secret-défense qui pèse sur les informations détenues par les services de renseignement français. Alors que nous préparions ce colloque, ainsi que les différents événements prévus à l’occasion du 10ème anniversaire du triple assassinat des militantes kurdes, les Kurdes de France ont été endeuillés par un nouvel attentat meurtrier qui a tué trois militants kurdes, dont une représentante du mouvement des femmes kurdes, devant le siège du CDK-F, au 16 rue d’Enghien, encore dans le 10è arrondissement de Paris. Cet attentat terroriste ainsi que ses liens avec le triple féminicide seront inévitablement abordés tout au long de ce colloque. » Programme du colloque : Sous le haut patronage de Frédéric MATHIEU, député d’Ille-et-Vilaine, vice-Président de la délégation française à l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe ­ Jeudi 12 janvier 2023, de 9h00 à 18h00 Salle Victor Hugo – 101, rue de l’Université – 75007 PARIS Inscription obligatoire par mail avant le 5 janvier 2023: Envoyer vos nom, prénom, date et lieu de naissance à info@cdkf.fr  

PARIS. Manifestion demain contre le massacre des femmes kurdes à Paris

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PARIS – Le Mouvement des femmes kurdes appelle à manifester demain, 30 décembre, à Paris contre les féminicides visant les femmes kurdes au coeur de l’Europe. Le rassemblement aura lieu à 14 heures, aux Invalides. « Notre vengeance sera la révolution des femmes » Voici l’appel du Mouvement des femmes kurdes en France (TJK-F): « Le Mouvement des femmes kurdes a, une nouvelle fois, été la cible d’une attaque terroriste en plein cœur de Paris. C’est avec beaucoup de douleur que nous avons appris que la représentante du Mouvement des femmes kurdes en France, Evîn Goyi (Emîne Kara), l’artiste Mîr Perwer (Mehmet Şirîn Aydin) et Abdurrahman Kizil y ont perdu la vie. Cet homme est actuellement détenu pour « crime à caractère raciste ». Pour nous, il s’agit d’une « attaque terroriste », car l’expérience nous a montré que l’État fasciste turc répand sa guerre contre les femmes et le peuple kurdes – qui luttent pour la liberté et la démocratie – jusque dans les rues de Paris. Nous connaissons ceux qui ont ordonné les assassinats de Sakine Cansiz, Fidan Dogan, Leyla Saylemez à Paris, Deniz Poyraz à Izmir, Nagihan Akarsel à Süleymaniye et des dizaines d’autres [femmes kurdes]. Nous appelons toutes les femmes à participer au rassemblement que nous organiserons sous le slogan le slogan « Je suis Evîn » le vendredi 30 décembre, au métro Invalides, à 14h. »

ROJAVA. L’EI frappe mortellement les forces de sécurité entre Raqqa et Hassaké

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SYRIE / ROJAVA – Ce matin, des gangs de DAECH ont attaqué les forces de sécurité arabo-kurdes sur la route al-Karama, entre Raqqa à Hassaké. Un membre de sécurité a été tué, deux autres blessés lors de l’attaque menée par les gangs de l’EI / DAECH. Jeudi, les forces de sécurité intérieure de Raqqa ont publié un communiqué concernant l’attaque armée visant une de ses patrouilles et déclaré qu’un de ses membres a été tué et deux autres blessés. Ils ont ajouté que « Cette attaque confirme que nos opérations de poursuite contre les cellules dormantes de l’EI dans la ville de Raqqa se déroulent actuellement à un rythme élevé, et ont serré les vis sur elles, c’est pourquoi les cellules dormantes actives dans la campagne de la ville pour aider d’autres éléments cellulaires pour s’échapper de la ville. Ces attaques ne nous décourageront pas de continuer à poursuivre tous les éléments des cellules terroristes qui essaient de frapper la stabilité dans nos régions, d’intimider la sécurité de notre peuple. » ANHA

Coiffeur poignardé à Roubaix: « Son seul motif était sa haine des Kurdes »

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LILLE – Le coiffeur Zîkrî Elî Avşîn a été grièvement blessé par un fasciste turc à Roubaix, au prétexte qu’il écoutait de la musique kurde. « Il voulait me tuer parce qu’il déteste les Kurdes. Je pense que je ne pourrais plus vivre ici. La probabilité que je sois à nouveau attaqué est trop grande. Le tueur de Paris est également sorti de prison et a attaqué des Kurdes. Personne ne peut garantir que cette personne ne refera pas la même chose », raconte Zikrî sur son lit d’hôpital. Avşin Zikrî est né à Hewlêr (Erbil) au Kurdistan du Sud et vit à Lille depuis 2017. Il est maintenant hors de danger, mais les médecins disent qu’il aura besoin de soins de longue durée à cause des cinq coups de couteau reçus, dont un au cœur. À l’hôpital de Lille, Avşin Zikrî a décrit l’agression dont il a été victime de la manière suivante : « Pendant que je travaillais, l’agresseur est arrivé vers 14 heures, il y avait de la musique kurde. Sans saluer, il a dit directement : « Pourquoi joue-t-on de la musique kurde ici, éteignez-la ou changez de chaîne.  » J’ai répondu : ‘Pourquoi la musique kurde te dérange-t-elle, que te fait-elle de mal? On joue de la musique kurde, française, anglaise, arabe et autre.’ Après cela, il a continué à se faire couper les cheveux. Quand il s’est levé, il m’a poussé. Et il a frappé un autre client kurde. » Pour ne pas que la situation s’envenime davantage, il est sorti avec son ami client. La victime poursuit: « Il avait une paire de ciseaux à la main. Je suis sorti avec mon client kurde. Au bout de cinq à dix minutes, je l’ai entendu parler au téléphone en turc. Comme je pensais qu’il appelait ses amis, nous avons voulu partir. Mon ami (le client kurde attaqué par l’agresseur) est monté dans la voiture et j’étais sur le point de monter quand je l’ai vu arriver avec des ciseaux à la main. » « L’agresseur voulait me tuer » Avşin Zikrî dit qu’il n’a pas eu le temp de réagir : « Il m’a poignardé avec les ciseaux. Au début, je ne sentais presque rien, mais ensuite il a touché près du cœur. Il y avait beaucoup de sang. Je voulais appeler une ambulance. Les personnes présentes m’ont allongé par terre et il m’a encore attaqué. Il n’est parti que lorsque la police est arrivée. Son but était de me tuer. Après l’arrivée de la police et de l’ambulance, j’ai perdu connaissance à cause de la perte de sang (…). Je ne sais pas ce qui s’est passé ensuite. » L’agresseur était clairement anti-kurde, dit Zikrî. « Je pense que je ne pourrais plus vivre ici. La probabilité que je sois à nouveau attaqué est trop grande. Le tueur de Paris est également sorti de prison et a attaqué des Kurdes. Personne ne peut garantir que cette personne ne refera pas la même chose », déclare Avşin Zikrî. Il demande à la justice française une peine maximale pour l’auteur. « La seule raison était sa haine des Kurdes » L’amie de Zikrî, Zana Selimi, a ajouté : « Les Turcs attaquent les Kurdes partout. Il sont nourri par le racisme. Ils sont anti-kurdes. Cette attaque n’était pas la première. Même si les Turcs assassinent tous les Kurdes, ils ne seront pas soulagés tant leur haine est grande. Avşin est une personne qui vit et travaille juste pour gagner sa vie. Le seul motif de l’agresseur était sa haine des Kurdes. Il voulait le tuer. Ce qui s’est passé ici est la continuation de l’attentat de Paris. L’agresseur est désormais en prison, mais s’il est libéré, le scénario parisien se répétera. Ces gens sont haineux. Même après dix ans, sa mentalité ne changera pas. » ANF

