SYRIE. Racket à 10 000 dollars pour les Kurdes qui retournent à Manbij
SYRIE. La répression anti-kurde se poursuit à Alep
SYRIE / ROJAVA – Les forces de la Sûreté générale du gouvernement intérimaire syrien ont lancé une vaste opération de répression lundi dans le quartier kurde de Sheikh Maqsoud à Alep.
Des patrouilles ont interpellé des dizaines de jeunes Kurdes, fouillé leurs téléphones portables et arrêté au moins deux d’entre eux après y avoir découvert des images de symboles kurdes.
Selon des témoins oculaires cités par l’agence ANHA, les arrestations ont eu lieu près du quartier d’al-Jabanat et du complexe scolaire, dans la partie orientale de Sheikh Maqsoud. Les jeunes ont été contrôlés lors de patrouilles mobiles avant d’être emmenés.
Cet épisode s’inscrit dans un contexte de pressions croissantes sur la population kurde de la ville, après l’interdiction récente d’ériger des symboles kurdes dans le cimetière de la zone.
IRAN. Baloutches : Exécutions secrètes et tueries extrajudiciaires
IRAN – Le régime iranien poursuit sa répression sanglante contre la population baloutche dans la province du Sistan-et-Baloutchistan, signale l’ONG kurde Hengaw. En seulement quelques jours, les autorités ont procédé à une exécution, à des exécutions extrajudiciaires et à de nouvelles arrestations arbitraires, illustrant une politique systématique de terreur visant cette minorité sunnite marginalisée.
Exécution secrète d’un prisonnier politique en 55 jours
Mardi 12 mai 2026, à l’aube, les autorités iraniennes ont exécuté Abduljalil Shahbakhsh à la prison centrale de Zahedan. Originaire du comté de Taftan, il avait été arrêté 55 jours plus tôt, durant la période de tensions régionales impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis.
Accusé de « baghi » (rébellion armée) pour son appartenance présumée au groupe Ansar al-Furqan et d’espionnage au profit d’Israël, Shahbakhsh a été condamné dans une procédure opaque, sans accès à un avocat indépendant et sans transparence sur les preuves. L’organisation Hengaw pour les droits humains dénonce de graves violations du droit à un procès équitable. Sa famille n’a pas été informée à l’avance de l’exécution.
Quatre Baloutches abattus et carbonisés
La veille, le 11 mai 2026, les forces du ministère du Renseignement ont ouvert le feu sur un véhicule transportant quatre hommes baloutches dans la région de Sorkehvaran, à Iranshahr. Les quatre occupants ont été tués sur le coup. Leur véhicule a pris feu et leurs corps ont été carbonisés. Il s’agit d’une exécution extrajudiciaire manifeste.
Arrestation pour « activité sur les réseaux sociaux »
Le 8 mai 2026, les services de renseignement ont arrêté Shahim Bahrami à Nikshahr, peu après son retour d’Oman. Il a été transféré à la prison centrale de Zahedan. Les autorités justifient cette arrestation par sa « présence sur les réseaux sociaux ».
Ces événements s’inscrivent dans un schéma récurrent de répression systématique contre les Baloutches : exécutions rapides, souvent secrètes, arrestations arbitraires, torture et discrimination institutionnelle. Le Sistan-et-Baloutchistan, l’une des provinces les plus pauvres et marginalisées d’Iran, paie un lourd tribut à la politique sécuritaire du régime, qui instrumentalise les accusations de terrorisme et de collaboration étrangère pour justifier sa violence.
Les organisations de défense des droits humains, dont Hengaw, alertent régulièrement sur cette répression qui vise à briser toute forme de dissidence ou de revendication culturelle et politique dans la région. La communauté baloutche reste aujourd’hui l’une des cibles les plus exposées de la machine répressive iranienne, dans un climat de quasi-impunité.
