TURQUIE. Même si le HDP est interdit, les Kurdes ne baisseront pas les bras

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TURQUIE / BAKUR – Le régime turc a ordonné l’interdiction du parti politique HDP qui est la 3e force politique du pays et la seule formation politique demandant la résolution pacifique de la question kurde. Habitués à la fermeture de leurs partis politiques depuis les années 1990, les Kurdes disent qu’ils reviendront encore plus forts si jamais le HDP devait connaitre le même sort que les anciens partis kurdes de Turquie.
 
Les journalistes Mireille Court et Chris den Hond étaient à Amed (Diyarbakir) en mars dernier à l’occasion des célébrations du Newroz (Nouvel-an kurde). Ils ont interviewé l’avocat Mehmet Emin Aktar, ancien président du barreau de Diyarbakır et l’actuel défenseur de Gültan Kışanak, Selahattin Demirtaş et Leyla Güven.
 
Aktar a déclaré qu’après chaque interdiction, ils reviennent plus forts, ajoutant que: « l’objectif principal du bloc au pouvoir est de gagner de nouveau les élections. Mais si on observe la politique de l’État turc envers le parti pro kurde depuis 1990, avec le HEP, jusqu’à aujourd’hui, chaque fois qu’un parti qui défend la question kurde a été interdit, un nouveau parti kurde a été créé et en sortait encore renforcé avec davantage de votes. » (La vidéo de l’interview est publiée ici
 
Jusqu’à présent, tous les partis kurdes ont été interdits
La fermeture de partis politiques, en particulier de partis kurdes, est une vieille tradition dans l’histoire de la Turquie. Jusqu’à présent, la Cour constitutionnelle turque a interdit six partis politiques kurdes. Le premier fut le Parti du travail du peuple (HEP) créé le 7 juin 1990. Le HEP a rejoint le Parti social-démocrate (SHP) pour les élections générales de 1991 et obtenu 22 sièges à l’assemblée nationale turque. En juillet 1993, le HEP fut interdit. Ensuite, ce fut le tour du Parti de la Liberté et de la Démocratie (OZDEP) : fondé en mai 1993, il a été interdit le 23 novembre 1993. Le Parti de la démocratie (DEP) lui a succédé. En mars 1994, le Parlement turc a levé l’immunité de six députés du DEP, qui ont ensuite été condamnés à 15 ans de prison pour « terrorisme ». Le 16 juin 1994, la Cour constitutionnelle a interdit le DEP qui fut remplacé par le Parti de la Démocratie du Peuple (HADEP), le 11 mai 1994. Lors des élections locales de 1999, le HADEP a remporté 37 municipalités dans la région kurde, dont sept grandes villes. Pourtant, en mars 2003, la Cour constitutionnelle turque a également interdit le HADEP. Le 9 novembre 2005, a été fondé le Parti pour une Société démocratique (DTP). Ses candidats se sont présentés de manière indépendante aux élections générales de 2007, obtenant 22 sièges au parlement turc. Lors des élections locales de 2009, le DTP a remporté des mairies dans plus de 100 villes et villages de la région kurde. Il fut interdit le 11 décembre 2009.
La fermeture prochaine du HDP sera la suite logique des choses et l’État turc dit ouvertement aux Kurdes qu’ils n’ont pas le droit de faire de la politique, comme ils n’ont pas le droit de parler leur langue, vivre leur culture, s’auto-gouverner. En un mot, ils doivent garder leur statut de colonisés sur leurs propres terres et tant que le Kurdistan sera occupé par la Turquie, la démocratie sera un vain mot pour les Kurdes.
Les autres partis turcs, qui sont tous anti-kurde, ne sont pas à l’abri d’une interdiction non plus. Qu’il s’agisse du CHP kémaliste et même ceux de l’extrême-droite MHP ou IYI, s’ils gênent le parti AKP du Président Erdogan, ils feront face à des demandes d’interdiction et il n’est pas sûr qu’ils aient plus de chance que le HDP.

Slavoj Zizek à l’université de Kobanê: La démocratie est-elle encore une option aujourd’hui?

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VISIOCONFERENCE – L’Université kurde de Kobani accueille le philosophe slovène Slavoj Zizek pour une conférence en ligne dans le cadre d’une série de conférences universitaires organisées en 2021.
 
Cet événement en anglais, qui sera modéré par l’universitaire Sardar Saadi, aura lieu le 18 avril prochain à 19 heures (pour l’Europe centrale). Le sociologue Engin Sustam présentera le professeur Zizek.
 
La visioconférence sera diffusée en direct sur Youtube ici 
 
La démocratie est-elle encore une option aujourd’hui ?
 
Mark Twain a dit : « Si voter faisait une différence, ils ne nous laisseraient pas le faire ». Bien qu’il ait été un défenseur du droit de vote pour tous, il était conscient des machinations qui empêchent la majorité d’exprimer sa volonté. Cependant, de temps en temps, rarement, il y a des élections qui comptent vraiment, comme les dernières élections présidentielles en Bolivie qui ont ramené le parti de Morales au pouvoir. Bien que ces élections soient les seules qui méritent d’être qualifiées de « démocratiques », elles sont vécues comme un signe d’instabilité, comme une indication que la démocratie est en danger. Quel type de démocratie correspond à l’époque actuelle, alors que les protestations articulent une expérience impossible à traduire dans les termes de la représentation démocratique ? »
 
L’événement Facebook de l’Université de Kobanê est ici

TURQUIE. Six politiciennes et militantes kurdes placées en détention à Amed

TURQUIE / BAKUR – Six politiciennes et militantes associatives kurdes ont été placées en détention à Diyarbakir (Amed), pour « terrorisme ».
 