PARIS. Livre d’or pour les victimes de l’attentat terroriste de la rue d’Enghien

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PARIS. La Mairie du 10e arrondissement de Paris a installé un livre d’or dédié aux condoléances aux victimes de l’attentat terroriste du 23 décembre visant les militants kurdes, dans la rue d’Enghien. La Mairie du 10e arrondissement a également hissé le drapeau du Kurdistan au fronton du bâtiment municipal en hommage à Evîn Goyî (Emine Kara), Mîr Perwer (M. Şirin Aydın) et Abdurrahman Kizil, 3 militants kurdes tués au centre culturel Ahmet Kaya, à deux pas de la Mairie. Adresse pour signer le livre d’or: La Mairie du 10ème arrondissement de Paris Accessible aux personnes à mobilité réduite par l’entrée située au 1, rue Hittorf 72, rue du faubourg Saint-Martin 75010 PARIS

PARIS. Manifestation demandant « justice » pour les Kurdes tués à Paris

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PARIS – Trois militants kurdes ont été tués et trois autres blessés le 23 décembre dans la rue d’Enghien, dans le 10e arrondissement de Paris. Les victimes de l’attaque sont Evîn Goyî (Emine Kara), membre du conseil exécutif du KCK, ancienne combattante YPJ dans la lutte contre l’EI et représentante du mouvement des femmes kurdes, le musicien Mîr Perwer (M. Şirin Aydın) et l’activiste Abdurrahman Kizil. L’assassin William Mallet a été arrêté pour meurtre raciste. La communauté kurde ainsi que de nombreux politiciens et représentants de diverses organisations s’insurgent contre la thèse d’un auteur solitaire et exigent que le parquet national antiterroriste français (Pnat) mène l’enquête pour « assassinats à caractère terroriste et politique ». Pour réitérer cette revendication, des manifestants sont à nouveau descendus dans la rue hier à Paris. Une banderole « Dix ans après le 9 janvier, l’État turc a de nouveau assassiné trois de nos amis à Paris » a été déployée place de l’Opéra, près du ministère de la Justice. Le 9 janvier 2013, les femmes kurdes Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Şaylemez ont été abattues par un agent des services secrets turcs (MIT). Personne n’a été tenu responsable de ce massacre à ce jour. « Attentat terroriste contre la communauté kurde » Au cours de l’action de protestation, Berivan Firat a déclaré au nom du Conseil démocratique kurde en France (CDK-F) : « Nos amis ont été assassinés en plein Paris. Juste à côté de nous se trouve le ministère de la Justice. Il y a dix ans, Sara, Rojbîn et Ronahî ont été assassinées. Nous l’avons répété plusieurs fois : tant que ce massacre ne sera pas résolu, les Kurdes ne seront pas en sécurité. Et maintenant, des Kurdes ont de nouveau été assassinés. (…) C’est une attaque terroriste contre la communauté kurde. »
De nombreux musiciens kurdes ont participé à l’action avec leurs instruments et des chansons ont été interprétées après les discours. Des artistes kurdes manifesteront aujourd’hui (jeudi) devant le ministère français de la Culture. ANF

« Le massacre de Paris a visé les femmes en lutte »