SYRIE. 27 organisations de la société civile syrienne exigent la reconnaissance immédiate du kurde comme langue officielle
SYRIE / ROJAVA – 27 organisations de la société civile syrienne demandent la reconnaissance constitutionnelle de la langue kurde comme langue officielle de la Syrie, au même titre que les autres langues du pays, et appellent à mettre fin aux politiques de discrimination et d’exclusion linguistiques.
Les organisations syriennes soussignées expriment leur profonde inquiétude et condamnent fermement les récentes mesures des autorités de transition à Damas visant à restreindre l’usage de la langue kurde dans le gouvernorat d’al-Hasakah (Hassaké).
Une illustration emblématique de cette politique s’est produite au Palais de justice du centre-ville d’al-Hasakah, où les autorités ont exigé le retrait du kurde de l’enseigne principale de l’institution. Cet acte injustifié a suscité une vive réprobation populaire et soulève de sérieuses questions sur la réelle volonté des autorités de transition à respecter le pluralisme linguistique et culturel du pays.
Dans une ville aussi diverse qu’al-Hasakah, habitée par des Arabes, des Kurdes, des Syriaques-Assyriens et d’autres composantes, le recours exclusif à une seule langue pour identifier une institution publique officielle est perçu comme une négation de cette diversité.
Ces pratiques violent :
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La Déclaration universelle des droits de l’homme ;
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L’article 7 de la Déclaration constitutionnelle intérimaire, qui stipule que l’État doit « garantir la diversité culturelle de la société syrienne dans toutes ses composantes, ainsi que les droits culturels et linguistiques de tous les Syriens » ;
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L’article 2 du décret n° 13 relatif aux droits des Kurdes.
L’exclusion du kurde de l’espace public s’inscrit dans la continuité de décennies de politiques d’arabisation forcée et d’effacement culturel que les Kurdes, tout comme d’autres groupes, ont subies sous les régimes précédents. Ces mesures visaient à nier leur identité nationale, culturelle et linguistique.
La préservation de la diversité linguistique et culturelle n’est pas une question secondaire : elle constitue un pilier essentiel de la paix durable en Syrie. Après quatorze années de guerre dévastatrice et des décennies d’autoritarisme, toute politique d’exclusion ou d’assimilation forcée risque de saper le processus de transition, de nourrir les discours de haine et de compromettre la cohésion nationale.
Convaincues que la marginalisation culturelle ne peut que fragiliser la stabilité du pays, les organisations soussignées appellent les autorités de transition à :
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Reconnaître constitutionnellement la langue kurde comme langue officielle de la Syrie et garantir son usage libre dans l’espace public, l’administration, l’éducation et les transactions officielles.
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Adopter des lois et réglementations contraignantes pour promouvoir l’utilisation de toutes les langues locales dans les institutions de l’État.
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Émettre des directives claires interdisant toute forme de discrimination linguistique et imposant le respect de la diversité dans l’ensemble des administrations.
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Garantir constitutionnellement le droit de toutes les communautés syriennes d’apprendre et d’enseigner leur langue maternelle.
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Criminaliser les pratiques d’assimilation forcée et les qualifier de formes de discrimination, tout en affirmant la diversité linguistique et culturelle comme une richesse et une force pour la Syrie.
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Modifier la Déclaration constitutionnelle intérimaire afin d’y inscrire explicitement la reconnaissance et la protection de la pluralité culturelle et linguistique du pays.
La reconnaissance officielle du kurde ne serait pas une concession, mais la restauration d’un droit fondamental longtemps bafoué. Elle constituerait un signal fort de l’engagement sincère des autorités actuelles en faveur d’une Syrie inclusive, où toutes ses composantes participent sur un pied d’égalité à la construction de l’avenir.