Six femmes ont été placées en détention dans la ville kurde d’Amed (Diyarbakir) pour terrorisme. Il s’agit de Satiye Ok, membre du du Conseil des femmes socialistes (SKM), Leyla Akgül, ancienne assistante de presse da la députée du HDP Dersim Dağ, Figen Aras, membre de l’Académie des femmes d’Amed, Şehriban Zuğurli, Nurşen Akbal et Ayşan Kanuş Zengin. Ils sont accusés d’appartenir à une organisation terroriste.
 
Depuis lundi, le mouvement des femmes kurdes (TJA) à Amed est à nouveau au centre de la répression étatique. En une journée, au total 22 personnalités publiques, dont des militantes, des journalistes, des politiciennes et des artistes, ont été arrêtées dans toute la province pour des accusations absurdes. Le dossier d’enquête est classé secret, mais le parquet général a annoncé que les accusées se livraient au terrorisme «sous le couvert de structures judiciaires» et organisaient des rassemblements, des manifestations et des réunions.
 

Prolongation de la période de détention de 8 femmes

Les militantes du TJA, Zelal Bilgin et Emine Kaya, la journaliste Beritan Canözer, les membres du conseil municipal Bahar Karakaş Uluğ et Ruken Bekalp, ancienne coprésidente de l’association de district HDP à Kayapınar, Besile Barin, coprésidente de l’association provinciale DBP Seval Gülmez, co-maire de Çinar, Necla Tamiş et Rabia Tekas devront passer 48 heures supplémentaires en garde à vue.
 

Contrôle judiciaire et assignation à résidence

Alors que Zeynep Üren, Eylem Ceylan, Sevim Biçici, Beritan Canözer, Gurbet Özel, Şilan Elmas Kan, Nalan Özen et Hasibe Akçay ont été remises en libérté provisoir , Nezahat Teke a été assigné à résidence.

ANF

L’Allemagne a vendu des armes d’une valeur de 9 millions d’euros à la Turquie

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La Turquie ne manquera jamais d’armes pour tuer les Kurdes ou envahir les pays voisins, tant que les usines d’armement de son allié allemand seront en activité.
 
L’Allemagne a approuvé des ventes d’armes d’une valeur de 8 millions 975 milliers d’euros à la Turquie au cours des trois premiers mois de l’année. L’administration berlinoise a qualifié les informations demandées pour les drones turcs de « secret d’État ».
 
Le Parti de gauche allemand et le Parti vert ont demandé au gouvernement des informations sur le commerce des armes avec le gouvernement turc AKP-MHP dans deux questions parlementaires différentes. Omid Nouripo, du Parti vert, a demandé au gouvernement le volume des ventes d’armes à la Turquie, à l’Égypte, à Bahreïn, au Yémen, au Koweït, à l’Arabie saoudite et au Qatar au cours des trois premiers mois de 2021.
 
La réponse du gouvernement a révélé que la Turquie occupe la troisième place avec 8 millions 975 mille 504 euros parmi les pays qui ont reçu des armes d’Allemagne du 1er janvier 2021 au 23 mars.
 
Les drones turcs sont un « secret d’Etat »
 
Le député du Parti de gauche, Andrej Hunko, a demandé au gouvernement s’il avait des informations selon lesquelles des drones turcs équipés de missiles MRA et LRAT ont été utilisés dans le Haut-Karabakh et en Libye. Le porte-parole du gouvernement n’a pas répondu, affirmant qu’il s’agissait d’un « secret d’État ».
 
Cependant, le comité scientifique, qui fournit des conseils à l’Assemblée fédérale, a rapporté le 22 janvier 2021 que des drones turcs ont été utilisés contre les forces arméniennes au Haut-Karabakh. Les entreprises allemandes sont le plus gros fournisseur du régime Erdogan, qui produit des drones avec le soutien de pays étrangers.
 
Auparavant, le gouvernement allemand avait admis que des missiles allemands MRA et LRAT étaient utilisés dans des drones turcs.
 

IRAN. 3 prisonniers kurdes mis en isolement pour être exécutés

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IRAN / ROJHILAT – Au moins 3 prisonniers kurdes condamnés à mort détenus dans la prison centrale d’Urmia ont été transférés en isolement pour être exécutés. Le 4 avril, trois autres prisonniers kurdes avaient été exécutés dans la même prison pour les mêmes motifs. Selon un rapport reçu par l’ONG Hengaw, le jeudi 8 avril 2021, 3 prisonniers condamnés à mort pour des crimes liés à la drogue ont été transférés à l’isolement dans la prison centrale d’Urmia et ils doivent être exécutés dans les jours à venir. Jusqu’à présent, les identités de deux de ces prisonniers, Yousef Rasho Hashtian et Bayazdi Rashidi, ont été vérifiées pour Hengaw. Le dimanche 4 avril, trois autres prisonniers kurdes, Ahad Habibovand, Mohammad Karim Mahmoudi et Sadeghi Mohi, ont été exécutés à la prison centrale d’Urmia pour les mêmes motifs. Hengaw

« L’Europe maintient le fascisme turc debout »

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« Les droits humains, la démocratie, les administrateurs, la question kurde en Turquie, l’interdiction du HDP, la tentative de faire taire toute l’opposition, le retrait de la Convention d’Istanbul sur la protection des femmes victimes de la violence, des féminicides, de l’appauvrissement, des suicides et des dizaines de milliers de prisonniers politiques ne font pas partie des priorités de l’UE et du Conseil de l’Europe. Le fait que les intérêts économiques mutuels soient placés au-dessus de tous les problèmes fondamentaux a une fois de plus révélé le vrai visage des institutions européennes. »

L’organisation kurde, KONGRA-GEL a critiqué le soutien des institutions européennes apporté au régime en Turquie, déclarant: « L’UE et le Conseil de l’Europe préfèrent soutenir la coalition fasciste de l’AKP et du MHP qui insiste sur la guerre. »
 
Congrès du Peuple du Kurdistan (KONGRA-GEL), après la visite à Ankara de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et du président du Conseil Charles Michel, a critiqué le rapprochement avec la Turquie et condamné les actions des États européens.
 