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L’attentat terroriste de la rue d’Enghien du 23 décembre dernier est une attaque contre le mouvement des femmes kurdes mais également une attaque contre les femmes qui luttent pour la libération des femmes et de la société, déclare le Bureau des femmes kurdes pour la paix (CENI). Cenî – Bureau des femmes kurdes pour la paix a publié un communiqué appelant à participer aux actions « justice et vérité » et demande: « Faisons appel ensemble à l’État français et à la communauté internationale. Nous nous battrons jusqu’à ce que nous sachions la vérité sur les attentats ! Nous voulons que la communauté kurde et les femmes kurdes soient enfin protégées au lieu d’être criminalisées, déportées et assassinées. » Dans un communiqué faisant appel aux « camarades, organisations et collectifs de femmes révolutionnaires », Cenî – Bureau des femmes kurdes pour la paix a déclaré: « Avec l’attentat brutal du 23 décembre 2022 à Paris, au cours duquel trois personnes ont été tuées et de nombreuses autres blessées, une blessure profonde a été réouverte. Cela nous a douloureusement rappelé le triple féminicide de nos camarades Sara, Rojbîn et Ronahî, assassinées par les services secrets turcs (MIT) en 2013, également à Paris. La vérité sur le triple féminicide de 2013 n’a jamais été pleinement clarifiée. A ce jour, on s’interroge sur le rôle de l’État et des autorités françaises. Avec cette attaque aussi, nous nous posons des centaines de questions : comment l’auteur a-t-il pu mettre la main sur autant de munitions ? Comment a-t-il pu planifier et mener à bien une telle attaque quelques jours après sa sortie de prison ? Et est-ce vraiment un hasard si dans cet attentat, une fois de plus, une figure féminine de haut rang du mouvement kurde, Evîn Goyi, a été assassinée ? Nous ne croyons pas qu’il s’agisse de coïncidences. Actuellement, la violence contre les femmes kurdes s’intensifie partout : le régime iranien les tue et les arrête, l’armée turque les tue avec des armes chimiques et des drones, et en Europe, elles sont soumises à la criminalisation et au harcèlement des États de l’UE. Bien que le slogan révolutionnaire « Jin Jiyan Azadî » [slogan kurde signifiant femme, vie, liberté] soit évoqué par tout le monde en raison des manifestations en Iran, le silence est gardé lorsque ces mêmes femmes qui ont donné un sens au slogan sont assassinées. Il y a deux mois, notre camarade Nagihan Akarsel a également été abattue par les services secrets turcs devant sa maison dans la ville de Slêmanî [au Kurdistan irakien]. Nous considérons ces attaques comme des attaques contre nous, le mouvement des femmes kurdes, mais aussi comme des attaques contre toutes celles qui s’organisent et luttent pour la libération des femmes et de la société. Nous appelons tous les groupes et organisations féministes : Levons-nous et faisons entendre notre voix ! Exigeons ensemble des réponses ! Exigeons une enquête complète sur cette attaque brutale ! N’oublions pas Mîr Perwer, Abdurrahman Kizil et Evîn Goyi, ni nos camarades Sara (Sakine Cansiz), Rojbîn (Fidan Dogan) et Ronahî (Leyla Saylemez) tués en 2013. Interpellons ensemble l’État français et la communauté internationale: Nous exigeons des réponses ! Nous nous battrons jusqu’à ce que nous sachions la vérité sur les attentats ! Et nous voulons que la communauté kurde et les femmes kurdes soient enfin protégées au lieu d’être criminalisées, déportées et assassinées. » ANF

Qui a peur des Kurdes?

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PARIS – Après le nouvel attentat terroriste visant des militants kurdes à Paris, le journaliste Chris Den Hond revient sur l’isolement des Kurdes sur la scène internationale, leur projet politique qui dérange et le soutien qu’on doit leur apporter car « Leur succès sera le nôtre. Leur échec aussi. » Voici l’article de Chris Den Hond publié initialement sur le site Contretemps: Qui a peur des Kurdes? Un nouveau massacre de personnes kurdes a été commis en plein Paris il y a quelques jours. Comme il y a exactement dix ans, trois kurdes ont été tués par un individu armé, dont une responsable de mouvement des femmes kurdes. On sait que l’individu en question avait déjà attaqué un camp d’exilé·es mais on ne connaît pour l’instant pas grand-chose des conditions dans lesquelles il en est venu à cibler le Conseil démocratique kurde de France, précisément à l’heure où devait se tenir une réunion importante du mouvement des femmes kurdes. Cette nouvelle attaque terroriste visant la minorité kurde doit nous amener à redoubler notre solidarité avec leur combat mais aussi à examiner le projet politique qui est porté par les organisations kurdes qui sont ciblées sans cesse par le régime d’Erdoğan, l’extrême droite turque et des courants intégristes armés présents notamment en Syrie, ainsi que la tentative de mise en oeuvre de ce projet au Rojava.

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L’assassin raciste qui a tué trois Kurdes à Paris le 23 décembre 2022 a précisé qu’il leur en voulait d’avoir « constitué des prisonniers lors de leur combat contre Daesh au lieu de les tuer« . Quelques semaines auparavant, le 13 novembre, un attentat à Istanbul avait fait 6 morts et 81 blessés. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a immédiatement accusé le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) et les Unités de défense du peuple (YPG), d’avoir ordonné l’attentat « à partir de Kobane« . Un prétexte idéal pour lancer une nouvelle opération militaire dans le nord de la Syrie. La suite est connue : des bombardements intensifs sur le Rojava et la menace d’une opération terrestre. Erdoğan est prêt à tout pour se faire réélire au printemps prochain. Le PKK, les YPG et les Forces Démocratiques Syriennes(FDS) nient toute implication dans cet attentat et révèlent que la personne arrêtée est une Syrienne arabe mariée trois fois avec des membres de Daesh et dont le frère est commandant de l’Armée syrienne libre (ASL), opérant à Afrin, main dans la main avec l’armée turque. De plus, son portable comportait le numéro de téléphone du responsable fasciste du parti d’action nationaliste (MHP) de Sirnak en Turquie. Tout cela ressemble à une mise en scène. Comme lors de l’assassinat de nos trois camarades kurdes, en plein Paris en janvier 2013, attribué « à une dissidence du PKK« . Victimes les Kurdes ? Certes. Mais n’est-ce pas parce qu’ils proposent un projet politique très novateur qu’ils se font attaquer par les nationalistes turcs, arabes et autres ? Le 9 décembre 2022, dans Orient XXI, Jean Michel Morel précise : « S’il veut être reconduit à la magistrature suprême, Erdoğan doit donc convaincre au-delà de son camp et s’assurer plus que les voix de ses supporters du Parti de la justice et du développement (AKP) ainsi que celles de son allié le Parti d’action nationaliste (MHP) et les affidés de sa branche paramilitaire, les Loups gris fascisants. Pour ce faire, le levier du nationalisme et du racisme antikurde a de nouveau été actionné. Dans ce contexte, la bombe de la rue Istiklal à Istanbul (si elle n’a pas été déposée par les services secrets turcs) fut une heureuse surprise » (…) « Maintenant, pour le président, la priorité est de rassembler « autour du drapeau » ceux qui se souviennent avec effroi de la prolifération d’attentats survenus entre 2015 et 2017. Il s’agit aussi de désigner à la vindicte populaire les ennemis qui lui résistent : le PKK dans les monts Qandil au nord de l’Irak, et le PYD dans le Rojava syrien. Des ennemis contre lesquels il a multiplié les opérations militaires, utilisant les drones Bayraktar TB2 pour commettre des assassinats ciblés de responsables du PKK et du PYD et envahissant par trois fois le nord de la Syrie. »

