Le 3 juillet 1930, sur ordre du Premier ministre turc, İsmet İnönü, et son gouvernement, 44 villages kurdes ont été brûlés et des milliers de civils massacrés (d’autres chassés de leurs terres) dans la vallée de Zilan, dans le district Erciş de Van. 94 ans après ce massacre, les Kurdes font toujours face à une politique d’extermination des Kurdes menée par la Turquie depuis les années 1920, comme on a pu le voir à Maras, Roboski, Cizre, Silopi, Afrin…
Les journaux officiels turcs affirment que 15 000 civils ont été tués lors du massacre de Zilan, tandis que les historiens kurdes avancent le chiffre de 70 000 civils tués dans la vallée de Zilan (en kurde : Gelîye Zilan). Alors que certains des rares témoins de la période étaient cachés, certains ont lutté pour survivre là où ils avaient été exilés de force. Aujourd’hui, l’Etat turc détruit les traces du massacre de Zilan en construisant un barrage sur le site Nihala hestîya (Vallée des os) abritant les ossements des victimes du massacre de Zilan.
Le massacre de Zilan a eu lieu dans la vallée du Zilan ou Zeylan situé au nord de la ville d’Erciş, dans la province de Van. Le massacre a eu lieu en juillet 1930, avant la troisième opération Ararat du 7 au 14 septembre 1930, qui était une opération militaire contre les rebelles kurdes du mont Ararat.
Le 13 juillet 1930 le quotidien Cumhuriyet prenait la relève d’İsmet İnönü, Premier ministre de la République de Turquie, et Sukrü Kaya, son ministre de l’intérieur qui avait été l’un des hommes-clefs du génocide arménien de 1915, pour annoncer le « bombardement extrêmement massif du mont Ararat » avant d’ajouter : « les aigles d’acier du Turc règlent leur compte aux insurgés. Le ruisseau de Zilan est entièrement rempli de cadavres ». D’autres journaux, comme le Milliyet, confirmait ces informations avant de relater les propos d’Ismet Inönü : « seule la nation turque a le droit de revendiquer les droits ethniques et raciaux dans ce pays ». Selon diverses estimations, 44 villages furent ainsi entièrement rayés de la carte et 15.000 personnes, dont la plupart de simples villageois, trouvèrent la mort lors de cette « opération de nettoyage » qui parvint ainsi à briser la résistance kurde dont cette région fut le théâtre depuis plusieurs années. (Institut Kurde de Paris)
Dans cette interview de 2019 réalisé par Barış Balseçer, historien et universitaire kurde, Sedat Ulugana décrivait le massacre de Zilan :
Quelle était la situation politique des Kurdes avant le massacre de Zilan ? Pouvez-vous décrire le processus dans son ensemble ?
« Le massacre de Zilan, avec la proclamation de la République de 1923 à 1930, fait partie du processus d’instauration du régime kémaliste au Kurdistan. La première réaction eu régime kémaliste a été montrée à Koçgiri en 1921 et les Kémalistes ont perpétré le premier massacre des Kurdes au Kurdistan au moyen d’un outil hérité des Ottomans : La punition et le transfert de la population (« tedip ve tenkil »). Le processus après Koçgiri était la rébellion du Cheikh Sait en 1925, dont le vrai nom était le Mouvement Azadî (Liberté). Ce processus a entraîné un massacre accompagné des centaines de villages kurdes incendiés, notamment à Palu, Lice et Genç, à Diyarbakır. En fait, c’est la rébellion du Cheikh Sait qui a déclenché la rébellion d’Agri. Zilan est une région montagneuse, où il existe des tribus kurdes patriotes. Ces tribus ne se sont pas intégrées à l’État et ont des problèmes structurels avec l’État. Ces tribus apportent des fournitures aux insurgés d’Agri. Ils fournissent les combattants. En fait, la région du Zilan devient une base pour la poursuite de la rébellion. L’Etat en est conscient. Il y a un rapport des années 1920. Il dit : « Il y a maintenant trois lieux de banditisme au Kurdistan. Le premier est celui du Dersim, le deuxième est Sason et le troisième est celui du Zilan et de l’Ağrı. » Le gouvernement a fiché ces trois lieux. Donc en 1925 ; À 5 ans du massacre de Zilan, à 9 ans du massacre de Sason et 13 ans avant le massacre de Dersim, le rapport indique ces régions. Ce sont des zones que le régime kémaliste ne peut pénétrer. On dit que ces régions insistent sérieusement sur la kurdicité et qu’on doit « s’occuper » de ces régions.