« Le fait que les intérêts économiques mutuels soient mis au-dessus de tous les problèmes fondamentaux a montré une fois de plus le vrai visage de l’UE et du Conseil de l’Europe », a déclaré KONGRA-GEL dans un communiqué publié mercredi.
 
« Les droits humains ne font pas partie des priorités de l’UE et du Conseil de l’Europe »
 
« Comme le montrent les déclarations, les droits de l’homme, la démocratie, les administrateurs, la question kurde en Turquie, l’interdiction du HDP, la tentative de faire taire toute l’opposition, le retrait de la Convention d’Istanbul sur la protection des femmes victimes de la violence, des féminicides, de l’appauvrissement, des suicides et des dizaines de milliers de prisonniers politiques ne font pas partie des priorités de l’UE et du Conseil de l’Europe. Le fait que les intérêts économiques mutuels soient placés au-dessus de tous les problèmes fondamentaux a une fois de plus révélé le vrai visage des institutions européennes.
 
« La tolérance de l’UE et du Conseil de l’Europe est la principale raison de la poursuite de la guerre spéciale »
 
La grande tolérance que l’UE et le Conseil de l’Europe montrent à Erdoğan alors que lui, avec sa coalition AKP / MHP, méconnaît les principes universels des droits de l’homme et de la démocratie et agit contre le peuple kurde est la principale raison pour laquelle ce gouvernement de guerre spécial peut continuer. ses massacres du peuple kurde sans crainte de sanctions. En ce sens, l’UE et le Conseil de l’Europe sont complices du régime AKP / MHP dans tous ses crimes.
 
Le Comité européen pour la prévention de la torture (CPT) a documenté de graves violations des droits de l’homme dans son rapport Imrali. Bien qu’une délégation du CPT se soit rendue en Turquie les 11 et 25 janvier 2021, aucune visite sur l’île pénitentiaire d’Imrali n’a eu lieu pour vérifier les problèmes que la commission elle-même avait exprimés dans son précédent rapport. Cela montre clairement la politique hypocrite du Conseil de l’Europe sur la question kurde. Cette politique, qui est contraire à une solution, est à la base du régime fasciste AKP / MHP pour exercer toutes sortes de répression et de violence.
 
« L’UE est complice de crimes commis à Afrin par son silence »
 
L’UE, en raison de son silence sur l’occupation, est complice de tous les crimes commis à Afrin, du changement forcé de la démographie, des enlèvements, des viols et des meurtres, et de la vente de femmes enlevées à des États arabes comme le Qatar et de nombreux autres crimes.
 
L’UE apporte un soutien matériel à l’installation des mercenaires et de leurs familles en soutenant la construction de leurs maisons à la place des maisons de la population déplacée d’Afrin. Par conséquent, l’UE est directement responsable du génocide et des déplacements forcés. L’UE ignore le génocide d’Afrin et soutient les forces mercenaires de l’État turc politiquement, économiquement et militairement.
 
« L’UE donne une légitimité au fascisme turc »
 
La cause du terrorisme d’État et de la guerre totale contre le peuple kurde est la politique d’État moniste-fasciste turque basée sur le déni et l’anéantissement des Kurdes. Néanmoins, le soutien inconditionnel de l’UE donne une légitimité à cette politique d’État turque centrée sur la politique de sécurité en relation avec la question kurde.
 
Sans le soutien de l’UE, il n’y aurait aucune possibilité pour l’État turc de poursuivre sa politique basée sur le déni et l’anéantissement. Le système d’État moniste fasciste turc, qui traverse une grave crise sociale et politique en raison de la guerre contre le peuple kurde prétendument mené pour lutter contre le terrorisme, est à un niveau aussi bas pour la première fois.
 
« Donner au fascisme un répit »
 
A ce stade, l’UE et le Conseil de l’Europe auraient pu jouer un rôle important, similaire à celui qu’ils ont dans la résolution des problèmes de la Méditerranée, dans la résolution de la question kurde et dans la création d’une véritable démocratie en Turquie. Cela aurait été dans l’intérêt de toutes les parties. Une telle situation aurait également soutenu un changement démocratique dans la région et dans tout le Moyen-Orient. Cependant, l’UE et le Conseil de l’Europe ont préféré soutenir l’alliance fasciste AKP / MHP, qui insiste sur la guerre, et donner un répit au fascisme. Ils soutiennent le fascisme turc, responsable de grandes souffrances pour les peuples du Kurdistan et de Turquie ainsi que pour toute la région, afin qu’il puisse rester debout.
 
« Néanmoins, le fascisme turc tombera »
 
Cependant, malgré la politique de l’UE et du Conseil de l’Europe de sacrifier les droits de l’homme et la démocratie à leurs intérêts économiques, ils ne pourront pas prolonger la vie du gouvernement AKP / MHP. C’est la lutte des forces démocratiques des peuples du Kurdistan et de Turquie qui déterminera la durée de la persistance du fascisme. En ce sens, les forces démocratiques ont une opportunité historique. La colère des peuples face à la faim, la pauvreté, la persécution et les massacres augmente de jour en jour.
 
« Unis dans l’esprit de Newroz et Gezi »
 
Les habitants du Kurdistan ont montré leur attitude dans l’esprit de Gare et de Newroz. Le fascisme continue d’intensifier ses attaques face au message clair de Newroz. Face à ces attaques, il y a une opposition dans toutes les couches de la société en Turquie. L’esprit du soulèvement de Gezi saisit tous les persécutés, tous les opprimés, les travailleurs, les jeunes, les étudiants et ceux qui sont en proie à l’injustice. En tant que peuples du Kurdistan et de Turquie, nous sommes en train d’unir l’esprit de Gezi et Newroz.
 
« Nous avons le pouvoir de vaincre le fascisme »
 
Ce processus signifie un effondrement du fascisme. Aucun pouvoir ne peut arrêter les peuples qui défendent la liberté et la démocratie. Si les forces démocratiques renforcent la lutte et bloquent la voie du fascisme AKP / MHP, des puissances comme l’UE et le Conseil de l’Europe doivent changer leurs politiques à leur propre avantage.
 
