ROJAVA. Crise énergétique majeure à Hassaké : la population plongée dans le noir

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SYRIE / ROJAVA – A Hassaké, la crise énergétique s’aggrave de jour en jour, signale l’agence kurde ANHA qui ajoute que les coupures de courant massives touchent la quasi-totalité de la région, privant des quartiers entiers et des villages d’électricité pendant de longues périodes.

Selon la Direction de l’électricité, la région d’al-Jazira nécessite 550 mégawatts, mais ne reçoit actuellement que 50 MW. Une situation catastrophique due à la dégradation avancée des infrastructures et à des vols massifs et répétés de transformateurs et de câbles à haute tension.

Déclaration du directeur du centre électrique d’al-Hasakah

L’ingénieur Salah Hassan, directeur du centre électrique d’al-Hasakah, a dressé un bilan alarmant :

« La région d’al-Jazira a besoin d’environ 550 mégawatts d’électricité, alors qu’elle n’en reçoit que 50. Nous continuons donc d’appliquer un rationnement strict selon les priorités. »

Il a rappelé que le gouvernement intérimaire avait totalement coupé l’électricité dans la région pendant deux mois via la ligne du barrage de Tabqa. Le courant n’a été rétabli qu’il y a environ un mois, après d’intenses négociations.

Aujourd’hui, la distribution se fait au compte-gouttes : la plupart des institutions et villages ne reçoivent que deux heures d’électricité par jour. Certains quartiers d’al-Hasakah bénéficient d’un approvisionnement partiel via des réseaux connectés aux zones rurales.

Vols et sabotage : un fléau quotidien

La Direction de l’électricité fait face à des vols quotidiens. Plus de 30 transformateurs ont déjà été dérobés, en plus du vandalisme systématique sur les lignes à haute tension. Pour limiter les pertes, les équipes mettent parfois sous tension des réseaux sans y connecter de charges, dans le seul but de dissuader les voleurs.

Malgré ces difficultés, les équipes de maintenance parviennent à réhabiliter en moyenne une ligne complète par semaine (environ 15 transformateurs par ligne). Une partie des travaux est déjà achevée, mais les efforts restent insuffisants face à l’ampleur des dégâts.

Perspectives et solutions à long terme

Salah Hassan a évoqué des projets d’importation d’électricité supplémentaires :

  • Depuis la centrale hydroélectrique d’Al-Taym (Deir ez-Zor) ;

  • Via la ligne d’Al-Mabrouka, alimentée par le barrage de Tichrine, qui pourrait apporter 50 MW supplémentaires une fois réhabilitée.

Cependant, il a insisté sur le fait que la restauration complète du réseau et l’obtention d’un approvisionnement stable demanderaient plusieurs mois de travaux importants. Ces projets restent encore au stade de la planification et de la coordination avec le ministère de l’Énergie.

IRAN. Deux autres manifestants kurdes exécutés

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IRAN / ROJHILAT – La dictature islamiste iranienne a encore frappé. Mehrdad Mohammadinia et Ashkan Maleki, deux manifestants kurdes en janvier, ont été exécutés à Karaj.

Le sinistre juge Abolghasem Salavati, surnommé « le Boucher de Téhéran », a personnellement signé leurs condamnations à mort. Leur seul véritable crime ? Avoir osé protester contre la tyrannie corrompue et sanguinaire de la République islamique.

Arrêtés lors des soulèvements de janvier dans le Rojhilat (Kurdistan iranien), les deux hommes ont été assassinés à la prison de Qezelhesar (la Forteresse Rouge) à Karaj, selon l’agence Mizan, porte-parole officiel des bourreaux.

Le régime leur reprochait pêle-mêle « espionnage au profit d’Israël et des États-Unis », « incendie de mosquées », « opérations militaires » et autres accusations grotesques sorties tout droit de son usine à mensonges. Des aveux extorqués sous la torture, comme d’habitude.

En réalité, le régime des mollahs exécute tous ceux qui refusent de se soumettre. Chaque pendaison est un message de terreur adressé à un peuple qui étouffe sous la répression, la corruption et l’obscurantisme islamiste.

Mehrdad et Ashkan ne sont pas des « criminels ». Ce sont des victimes innocentes d’un régime qui n’a plus d’autre argument que la violence barbare et la terreur d’État.