Pour ce faire, l’État se concentre sur Zilan, en particulier pendant le processus de résistance d’Agri. Mais au début, il ne le prend pas trop au sérieux. Ils envoient un petit nombre de soldats à Zilan et pensent pouvoir briser la résistance et envoyer le 15e régiment de gendarmerie mobile. (…) Une fois dans la région de Zilan, le régiment de gendarmerie mobile fait face à une résistance inattendue.
Quel est le rôle de la société Xoybûn dans la résistance kurde ? Quelle est la relation entre la résistance d’Agri et Cheikh Sait avant le massacre de Zilan et le Mouvement Xoybûn ?
Le Mouvement Xoybûn a été fondé en 1927 dans le Rojava actuel. Deux familles en particulier, les Cemilpaşazade et les Bedirxan, sont les plus impliquées. Au Rojava, les deux familles ont été rejointes par Haco Aga. Les intellectuels kurdes, les chefs de tribus kurdes et les cheikhs, échappés à la violence du régime kémaliste, se retrouvent au Rojava après 1920 et forment une organisation appelée Xoybûn.
Au début, İhsan Nuri n’est pas inclus dans Xoybûn. Il prend contacte par la suit avec Xoybûn il y est intégré en tant que «général du mont Ararat», puis passe à Ağrı pour le compte de Xoybûn et entame le processus connu. Xoybûn est le Mouvement organisateur de la résistance d’Ağrı. Après la résistance d’Ağrı, il organisa la résistance e Sason de 1934. Afin d’organiser la Résistance de Dersim de 1938, ils envoient un groupe comprenant Muşlu Hilmi. Le groupe est exécuté en route, avant d’atteindre Dersim.
Bien qu’il y ait eu beaucoup de résistance après la proclamation de la République, ils ne réussissent pas. Quels sont les principaux facteurs à l’origine de l’échec de ces résistances ?
Au Kurdistan du Nord, toute la résistance de 1923 à 1938 est liée. C’est donc une tradition, des perles d’un chapelet. La rébellion de Kochgiri de 1921 reste un peu à part, mais elle a inspiré intellectuellement le mouvement de Sheikh Said.
Seyitxan, Seyitxane Kerr, Alican et Ferzande, membres du Mouvement Sheikh Said de 1925, c’est-à-dire la résistance d’Azadi, ont également combattu sur le mont Ararat. Ce sont les cadres qui organisent la Résistance de Zilan. (…). En fait, les initiateurs de la résistance d’Agri sont les guerriers kurdes qui ont survécu à la rébellion du Cheikh Said. Il y a une telle connexion. Le feu de la résistance allumé au triangle Genç, Lice, Palu a été éteint, mais cette fois, le même feu a été allumé sur le mont Ararat, à Zilan.
L’une des raisons pour lesquelles la résistance du Kurdistan a entraîné la défaite est le problème du leadership. A cette époque, il y avait le problème du leadership, ils n’avaient pas de leadership national. Le processus Tanzimat (« réorganisation » en turc ottoman) est appelé renouveau et modernisation de l’État, mais la raison principale en est la liquidation de la structure politique kurde et le transfert de la capitale kurde à Istanbul. A cette époque, tous les Mirs (chefs notables kurdes) kurdes ont été massacrés, exilés et jetés dans des prisons. Au Kurdistan, après la liquidation des mirs kurdes, un vide d’autorité est créé.
Les Cheikhs remplissent le vide de l’autorité. Ces Cheikhs disent appartenir à la « secte Khalidi ». La secte Khalidi a été fondée par Mevlânâ Khalid-î Shay Shahizizor de la ville de Suleymaniyah, dans le Kurdistan du Sud.
A l’instar des Mir, plutôt que d’être constructifs, rassembleurs, les Khalidis ont une mission destructrice et disloquante au Kurdistan. Mevlânâ Khalid a été formé en Inde. Pendant ses études en Inde, ses professeurs menaient une forte opposition au colonialisme britannique.