Un projet politique qui dérange 

Depuis 10 ans maintenant, les Kurdes syriens, avec leurs partenaires arabes, syriaques et ceux des autres peuples qui vivent en Syrie, essaient de mettre en place un système politique multi-communautaire et multi-confessionnel. Ce n’est pas simple dans un monde à proie à une inquiétante montée des nationalismes d’extrême droite. Faire le choix d’une Syrie fédérale, décentralisée, dotée d’une large autonomie au lieu d’un petit Kurdistan syrien indépendant (le Rojava a la superficie de la Belgique) n’était pas évident. En 2011, au départ de la révolution syrienne, les Kurdes syriens – qui en majorité soutenaient la politique du clan conservateur du PDK de Barzani en Irak – étaient mis sous pression pour adhérer à l’opposition syrienne basée à Istanbul et rassemblée dans le « Conseil national syrien ». Mais avant de s’engager, les Kurdes ont voulu avoir des assurances : s’ils l’emportaient contre le régime syrien auraient-ils droit à une autonomie, au respect de leur identité ? Bassam Ishak, chrétien syriaque, ancien directeur d’une organisation des droits de l’Homme à Hassaké, avait d’abord rallié le Conseil national syrien (CNS) avant de rejoindre les forces politiques au Rojava: « Quand la révolution est passée de manifestations pacifiques à une insurrection armée, le CNS a changé d’objectif. L’opposition syrienne que le CNS dit représenter veut chasser Bachar al-Assad sans attribuer la moindre forme d’autonomie ou reconnaissance des Kurdes en Syrie. J’avais donc le choix entre le projet d’État religieux du Conseil national syrien, ou bien celui d’une Syrie arabe nationaliste comme c’était avant, ou bien celui d’un État pluraliste. La meilleure façon d’éviter que nous ayons de nouveau un dictateur à Damas, c’est de répartir le pouvoir entre les régions. Donc j’ai rejoint l’option d’une solution fédérale et démocratique proposée par les Kurdes »[1] 

La déroute de l’Armée syrienne libre (ASL) 

Même son de cloche chez Hikmet Habib, Arabe de Qamishli et co-président du Conseil démocratique syrien, la branche politique des Forces Démocratiques Syriennes (FDS), une alliance kurdo-arabo-syriaque qui gère le nord et l’est de la Syrie. Hikmet Habib a perdu plusieurs membres de sa famille dans la lutte contre Daesh. Il avait rejoint l’Armée syrienne libre au début de la révolution syrienne : « Je faisais partie de l’Armée syrienne libre ASL, mais je les ai quittée quand je me suis rendu compte qu’ils se comportaient très mal vis-à-vis la population civile. Enlèvement, extorsion, vol et viol. J’ai rejoint les Forces Démocratiques Syriennes et leur Conseil démocratique syrien, puisque je veux me battre pour une Syrie décentralisée. » (2)  Ce qui se passe dans la province d’Afrin après son invasion par la Turquie, symbolise le projet politique qu’Erdoğan entend appliquer dans l’ensemble du Rojava. Dans le canton d’Afrin des changements démographiques sont en cours. La ville était à 95% une ville peuplée de Kurdes, ils ne sont plus que 15%. C’est le résultat du nettoyage ethnique auquel se sont livrés les autorités turques et leurs mercenaires syriens. Les Kurdes ont été remplacés par des Syriens venant d’Idleb ou de la Ghouta, souvent des familles de djihadistes qui ont combattu avec l’État islamique ou avec Al Nosra. Pillages, vols viols, enlèvements contre rançon, c’est ce qui attend tout le nord de la Syrie si jamais Erdoğan installe une « bande de sécurité » de 30 kilomètres tout le long de la frontière turco-syrienne. L’Armée syrienne libre, ou ce qu’il en reste aujourd’hui, a définitivement perdu toute crédibilité dès lors que ses miliciens ont accompagné les chars turcs venus massacrer les Kurdes à Afrin en 2018 ou encore à Tal Abyad et Serekeniye en octobre 2019. Aujourd’hui, supplétifs de l’armée turque, ce sont ces mêmes miliciens qui contrôlent la province d’Afrin et la zone comprise entre Tal Abyad et Serekeniye. Ilham Ahmed, co-présidente du Conseil démocratique syrien, justifie aussi l’impossibilité pour les Kurdes syriens de rejoindre l’opposition syrienne établie à Istanbul : «La plupart des groupes armés sur le terrain sont des extrémistes et ils ont le soutien de la Turquie. Essayer de trouver un accord avec ces groupes radicaux et djihadistes équivaudrait pour nous à un suicide » [2].  

Kobane : le tournant 

Au début de la guerre en Syrie, le régime d’Assad a retiré une grande partie de ses troupes des régions kurdes pour les utiliser ailleurs. Le Parti de l’union démocratique (PYD), devenu le plus important parti des régions kurdes de Syrie, a profité du vide institutionnel pour mettre en place son modèle de société au Rojava, choisissant la stratégie de la « troisième voie ». Le PYD, tout en s’opposant au régime d’Assad – qui opprimait les Kurdes depuis des décennies – n’était pas en faveur d’un soulèvement armé. Et encore moins quand la direction politico-militaire de cette opposition armée s’est trouvée entre les mains de groupes djihadistes. Après la reconquête de Kobane, en 2015, par les Unités de protection du peuple (YPG) et les Unités de protection de la femme (YPJ), aidées par le PKK, les Kurdes ont poursuivi leur avancée. La population kurde en Syrie n’a pas tardé à soutenir les YPG et à adhérer au projet du PYD. Les uns et les autres assurant la sécurité et commençant à mettre en place des structures démocratiques, inspirées par le communalisme de Murray Bookchin et d’Abdullah Öcalan[3]. Le dirigeant kurde irakien Barzani, par contre, depuis longtemps cajolé par les États-Unis, Israël – donc aussi par Bernard-Henri Levy et autres Caroline Fourest – entretient de bonnes relations avec la Turquie et prône un petit Kurdistan indépendant en Syrie.

