AccueilMondeLes exécutions en Iran et les limites de la diplomatie symbolique française

Les exécutions en Iran et les limites de la diplomatie symbolique française

IRAN / ROJHHILA- À peine les derniers échanges de frappes entre l’Iran et les États-Unis terminés, des appels ont été lancés, notamment par le président français Emmanuel Macron, pour préserver le cessez-le-feu et reprendre les négociations. Pourtant, alors que Téhéran a instrumentalisé les funérailles de Khamenei pour projeter une image d’unité, d’autorité et de résilience face aux pressions extérieures, la question des droits humains demeure largement absente des discussions internationales.

 

Dans le même temps, la répression intérieure s’intensifie à nouveau, notamment par le recours à la peine de mort. Selon Iran Human Rights, la République islamique a exécuté au moins 370 personnes au cours du premier semestre 2026, dont 101 (109 selon l’ONG kurde Hengaw) pour le seul mois de juin. Ceci confirme une forte augmentation des exécutions dans le contexte post-cessez-le-feu. Cette situation fait suite à une année 2025 particulièrement brutale, où l’Iran a exécuté au moins 2 159 personnes, soit le chiffre le plus élevé jamais enregistré par Amnesty International dans le pays.

Cette escalade survient alors que les négociations internationales se concentrent à nouveau presque exclusivement sur les questions de sécurité. La priorité des grandes puissances est clairement redevenue le rétablissement de la stabilité régionale, reléguant les droits humains au second plan. Ceci est particulièrement inquiétant car l’histoire de la République islamique montre que les périodes de crise, telles que les guerres ou les transitions post-conflit, ont souvent été accompagnées d’une répression intérieure plus sévère.

Depuis 1979, la peine de mort est l’un des principaux instruments de contrôle du régime. Les premières années de la République islamique ont été marquées par des exécutions massives d’anciens responsables de la monarchie et d’opposants politiques. Durant la guerre Iran-Irak, cette politique a culminé avec le massacre de milliers de prisonniers politiques à l’été et à l’automne 1988, alors que le pays sortait de huit années de guerre et que le régime cherchait à neutraliser toute forme de dissidence.

Sous les présidences d’Ali Akbar Hashemi Rafsanjani et de Mohammad Khatami, la peine capitale n’a jamais été abolie, malgré une baisse relative des exécutions. Sous Rafsanjani en particulier, cette baisse a été partiellement compensée par l’assassinat et l’élimination d’opposants à l’étranger. Sous Mahmoud Ahmadinejad, notamment après le Mouvement vert de 2009, les exécutions ont de nouveau fortement augmenté. Une baisse relative a ensuite été observée sous Hassan Rouhani, avant une nouvelle accélération suite au soulèvement « Femme, Vie, Liberté » déclenché en 2022 par la mort de Jina Mahsa Amini.

Aujourd’hui, la plupart des exécutions sont officiellement liées à des infractions liées à la drogue ou à des homicides relevant du qisas , le principe de rétribution du droit pénal iranien. Cependant, le maintien d’un recours aussi fréquent à la peine capitale sert également un objectif politique plus large. En préservant la peine de mort comme une composante régulière du système judiciaire, les autorités conservent un instrument puissant qu’elles peuvent facilement utiliser contre leurs opposants politiques chaque fois qu’elles le jugent nécessaire.

Les condamnations pour moharebeh (guerre contre Dieu), « corruption sur terre » et autres infractions à la sécurité nationale définies de manière très large continuent de cibler les dissidents, tandis que les organisations de défense des droits de l’homme ont averti à plusieurs reprises que certaines affaires criminelles ordinaires pouvaient en fait dissimuler des motivations politiques.

Cette politique contraste avec l’évolution de la société iranienne. Dans les cas de qisas , un nombre croissant de familles de victimes choisissent volontairement le pardon plutôt que l’exécution. Soutenue par de nombreuses initiatives de la société civile, cette tendance témoigne d’une évolution progressive de l’opinion publique, qui s’éloigne de la peine capitale. L’État, en revanche, a pris le contre-pied de cette politique, continuant de considérer la peine de mort non seulement comme une sanction pénale, mais aussi comme un instrument indispensable de contrôle et d’intimidation politiques.