Nous appelons les forces démocratiques du Kurdistan et de la Turquie: ayons confiance en nous-mêmes et en nos peuples, nous avons le pouvoir de vaincre le fascisme. Le régime fasciste est en plus gros problème qu’il ne le pense. La raison pour laquelle l’État attaque avec tant de véhémence n’est pas sa force, mais parce qu’il est acculé.
 
En tant que forces démocratiques, nous devons amener le peuple à prendre conscience et à convaincre que nous réussirons plus que jamais auparavant. Nous devons aborder ce processus historique, le processus de l’effondrement du fascisme, avec une attitude qui inspire confiance et espoir de victoire. Nous devons lutter pour une unité des forces véritablement démocratiques et tendre la main et organiser tous ceux qui s’opposent au fascisme sans distinction. Dans l’esprit de Newroz et Gezi, nous saluons tous ceux qui mènent la lutte pour la démocratie et la liberté et leur souhaitons plein succès. »
 

Conseil de l’Europe: La Turquie a le taux d’incarcération le plus élevé d’Europe

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EUROPE – A force d’arrêter les opposants, féministes, les journalistes, les avocats, les étudiants critiques, les politiciens et militants kurdes, la Turquie est devenue une prison à ciel ouvert.
 
La Turquie avait le taux d’incarcération le plus élevé des 47 pays du Conseil de l’Europe (CdE) en janvier 2020, avec 357 prisonniers pour 100 000 habitants, tandis que le taux global d’emprisonnement européen a légèrement baissé, selon le rapport annuel du CdE.
 
Selon le  rapport, intitulé «Statistiques pénales annuelles européennes sur les populations carcérales pour 2020», la Turquie comptait également les prisons les plus surpeuplées d’Europe avec 127 détenus pour 100 places disponibles au 31 janvier 2020.
 
Pour la première fois, des informations ont été recueillies sur le nombre d’enfants vivant avec leur mère dans des établissements pénitentiaires, soit un total de 1 608 enfants dans 37 administrations. Selon les données fournies par l’équipe de recherche des statistiques pénales annuelles du Conseil de l’Europe (SPACE), 803 enfants, soit près de la moitié du nombre total, vivent avec leur mère dans les prisons turques.
 
Selon le rapport, 29 827 personnes sont emprisonnées pour terrorisme en Turquie.
 
Le rapport annuel indique qu’il y a 297 019 détenus dans les établissements pénitentiaires turcs malgré le fait que leur capacité est de 233 194 et que le taux de population carcérale du pays (357 détenus pour 100 000 habitants) a augmenté de 115,3% au cours des 10 dernières années.
 
Outre la Turquie, la Russie (356), la Géorgie (264), la Lituanie (220), l’Azerbaïdjan (209), la République tchèque (197), la Pologne (195), la République slovaque (193) et l’Estonie (184) étaient les États du CdE avec les taux d’incarcération les plus élevés en janvier 2020.
 
La baisse du taux d’emprisonnement (le nombre de personnes incarcérées pour 100 000 habitants) en Europe a consolidé une tendance amorcée en 2013, selon le rapport. Depuis 2013, où il a culminé à 131 détenus pour 100 000 habitants, ce taux diminue chaque année, atteignant une baisse globale de 20%.
 
La densité carcérale globale européenne (90,3 détenus pour 100 places disponibles) est également restée stable.
 
Selon le professeur Marcelo Aebi, chef de l’équipe de recherche SPACE de l’Université de Lausanne, la réduction reflète en partie la diminution des infractions traditionnelles comme le vol et le vol qualifié sur cette période, qui n’a pas été compensée par l’augmentation des infractions liées à la cybercriminalité, à savoir les cyber-fraudes.
 
«Les cybercrimes entraînent moins de condamnations parce que les auteurs sont souvent basés en dehors du territoire national et sont difficiles à retracer et à sanctionner», a déclaré Aebi.
 

La France doit cesser de criminaliser les Kurdes

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Le 23 mars dernier, la police française arrêtait 10 militants kurde à Marseille, Paris et Draguignan pour « participation à une association de malfaiteurs ». Sept d’entre eux sont toujours en prison et tous – y compris les personnes relâchées – sont interdits d’entrer en contact avec des associations kurdes de France.
 
En criminalisant les organisations kurdes sur son sol, la France a encouragé des Loups Gris turcs qui ont attaqué le 3 février dernier une association kurde de Lyon qu’ils ont saccagée à coups de barres de fer et de battes de baseball et blessé quatre Kurdes présents sur les lieux.
 
Dans un communiqué publié le 25 mars, le Collectif Solidarité Kurdistan 13 dénonçait la criminalisation des Kurdes en France.
 
L’acharnement contre les kurdes en France doit cesser !
 
A l’approche du sommet Européen du 25 et 26 mars durant lequel seront abordées les relations entre l’UE et la Turquie, il est scandaleux que la France puisse donner des gages au gouvernement Erdoğan en criminalisant les réfugiés kurdes résidant sur le territoire national.
 
Sous couvert de la lutte anti-terroriste le parquet national de la justice, a procédé mardi 23 mars à de nombreuses opérations policières dans l’hexagone. A Marseille, plus d’une dizaine de militants kurdes ont été arrêtés, les locaux associatifs et les domiciles ont été perquisitionnés.
 
Confronté à un pouvoir en déclin et à une économie désastreuse, R.T Erdoğan, n’accepte toujours pas le verdict des urnes et s’apprête à piétiner le droit de plus de 6 millions d’électeurs avec l’interdiction du parti HDP (Parti démocratique des peuples), accusé d’être la vitrine du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).
 
Dans une Turquie où les droits humains sont laminés, où toute critique est assimilée à du « terrorisme », où tous les mécanismes d’anéantissements sont déployés afin de ne laisser aucun moyen de survie à la population kurde : il est inadmissible que la répression à l’encontre de la communauté kurde trouve son prolongement en France.
 