Organisations signataires :
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ASO Consultancy & Strategic Studies
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Ahrar – Parti libéral syrien
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L’Union des intellectuels
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Organisation de coopération humanitaire et de développement (HDC)
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Centre ACHTI
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Ahlam Saghira
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Équipe d’artistes
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Ambassadeurs pour les personnes handicapées
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Études d’analyse et de stratégie
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Organisation Ella pour le développement et la consolidation de la paix
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PÊL
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Association environnementale des arbres verts
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Association Dar pour les victimes de déplacements forcés
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Syriens pour la vérité et la justice (STJ)
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Association Synergy pour les Victimes
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RÊ pour la Réhabilitation et le Développement
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TEVIN – Groupe de réflexion indépendant sur les affaires kurdes
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Association Shawishka pour les femmes
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Association Mbader pour le développement communautaire
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Ronî Peywend pour le leadership communautaire
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Réseau des femmes leaders pour la paix
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Organisation Kobani pour le secours et le développement
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Malva pour les arts et la culture
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Organisation Rose pour le soutien et l’autonomisation
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Organisation Nextep
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Centre communautaire de Yalda
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Sensibilisation HÊZ
SYRIE. Un autre Alaouite abattu à Homs
SYRIE – Qublan Souleïman (alias Abou Majd) a été abattu ce lundi dans le quartier d’Al-Hamidiya à Homs.
Originaire du quartier d’Al-Muhajirin et membre de la communauté alaouite, la victime a été ciblée dans ce qui s’apparente à un assassinat à caractère sectaire.
Depuis la prise de pouvoir par Ahmed al-Sharaa (anciennement Abou Mohammad al-Jolani) et Hayat Tahrir al-Cham (HTS) en décembre 2024, de nombreuses minorités non sunnites arabes — alaouites, druzes, chrétiens, ismaéliens et kurdes — font face à une recrudescence d’attaques, d’exécutions sommaires et de massacres sectaires à travers le pays. Ces violences, souvent revendiquées ou tolérées par des groupes djihadistes ou des factions affiliées au nouveau pouvoir, alimentent la crainte d’une épuration communautaire systématique.
SYRIE. Attaque armée contre les gangs de Damas
SYRIE / ROJAVA – Aujourd’hui, un minibus de la 64e Division, unité soutenue par la Turquie et intégrée aux forces du gouvernement syrien, a été attaqué par deux hommes armés à moto à l’ouest des faubourgs d’Aliya, dans la campagne d’Hassaké. L’attaque a fait cinq morts et deux blessés.
Bien que l’opération ait été menée selon des tactiques typiques de l’État islamique, les services de renseignement de HTS ainsi que les canaux turcs ont rapidement attribué la responsabilité aux Forces Démocratiques Syriens (FDS). Selon un militant kurde, cette mise en cause viserait à saboter les négociations en cours entre les autorités kurdes et Damas.
Des images anciennes ont par ailleurs été largement diffusées dans le cadre de cette campagne de fake news.
Cependant, plusieurs éléments contredisent cette fausse accusation : le minibus circulait sur la route Hasakah–Ras al-Ayn (Serekanîyê), en zone contrôlée par les forces turques et leurs proxies depuis l’invasion d’octobre 2019, territoire qui ont été nettoyés de ses habitants kurdes…
ROJAVA. La gendarmerie turque abat un agriculteur kurde à Kobanê
SYRIE / ROJAVA – Ibrahim Sabri, un agriculteur kurde de 44 ans originaire du village de Kosek à Kobanê, a été froidement abattu par les gardes-frontières turcs ce lundi 11 mai 2026, alors qu’il irriguait paisiblement ses terres agricoles près de la frontière.
Ce nouveau crime s’inscrit dans une longue série d’exactions commises par l’armée et la gendarmerie turques contre les civils kurdes des zones frontalières de Rojava. Les villageois qui tentent simplement de cultiver leurs champs sont régulièrement pris pour cible par des tirs délibérés.
La Turquie poursuit en toute impunité une politique systématique de violence et de terreur contre le peuple kurde, tant à l’intérieur de ses frontières qu’au-delà. Ces meurtres répétés de civils désarmés – agriculteurs, bergers, femmes et enfants – révèlent une haine anti-kurde profonde et structurelle, qui s’exprime par une répression brutale et des crimes de guerre commis en toute impunité.
Les autorités turques visent manifestement à vider les villages frontaliers kurdes de leurs habitants en transformant les terres agricoles en zones de mort. Cette stratégie criminelle doit être condamnée avec la plus grande fermeté.
