KURDISTAN – Ce 12 mai marque le 52e anniversaire de l’exécution de la révolutionnaire kurde Leyla Qasim et de ses quatre camarades par le régime baasiste irakien.
Le 12 mai 1974 : un assassinat politique
Le 12 mai 1974, le régime sanguinaire de Saddam Hussein exécute Leyla Qasim par pendaison. Elle devient la première femme pendue de l’histoire de l’Irak baasiste. Son « crime » ? Avoir milité pour les droits du peuple kurde et pour l’émancipation des femmes dans un Kurdistan colonisé et opprimé.
Aujourd’hui, Leyla Qasim reste une figure tutélaire aux côtés de Sakine Cansız, Zarife Xatun et bien d’autres. Son portrait orne les murs des foyers kurdes, les places publiques, les institutions et les centres culturels du Kurdistan tout entier.
« Tuez-moi, mais sachez qu’après ma mort, des milliers de Kurdes se réveilleront d’un profond sommeil. Je suis heureuse de donner ma vie pour un Kurdistan libre. »
Qui était Leyla Qasim ?
Leyla Qasim (parfois orthographiée Leila Qassem ou Leyla Qassem) naît le 27 décembre 1952 à Khanaqin (région de Diyala, Kurdistan du Sud – Bashur), dans une famille feyli kurde. Avec son frère Abdessalam et sa sœur Sabiha, elle grandit dans un environnement imprégné d’amour pour la patrie kurde.
Elle termine ses études secondaires à Khanaqin en 1972, puis s’inscrit à la Faculté des Arts de l’Université de Bagdad en sociologie. Très tôt, elle se distingue par son intelligence vive, son charisme et son engagement politique. Elle rejoint l’Union des étudiants du Kurdistan et devient rapidement l’une des figures les plus actives du mouvement étudiant.
Une double lutte : nation et émancipation des femmes
Au début des années 1970, le régime baasiste intensifie sa politique de répression et de nettoyage ethnique à Khanaqin. La famille Qasim est contrainte de se réfugier à Bagdad. Leyla y poursuit ses études tout en militant au sein du Parti démocratique du Kurdistan (PDK).
Après l’échec de l’accord du 11 mars 1970 entre le gouvernement irakien et Mustafa Barzani, elle choisit de rester dans la capitale pour continuer la lutte clandestine, malgré les risques. Avec un petit groupe de camarades, dont son fiancé Jawad al-Hamondi, elle tente de réorganiser la résistance étudiante.
Le groupe est rapidement infiltré. Dans la nuit du 24 avril 1974, les services de sécurité investissent la maison de Leyla. Elle est arrêtée, isolée et soumise à des tortures d’une barbarie extrême : on lui arrache l’œil droit et elle subit de multiples mutilations.
Devant le comité d’enquête, accusée d’avoir commis des attentats contre des civils, elle répond avec dignité : « Je ne suis pas une criminelle. Je lutte pour la cause kurde légitime et je suis prête à donner ma vie pour elle. »
« La mariée du Kurdistan »
Lors de la première visite de sa mère et de sa sœur en prison, Leyla leur demande d’apporter son uniforme traditionnel kurde et des ciseaux. Elle coupe une mèche de ses cheveux et la leur confie : « Dans quelques jours, je serai la mariée du Kurdistan. Je veux que la terre m’embrasse dans toute mon élégance. »
Le 12 mai 1974, moins de trois semaines après son arrestation, Leyla est exécutée sans véritable procès. Vêtue de son uniforme kurde, elle chante l’hymne du Kurdistan jusqu’à la potence. Elle avait 22 ans.
Elle est enterrée au cimetière de Wadi al-Salam à Nadjaf, loin de sa terre natale.
Son héritage : un flambeau pour les femmes kurdes
Après son martyre, des centaines de jeunes filles kurdes portent son prénom. Leyla devient un symbole de résistance et d’émancipation.
Le grand poète kurde Cigerxwîn lui a rendu hommage avec le poème Leyla Şehîd, popularisé notamment par Ciwan Haco :