Un triomphe kurde au Théâtre du Gymnase

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PARIS — Ce soir, au Théâtre du Gymnase Marie Bell, le concert de clôture de la 5e édition du Festival culturel kurde de Paris a été un véritable triomphe. Devant une salle comble et enthousiaste, Ulaş Kelaşin, Işık Berfin et Murad Demir ont offert une soirée magique, empreinte d’émotion, de virtuosité et de grande fierté culturelle.
 
Une soirée où le frisson est monté en crescendo
 
D’abord, Ulaş Kelaşin a ouvert le concert avec une prestation solide et engagée, mettant d’emblée le public dans l’ambiance et le faisant vibrer dès les premières notes.
 
 
Puis, la très jeune et lumineuse Işık Berfin est montée sur scène. Dotée d’une voix à la fois veloutée et puissante, elle a enchanté l’auditoire en interprétant des chants traditionnels dans les dialectes « zazaki » et « kurmancî ». Accompagnée de musiciens exceptionnels, notamment un joueur de zurna et un percussionniste au tambour, sa présence rayonnante et sa voix exceptionnelle ont fait frissonner toute la salle qui l’a accompagnée pour les refrains. Lors de sa dernière chanson, Ciwan Elibeg de la compagnie Bien à vous a fait son apparition sur la scène pour danser avec elle la govend (ronde kurde).
 
 
Enfin, Murad Demir, venu spécialement du Kurdistan, a pris le relais et a littéralement chauffé à blanc une salle déjà en extase. Accompagné de trois musiciens, dont une virtuose du violon et le talentueux percussionniste Ali Kutlutürk, il a alterné chants d’amour et chants de résistance kurde. Vers la fin de sa prestation, il a invité Isik Berfin à ses côtés pour un pot-pourri très rythmé. Il a ainsi clôturé la soirée en apothéose, emmenant le public dans un voyage intense entre tradition et modernité.
 
Isik Berfin et Murad Demir
 
Mêlant avec brio chants traditionnels, compositions originales et influences contemporaines, les trois artistes ont magnifiquement mis en lumière la richesse et la vitalité du répertoire kurde — un authentique pont entre héritage ancestral et création actuelle.
 
Cette soirée restera gravée comme l’un des moments les plus forts du Festival culturel kurde de Paris : une célébration vibrante, émouvante et fière d’une culture qui résiste à l’effacement colonial en cours dans les trois parties du Kurdistan. Malgré la guerre existentielle menée contre le peuple kurde, sa musique rayonne sur la scène internationale grâce à une jeune génération d’artistes talentueux qui modernisent le patrimoine sans jamais le dénaturer, chacun y apportant sa profondeur et sa touche unique. Même en musique, les Kurdes renaissent de leurs cendres, tels des phénix.
  A la fin du concert qui a clôturé les trois jours du festival culturel kurde de Paris, les organisateurs* ont donné rendez-vous pour la 6e édition du Festival qui doit avoir lieu au printemps 2027.
  *Le Festival culturel kurde de Paris (en kurde : Festivala Çand û Hunera Kurdî Parisê) est organisé par le Conseil Démocratique Kurde en France (CDK-F), en collaboration avec avec la fondation Danielle Mitterrand, la Mairie de Paris, la Mairie du 10e arrondissement, l’Association de Solidarité France-Kurdistan, l’Institut de Réflexion et d’Études sur le Kurdistan (IREK) et l’association Arts et Culture du Kurdistan (ACK).

IRAK. Quel avenir pour les forces kurdes ?

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IRAK / KURDISTAN — Les forces peshmergas n’ont reçu aucune information officielle concernant un projet d’intégration au sein de l’appareil sécuritaire fédéral irakien, a affirmé samedi un haut responsable kurde, alors que Bagdad multiplie les efforts pour consolider le monopole étatique sur les armes et les forces armées.

Bakhtiyar Mohammed, secrétaire général du ministère des Peshmergas du Gouvernement régional du Kurdistan, a déclaré à Rudaw :

« Si une telle proposition est formulée, elle doit d’abord être transmise au Parlement et au gouvernement régional afin que des analyses juridiques soient menées et des experts consultés. Cette question doit être traitée par la voie légale, et non par de simples discussions ou réunions. »

Il a rappelé que les Peshmergas constituent une force officielle et légitime, reconnue par le Parlement irakien, et que leur existence est explicitement protégée par la Constitution irakienne — contrairement aux Hachd al-Chaabi (FMP). L’Article 121, paragraphe 5 stipule en effet que le gouvernement régional est responsable de « la mise en place et de l’organisation des forces de sécurité intérieure, telles que la police, les forces de sécurité et les gardes régionaux ».