IRAN. Un étudiant en ingénierie aérospatiale exécuté pour « espionnage »
Les autorités iraniennes ont exécuté, ce lundi 11 mai 2026, Erfan Shakourzadeh, un brillant prisonnier politique âgé de 29 ans. Chercheur en technologie satellitaire et major de sa promotion en master de génie aérospatial à l’Université des sciences et technologies d’Iran, il a été pendu à l’aube à la prison de Ghezel Hesar, à Karaj, après près de deux ans de détention.
Selon l’ONG de défense des droits humains Hengaw, Erfan Shakourzadeh a été transféré le 7 mai de la prison d’Evin à Téhéran vers Ghezel Hesar, sous le prétexte d’une « réunion avec des représentants de la justice ». Placé à l’isolement, il a été exécuté sans préavis à sa famille et sans pouvoir recevoir une dernière visite. L’agence de presse Mizan, proche du pouvoir judiciaire, l’a accusé de « collaboration avec la CIA et le Mossad ».
Né en 1997, Shakourzadeh était diplômé en génie électrique de l’Université de Tabriz et figurait parmi les meilleurs étudiants en génie aérospatial. Spécialiste des systèmes de contrôle et de positionnement des satellites, il a été arrêté en février 2025 par les services de renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Il a passé neuf mois en isolement total, subissant de graves tortures physiques et psychologiques pour lui extorquer des aveux.
Dans une note publiée depuis sa prison, il avait déclaré :
« Je suis Erfan Shakourzadeh, l’un des rares membres de l’élite à avoir choisi de ne pas émigrer… J’ai été arrêté sur la base d’accusations d’espionnage fabriquées de toutes pièces. Après huit mois et demi de torture et d’isolement, j’ai été contraint de faire de faux aveux. Ne laissons plus jamais une autre vie innocente être fauchée en silence. »
Sa condamnation à mort, confirmée par la Cour suprême iranienne, reposait sur des accusations d’espionnage jamais prouvées lors d’un procès équitable. L’organisation Hengaw qualifie cette exécution secrète d’« assassinat d’État » et d’exemple flagrant de crime contre un membre éminent de l’élite scientifique iranienne, victime d’une affaire de sécurité entièrement fabriquée.
Bingöl : ville réduite au silence par la guerre spéciale
Ville réduite au silence par la guerre spéciale :
Bingöl À Bingöl, des réseaux de prostitution clandestins opèrent dans des cafés, des salons de massage et via les « services à domicile », dans une ville où les perspectives d’emploi pour les femmes restent très limitées.
Bingöl (Çewlig), l’une des villes les plus reculées et isolées du Kurdistan du Nord (Bakur), est entourée de hautes montagnes au nord et à l’est. Cet isolement géographique freine fortement son développement économique et ses échanges culturels. Dans une région où l’élevage ne dispose pas d’alternatives économiques viables et où les possibilités de production restent limitées, le chômage et l’exode rural s’alimentent mutuellement dans un cercle vicieux.
Bingöl se distingue par son riche passé de résistance. Longtemps terre d’accueil des patriotes du Kurdistan du Nord, elle porte une tradition militante profondément enracinée. Ville témoin de la fondation et des premières années du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), elle a donné naissance à de nombreuses figures importantes du mouvement de libération kurde, parmi lesquelles des cadres historiques tels que Mehmet Karasungur et Mehmet Hayri Durmuş.
C’est précisément en raison de cet héritage que Bingöl constitue une cible prioritaire des politiques de guerre spéciale menées par l’État turc.
Une stratégie de décomposition sociale
Comme dans d’autres villes du Kurdistan, ces politiques visent à corrompre les valeurs sociales à travers la drogue, la prostitution, le recrutement d’informateurs, les jeux d’argent et la criminalité organisée. À Bingöl, la réalité de ces fléaux — drogue, prostitution, formation de gangs et réseaux d’informateurs — est observable à travers des faits concrets et des témoignages locaux.