Vu l’ampleur et la récurrence de ces opérations, le gouvernement français stigmatise toute représentation associative et militantisme kurde comme représentants de dangereux criminels de guerre. De toute évidence, le prix de la réconciliation passe par la criminalisation des kurdes de France qui déploient des activités légales et pacifiques conformément aux lois françaises afin de faire prévaloir la démocratie en Turquie.
 
Hier, la communauté internationale, dont la France, s’appuyait sur les forces kurdes dans leur combat sans concession contre Daesh. Aujourd’hui, ce ne sont que cynisme et hypocrisie. En toute impunité, R.T Erdoğan lance ses sales guerres basées sur la propagande nationaliste et fondamentaliste, à l’encontre des arméniens, des kurdes, des yézidis en exploitant, recyclant, exportant les mercenaires djihadistes.
 
Mesdames et Messieurs, les dirigeantes et dirigeants de la France et de l’Europe, nous vous posons la question : Qui sont les terroristes : ceux qui coupent les têtes ou ceux qui protègent les peuples de ces coupeurs de têtes ?
 
Mesdames et Messieurs, les dirigeantes et dirigeants de la France et de l’Europe, nous vous posons la question : Est-ce que vous êtes d’accord sur le principe que des centaines de milliers de prisonniers politiques et de conscience croupissent et meurent dans les geôles turques, sous le motif fallacieux d’appartenance à une « organisation terroriste » ?
 
Le temps est de venu retirer le PKK de la liste des organisations terroristes. Les pays membres de l’Europe, dont la France, se positionnent hors la loi, sur le plan de la Justice Européenne : l’inscription du PKK sur la liste des organisations terroristes est illégale comme l’affirme l’Arrêt T-316/14 du 15 novembre 2018 de la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE).
 
Mesdames et Messieurs, les dirigeantes et dirigeants de la France et de l’Europe, nous vous demandons avec force de :
 
Cesser l’acharnement et les poursuites injustifiables contre la communauté kurde en France et en Europe.
 
Mettre fin à l’impunité du régime Erdoğan et aux politiques de compromission à son égard.
 
Stopper ce cycle infernal d’injustice et de violence et de replacer les valeurs humaines au centre des priorités.
 
Marseille, le 25 mars 2021
Centre Démocratique Kurde Marseille (CDKM) – Ligue des Droits de l’Homme (LDH) Marseille – Marche Mondiale des Femmes (MMF) 13 Paca – Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) 13 – Mouvement de la Paix 13 – Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) 13 – Parti Communiste Français (PCF) 13 – Parti de Gauche 13 – Solidarité & Liberté Provence – Union Départementale CGT
 

« L’acharnement contre les Kurdes en France doit cesser ! »

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GRENOBLE – Vingt-sept organisations lancent un appel pour que cesse la répression des militants kurdes sur le sol français.
 
Une conférence de presse se tenait mardi 6 avril à Grenoble à l’initiative de l’Association iséroise des amis des Kurdes (AIAK). Vingt-sept associations (*) ont répondu à un appel d’AIAK pour demander conjointement « aux dirigeants de la France et de l’Europe de cesser l’acharnement et les poursuites injustifiables contre la communauté kurde en France et en Europe, de mettre fin à l’impunité du régime Erdoğan et aux politiques de compromission à son égard et de stopper ce cycle infernal d’injustice et de violence et replacer les valeurs humaines au centre des priorités. »
 
Les locaux de la maison des associations de Grenoble n’ont pu accueillir (raisons sanitaires obligent) tous les représentants des associations venus pour témoigner devant la presse de leurs raisons spécifiques de lancer cet appel. Le climat de cette conférence de presse était lourd à 48h d’une attaque fasciste à Lyon, contre des militants Kurdes.
 
Présenté par Maryvonne Mathéoud, coprésidente d’AIAK, cet appel déclare :
 
« Au lendemain du sommet de l’Union européenne qui a demandé à la Turquie des gages pour relancer ses relations avec elle et a placé Ankara sous surveillance jusqu’au mois de juin pour marquer sa désapprobation face à la détérioration des droits et des libertés, il est scandaleux que la France puisse donner des gages au gouvernement Erdoğan en criminalisant les réfugiés kurdes résidant sur le territoire national.
 
Sous couvert de lutte anti-terroriste, le parquet national de la justice, a procédé mardi 23 mars à de nombreuses opérations policières dans l’hexagone. Une vague d’arrestations a eu lieu mardi 23 mars à Paris, Marseille et Draguignan, des associations du réseau du Conseil démocratique kurde en France et des militants kurdes sont en garde vue.
 
Confronté à une situation sociale et économique désastreuse, R.T. Erdoğan est en difficulté politique et il se livre à une fuite en avant où les droits et libertés fondamentales sont bafoués. R.T. Erdogan n’accepte pas le verdict des urnes et s’apprête à piétiner le droit de plus de 6 millions d’électrices et électeurs turcs avec l’interdiction du parti HDP (Parti démocratique des peuples), accusé d’être la vitrine du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).
 
Une répression qui trouve son prolongement en France
 
Dans une Turquie où les droits humains sont laminés, où toute critique est assimilée à du « terrorisme », tous les mécanismes d’anéantissement sont déployés afin de ne laisser aucun moyen de survie à la population kurde. Il est inadmissible que la répression à l’encontre de la communauté kurde en Turquie trouve son prolongement en France.

Vu l’ampleur et la récurrence de ces opérations, le gouvernement français stigmatise toute représentation associative et militantisme kurde comme représentants de dangereux criminels de guerre. De toute évidence, le prix de la réconciliation passe par la criminalisation des Kurdes de France qui déploient des activités légales et pacifiques conformément aux lois françaises afin de faire prévaloir la démocratie en Turquie.