De son côté, Abdulrahman al-Jazaeri, chef du Mouvement tribal national et haut responsable au sein des Forces de mobilisation populaire, a indiqué que des responsables sécuritaires fédéraux et kurdes devraient se rencontrer dans les prochains jours pour discuter des modalités d’une possible intégration des Peshmergas au sein des forces d’intervention rapide et de lutte contre le terrorisme.

Contexte régional tendu

Ces déclarations interviennent après l’annonce par Moqtada al-Sadr, la semaine dernière, de la « séparation totale » de son bras armé, Saraya al-Salam, et de son intégration complète à l’État. Le Premier ministre irakien, Ali al-Zaidi, a salué cette décision et appelé les autres groupes armés à suivre cet exemple.

La question kurde reste sensible. Selon un militant kurde, le projet d’intégration — voire de dissolution progressive — des Peshmergas commence à émerger publiquement, particulièrement depuis la décision de Sadr. Ankara suivrait ce dossier de près et souhaiterait réserver aux Peshmergas le même sort que celui imposé aux Forces démocratiques syriennes (FDS/YPJ) dans le Rojava.

Un militant kurde a par ailleurs affirmé que l’émissaire américain pour le Moyen-Orient, Tom Barrack, continuerait d’exercer ses fonctions dans ce dossier selon les exigences du président turc Recep Tayyip Erdoğan.

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ROJAVA. Qamishlo debout en soutien aux YPJ

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SYRIE / ROJAVA – Une imposante marche populaire menée par des femmes kurdes a eu lieu ce dimanche à Qamishlo en soutien aux Unités de protection des femmes (YPJ). Les manifestantes réclament la reconnaissance officielle des YPJ comme force essentielle dans la protection des femmes et leur intégration au sein du ministère syrien de la Défense.

Parties des villes de Derik et Tirbespiye, des milliers de femmes et de jeunes, accompagnées de dizaines de combattantes et commandantes des YPJ, ainsi que de militantes, intellectuelles et représentantes d’organisations féminines de la région de Jazira, ont défilé dans les rues de Qamishlo.

La marche a débuté au rond-point Soney, au cœur de la ville. Les participantes ont brandi les drapeaux des YPJ, porté les portraits de combattantes tombées face à l’État islamique, et déployé des banderoles affirmant le rôle central des femmes dans la défense de leurs droits et de leurs acquis révolutionnaires.

La mobilisation, qui doit se transformer en grand rassemblement, sera ponctuée de discours de dirigeantes politiques et féminines. Celles-ci insisteront sur la nécessité d’une reconnaissance officielle des Unités de protection des femmes (en kurde : Yekîneyên Parastina Jin, YPJ) et leur participation pleine au processus d’intégration des forces du nord-est syrien.

Cette action s’inscrit dans la campagne lancée le 26 avril par la Plateforme d’événements conjoints des mouvements et organisations de femmes du Rojava, sous le slogan fort : « Nous sommes toutes YPJ, YPJ nous représente ».

SYRIE. L’État islamique renait du chaos sécuritaire

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SYRIE – L’État islamique (EI) cherche activement à reconstruire ses réseaux dans le nord-est de la Syrie, profitant des graves perturbations sécuritaires qui ont affaibli la lutte antiterroriste, selon un rapport alarmant de l’inspecteur général de l’opération « Inherent Resolve » (OIR) remis au Congrès américain.

Couvrant la période de janvier à mars 2026, le document met en garde contre l’exploitation par l’EI de l’effondrement du dispositif de sécurité dans la région suite aux violents affrontements entre l’armée syrienne et les Forces démocratiques syriennes (FDS). L’avancée des forces gouvernementales a contraint l’alliance arabo-kurdes des FDS à abandonner la garde de plusieurs prisons et centres de détention, créant un vide sécuritaire majeur.

Résultat : au moins 150 détenus liés à l’EI se sont évadés. Parallèlement, des milliers de résidents ont fui le camp d’Al-Hawl (ou al-Hol), qui abrite familles de djihadistes et sympathisants de l’organisation.