Avec le temps, l’opposition aux Britanniques s’est transformée en opposition et en haine des Chrétiens. Lorsque Mawlana Khalid est revenu au Kurdistan, il a en quelque sorte importé au peuple kurde l’opposions aux Chrétiens et la haine antichrétienne. Jusqu’à cette époques, les Kurdes au Kurdistan n’avaient aucun problème avec les Chrétiens ; Il y a des Arméniens, des Chaldéens, des Assyriens, des Nestoriens et des Kurdes qui s’appellent eux-mêmes des Kurdes Messiahs, sur lesquels nous ne nous attardons pas beaucoup.
À son retour, Mevlana Khalid forme beaucoup d’étudiants. Le titre du cheikh passait de père en fils à l’époque. L’Ordre du khalidisme emmène l’enfant du villageois kurde le plus pauvre à devenir « Sheikh » et lui dit « Toi aussi, tu peux emmener un élève, l’élever et en faire un cheikh » et l’envoyait dans les endroits les plus reculés du Kurdistan. Par la suite, en s’alliant aux Tibus, ils se sont rendus dans les endroits les plus reculés du Kurdistan.
J’ai trouvé un ancien livre à Ercis. C’est écrit par Mela Musa, un imam Khalidi. La date qu’il a écrite à la fin du livre était 1892 et le lieu est Zozane Elegez (Haut plateau d’Elegez). Sur le plateau, il écrit un livre. Il rend croyantes, sunnites les tribus kurdes qui n’étaient pas très religieuses jusqu’à là. S’il y a un sentiment de nationalisme, ils l’enlèvent. Ils imposent l’oumma (la communauté des Musulmans qui rejette l’origine ethnique du croyant). Si vous êtes un Kurde qui impose l’Oumma, vous vous éloignez de toute façon de la conscience nationale et de l’unité nationale. Les Sheikhs ont cet aspect sur lequel nous n’avons pas encore prêté attention.
Un autre facteur est le niveau d’éducation des Kurdes à cette époque. Ceci est lié à la désintégration du Kurdistan.
Combien de personnes ont été massacrées lors du massacre de Zilan ? Qu’est-ce qui se passait à Zilan ?
Selon les services de renseignements étrangers, environ 10 000 personnes auraient été tuées lors du massacre de Zilan. Les Français parlent de 5 000, tandis que les Britanniques disent que plus de personnes ont été tuées. Bien entendu, ces États ne disposaient pas d’un réseau de renseignement très formel au Kurdistan du Nord. Ils donnent plutôt de chiffres prédictifs. Mais il y a les chiffres donnés par la partie turque. Par exemple, le journal semi-officiel de l’époque, le Cumhuriyet Gazetsi, parle de plus de 15 000. De même, les journaux Vakit et Aksam de la même période écrivent également ce chiffre. Le journal Cumhuriyet écrit même ceci : « Notre journaliste Sabri Bey, qui est à Ercis, transmet l’information depuis la région. « La vallée de Zilan est remplie de cadavres», dit-il. Le chef de l’état-major général le dit également. Un peloton a tué plus de mille personnes en une journée. 95% des tués sont des civils. Parce que l’état-major général de l’époque parle d’environ 5 000 résistants dans la région de Zilan. Cette information est exagérée. Il n’y a pas autant de résistants. Le nombre de résistants est de mille environs.
C’est un génocide qui a été perpétré à Zilan. Il faut distinguer le massacre d’un génocide. C’est un «massacre» si vous tirez sur des gens et les tuez (…). Mais si, pour une raison politique, vous tuez plus d’une personne en faisant de la discrimination, en regardant sa religion, sa langue, son ethnie, c’est un génocide. (…) Ce qui a été fait à Zilan est un génocide. La deuxième différence entre le massacre et le génocide est que ce dernier est systémique.
Après le massacre, des dizaines de villages ont été incendiés à Zilan. Tous les habitants de ces villages ont été tués. Le nombre de personnes tuées dans ces villages est supérieur à 15 000.
La deuxième raison d’être un génocide est qu’après l’incendie des villages, les champs de blé ont été incendiés, les puits ont été remplis de terre et tout le matériel a été brûlé. En d’autres termes, l’espace vital a été détruit.