Hier, la communauté internationale, dont la France, s’appuyait sur les Kurdes de Syrie qui au Rojava menaient une lutte sans concession contre Daesh. Aujourd’hui, ce ne sont que cynisme et hypocrisie. En toute impunité, R.T Erdoğan lance ses sales guerres basées sur la propagande islamo-nationaliste , à l’encontre des Arméniens, des Kurdes, des Yézidis en exploitant, recyclant, exportant les mercenaires djihadistes.
Des centaines de milliers de prisonniers politiques et de conscience croupissent et meurent dans les geôles turques, sous le motif fallacieux d’appartenance à une »organisation terroriste ».

Le temps est venu de retirer le PKK de la liste des organisations terroristes. Les pays membres de l’Europe, dont la France, se positionnent hors la loi, sur le plan de la justice Européenne : l’inscription du PKK sur la liste des organisations terroristes est illégale comme l’affirme l’arrêt T-316/14 du 15 novembre 2018 de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). »
 
Plusieurs intervenants ont apporté leurs arguments pour souhaiter des initiatives du gouvernement, une information par la presse de la situation en Turquie et en France. PCF et Mouvement de la paix ont rappelé les termes de leurs communiqués respectifs. 
Jo Briant (CISEM) a dénoncé la répression contre les réfugiés politiques kurdes qui devraient être protégés par notre pays. Les syndicats Solidaires réclament le respect des droits associatifs fondamentaux. Le Mouvement de la Paix et le MRAP ont apporté leur soutien résolu aux Kurdes et démocrates turques soulignant les dangers racistes, les risques pour la paix.
 
Le comité antifasciste grenoblois a témoigné de la scandaleuse attaque fasciste du local Lyonnais d’une association kurde, le 3 avril, sans doute imputable au groupuscule « les loups gris », supporters d’Erdogan. (locaux dévastés, quatre militants kurdes gravement blessés).
 
* Premiers signataires de l’appel :
 
AIAK (Association Iséroise des Amis des Kurdes) ; CGT Isère ; Comité Isérois de Soutien aux Sans Papiers ; Cisem (coordination iséroise de solidarité avec les étrangers et migrants) ; CNT 38 (Confédération Nationale du Travail) ; DAL 38 ; Ensemble 38 ; EELV Isère (Europe Écologie Les Verts) ; FI Isère (France Insoumise) ; FSU Isère ; JC Isère (Jeunesse Communiste) ; LDH Isère (Ligue des Droits de l’Homme) ; LIFPL (Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté) : LSR de l’Isère (Loisirs et Solidarité des Retraités ) ; Mouvement de la Paix Isère ; Lutte ouvrière Isère ; MRAP Isère ; Nostra-América ; NPA Isère ; PCF Isère (Parti Communiste Français) ; PCOF ; PEPS Isère ; Société des lectrices et lecteurs de l’Huma ; Solidaires 38 ; Solidaires Étudiants ; UCL 38 (Union des communistes Libertaires) ; UEC Isère (Union des Étudiants Communistes).
 

Femmes politiciennes kurdes : Pionnières révolutionnaires pour la prochaine génération

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Ces dernières années, les femmes kurdes sont entrées dans la conscience de l’opinion publique mondiale d’une manière unique. La principale force motrice qui les a placées sur la scène mondiale a été l’héroïsme des YPJ, c’est-à-dire les unités de protection des femmes du Kurdistan syrien, que les Kurdes appellent Rojava. Les vidéo et les photos de jeunes femmes souriantes et non voilées du Moyen-Orient affrontant les barbares de DAECH, qui voulaient les réduire en esclavage et les envelopper dans des burqas noires, ont constitué un puissant récit du bien contre le mal qui leur a valu – et donc à toutes les femmes kurdes dans une certaine mesure – une notoriété et une admiration généralisées. Cependant, ce que l’on sait moins, c’est que ces courageuses combattantes des YPJ appartiennent à une longue lignée de femmes kurdes qui ont traditionnellement défié une culture kurde dominée par les hommes et se sont battues pour les droits politiques de leurs compatriotes kurdes dans les régions du Kurdistan des quatre principales nations où résident les Kurdes (Turquie, Syrie, Irak et Iran).
 
Si les femmes kurdes ont apporté des contributions culturelles dans un large éventail de domaines tels que l’art et la musique, la littérature et la poésie, la danse et la mode, c’est peut-être dans le domaine de la politique qu’elles ont eu le plus d’impact, tant au Kurdistan que dans la diaspora occidentale. Voici un bref aperçu de certaines de ces femmes politiciennes kurdes remarquables, qui, à des fins d’organisation, ont été divisées en trois catégories : les martyres révolutionnaires, les pionnières au Kurdistan et la nouvelle génération en Europe.
 
Martyres de la révolution
 
Si une femme personnifie la femme kurde en tant que rebelle politique, c’est bien Leyla Qasim. C’est une militante qui s’est opposée au dictateur Saddam Hussein au début des années 1970, bien avant qu’il ne devienne un ennemi de l’Occident. Née à Xaneqîn, dans le Kurdistan irakien, elle a étudié la sociologie à l’université de Bagdad, où elle a commencé à faire circuler des pamphlets sur les horreurs du parti baasiste qui dirigeait le pays d’une main de fer. En conséquence, en 1974, à l’âge de vingt-deux ans, Qasim a été arrêtée, torturée et condamnée lors d’un procès-spectacle télévisé à l’échelle nationale, qui s’est soldé par son exécution par pendaison, après quoi elle est devenue une héroïne nationale pour de nombreux Kurdes.
 