Les minorités nationales demeurent parmi les principales victimes de cette politique. Kurdes et Baloutches sont fortement représentés parmi les personnes condamnées à mort pour des infractions liées à la sécurité. Bien que représentant moins de 20 % de la population iranienne, ils constituent plus de la moitié, voire, selon certaines estimations, jusqu’aux trois quarts des exécutions politiques.

Les réactions internationales n’ont jusqu’à présent pas permis d’arrêter ni même de réduire sensiblement les exécutions en Iran. Les résolutions de l’ONU, les déclarations des gouvernements et les pressions des ONG n’ont pas modifié les pratiques du régime.

Cette préoccupation était au cœur d’un débat qui s’est tenu le 29 juin à l’Assemblée nationale française, en marge du 9e Congrès mondial contre la peine de mort. Co-organisée par le Groupe d’amitié France-Iran et le Congrès pour la liberté en Iran, et présidée par la députée Aida Hadizadeh, cette rencontre a réuni des personnalités politiques françaises, des défenseurs des droits humains et des représentants de différentes composantes de l’opposition iranienne, notamment des voix kurdes, baloutches et arabes.

Parmi les personnalités françaises présentes figuraient Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, Élisabeth Borne, ancienne Première ministre, et François Hollande, ancien président de la République. À l’instar de nombreux intervenants iraniens ayant participé au débat, ils ont condamné la récente guerre contre l’Iran, la jugeant contraire au droit international, et ont souligné qu’aucune intervention militaire étrangère ne saurait apporter la liberté au peuple iranien.

Au contraire, ils ont fait valoir qu’une telle intervention renforcerait probablement le régime en alimentant le sentiment nationaliste et en reléguant encore plus bas la question des droits de l’homme dans l’agenda international.

Le problème est que la communauté internationale, y compris la France, peine encore à concevoir et à adopter des mesures concrètes susceptibles de contraindre le régime iranien à réduire la répression, notamment en matière d’exécutions. L’un des résultats positifs de cet événement, et du Congrès mondial contre la peine de mort, a été le soutien apporté aux condamnés à mort par des parlementaires français. Mais cela reste largement insuffisant, et son efficacité est nécessairement limitée.

À leur crédit, plusieurs personnalités politiques, dont François Hollande, ont courageusement insisté lors du débat à l’Assemblée nationale sur le fait que la désescalade diplomatique ne devait pas signifier un relâchement de la pression sur l’Iran concernant les droits de l’homme. Pourtant, lorsqu’il s’est agi de mesures concrètes, l’ancien président français a principalement évoqué les sanctions. Il a été immédiatement interpellé par un ancien syndicaliste iranien, qui a averti que les sanctions risquaient souvent de pénaliser d’abord la population.

La France mérite d’être saluée pour avoir offert aux Iraniens une tribune institutionnelle au sein de l’Assemblée nationale. Cependant, cet engagement ne portera que des fruits limités tant que les droits humains resteront une question secondaire dans les négociations avec Téhéran.

Cela est particulièrement vrai pour la France, dont le président a été l’une des voix européennes les plus influentes à réclamer la fin de la crise depuis le début du conflit. Pourtant, à l’instar de Donald Trump, son discours sur une éventuelle résolution a largement occulté la question des droits humains.

Les gestes symboliques des parlements occidentaux et des organisations de défense des droits humains ne sauraient à eux seuls modifier le comportement des autorités iraniennes. En définitive, la diplomatie occidentale doit placer les droits humains, et notamment la question des exécutions, au cœur de son dialogue avec Téhéran, au lieu de les considérer comme des préoccupations secondaires.

Par Asso HASSAN ZADEH, universitaire kurde spécialisé dans le droit international

Texte original à lire sur LE SITE The Amargi « Iran’s executions and the limits of France’s symbolic diplomacy«