Anatomie d’un marais supervisé par l’État
La crise de la drogue à Bingöl est à la fois cause et conséquence de nombreux problèmes sociaux. Au cours de la dernière décennie, l’âge moyen des consommateurs n’a cessé de baisser, tandis que la toxicomanie s’est propagée dans presque toutes les couches de la société.
Au Kurdistan, rien ne se développe spontanément. L’augmentation massive de la consommation de drogue, le développement de réseaux de prostitution et le recrutement systématique d’informateurs s’inscrivent dans une politique d’État délibérée visant à corrompre et à dépolitiser la jeunesse kurde. À Bingöl, les trafiquants circulent librement près des commissariats et les points de vente de drogue ne font l’objet d’aucune opération sérieuse, signe évident d’une « négligence contrôlée » de la part des autorités.
Des familles patriotiques dans le viseur
L’objectif est clair : briser la jeunesse révolutionnaire pour la transformer en une génération passive et contre-révolutionnaire. Un jeune tombé dans la toxicomanie est neutralisé à la fois physiquement et politiquement. Les principales cibles de cette stratégie sont les familles qui ont payé un lourd tribut à la lutte kurde et qui restent engagées.
Suicide : un décès dans chaque lignée familiale
L’un des aspects les plus tragiques de Bingöl est l’ampleur exceptionnelle des suicides, un fléau qui perdure depuis près d’un demi-siècle et touche aujourd’hui presque toutes les familles.
À Bingöl, les enfants sont confrontés à la notion de suicide dès l’école primaire. Presque chaque famille élargie a perdu au moins un des siens de cette manière. Entre 2000 et 2023, le nombre de suicides enregistrés est passé de 22 à 58, soit une multiplication par 2,6 en 24 ans. Le taux le plus élevé a été atteint en 2014 avec 9,78 suicides pour 100 000 habitants, bien au-dessus de la moyenne nationale turque. Les 15-19 ans sont les plus touchés, avec des cas recensés même chez des enfants de 15 ans et moins.
Prostitution et gangs : invisibles mais omniprésents
Bien que moins visible dans les rues qu’à Amed ou Riha, la prostitution existe à Bingöl sous des formes plus clandestines : cafés, salons de massage et « services à domicile ». Dans une ville où les femmes ont très peu d’opportunités d’emploi, ces réseaux sont souvent liés au recrutement d’informateurs. Des femmes fragilisées par la précarité ou la toxicomanie sont poussées à la prostitution, puis utilisées comme outil de chantage.
Des structures de gangs existent également, même si elles opèrent de manière plus discrète en raison de la taille modeste de la ville et de la vigilance sociale.
Le recrutement d’informateurs : une politique prioritaire
À Bingöl, le recrutement d’informateurs commence tôt et vise des milieux politiquement sensibles, en lien direct avec l’histoire de la ville. Deux profils sont particulièrement ciblés : les jeunes en situation économique précaire à qui l’on promet des « opportunités de l’État », et les membres de familles proches du mouvement kurde, soumis à la drogue, au chantage sexuel ou à la pression économique.
Cette stratégie détruit la confiance sociale et installe un climat de paranoïa qui paralyse l’organisation et la solidarité.
Pourquoi Bingöl ?
Bingöl incarne une culture de résistance et de liberté profondément ancrée. Face à cet héritage, l’État turc déploie une stratégie multidimensionnelle combinant suicide, drogue, prostitution et délation pour briser la continuité historique du mouvement.
Malgré les alertes et les initiatives locales, l’État observe un silence délibéré. Il sait que toute enquête sérieuse révélerait l’ampleur de cette politique.
La voie vers une solution
La véritable solution passe par la reconstruction du lien politique, culturel et historique avec la jeunesse de Bingöl. L’expérience des années 2013-2015 l’a démontré : lorsque l’espoir renaît et que les jeunes s’engagent dans le mouvement, la consommation de drogue recule nettement.
La drogue ne doit pas être vue uniquement comme un problème de substance, mais comme un phénomène social, économique et politique qu’il faut combattre par une approche globale et une résistance organisée.