Trois femmes kurdes plus récentes considérées comme des martyres politiques sont Sakine Cansız, Fidan Doğan, Leyla Şaylemez. Toutes trois – originaires du Kurdistan turc – ont été abattues le 9 janvier 2013 à Paris par un assassin. Cansız était une Kurde alévie de Dersim qui, jeune, a quitté la pression de sa famille et de son fiancé pour devenir une guérilla révolutionnaire et a participé à la fondation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Après ses arrestations dans les années 1980, où elle a passé une décennie à être gravement torturée dans les prisons turques, elle a rejoint l’Europe où elle est devenue une célèbre défenseuse des droits des femmes. Assassinés avec Cansiz, Fidan Doğan – une militante politique d’Elbistan qui représentait en France le Congrès national kurde basé à Bruxelles et qui travaillait au Centre d’information kurde de Paris ; et Lelyla Şaylemez – une jeune militante de Mersin engagée dans l’organisation de la jeunesse kurde. Les visages de ces trois femmes sont souvent visibles sur les drapeaux lors des manifestations kurdes dans toute l’Europe, car personne n’a été traduit en justice pour leur assassinat.
 
Les héroïnes kurdes les plus récemment saluées comme des martyres politiques viennent du Rojava, l’une tombant sur le champ de bataille, l’autre en tentant de l’éviter. La première, Arin Mirkan, était une mère de deux enfants de Kobané, et une commandante des YPJ qui a participé à la défense de la ville contre les assauts de DAECH. Puis, le 5 octobre 2014, lorsqu’elle s’est retrouvée encerclée par les combattants de DAECH, elle s’est sacrifiée en se faisant exploser sous un de leurs chars, dans un acte de défi qui est devenu un symbole de résistance. Dans les années qui ont suivi, une grande statue d’elle a été érigée dans le centre de Kobanê, faisant d’elle une icône nationale au Rojava et pour les femmes du monde entier.
 
Mirkan, a été rejointe au panthéon des martyrs du Rojava par Hevrin Khalaf, une femme politicienne kurde et ingénieure civile de Derik, qui a été secrétaire générale du Parti Avenir de la Syrie. Quatre des frères sœurs de Khalaf étaient eux-mêmes tombés en défendant le Kurdistan, ce qui l’a amenée à se concentrer sur l’enseignement supérieur et la création d’institutions susceptibles d’améliorer la société civile. Khalaf s’est fait connaître en Syrie pour ses compétences en matière de diplomatie et de construction de ponts ethniques de tolérance entre Kurdes, Arabes, Arméniens et Assyriens, et de ponts coreligieux entre musulmans et chrétiens. Tragiquement, une voiture dans laquelle elle voyageait a été interceptée pendant le chaos de l’invasion du Rojava par la Turquie en octobre 2019, et des extrémistes du groupe terroriste Ahrar al-Sharqiya l’ont extraite du véhicule et l’ont exécutée. Cependant, alors même qu’elle attendait la mort, on pouvait la voir essayer de convaincre ses tueurs d’épargner les autres personnes voyageant avec elle.
 
Des pionnières au Kurdistan
 
Deux femmes politiciennes kurdes bien connues au Kurdistan turc méritent d’être connues : Leyla Zana et Gültan Kışanak. Zana, originaire de Silvan, a été élue à la Grande Assemblée nationale de Turquie en 1991, mais a provoqué un tollé lorsqu’elle a terminé son serment par une phrase en kurde, déclarant : Cependant, il est illégal de parler la langue kurde en Turquie, ce qui lui vaut une peine de dix ans de prison pour atteinte à l’ « unité » du pays. Pour ses années de militantisme en faveur de la paix entre Kurdes et Turcs et ses nombreuses condamnations à des peines de prison pour ces principes, elle s’est vu décerner le prix Sakharov 1995 par le Parlement européen, bien qu’elle n’ait pu le percevoir avant sa libération de prison en 2004.
 
Comme Zana, Gültan Kışanak, une politicienne kurde-alévie d’Elazığ, a fait face à de nombreuses peines de prison pour ses principes démocratiques. Elle était étudiante à l’université de Dicle lorsqu’elle a été arrêtée en 1980 et détenue dans la tristement célèbre prison de Diyarbakir pendant deux ans, dont six mois passés à dormir dans le chenil du directeur de la prison, alors qu’elle refusait par défi de se tenir en sa présence. Plusieurs années plus tard, une fois libérée, elle a été de nouveau arrêtée alors qu’elle protestait contre l’attaque au gaz de Saddam Hussein à Halabja en 1988. En 2009, elle a préparé un projet de loi visant à autoriser la langue kurde dans les lieux publics et a été élue au Parlement turc en 2011. Elle a ensuite été élue maire de Diyarbakir (connue par les Kurdes sous le nom d’Amed), qui est considérée comme la capitale de facto du Grand Kurdistan. Malheureusement, elle a été arrêtée en 2016, et les procureurs ont visé à la condamner à 230 ans de prison. En 2019, ce total a été ramené à quatorze ans et elle siège actuellement en prison, où elle a écrit le livre Kürt Siyasetinin Mor Rengi (La couleur violette de la politique kurde), traitant des femmes en politique.
 
Les trois femmes politiques kurdes suivantes viennent de la région du Kurdistan irakien (GRK) et des deux principaux partis de la région, Hero Ibrahim Ahmed de l’Union patriotique du Kurdistan (PUK), la présidente du Parlement de la région du Kurdistan, Rewaz Faiq, et Bayan Sami Rahman du Parti démocratique du Kurdistan (KDP). Hero Ibrahim Ahmed a occupé le poste de première dame d’Irak de 2005 à 2014, mais avant cela, elle a mené une longue carrière qui a débuté lorsqu’elle a été l’une des premières combattantes peshmergas. Dès les années 1970, elle a rejoint son mari Jalal Talabani dans les montagnes pour lutter contre le régime baasiste de Saddam Hussein. Elle faisait partie d’un groupe connu sous le nom de « Zhini Shakh » (femmes des montagnes). Au fil des ans, elle s’est également fait connaître en défendant la cause de l’égalité des sexes au Kurdistan.
 