Le rapport souligne que l’EI n’a jamais renoncé à son objectif de libérer ses combattants et d’exploiter toute instabilité pour reconstituer ses capacités. Les analystes américains craignent une reprise du recrutement et une réorganisation rapide du groupe, d’autant plus que les mécanismes de surveillance ont largement disparu.

Malgré les frappes aériennes américaines persistantes, les responsables militaires et du renseignement mettent en garde : tout vide sécuritaire prolongé ou toute difficulté d’intégration des FDS dans les nouvelles structures de sécurité offrirait à l’EI l’espace nécessaire pour se renforcer.

Ce rapport intervient alors que les inquiétudes grandissent sur le retrait progressif des forces américaines et la fragilité de la coordination anti-EI, cinq ans après la défaite territoriale du califat en 2019.

IRAN. Les Kurdes pleurent les frères Veisi tués par le régime

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IRAN / ROJHILAT – Hier, des dizaines de milliers de personnes ont rendu hommage samedi aux frères Meysam et Mojtaba Veisi, deux militants kurdes yarsans abattus par les forces du régime iranien le 28 mai 2026.

Les funérailles se sont déroulées dans le quartier de Mehdiyeh (Dare Daraz / Dîrij) à Kermanshah (Kirmaşan). Tout au long du cortège, les participants, vêtus de noir, ont entonné des chants de deuil, comme le montrent les images largement diffusées sur les réseaux sociaux.

Exécutés sans sommation

Le 28 mai 2026, vers 4 heures du matin, les forces du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) ont encerclé la maison où les deux frères s’étaient réfugiés dans le village de Qaleh Kahush, dans le comté de Dalahu (province de Kermanshah). Sans sommation, elles ont ouvert le feu depuis plusieurs directions, tuant sur-le-champ Meysam et Mojtaba Veisi. Le propriétaire de la maison, Farshad Hatamipour, est toujours porté disparu.

Les deux frères vivaient dans la clandestinité depuis les manifestations de janvier 2026, suite à de sérieuses menaces de mort proférées par les services de sécurité iraniens.

Militants culturels respectés

Meysam et Mojtaba Veisi étaient des figures très appréciées à Kermanshah pour leur engagement culturel et communautaire. Adeptes de la foi yarsane, ils avaient fondé la bibliothèque kurde du quartier Dareh Deraz et joué un rôle central dans l’organisation des fêtes de Newroz dans la région. Mojtaba était également un lutteur accompli, plusieurs fois champion provincial.

Ils avaient déjà été arrêtés et harcelés à de multiples reprises en raison de leurs activités culturelles, ethniques et religieuses. Mojtaba avait notamment été détenu 18 jours à l’isolement après son arrestation le 5 mars 2025 lors des préparatifs de Newroz, avant d’être libéré contre une caution record de « 700 millions de tomans ».

Deuxième journée du Festival culturel kurde de Paris

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PARIS – La deuxième journée du 5e Festival culturel kurde de Paris a connu un franc succès, alliant animations familiales et moments forts de valorisation du patrimoine.

Dès le matin, l’équipe de Gerok Ma a organisé au centre culturel Ahmet Kaya à Paris une série d’activités spécialement conçues pour les enfants. Spectacles artistiques, jeux et ateliers ont permis aux plus jeunes de participer activement à la fête et de découvrir la culture kurde de manière ludique.

Vers 14h30, une foule nombreuse, vêtue de costumes kurdes traditionnels, a pris part à une parade folklorique colorée entre la rue d’Enghien et la Mairie du 10e arrondissement. Au rythme des chants et des danses traditionnelles kurdes (govend), les participants ont traversé les rues du quartier, créant une ambiance festive et chaleureuse.  

Splendeur et transmission : le défilé des costumes traditionnels kurdes à la Mairie du 10e

Dans le cadre solennel de la salle des mariages de la Mairie du 10e arrondissement, le public a assisté à un défilé de mode très attendu, célébrant avec éclat la richesse et la diversité des costumes traditionnels kurdes. Face aux politiques d’assimilation et d’effacement qui menacent l’histoire de ce peuple, cet événement s’est imposé comme un acte fort de résistance culturelle et de préservation patrimoniale.