De plus, il est essentiel de ne pas laisser de témoins lors de génocide. Nous pouvons le voir [ne pas laisser de témoins] lors des génocides de Rwanda, arménien et bosniaque. La même chose est faite à Zilan. Les gens ont été massacrés à Zilan en 1930 et cela a continué jusqu’en 1938. Si l’État découvrait qu’il y avait des survivants du massacre, ils les trouvaient et les amenaient et les fusillaient. Il existe également un exemple concret de cela. Après le massacre, 15 personnes se sont réfugiées dans le village de Pertax à Erciş, qui a été renommé et transformé en village de Dinlence. Ils ont été repérés par l’Etat. On les a pris du village, emmenés dans la vallée d’à côté, les fusillés et enterrés sur place. A ce titre, il y a des dizaines d’exemples de ce genre qui avaient pour but de ne pas laisser de témoins.
J’ai parlé à une témoin nommée Hafize, qui était encore une enfant à cette époque. Elle vivait dans le village de Soskin à Ercis. Je ne sais pas si elle est en vie ou pas. Elle avait dit « Moi, ma sœur, mon petit frère et ma mère ont survécu au massacre. Mon petit frère venait d’être sevré. Nous avons eu une vache. Nous nourrissions mon frère avec le lait de cette vache. Nous avons pris notre vache et sommes partis. Nous avons commencé à vivre dans une petite tente près de la ville. Dès que les soldats ont découvert que nous avions survécu au massacre de Zilan, ils sont venus. D’abord, ils ont coupé les pies de notre vache, notre seul moyen de subsistance. » Celle qui me disait cela était une témoin (d’environ 90 ans) d’un massacre. Ils avaient fait cela pour faire mourir de faim le petit garçon. Mère Hafize n’avait pas voulu m’ne parler, mais j’ai appris de sa famille que les soldats avaient emmené sa sœur. Ils l’avaient violée et tuée.
Voici une autre raison d’être un génocide. La nécrophilie (violer un cadavre) est essentielle dans la psychologie du génocide. Ce sont des nécrophiles. Nous pouvons le voir dans l’Allemagne nazie. Il y avait un imam nommé Mela Ahmet. Je l’ai interviewé. Alors qu’il travaillait comme imam à Adilcevaz, il avait rencontré un certain Hacı Ömer. Hacı Ömer lui a dit « (…) Je livrais des fournitures aux soldats lors du massacre de Zilan. Des milliers de personnes ont été tuées à l’extérieur de la ville dans un endroit appelé Aşe Monk. Les tours étaient faites de corps inanimés. C’était l’heure du déjeuner. Je l’ai vu de mes propres yeux. Les soldats retrouvaient et violaient de jeunes corps de femmes parmi les corps inanimés.”
Ces informations sont dans mes archives et j’ai fait confirmer ces informations auprès de plusieurs personnes. Ce que j’ai trouvé le plus dans mes recherches, c’est que d’innombrables femmes ont été violées.
Zilan est un génocide car un programme politique a été mis en place. Près d’un millier de familles ont été déportées à l’Ouest [régions turques à l’ouest du pays]. Beaucoup de ces familles sont maintenant assimilées. Elles ont été exilées dans des villes comme Aydın, Sinop et Samsun. Deux familles déportées ne pouvaient vivre dans la même ville et le même quartier. En d’autres termes, un programme d’assimilation a été mis en place. Près d’un millier de familles sont jetées dans les cachots d’Adana et de Zonguldak et abandonnées à la mort.
A cette époque, il y a un mandat d’Atatürk. Ce mandat rédigé après 1933 ordonne exactement ce qui suit : « Sa Sainteté ordonne dorénavant la capture des bandits vivants. » En d’autres mots, il dit, « Ne les tuez pas, capturez-les vivants ». Ils ont attrapé et enchaîné les villageois qui se sont réfugiés dans les montagnes et les ont envoyés dans ces cachots.
75% des personnes emmenées à Adana et à Zonguldak sont tuées. Par exemple, sur un millier de personnes envoyées dans la cachot d’Adana, seules 300 personnes peuvent revenir. 30 à 40 d’entre elles sont exécutées. La plupart de ces personnes sont condamnées à des peines de prison; Ils meurent de maladies infectieuses telles que le choléra, la typhoïde. Certains sont tués avec une piqûre toxique. J’ai obtenu le bloc-notes d’un témoin qui a traversé cette période. Il les a personnellement enregistrés. Dans le cahier, il est écrit : « Celui qui recevait la piqûre, ne pouvait pas voir le matin ».