Mme Ahmed est rejointe par d’autres femmes kurdes influentes, telles que l’actuelle présidente du Parlement de la région du Kurdistan, Rewaz Faiq, et Bayan Sami Rahman, qui représente le gouvernement régional du Kurdistan aux États-Unis, après avoir été haut représentant au Royaume-Uni. Mme Faiq a fait part de ses motivations en déclarant : « Notre objectif principal est de renforcer notre démocratie, de créer la prospérité et de réaliser notre potentiel en accordant les droits démocratiques dans leur intégralité au peuple du Kurdistan. » Quant à Mme Rahman, elle a dû fuir l’Iraq lorsqu’elle était enfant pour vivre à Londres, car son père était engagé dans la lutte contre la dictature de Saddam Hussein et les villages où elle vivait étaient continuellement bombardés. Après s’être installée au Royaume-Uni, elle a remporté des prix pour ses écrits sur le Kurdistan et est devenue par la suite journaliste, diplomate et membre du conseil de direction du PDK. Malheureusement, son père – qui est devenu plus tard vice-premier ministre du gouvernement régional du Kurdistan – et son frère ont été tués dans un attentat suicide en février 2004 à Erbil, avec quatre-vingt-seize autres personnes.
 
La dernière pionnière que je voudrais citer est Îlham Ehmed, qui vient d’Afrin, dans le Rojava, et qui est la coprésidente du Conseil exécutif de l’Administration autonome de la Syrie du Nord et de l’Est (AANES). Ehmed fait également partie du comité exécutif de la coalition du Mouvement pour une société démocratique (TEV-DEM), qui vise à mettre en œuvre l’idéologie du confédéralisme démocratique. Le TEV-DEM a établi un contrat social visant à protéger la multiethnicité, à abolir la peine de mort, à respecter les libertés énoncées dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et à instaurer l’égalité des sexes dans toutes les positions de pouvoir, en garantissant une femme et un homme dans tous les rôles de direction. D’autres initiatives pour lesquelles Ehmed plaide en Syrie sont un État décentralisé avec des conseils civils locaux garantissant les droits de toutes les ethnies, la reconnaissance des droits des Kurdes dans la Constitution syrienne et l’inclusion de protections pour la liberté d’expression.
 
La prochaine génération en Europe
 
La prochaine vague de jeunes femmes politiques kurdes se trouve dans la diaspora kurde d’Europe. En Suède, il y a Amineh Kakabaveh, originaire du Kurdistan iranien et membre du Parlement suédois depuis 2008. Avant d’arriver en Suède, elle était membre de Komala et une combattante des Peshmergas, luttant contre le gouvernement iranien pour l’amélioration des droits des Kurdes. Maintenant en Suède, elle se concentre sur des questions telles que les crimes d’honneur, les droits des femmes et la garantie de la laïcité. Son autobiographie Amineh Amineh – pas plus grande qu’une kalachnikov, a été publiée en 2016. Evin Incir, originaire d’Amed, dans le Kurdistan turc, a rejoint Kakabaveh en Suède. Incir est membre du parti social-démocrate et a été élue au Parlement européen en 2019, où elle siège à la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures. Incir a parlé de sa vie de Kurde comme d’une bonne préparation à son rôle, déclarant : « C’est une chose de lire sur ces injustices, mais une toute autre chose de les avoir vécues. »
 
L’Allemagne, qui abrite la plus grande diaspora kurde, compte désormais aussi deux femmes politiques kurdes de la prochaine génération. La première, Leyla Imret, originaire de Cizre dans le Kurdistan turc, a été la plus jeune femme jamais élue maire en Turquie en 2014 à l’âge de vingt-sept ans. Cependant, suite aux attaques de l’armée turque sur Cizre dont elle était maire en 2015, elle a été démise de ses fonctions. Elle a finalement été contrainte de fuir la Turquie et de demander l’asile en Allemagne, où elle avait vécu enfant après que son père ait été tué par l’armée turque. En 2018, la Ligue internationale des droits de l’homme a décerné à Imret la médaille Carl von Ossietzky, citant sa « lutte courageuse pour les droits des Kurdes. » Elle est rejointe en Allemagne par Özlem Demirel, originaire de Malatya au Kurdistan turc, qui est membre du Parlement européen. Ayant grandi en tant que Kurde alévi en Turquie, Özlem Demirel a déclaré qu’elle avait toujours été fascinée par la politique et qu’elle voulait être « une voix pour les sans-voix », ce qu’elle fait maintenant au Parlement.
 
Les deux dernières femmes politiques kurdes que je vais mentionner résident en Belgique et en Autriche. En Belgique, Zuhal Demir, originaire du Kurdistan turc, a été membre de la Chambre des représentants belge, et est aujourd’hui ministre flamande de la justice et de l’exécution, de l’environnement, de l’énergie et du tourisme. Ses prises de position franches et sa défense des droits des Kurdes en Turquie lui ont valu de nombreuses menaces de mort. En Autriche, Berivan Aslan, originaire du Kurdistan turc, est une femme politique du Parti vert autrichien. De 2013 à 2017, elle a été membre du Conseil national, et comme la Demir précédemment mentionnée, Aslan a également reçu de nombreuses menaces de mort pour sa défense franche des droits des Kurdes en Turquie. En 2019, un transfuge s’est même rendu à la police autrichienne, affirmant qu’il avait reçu l’ordre de l’Organisation nationale du renseignement de Turquie (MİT) d’assassiner Aslan, mais qu’il ne voulait pas passer à l’acte.
 
C’est à travers ces menaces que l’on voit le fil conducteur qui relie les femmes politiciennes kurdes martyres révolutionnaires des décennies passées aux femmes actuelles de la diaspora européenne. Il semble que partout où les femmes kurdes vont, le fait de défendre les droits humains et de réclamer la justice les place en première ligne de la violence réactionnaire potentielle. Mais heureusement, elles seront de plus en plus nombreuses à prendre leur place et ne se laisseront pas décourager, et l’humanité, et en particulier les femmes du monde entier, s’en porteront mieux.
 
Par Shilan Fuad Hussain, à lire la version anglaise ici