Les différentes régions représentées — Botan, Amed, Colemêrg, Koçgirî, Serhed et le Rojhilat — ont offert aux spectateurs un véritable voyage à travers la géographie et l’histoire du Kurdistan. Le public a particulièrement été captivé par :

  • L’élégance raffinée de Botan : Une coupe d’une grande finesse, témoignant d’un savoir-faire ancestral.

  • Les parures d’Amed : Des tenues majestueuses, mariant la noblesse du velours à la délicatesse de broderies dorées.

  • L’éclat du Rojhilat : Une palette de couleurs vives et lumineuses, symboles de vitalité et d’espoir.

  • L’identité de Colemêrg : Des ceintures, coiffes et motifs géométriques distinctifs d’une grande force symbolique.

  • Le folklore de Koçgirî : Des pièces uniques ornées de motifs traditionnels, reflets de la pluralité des récits locaux.

  • L’authenticité de Serhed : Des tissus de laine finement brodés, précieux témoins d’un mode de vie montagnard et d’une adaptation séculaire à la terre.

Ce défilé haut en couleur a non seulement célébré la beauté du costume kurde, mais a également rappelé l’importance de sa transmission aux nouvelles générations.

À travers ces différentes activités, la 5e édition du Festival culturel kurde de Paris s’affirme une nouvelle fois comme un espace essentiel de rencontre, de promotion et de préservation de l’identité et du patrimoine kurde en Europe.

IRAN. Lettre d’un Kurde tué par le régime : « La résistance c’est la vie »

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IRAN / ROJHILAT – Dans un message bouleversant adressé aux étudiants de la bibliothèque qu’il avait fondée, Mojtaba Veysi, activiste kurde yarsan récemment abattu par les forces de sécurité iraniennes, a laissé un ultime témoignage de courage :

« Survivre et se soumettre à l’oppression par peur de la mort n’est rien d’autre que honte et humiliation. »

Un nouveau crime contre les militants kurdes

Le 28 mai 2026, Mojtaba Veysi et son frère Meysam Veysi, tous deux militants culturels de la communauté kurde Yarsani, ont été brutalement tués par les forces du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) dans le village de Ghaleh-Kouhesh (Dalahu, province de Kermanshah).

Recherchés pour avoir courageusement participé aux manifestations de décembre 2025 et janvier 2026, les deux frères vivaient dans la clandestinité depuis plusieurs mois pour échapper aux arrestations arbitraires du régime.

Aujourd’hui est rendue publique la lettre testament de Mojtaba Veysi. Écrit en kurde sorani, ce texte de deux pages était dédié aux enfants qui fréquentaient la bibliothèque kurde du quartier, véritable havre de culture et d’identité face à l’oppression. En voici la traduction.

Traduction de la lettre de Mojtaba Veysi

« Parfois, mes pensées s’envolent vers cette bibliothèque où mon âme a jadis déployé ses ailes à travers les livres. Tous les enfants de la bibliothèque me manquent cruellement : Mehiya, Mahbub, Sena, Aylin, Servinaz, Hena, Mübin, Diana, Atusa, Hesti, Alov, Negar, Ayda, Terane, Haniye, Aydın, Berhem.

Pourrai-je un jour vous voir grandir et être témoin de votre avenir ? Pourrai-je assister à votre passage à l’âge adulte et découvrir ce que le destin vous réserve ? Je l’ignore. Mais du plus profond de mon cœur, je souhaite à chacun d’entre vous la santé, la sagesse et une vie honorable. Je vous aime.

Je vous souhaite d’acquérir la connaissance nécessaire pour vous prémunir contre la tromperie et la manipulation des hommes. Soyez emplis d’humanité et sachez la refléter autour de vous. Chérissez la liberté, recherchez sans cesse la justice, servez votre prochain et tenez-vous fermes, face à l’adversité, comme des chênes majestueux et profondément enracinés. Avec l’immense espoir de vous revoir un jour dans un monde libre et éclairé… La prospérité de la patrie et votre dignité sont mes vœux les plus chers. Que la vérité vous accompagne, qu’elle soit votre soutien et votre refuge.

Pourtant, il est des moments où je suis rongé par une profonde agitation intérieure face à un avenir si incertain. Une angoisse née de l’ignorance du cours des événements, de l’incapacité à prévoir les jours prochains. Combien de temps cela va-t-il encore durer ? Le règne de ce tyran prendra-t-il enfin fin ? Cette ère de terreur s’achèvera-t-elle, ou un autre oppresseur prendra-t-il sa place pour répéter ce cercle vicieux ? Comment le pouvoir du dictateur sera-t-il définitivement renversé et anéanti ?