La plupart des personnes envoyées à Zonguldak travaillent dans des mines de charbon. La plupart d’entre eux meurent à cause de mauvaises conditions de vie. La plupart des rapatriés meurent d’un cancer du poumon dû au charbon inhalé.
Une zone de Zilan a été complètement détruite. La région de Zilan a été déclarée « zone interdite » de 1930 à 1950. Tous les villages ont été évacués. Dans la région déclarée zone militaire, les chiens mangeaient les corps de leurs maîtres décédés. Quelqu’un m’a dit : « Les chiens avaient mangé tellement de gens qu’ils avaient une taille énorme. Leur psychologie avait changé. Ils attaquaient les gens en meute. »
Nous avons vu la même chose avec Taybet Ana*. Ses enfants ont dit : « Nous avons veillé pendant des jours pour que les chiens ne viennent pas manger le corps inanimé de notre mère. » Sur le front des Kurdes, il n’y a rien de changé des années 1930 aux années 2019. »
*Taybet Inan, une femme kurde de 57 ans, a été abattue à Silopi le 19 décembre 2015 par les forces armées turques qui ont empêché pendant sept jours ses proches de prendre son corps resté dans la rue.
Bien que le nom de ce groupe djihadiste, Saraya Ansar al-Sunna, soit apparu lors de l’attaque du 1er février contre la ville d’Arza, dans la banlieue de Hama, où 15 civils alaouites ont été massacrés, son histoire est antérieure au régime d’Assad. Autrefois affilié au HTS sous le commandement de Abou Mohammad al-Jolani [Ahmed al-Charaa], le groupe s’est organisé clandestinement à Idlib, également siège du HTS. Il a refait surface en février 2025, lançant des attaques sanglantes contre les minorités religieuses syriennes, notamment les alaouites, les druzes et les chiites.
Le gang publie des fatwas, des déclarations idéologiques et des menaces, principalement via des plateformes cryptées comme Telegram. Les Kurdes font partie des groupes menacés.
Le chef fondateur du gang, Abu Aysha al-Shami, est le principal responsable des attaques meurtrières ciblant les Alaouites, les chrétiens et les chiites.
Le principal responsable de la charia de Saraya Ansar al-Sunna est Abou al-Fath al-Shami, surnommé Xelil [qui serait originaire d’Al Hajar al-Aswad, un ancien bastion de l’EI du sud de Damas] qui aurait fait défection du HTS. Il est également connu comme l’un des dirigeants les plus éminents de l’organisation, s’exprime au nom du groupe dans ses déclarations et est considéré comme l’autorité légitime pour formuler les déclarations officielles de l’organisation.
Selon les informations que nous avons obtenues, le commandant général du gang est Ebid El-Kadir El-Mo’itemen, nom de code Abu Zir El-Somali, ancien chef de l’EI originaire de Somalie. Le gang comprend des groupes djihadistes étrangers et est financé par des États comme la Turquie, la Libye, les Émirats arabes unis et le Liban.
Il compte environ 1 600 membres, y compris ceux qui ont rompu avec HTS et d’autres groupes de gangs.
Le groupe, auparavant allié de HTS, a accusé HTS et ses partisans de « s’écarter des enseignements islamiques et de renier les promesses faites à ceux qui les ont rejoints » après avoir renversé le régime d’Al-Jolani en Syrie. Saraya Ansar al-Sunna, qui a émis des discours et des fatwas visant le gouvernement de HTS et ses partisans, n’a pas encore perpétré d’attaque contre HTS.
Le MIT et le HTS mènent des enquêtes de renseignement
Comme nous l’avons mentionné plus haut, ce gang n’a pas encore mené d’attaque visant directement HTS. Il n’a pas non plus approché les zones où sont implantés des gangs turkmènes, soutenus par l’État turc. Si HTS présente incontestablement le gang Ansar al-Sunna, qu’il a formé dans son enfance, comme un gang indépendant et incontrôlable, les informations que nous avons obtenues suggèrent le contraire.
Selon les informations obtenues par Lekolin.org, le gang Ansar al-Sunna est géré de manière très secrète par des responsables du MIT et des services de renseignement de HTS. Nous avons appris que les attaques actuelles de ce gang avaient été planifiées huit mois à l’avance.
