LONDRES – Plus de 10 000 personnes ont participé dimanche au 14e Festival Alévi organisé par la diaspora kurde-alévie à Londres. Placée sous le slogan « Que la colombe de la paix vole à travers le monde », cette édition a placé les appels à la paix, à la démocratie et à l’égalité au cœur de l’événement.
Organisé par la Fédération Alévi de la Grande Bretagne (BAF), ce rendez-vous incontournable de la culture alévi en Europe s’est tenu sur le site de la fédération. Il a débuté par l’allumage traditionnel des bougies Çirağ par les chefs spirituels, suivi de prières Gulbang et de danses Semah. Des groupes musicaux, des ensembles folkloriques et plus de 200 enfants issus des centres culturels alévis ont enrichi un programme riche et coloré. De nombreuses organisations démocratiques, associations culturelles et initiatives citoyennes étaient également présentes sur des stands dédiés.
La paix, une exigence de justice et d’égalité
Les discours ont unanimement souligné les valeurs centrales de la philosophie alévie : paix, tolérance, égalité et amour de l’humanité.
Eda Özdemir, coprésidente de la Fédération Alévi britannique, a rappelé que la revendication de paix portée par les Alévis depuis des siècles reste trop souvent sans réponse politique concrète.
« La paix ne se limite pas au silence des armes. Elle exige la justice et l’égalité entre tous les citoyens », a-t-elle déclaré. Selon elle, le thème du festival vise à transformer la paix d’un simple espoir en une vision partagée pour l’avenir de l’humanité.
Hasret Bozdoğan, coprésidente du Centre culturel alévi (IAKM), a elle aussi placé la paix au centre de son intervention :
« Nous, les Alévis, avons connu l’exclusion et la souffrance tout au long de notre histoire. Pourtant, nous n’avons jamais renoncé à défendre l’humanité, la justice et la paix. Nous aspirons à un monde où la vie l’emporte sur la guerre. »
Soutien à l’« Appel à la paix et à une société démocratique »
Le député du parti DEM, Celal Fırat, a salué l’« Appel à la paix et à une société démocratique » d’Abdullah Öcalan, le présentant comme une référence majeure dans le débat politique actuel. Il a insisté sur le fait que cet appel s’adresse à toutes les forces démocratiques, au-delà de la seule question kurde.
« Cet appel concerne les Alévis, les progressistes, les socialistes et tous ceux qui défendent le travail, la fraternité et la justice », a-t-il affirmé. Il a plaidé pour un renforcement collectif du processus de paix et la construction d’une république démocratique où toutes les identités pourraient coexister librement et sur un pied d’égalité.
Vives critiques contre Rahmi Koç
Plusieurs intervenants ont par ailleurs vivement dénoncé les récentes déclarations insultantes de l’homme d’affaires turc Rahmi Koç à l’égard des femmes kurdes.
Hüseyin Mat, président de la communauté alévie d’Allemagne, a accusé Koç de véhiculer des stéréotypes racistes et sexistes sous couvert d’humour. Il a notamment rappelé le rôle déterminant joué par les femmes kurdes dans la lutte contre Daech en Syrie et en Irak.
« Nous n’acceptons pas ces attaques contre les femmes ni contre la dignité du peuple kurde », a-t-il martelé, exprimant sa pleine solidarité avec les femmes engagées dans la résistance.
« Nous voulons une paix digne »
Dans son discours de clôture, Hüseyin Mat a réaffirmé la détermination des Alévis à œuvrer aux côtés de toutes les forces démocratiques pour la démocratie, la liberté et les droits des peuples.
« Nous voulons la paix en Turquie. Mais nous voulons une paix digne », a-t-il souligné. Une paix qui doit garantir à tous – Kurdes, Turcs, Alévis, Sunnites et autres composantes de la société – le droit de vivre librement leur identité dans une république démocratique fondée sur l’égalité et la participation de tous.
Après les discours, le festival s’est prolongé dans une ambiance festive avec les prestations de Gülseven Medar, Lale Koçgün et Mustafa Özarslan, ainsi que des chants choraux, des cérémonies Semah et des danses traditionnelles, reprises en chœur par des milliers de participants. (ANF)