Les braves continueront-ils de payer le prix de la liberté au sacrifice de leur vie et de leurs biens, pendant que les lâches et les opportunistes hériteront du pouvoir, de l’arrogance, et s’assiéront sur le trône ? Ces visages intègres qui ont lutté et perdu la vie ne laisseront-ils derrière eux que des photos suspendues aux murs des prisons ? Tous les efforts et les sacrifices de mes camarades seront-ils réduits à néant, laissant la force future de notre patrie tomber entre les mains de ceux qui ne la convoitent que par pur intérêt personnel ?

Le pouvoir doit être mis au service du peuple et de l’humanité, sinon, bientôt, les chaînes de l’esclavage seront de nouveau forgées…

Mais la douleur de se soulever pour lutter contre la tyrannie n’est pas la source de mon désespoir. Au contraire, elle est l’essence même du flux de la vie et le sens profond de notre existence. Dans ce monde absurde auquel j’ai choisi de donner ma propre signification, survivre et se soumettre à l’oppression par peur de la mort n’est que honte et humiliation.

Bien à vous,

Votre soutien et votre défenseur.

Berxwedan bi xwe jiyan e. [La résistance est en soit la vie.]

Serhildan bi xwe jiyan e. [La révolte est en soit la vie.] »

Ouverture des barrages turcs sur l’Euphrate : Inondations meurtrières en Syrie et alerte maximale en Irak

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IRAK / SYRIE – La décision de la Turquie d’ouvrir les vannes du barrage Atatürk construit au Kurdistan du Nord, pour la première fois en sept ans, a provoqué une brusque montée des eaux de l’Euphrate, entraînant des conséquences dramatiques en Syrie, y compris dans les régions kurdes, et des risques d’inondations majeures en Irak.

En Syrie, les provinces de Deir ez-Zor et Raqqa ont été particulièrement touchées. Le débit d’eau en provenance de Turquie a atteint jusqu’à 2 000 mètres cubes par seconde, faisant monter le niveau du fleuve d’environ trois mètres. Des villages entiers, des terres agricoles et des camps ont été submergés, forçant des milliers de familles à fuir.

Selon des sources locales et des bilans officiels, plusieurs personnes sont mortes noyées, dont quatre enfants emportés par les courants à Deir ez-Zor et un homme à Raqqa. Près de 2 400 familles ont été affectées dans la seule région de Deir ez-Zor, tandis que de nombreux champs agricoles ont été inondés dans la campagne ouest de Raqqa. Plus de 50 stations de pompage d’eau et installations électriques ont été mises hors service. Plusieurs ponts, dont des ponts de terre, se sont effondrés, isolant des villages et rendant la circulation extrêmement difficile entre les deux rives du fleuve.

Les habitants, livrés à eux-mêmes, ont tenté de protéger leurs maisons avec des digues de fortune en terre. Ils lancent des appels urgents pour le déploiement d’engins lourds, des opérations d’évacuation et une indemnisation des pertes agricoles, estimées à des centaines de milliers de dollars, notamment sur les cultures de blé et de légumes.

En Irak, pays situé en aval, les autorités ont activé des plans d’urgence face à la vague attendue. Le barrage d’Haditha, premier grand ouvrage irakien sur l’Euphrate, sert de tampon pour stocker l’eau excédentaire avant de la rediriger vers le lac Habbaniyah. Le ministre irakien des Ressources en eau, Muthanna al-Tamimi, s’est rendu sur place pour superviser les préparatifs. Bien que le débit actuel à la frontière (environ 700 m³/s) soit jugé « acceptable » pour l’instant, l’état d’alerte a été déclaré dans la province d’Anbar pour trois jours.

Cette crise met une nouvelle fois en lumière la vulnérabilité des pays en aval face à la gestion unilatérale des barrages turcs, notamment dans le cadre du projet GAP (Anatolie du Sud-Est). Après des années de réduction drastique des débits ayant causé sécheresses et pénuries, c’est désormais la brutalité des lâchers d’eau qui provoque destructions et pertes humaines.

Les autorités syriennes et irakiennes espèrent une coordination rapide avec Ankara pour stabiliser la situation et éviter une aggravation des dégâts dans les jours à venir.