CENTRES SOUS INSPECTION HTS
Le quartier général principal du groupe djihadiste radical, qui prétend ne pas avoir de centre et se décrit comme une « force décentralisée de loups solitaires », est situé dans les régions contrôlées par HTS, ou le gouvernement Colani.
Selon des informations confirmées par des sources fiables, le principal centre d’où étaient coordonnées toutes les attaques sanglantes était le Centre de sécurité politique, affilié au HTS, situé dans le quartier de Mazzeh à Damas. Le second centre se trouve à Sermada, dans la province d’Idlib. Dans ces centres, de hauts responsables du renseignement du HTS et des milliers de civils étaient chargés de commettre des massacres.
DU MEURTRE DE MASSE AUX ASSASSINATS
Saraya Ansar al-Sunna, qui poursuit ses massacres, incendies criminels et pillages ciblant des personnes de confessions et de croyances différentes, perpétue la mentalité meurtrière de Daech. Ansar al-Sunna agit comme un contre-gang, légitimant les opérations militaires du gouvernement de Damas, vestige d’Al-Qaïda, et ouvrant la voie à sa répression des sectes minoritaires, tout comme les gangs de Daech étaient auparavant utilisés comme machines à tuer contre les populations de la région par des acteurs régionaux et internationaux, notamment le régime Baas et la Turquie.
Le bilan du massacre perpétré par le groupe djihadiste radical Ansar Al Sunne à Saraya est le suivant :
-Le 1er février 2025, Arzah a tué 15 Alaouites dans la campagne d’Azra à Hama.
-15 chiites tués dans la région de Tell Dahab et dans la campagne de Hama le 1er février 2025.
-5 mars 2025 Des forêts appartenant à la communauté alévie de Qardaha ont été incendiées.
– Le 4 avril 2025, un homme alévi et son proche ont été tués dans la ville de Safita, dans le gouvernorat de Tartous.
-5 avril 2025 1 personne a été tuée et 3 Alaouites ont été kidnappés dans les gouvernorats de Homs et de Lattaquié.
-8 avril 2025 Wadi Al Dahab, Homs Un civil alaouite a été abattu, affirmant avoir des liens avec le gouvernement baasiste.
-9 avril 2025, 20 Alevis sont tués.
Le 9 mai 2025, une personne a été assassinée dans la région d’Al-Waer, dans la province de Homs, au motif qu’elle était un partisan du régime.
– Le 9 mai 2025, un chiite a été assassiné dans le quartier d’Al-Mashad à Alep.
-Le 10 juin 2025, une personne qu’ils prétendaient être un ancien membre du régime d’Assad a été tuée dans la région de Dijabijja, dans le gouvernorat de Homs, et le même jour, 7 Alaouites ont été tués à Tartous.
-22 juin 2025, lors de l’attentat suicide contre l’église Mar Elias [Saint-Elie]
– 29 chrétiens ont été tués et 63 civils blessés. Il s’agit de l’attaque la plus sanglante contre les chrétiens à Damas depuis des décennies.
Saraya Ansar Al Sunna, qui a ouvertement déclaré avoir personnellement participé à des attaques dans des régions côtières comme Lattaquié-Banyas-Tartous, où vivent en grand nombre des Alaouites et des chrétiens, où plus de 2 000 civils ont été tués selon les données officielles, révèle comment ils servent le gouvernement de Damas, qui tente de réprimer les minorités.
Des groupes radicaux se sont installés dans le désert syrien : Jund al-Aqsa et Huras al-Din
Jund al-Aqsa est un groupe djihadiste fondé à Idlib en 2012 pendant la guerre civile syrienne. Affilié à Al-Qaïda, il a longtemps contrôlé le district de Sarmin à Idlib et était présent dans le district de Saraqib et dans la région de Murek, au nord de Hama. On estime que Jund al-Aqsa compte près de 1 000 soldats, et certains de ses membres sont originaires de l’extérieur de la Syrie, notamment d’Arabie saoudite et de pays d’Afrique du Nord. Jund al-Aqsa entretient également de bonnes relations avec le groupe Turkestan, composé principalement de gangs des républiques turques, et a agi à ses côtés lors de nombreux massacres. Cependant, en raison de divergences idéologiques et d’affrontements avec d’autres gangs, il est entré en conflit avec HTC en 2017 et s’est considérablement affaibli. La plupart de ses membres ont rejoint HTC ou se sont dissous. Le groupe était autrefois allié au Front Al-Nosra (qui fait désormais partie du HTS), mais a ensuite choisi d’opérer de manière indépendante.