« Vivre ensemble » ou nationalisme rétrograde ?

Adopté en 2014, le texte fondamental, le Contrat social de la Fédération démocratique du Nord et de l’Est de la Syrie, rejette le nationalisme et prône une société égalitaire, paritaire, respectueuse des droits des minorités. Le gouvernement autonome a établi un nouveau système éducatif. L’une de ses priorités a été la mise en place d’un programme scolaire en trois langues, arabe, kurde et syriaque, avec de nouveaux contenus pédagogiques pour les matières non scientifiques. La mise en place d’un système fédéral décentralisé va à l’encontre du nationalisme arabe, turc, iranien et même kurde. Les communautés non-kurdes en Syrie n’allaient pas s’engager avec les Kurdes syriens pour un Kurdistan indépendant dans lequel ils seraient à leur tour une minorité dépendante de la bonne volonté de « nouveaux maîtres ». Là où les FDS et le Conseil démocratique syrien (CDS) ont le pouvoir, ils ont mis en place des communes, des conseils municipaux, régionaux et provinciaux où les Syriaques, les Arméniens, les Turkmènes, les Kurdes et les Arabes bénéficient d’une représentation proportionnelle et le respect de tous leurs droits. C’est la raison pour laquelle Raqqa a pu être libérée  par des forces composées majoritairement d’Arabes. Et c’est pour cela aussi que l’invasion de la Turquie à Tal Abyad et Serekeniye n’a pas conduit à un soulèvement des tribus arabes contre les Kurdes. Mazloum Abdi, commandant en chef des FDS a connu les prisons du  régime d’al-Assad et sa tête est mise à prix par Erdoğan. Selon lui, « un des buts de lattaque militaire turque en octobre 2019 était de briser lunité existante des habitants de la région entre les Kurdes, les Arabes et les Syriaques chrétiens. Mais cest le contraire qui sest produit. Pas mal de gens espéraient que notre travail, mené ici depuis huit ans, soit anéanti et que les FDS disparaissent, mais les liens entre les communautés sont plus forts que jamais. Les populations ne veulent pas de la Turquie, ni dun retour du régime »[4]. Polat Can, commandant des YPG, était responsable des opérations qui ont conduit à la libération de Deir Ez-zor. En 2020, il témoignait de cette évolution des relations entre populations kurdes et arabes : « Quand j’étais responsable de la libération de la région Deir Ez Zor, j’avais 13 000 soldats sous mes ordres. Seulement 100 parmi eux étaient Kurdes. Les autres étaient des Arabes. La grande majorité des 1 000 martyrs sont arabes. Nous vivons ensemble, nous travaillons ensemble, nous sommes obligés de nous respecter mutuellement. C’est dur, mais nous sommes en train de changer les mentalités. Dans le nord et l’est de la Syrie, Arabes et Kurdes vivent actuellement ensemble, et ça se passe de mieux en mieux. Il faut savoir que la plupart des Arabes ne veulent pas d’un retour du régime, ici »[5] Le projet politique d’une fédération démocratique interpelle le régime de Damas. Pour qu’il soit viable, tôt ou tard, al-Assad et/ou ses protecteurs russes ou iraniens devront lui accorder une forme d’autonomie. Aujourd’hui, il n’y a aucune déclaration, aucun pas concret ni de Damas, ni de Moscou et encore moins de Téhéran vers une reconnaissance de l’autonomie kurde au sein d’une Syrie décentralisée. Le refus de Damas à trouver un compromis sur la question de l’autonomie ou de la décentralisation empêche tout accord politique avec les Kurdes. Sans le soutien de l’Iran et de la Russie, le régime est incapable de se maintenir. Les quelques soldats déployés dans le nord-est constituent une force trop faible en comparaison aux FDS et ne signifient en aucun cas un « retour du régime » dans le nord et l’est de la Syrie. Pas d’entente avec Damas « La méfiance au sein des communautés arabes, turkmènes et autres vis-à-vis des Kurdes était grande. Elles craignaient que ceux qui ont vaincu lOrganisation de l’État islamique (OEI) ne se vengent sur elles des mauvais traitements des autorités syriennes à l’égard des Kurdes. Les Kurdes ont beaucoup souffert de la politique dassimilation menée par le régime baasiste, » rappelle Hikmet Habib. « Dès que les FDS ont libéré des zones tenues par lOEI, nous avons fait de grands efforts pour rétablir la confiance en créant des comités de réconciliation et des conseils représentant tout le monde. Aujourdhui, on peut dire que 60 % des membres des FDS proviennent de tribus arabes ».  Les Kurdes de Syrie se défendent de toute « collaboration » avec le régime. Ils parlent plutôt d’une cohabitation. Avant 2010, Damas désignait des gouverneurs dans les provinces qui a leur tour désignaient leurs subordonnés. Depuis que la Fédération existe, l’administration dans le nord et l’est de la Syrie est décentralisée avec des représentant(e)s de toutes les communautés et il n’y a plus de religion d’État. Ilham Ahmed, co-président du Conseil démocratique syrien, qui, en juillet 2018, a conduit une délégation du CDS à Damas pour les premiers pourparlers avec le régime de Bachar al-Assad : «Nous exigeons que la Syrie de demain comprenne des zones autonomes. Nous voulons une nouvelle Constitution dans laquelle la décentralisation sera inscrite », nous explique celle qui, en juillet 2018, a conduit une délégation du CDS à Damas pour les premiers pourparlers avec le régime de M. Bachar al-Assad. En octobre 2019, dans la revue en ligne Orient XXI, le journaliste Fehim Tastekin explique : « La position de Damas en direction des Kurdes a été formulé ainsi : ‘Débarrassez-vous d’abord des troupes nord-américaines et après on verra. Mais les Kurdes n’ayant aucune garantie que Damas, Moscou ou Téhéran leur accordent l’autonomie qu’ils revendiquent, comment auraient-ils pu demander aux États-Unis de se retirer ? De plus, les FDS exigent une autonomie militaire, ce que l’armée syrienne officielle n’est pas prête à leur accorder. » En 2019, après la énième invasion turque dans le nord de la Syrie, et suite à un accord avec la Russie, l’armée régulière s’est déployée sur la frontière turque, installant de succincts postes frontaliers. C’est moins une une présence militaire qu’une présence politique symbolique afin d’empêcher que la Turquie aille au-delà de la zone entre Tall Abyad et Serê Kaniyê. Mais, Damas aimerait en profiter pour reprendre le contrôle de tout son territoire. Les FDS refusent et posent leurs conditions. Pour Polat Can, « le Rojava ne peut pas revenir à la situation d’avant 2010. Cela n’arrivera jamais. Nous ne laisserons pas les Kurdes privés de leurs droits et nous ne détruirons pas la relation entre les Kurdes, les Arabes et les chrétiens. À part cela, nous pouvons négocier tout ce qu’ils veulent — le nom de la région, le drapeau, la frontière, tout. Il y a un accord militaire avec le régime syrien pour sécuriser la frontière mais, ailleurs, ce sont les FDS qui contrôlent toujours la région du Nord et de l’Est de la Syrie — à Manbij, à Kobane, à Raqqa, à Tabqa, à Qamishli, à Hassaké, à Derik… et c’est notre police, les Asayish, qui contrôlent les check-points. »  Mazloum Abdi précise : « Nous demandons deux choses essentielles au régime syrien pour obtenir une solution à long terme en Syrie. Un : que l’autonomie fasse partie de la constitution syrienne. Deux : que les FDS fassent constitutionnellement partie de la défense de toute la Syrie. Tant que ces demandes ne sont pas réalisées, il n’y aura aucun accord car ce sont nos lignes rouges. Les combattant(e)s des FDS devront faire leur service militaire ici, dans cette région. »

