TURQUIE / KURDISTAN – Une nouvelle enquête a été ouverte sur la mort de Rojwelat Kızmaz, étudiante kurde retrouvée morte dans des circonstances suspectes. Son dossier, initialement classé sans suite, a été rouvert suite à une plainte de sa famille déposée en avril 2026.
Rojwelat Kızmaz, 26 ans, a disparu le 9 février 2024 à Batman (Êlih). Son corps a été retrouvé trois jours plus tard, le 12 février, dans le lac du barrage d’Ilısu (Hasankeyf). Bien que les autorités aient conclu à un suicide, plusieurs éléments troublants persistent : le corps n’était pas resté longtemps dans l’eau et le décès remontait seulement à quelques heures, selon le médecin légiste. Cela suggère qu’elle aurait pu être encore en vie durant les deux premiers jours suivant sa disparition.
Un rapport du Bureau national de police criminelle, remis le 22 avril 2025, révèle que son téléphone portable est resté éteint pendant 46 jours immédiatement après la disparition de son amie Gülistan Doku en janvier 2020, avant d’être rallumé le 20 février 2020. Par ailleurs, sa dernière communication téléphonique enregistrée date du 5 mars 2024, soit près d’un mois après la date officielle de son décès. Le dossier a depuis été transféré à Erzurum.
Liens avec l’affaire Gülistan Doku
Rojwelat était la plus proche amie et ancienne camarade de classe de Gülistan Doku, disparue en janvier 2020 à Dersim. La récente requalification en meurtre de l’affaire Doku et l’arrestation de plusieurs suspects, dont le fils d’un ancien gouverneur, ont redonné espoir à la famille Kızmaz, qui soupçonne un lien entre les deux dossiers.
Le cas Rojin Kabaiş : un troisième drame
Quelques mois plus tard, le cas de Rojin Kabaiş, 21 ans, étudiante à Van, a suivi un scénario similaire. Disparue le 27 septembre 2024 après une promenade au bord du lac de Van, son corps a été retrouvé 18 jours plus tard, à 20-24 km du lieu de disparition. Malgré la présence d’ADN de deux hommes différents sur son corps (confirmée par le barreau de Van), les autorités ont conclu à un suicide. Sa famille et de nombreux militants parlent ouvertement de féminicide.
Une impunité systémique ?
Ces trois affaires — Gülistan Doku (2020), Rojwelat Kızmaz (2024) et Rojin Kabaiş (2024) — sont désormais souvent citées ensemble par les organisations kurdes de défense des droits des femmes et des droits humains. Elles illustrent, selon elles, une série de morts suspectes de jeunes femmes kurdes, trop fréquemment classées hâtivement en suicides sans enquête approfondie.
Le frère de Rojwelat, le journaliste Mehmet Kızmaz, dénonce une « politique délibérée » de harcèlement, de marginalisation et de violences visant particulièrement les jeunes femmes kurdes engagées ou issues de familles politiquement actives.
Les familles, soutenues par des avocats et des militants, exigent désormais que la vérité éclate pour Rojwelat et Rojin, comme elle semble émerger dans l’affaire Gülistan Doku.