ANFIl y a 52 ans, l’Irak exécutait l’activiste kurde Leyla Qasim
Le 12 mai 1974 : un assassinat politique
Le 12 mai 1974, le régime sanguinaire de Saddam Hussein exécute Leyla Qasim par pendaison. Elle devient la première femme pendue de l’histoire de l’Irak baasiste. Son « crime » ? Avoir milité pour les droits du peuple kurde et pour l’émancipation des femmes dans un Kurdistan colonisé et opprimé.
Aujourd’hui, Leyla Qasim reste une figure tutélaire aux côtés de Sakine Cansız, Zarife Xatun et bien d’autres. Son portrait orne les murs des foyers kurdes, les places publiques, les institutions et les centres culturels du Kurdistan tout entier.
« Tuez-moi, mais sachez qu’après ma mort, des milliers de Kurdes se réveilleront d’un profond sommeil. Je suis heureuse de donner ma vie pour un Kurdistan libre. »
Qui était Leyla Qasim ?
Leyla Qasim (parfois orthographiée Leila Qassem ou Leyla Qassem) naît le 27 décembre 1952 à Khanaqin (région de Diyala, Kurdistan du Sud – Bashur), dans une famille feyli kurde. Avec son frère Abdessalam et sa sœur Sabiha, elle grandit dans un environnement imprégné d’amour pour la patrie kurde.
Elle termine ses études secondaires à Khanaqin en 1972, puis s’inscrit à la Faculté des Arts de l’Université de Bagdad en sociologie. Très tôt, elle se distingue par son intelligence vive, son charisme et son engagement politique. Elle rejoint l’Union des étudiants du Kurdistan et devient rapidement l’une des figures les plus actives du mouvement étudiant.
Une double lutte : nation et émancipation des femmes
Au début des années 1970, le régime baasiste intensifie sa politique de répression et de nettoyage ethnique à Khanaqin. La famille Qasim est contrainte de se réfugier à Bagdad. Leyla y poursuit ses études tout en militant au sein du Parti démocratique du Kurdistan (PDK).
Après l’échec de l’accord du 11 mars 1970 entre le gouvernement irakien et Mustafa Barzani, elle choisit de rester dans la capitale pour continuer la lutte clandestine, malgré les risques. Avec un petit groupe de camarades, dont son fiancé Jawad al-Hamondi, elle tente de réorganiser la résistance étudiante.
Le groupe est rapidement infiltré. Dans la nuit du 24 avril 1974, les services de sécurité investissent la maison de Leyla. Elle est arrêtée, isolée et soumise à des tortures d’une barbarie extrême : on lui arrache l’œil droit et elle subit de multiples mutilations.
Devant le comité d’enquête, accusée d’avoir commis des attentats contre des civils, elle répond avec dignité : « Je ne suis pas une criminelle. Je lutte pour la cause kurde légitime et je suis prête à donner ma vie pour elle. »
« La mariée du Kurdistan »
Lors de la première visite de sa mère et de sa sœur en prison, Leyla leur demande d’apporter son uniforme traditionnel kurde et des ciseaux. Elle coupe une mèche de ses cheveux et la leur confie : « Dans quelques jours, je serai la mariée du Kurdistan. Je veux que la terre m’embrasse dans toute mon élégance. »
Le 12 mai 1974, moins de trois semaines après son arrestation, Leyla est exécutée sans véritable procès. Vêtue de son uniforme kurde, elle chante l’hymne du Kurdistan jusqu’à la potence. Elle avait 22 ans.
Elle est enterrée au cimetière de Wadi al-Salam à Nadjaf, loin de sa terre natale.
Son héritage : un flambeau pour les femmes kurdes
Après son martyre, des centaines de jeunes filles kurdes portent son prénom. Leyla devient un symbole de résistance et d’émancipation.
Le grand poète kurde Cigerxwîn lui a rendu hommage avec le poème Leyla Şehîd, popularisé notamment par Ciwan Haco :