Les rapports avec les États-Unis et la Russie 

Selon Polat Can, « le fait que ces puissances naient pas installé une zone dexclusion aérienne, une « no-fly zone », nous a fait beaucoup de mal. Je peux vous le dire : si nous obtenons maintenant une zone dexclusion aérienne, nous pouvons récupérer en une semaine Tall Abyad et Serê Kaniyê. Nous connaissons bien tous ces mercenaires. Ce sont des ex-al Nosra, des ex-combattants de l’État islamique. Nous les avons combattus et vaincus dans le passé. La Turquie, donc lOTAN, les aide et les remet en selle. La Russie veut reprendre le contrôle de toute la Syrie, et elle est vraiment très fâchée de la relation que nous, les FDS, entretenons avec la coalition internationale dirigée par les États-Unis. Les Russes veulent travailler avec nous et trouver une solution avec Damas, mais au vu de leurs relations avec la Turquie, nous navons pas confiance en eux ».  En 2018 à Qandil, une chaîne de montagnes qui abrite les troupes du PKK, nous avons rencontré Riza Altun, un haut responsable du PKK. Les circonstances étaient particulières : nous avions dû changer plusieurs fois de voiture et laisser nos téléphones portables loin derrière. Dans les airs, un drone turc nous survolait. Riza Altun nous avait alors déclaré : « Aujourd’hui, il y a des contradictions partout. À l’origine, les Américains n’avaient pas l’intention stratégique de soutenir les FDS. Les Kurdes savent très bien que les États-Unis sont un État impérialiste, mais nous sommes obligés de maintenir cette relation paradoxale, car notre survie est en jeu ».

Le Rojava sous la menace d’une nouvelle invasion terrestre 

Depuis plusieurs mois Erdoğan menace d’une invasion terrestre le Rojava et au-delà pour compléter sa zone de « sécurité » d’Afrin jusqu’à Qandil. Les Russes ont utilisé ces menaces pour amener les FDS à céder le nord et l’est de la Syrie àDamas. Les FDS ont refusé. Quant aux Russes ils savent qu’ils jouent à un jeu risqué avec la Turquie, qui, une fois qu’elle a occupé un territoire ne s’en retire pas. L’exemple du nord du Chypre est là pour le prouver. De leur côté, les États-Unis, bien qu’ils autorisent Ankara à bombarder le Rojava et à utiliser des drones tueurs, ont explicitement demandé à la Turquie de ne pas s’engager dans une invasion terrestre. Er ce, pour deux raisons : les territoires syriens occupés par la Turquie sont des sanctuaires pour toute la galaxie de djihadistes d’Al Qaida, de l’OEI, de Hayat Tarhir al-Sham, de l’Armée Nationale Syrienne, formée de mercenaires syriens au service de la Turquie, les reliquats de l’ASL, etc. Dans ce contexte, les FDS restent leurs alliés les plus efficaces. La lutte contre l’OEI est loin d’être terminée. L’organisation vient d’attaquer la prison et la municipalité de Raqqa. Les FDS sont menacées de tous côtés. En Syrie, le projet démocratique des Forces démocratiques syriennes menace le nationalisme arabe du régime d’al-Assad. En Turquie, ce même projet démocratique pourrait, lors des élections l’année prochaine, mettre en déroute la politique de négation du peuple kurde d’Erdoğan qui gouverne avec les fascistes du MHP. En Irak la coalition kurde KDP-UPK fait l’objet en permanence de la colère du peuple qui accepte de moins en moins la corruption et la mauvaise gestion du pays. Et en Iran, le slogan, Jin, Jiyan, Azadi (Femme, Vie, Liberté) lancé il y a des années par la branche féministe du PKK est devenu le principal slogan qui secoue le régime des mollahs. La plus grande menace qui pèse sur l’aventure révolutionnaire du Rojava est son isolement et l’usure. Nous savons maintenant que le socialisme dans un seul pays n’est pas viable. Les Kurdes eux-mêmes font tout pour étendre cette expérience révolutionnaire vers d’autres pays. Ne pourrait-on pas les soutenir et les aider à ce qu’ils réussissent ? Leur succès sera le nôtre. Leur échec aussi.

