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Ouverture des barrages turcs sur l’Euphrate : Inondations meurtrières en Syrie et alerte maximale en Irak

IRAK / SYRIE – La décision de la Turquie d’ouvrir les vannes du barrage Atatürk construit au Kurdistan du Nord, pour la première fois en sept ans, a provoqué une brusque montée des eaux de l’Euphrate, entraînant des conséquences dramatiques en Syrie, y compris dans les régions kurdes, et des risques d’inondations majeures en Irak.

En Syrie, les provinces de Deir ez-Zor et Raqqa ont été particulièrement touchées. Le débit d’eau en provenance de Turquie a atteint jusqu’à 2 000 mètres cubes par seconde, faisant monter le niveau du fleuve d’environ trois mètres. Des villages entiers, des terres agricoles et des camps ont été submergés, forçant des milliers de familles à fuir.

Selon des sources locales et des bilans officiels, plusieurs personnes sont mortes noyées, dont quatre enfants emportés par les courants à Deir ez-Zor et un homme à Raqqa. Près de 2 400 familles ont été affectées dans la seule région de Deir ez-Zor, tandis que de nombreux champs agricoles ont été inondés dans la campagne ouest de Raqqa. Plus de 50 stations de pompage d’eau et installations électriques ont été mises hors service. Plusieurs ponts, dont des ponts de terre, se sont effondrés, isolant des villages et rendant la circulation extrêmement difficile entre les deux rives du fleuve.

Les habitants, livrés à eux-mêmes, ont tenté de protéger leurs maisons avec des digues de fortune en terre. Ils lancent des appels urgents pour le déploiement d’engins lourds, des opérations d’évacuation et une indemnisation des pertes agricoles, estimées à des centaines de milliers de dollars, notamment sur les cultures de blé et de légumes.

En Irak, pays situé en aval, les autorités ont activé des plans d’urgence face à la vague attendue. Le barrage d’Haditha, premier grand ouvrage irakien sur l’Euphrate, sert de tampon pour stocker l’eau excédentaire avant de la rediriger vers le lac Habbaniyah. Le ministre irakien des Ressources en eau, Muthanna al-Tamimi, s’est rendu sur place pour superviser les préparatifs. Bien que le débit actuel à la frontière (environ 700 m³/s) soit jugé « acceptable » pour l’instant, l’état d’alerte a été déclaré dans la province d’Anbar pour trois jours.

Cette crise met une nouvelle fois en lumière la vulnérabilité des pays en aval face à la gestion unilatérale des barrages turcs, notamment dans le cadre du projet GAP (Anatolie du Sud-Est). Après des années de réduction drastique des débits ayant causé sécheresses et pénuries, c’est désormais la brutalité des lâchers d’eau qui provoque destructions et pertes humaines.

Les autorités syriennes et irakiennes espèrent une coordination rapide avec Ankara pour stabiliser la situation et éviter une aggravation des dégâts dans les jours à venir.