Après la chute du régime d’Assad, le gouvernement HTS a voulu que les gangs Jund al-Aqsa s’intègrent à l’armée générale, mais le groupe s’y est opposé et est passé sous le contrôle direct du MIT et a été déplacé vers les déserts syriens.
LES GANGS HURAS EL DIN D’AFRIN À TISHRIN
Horas al-Din (Horas al-Din, « Gardiens de la religion ») a été fondé en 2018 en tant que groupe djihadiste radical ayant prêté allégeance à Al-Qaïda. Le groupe, qui comprend de nombreux gangs étrangers, opérait comme la branche syrienne d’Al-Qaïda. Basé à Idlib, Horas al-Din a adopté une position djihadiste plus dure contre la politique de modération de HTC. Bien que le groupe ait mené des attaques contre les forces du régime, il a fréquemment connu des tensions avec HTC. Lors des affrontements entre HTC et les gangs de l’ANS à Afrin en juin 2022, les gangs Hayat Tahrir al-Sham ont été déployés sur les lignes de front au nord-est d’Alep et ont progressé dans les régions occupées d’Afrin, d’al-Bab et de Jarabulus, tandis que les gangs Horas al-Din se sont établis dans les villages de Qabashid et Basutê au sud d’Afrin et le long de la ligne de front sud.
Le gang Huras al-Din, désigné comme organisation terroriste par les États-Unis et d’autres pays, a annoncé sa prétendue dissolution en janvier 2025 après la chute du régime d’Assad, mais a été repoussé au front sur la ligne Manbij-Tishrin par les directives de l’État turc occupant.
L’État turc occupant, qui a déployé des chefs de gangs qui avaient auparavant servi aux plus hauts niveaux de l’EI dans les attaques d’invasion de Manbij, a également utilisé les gangs étrangers Huras al-Din qu’il avait spécialement recrutés dans ses attaques contre le barrage de Tişrin {Tishreen] et le pont de Qerekozak.
Dans un communiqué de janvier 2025 concernant les attaques de l’État turc occupant et de ses gangs dans la campagne de Manbij et autour du barrage de Tichrine, le centre de presse des FDS a déclaré : « 500 mercenaires de l’EI, du groupe « Huras al-Din », composé de ressortissants d’Ouzbékistan, du Turkestan et de Tchétchénie, ainsi que l’État turc occupant et d’autres gangs qui lui sont affiliés, ont mené de violentes attaques dans la campagne sud et est de la ville de Manbij et dans la zone rurale autour du barrage de Tichrine. Nos forces ont riposté violemment à ces attaques, faisant des dizaines de morts et de blessés. »
À l’instar du gang djihadiste Jund al-Aqsa, les gangs Huras al-Din, agissant sous les ordres du MIT, ont été relocalisés à Suxne [Al-Soukhna ville du désert située dans la province de Homs, entre Palmyre et Raqqa], Tadmur et au sud de Raqqa. Ces deux gangs, qui ont déclaré leur séparation d’avec HTS, n’ont pas encore lancé d’attaques contre HTS et comptent entre 1 000 et 2 000 membres. Ce chiffre inclut les gangs qui ont récemment fait sécession des 444 liwa [brigade] d’HTS. Ces deux gangs djihadistes sont les plus densément peuplés de ressortissants étrangers en Syrie.
ILS SE RÉPANDENT DANS TROIS RÉGIONS PRINCIPALES
Conformément aux instructions données par le MIT, ils se sont propagés à Tedmur et ses environs dans l’ouest de la Syrie, à Suxne et ses environs dans le centre de la Syrie, et à Raqqa et Deir ez-Zor dans l’est de la Syrie.