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Illustration : Photothèque Rouge /Photothèque Rouge/MILO

Notes

[1] Voir : « Une utopie au coeur du chaos syrien », Le Monde diplomatique, septembre 2017, par Mireille Court et Chris Den Hond. Et en vidéo pour OrientXXI : https://youtu.be/Js6PAWd202M. [2] Voir : « Le Rojava: entre compromis et Utopie. Quelle autonomie pour les Kurdes dans la Syrie de demain », Le Monde diplomatique, décembre 2018, par Mireille Court et Chris Den Hond. Et en vidéo pour OrientXXI : https://youtu.be/AkdpNniwkjE. [3] Voir : Stephen Bouquin, Mireille Court, Chris Den Hond (coord.), La Commune du Rojava, l’alternative kurde à l’État-nation, Paris, Syllepse, 2017. [4] Interview de Mazloum Abdi et Polat Can par Mireille Court et Chris Den Hond, décembre 2019. https://www.revue-ballast.fr/rojava-les-populations-ne-veulent-pas-de-la-turquie-ni-dun-retour-du-regime-syrien/. [5] Voir : « L’avenir suspendu du Rojava. Damas et Ankara se disputent l’enclave syrienne, » Le Monde Diplomatique, février 2020, par Mireille Court et Chris Den Hond. Et en vidéo pour OrientXXI https://youtu.be/a2p9tGMe7Mw

Kurdes tués à Paris. « Accordons aux Kurdes la justice et la protection qu’ils méritent »

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PARIS – Après le deuxième attentat terroriste visant les Kurdes à Paris, près de 300 personnalités politiques et associatives ont signé une tribune demandant qu’on accorde justice et sécurité aux Kurdes pourchassés par les sbires du régime turc jusqu’en France. Voici leur tribune: « Il est urgent d’accorder aux Kurdes la justice et la protection qu’ils méritent Depuis l’attentat commis le 23 décembre à Paris contre le centre culturel du CDKF (Conseil démocratique kurde en France), un salon de coiffure et un restaurant kurdes, provoquant le décès de trois militants, Abdurrahman Kizil, Mir Perwer et la responsable du mouvement des femmes kurdes, Emine Kara, l’émotion est intense et la colère gronde au sein de la communauté kurde de France, comme partout ailleurs dans le monde. Cet acte abject pose bien évidemment la question de la montée des idées d’extrême droite en France et de la responsabilité coupable des femmes et des hommes politiques qui accusent les étrangers de tous les maux. Cependant, cet acte est bien plus qu’un crime raciste commis par un raciste. Ce serait détourner lâchement le regard si l’autre dimension du problème, sans doute la plus grande, était occultée. Cette attaque est sans doute la souffrance de trop d’un peuple qui a déjà beaucoup trop souffert, risquant sans cesse la mort partout où il se trouve. Le peuple kurde constitue la plus grande nation au monde sans État. Peuple millénaire de Mésopotamie, composé de plus de 40 millions d’individus, il s’est retrouvé colonisé au lendemain de la première guerre mondiale. Le Kurdistan, composante de l’Empire ottoman, était alors partagé par les puissances occidentales entre la Turquie, la Syrie, l’Iran et l’Irak, par le traité de Lausanne de 1923. Dans chacun de ces pays, les Kurdes ont dès lors fait l’objet de persécutions, de crimes, de massacres et de politiques d’assimilation forcée destinées à anéantir leur culture et leur identité. Ces persécutions ont conduit des millions d’entre eux sur les chemins de l’exil, principalement vers l’Europe. La diaspora kurde est une cible prioritaire, car elle est libre. Elle est la voix des peuples qui ne le sont pas et fait échec aux propagandes des États totalitaires de la région. A l’heure des réseaux sociaux, cette diaspora est plus que jamais menacée, en particulier par le régime turc actuel. C’est ainsi que les services de renseignement turcs (MIT), avec l’aide des Loups gris (le tristement célèbre mouvement ultranationaliste turc d’extrême droite), déploient des moyens puissants pour déstabiliser, traquer et tenter de faire taire tous leurs opposants politiques. Celles et ceux qui souhaitent retourner au pays pour voir leur famille arrêteront toute expression en lien avec leur kurdicité et cesseront toute activité militante. Les autres préféreront ne plus se rendre dans leur pays plutôt que d’abdiquer. Éradiquer ces dernières voix, tel est le projet de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. Il faut se rappeler que le 9 janvier 2013, déjà en plein cœur de Paris, trois militantes kurdes, Fidan Dogan, Sakine Cansız et Leyla Söylemez, étaient froidement exécutées par un agent des services secrets turcs. A ce jour, ce crime reste impuni sous le couvert de secret-défense. Dans ces conditions, on aurait pu s’attendre à une indignation générale de la France et de l’ensemble des Etats européens, refusant que des services de renseignement étrangers puissent commettre des crimes de personnes placées sous leur protection sur leur territoire. Il n’en fut rien. On aurait pu penser qu’après avoir lâchement abandonné les Kurdes aux mains de la Turquie et de la Russie en Syrie, alors même qu’ils et elles venaient de livrer une bataille sans merci contre Daech, les Etats européens s’accorderaient à protéger les Kurdes sur leurs territoires. Là encore, Il n’en fut rien. Bien au contraire, les Kurdes restent à ce jour une variable d’ajustement des relations diplomatiques avec la Turquie. Non seulement la coopération entre les services de renseignement européens et les services de renseignement turcs perdure, mais des opposants kurdes sont régulièrement livrés à la Turquie, soit pour en obtenir des faveurs, soit pour céder à un énième chantage d’Erdogan. Dans ce contexte, sans garantie de justice, de vérité et de liberté, la communauté kurde et au premier rang les femmes kurdes ne se sentiront jamais en sécurité en France et en Europe. Rappelons, en effet, que partout les femmes sont au-devant de la résistance kurde, comme elles ont été au-devant du combat contre Daech et comme elles le sont en Iran, après l’assassinat de Jina [Mahsa] Amini. Ce sont elles les premières cibles de ces crimes odieux. Cela suffit ! Il est urgent d’assurer enfin aux Kurdes la justice et la protection qu’elles et ils méritent. Nous demandons ainsi aux autorités françaises et européennes : – de cesser toute coopération avec les services de renseignement turcs en lien avec les opposants kurdes ; – d’assurer une protection renforcée des lieux de militantisme du peuple kurde ; – de créer une cellule spécifique destinée à signaler toute tentative d’intimidation et toute menace à l’égard des opposants kurdes et à instruire toutes les plaintes liées à ces signalements ; – de sortir le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) de la liste des organisations terroristes (le 15 novembre 2018, la Cour européenne de justice rendait un avis favorable au retrait du PKK de la liste des organisations terroristes établie par l’Union européenne, décision sur laquelle elle est, depuis, de manière critiquable, partiellement revenue) ; – de lever le secret-défense s’agissant de l’assassinat des trois militantes kurdes à Paris en 2013. « Les Kurdes (…) sont l’humanité qui résiste aux ténèbres », disait Charb. Les Kurdes nous ont protégés. A notre tour, nous leur devons protection. » Premiers signataires : Tuna Altinel, enseignant-chercheur en mathématiques, université Lyon 1 ; Zerrin Bataray, avocate, conseillère régionale (EELV) ; Damien Carême, député européen (EELV) ; Olivier Faure, député, premier secrétaire du Parti socialiste (PS) ; Eva Husson, autrice réalisatrice ; Sylvie Jan, coprésidente de France-Kurdistan ; Pierre Laurent, sénateur de Paris, président du conseil national du Parti communiste français (PCF) ; Pinar Selek, écrivaine, enseignante-chercheuse, université Côte d’Azur (UCA) ; Jean-Christophe Sellin, co-coordinateur national du Parti de gauche ; Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) ; Mathilde Panot, présidente du groupe LFI-NUPES à l’Assemblée nationale, députée ; Agit Polat, porte-parole du Conseil démocratique Kurde de France ; Philippe Poutou, porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) Liste complète des signataires publiée sur le site de la Fondation Danielle Mitterrand