Après qu’il est devenu évident que les forces de la coalition dirigée par les États-Unis lanceraient une opération contre Daech dans le désert syrien, le MIT semble agir dans le cadre de la protection des gangs djihadistes affiliés à Daech sur le terrain afin d’éviter qu’ils ne deviennent des cibles pour la Coalition internationale. Dans ce contexte, le MIT se concentre sur l’organisation des cellules de Daech dans les déserts de Raqqa et de Homs. Par conséquent, il a été confirmé que ces cellules seront principalement déployées au sein des 86e et 66e brigades jusqu’à la fin de l’opération de la Coalition. Par ailleurs, il a été appris qu’avec le soutien du MIT, une étroite coordination a été établie entre les groupes radicaux ayant récemment pénétré dans le désert syrien, Daech et les gangs opérant sous l’égide des 86e et 66e divisions. Le groupe facilitant cette coordination est le groupe spécial du MIT, créé au sein des 86e et 66e divisions, comme nous l’avons révélé dans notre rapport spécial du 3 juin.
NOUVEAUX PLANS D’ATTAQUE
Comme on le sait, la région de Deir ez-Zor, qui s’étend de Raqqa à la région de Mayadin, est sous le contrôle de la 86e division, commandée par le chef de gang Abu Hatim Shakra, à la tête du groupe Ahrar al-Sharqiya, étroitement lié au MIT. De même, la ligne Abu Kemal est sous le commandement du chef de gang de la 66e division du MIT, Abu Iskander. Par conséquent, le MIT a chargé les 86e et 66e divisions de faciliter les mouvements des gangs Jund al-Aqsa et Huras al-Din dans ces régions. Par conséquent, il a été déterminé que le MIT prévoit d’attaquer les régions de Raqqa et de Deir ez-Zor par l’intermédiaire de ces gangs djihadistes radicaux et utilisera ces groupes radicaux sous le couvert des 86e et 66e divisions.
Si les négociations entre l’Administration autonome du Rojava (AANES) et le gouvernement de Damas échouent, le MIT prévoit une opération militaire ciblant les régions de Tabqa et Raqqa. Compte tenu de l’activité sur le terrain des groupes djihadistes radicaux ayant récemment rejoint l’EI, leur stratégie d’attaque est la suivante : les groupes djihadistes radicaux et les gangs de l’EI présents dans la région établiront des cellules à Raqqa et Tabqa, commettront des attentats à l’explosif et cibleront des institutions, dans le but de perturber la sécurité de la région. Ensuite, les gangs Jund al-Aqsa et Huras al-Din, déployés au sein de la 86e brigade, lanceront une attaque.
La 76e division a été affectée à la ligne de Deir Hafir.
Les gangs qui cherchent à s’emparer de Raqqa et de Tabqa par cette méthode prévoient d’occuper les régions de Deir Hafır et de Maskanah, toujours avec l’aide de la 76e division du MIT (gangs Al-Hamzat). Il est confirmé que les plans du MIT visant à occuper les zones libérées telles que Tabqa, Raqqa et Deir ez-Zor se poursuivent et attendent un environnement politique et militaire favorable. Il y a deux semaines, on a appris que le MIT avait préparé un plan similaire pour occuper l’est de Deir ez-Zor. Selon ce plan, il a été signalé qu’ils lanceraient des opérations contre les FDS sous le couvert de gangs tribaux, et que les 86e et 66e brigades soutiendraient ensuite ces groupes et viseraient à pénétrer dans l’est de Deir ez-Zor.
Militan RÊHAT

Contraint de fuir vers l’Europe en 2013, le militant kurde Ahmet Dikmen a été arrêté par la police espagnole devant son domicile dans la région de Valence, en Espagne. Il risque désormais d’être expulsé vers la Turquie.
Ahmet Dikmen a commencé à militer pour les droits du peuple kurde à Mardin, Konya et Istanbul depuis les années 1990, œuvrant dans divers domaines pendant plus de 30 ans. Il a été emprisonné à plusieurs fois et soumis à la torture. Il a perdu un frère et deux neveux dans cette lutte.
En 2013, suite à vingt condamnations prononcées par des tribunaux turcs, il a été contraint de fuir vers l’Europe. Ce militant kurde, exilé depuis treize ans, a été arrêté par la police espagnole devant son domicile, dans la région de Valence, en Espagne.
Malgré tous les efforts de sa famille, on ignore où il se trouve. Il semblerait que Dikmen ait appelé sa fille en lui disant : « Ils vont me livrer à la Turquie », avant que son téléphone ne soit déconnecté.
La famille de l’activiste kurde a déclaré avoir visité de nombreuses institutions officielles, mais n’avoir pas pu joindre Ahmet Dikmen et être profondément préoccupée.
La famille Dikmen a lancé un appel au soutien et à la sensibilité du public.