ORLEANS. Verbalisation de manifestants « pro-kurdes »

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PARIS – Hier soir, un rassemblement autorisé condamnant l’attentat terroriste de Paris s’est transformé en une petite manifestation au centre de la ville d’Orléans. Des policiers présents pour assurer la sécurité de l’événement ont verbalisé plusieurs personnes à la fin du rassemblement pour « participation à une manifestation non autorisée ».
Verbalisation de manifestants le 27 décembre 2022, Orléans
Une des personne verbalisée nous a déclaré « qu’il s’agit d’un acte ciblé de répression policière envers une personne qui a exprimé son soutien et sa solidarité avec les luttes du peuple kurde ». En effet, il y a quelques semaines, l’extrême-droite avait transformé le rassemblement orléanais d’hommage à Lola (une fillette tuée dans le 19e arrondissement de Paris en octobre dernier) en une manifestation, sans que des participants soient verbalisés. Apparemment, sur le sol français, l’extrême-droite peut manifester en tout liberté mais pas celles et ceux qui demandent justice pour les victimes [kurdes] d’un attentat terroriste au coeur de Paris…   Voici son témoignage: « J’ai été arrêtée, avec 4 autres camarades adultes et un adolescent, par la police pour contrôle d’identité, suite au rassemblement qui a eu lieu le 27 Décembre 2022, Place de la République à Orléans. A l’issue de ce contrôle d’identité, un policier m’a dit que je serai verbalisée pour participation à une manifestation non autorisée. Le rassemblement s’est très bien déroulé dans le plus grand calme et à l’issue de cette mobilisation pour dénoncer le meurtre de trois personnes kurdes vendredi 24 décembre à Paris , l’ensemble des participant.e.s a souhaité pouvoir partir en manifestation. Après des négociations avec la police présente sur place, en effet seul un rassemblement avait été déclaré en Préfecture, celle-ci a accepté d’encadrer et de sécuriser le cortège. Il est à noter que j’ai participé à ces négociations pour trouver le meilleur compromis afin que tout se passe dans un climat apaisé. Le parcours dirigé et encadré par la police a été respecté par les manifestant.e.s, tout s’est passé dans le plus grand calme et aucun problème n’a été à déplorer. Cette manifestation s’est terminée Place d’Arc et s’est dispersée de manière sereine. C’est alors que, sur le chemin du retour, j’ai été arrêtée, puis contrôlée au même titre que les quatre personnes qui m’accompagnaient, des camarades de la communauté kurde. Nous avions toutes participé à la manifestation. Après nous avoir rendu nos papiers d’identité un policier m’a dit : « Vous, Madame vous recevrez une amende pour participation à une manifestation non autorisée ». Je tiens à préciser que l’agent verbalisateur était celui avec lequel j’avais négocié au départ de la manifestation. Pourquoi avoir attendu plus de 30 minutes après la dispersion de la manifestation, dans un lieu éloigné de la fin de la manifestation pour procéder à ce contrôle d’identité et me mettre cette amende ? Je milite depuis 20 ans sur Orléans et ai participé à des dizaines de manifestations sans n’avoir jamais été contrôlée. Je considère qu’il s’agit d’un acte ciblé de répression policière envers une personne qui a exprimé son soutien et sa solidarité avec les luttes du peuple kurde. »