AccueilKurdistanBakurTURQUIE. Des étudiantes de l’université Eren de Bitlis victimes du cyberharcèlement

TURQUIE. Des étudiantes de l’université Eren de Bitlis victimes du cyberharcèlement

TURQUIE / KURDISTAN – De nombreuses jeunes femmes kurdes continuent d’être arrachées à la vie sous l’effet d’une politique coloniale et patriarcale menée par le régime turc au Kurdistan du Nord.
 
Parmi elles, les noms de Gülistan Doku, Rojin Kabaiş et Rojwelat Kızmaz restent gravés dans la mémoire collective comme autant de symboles d’une violence systémique contre les femmes kurdes. 
 
L’agence de presse féminine kurde JINHA dénonce une nouvelle fois la gravité de la situation à l’Université de Bitlis, où de nombreuses étudiantes sont victimes de cyberharcèlement et de chantage sexuel. Plusieurs d’entre elles ont été poussées au suicide, sans que les autorités turques ne prennent les mesures nécessaires pour les protéger et sanctionner les auteurs.
 
Face à cette vague de violences numériques et à l’impunité persistante, les autorités restent inertes, aggravant encore le sentiment d’insécurité des étudiantes kurdes.

« Va bosser tes cours », la police renvoie chez elle une étudiante victime du cyberharcèlement

L’agence JINHA a interviewé une étudiante de 21 ans de l’université de Bitlis Eren qui y dénonce un chantage sexuel particulièrement pervers utilisant des images générées par intelligence artificielle (IA). Son témoignage révèle une fois de plus la vulnérabilité des étudiantes face à la violence numérique et l’inaction des autorités.

Zeynep (nom modifié pour sa sécurité), étudiante à l’Université Bitlis Eren, est victime de chantage depuis 2023. Tout a commencé le jour de ses 18 ans. Un compte anonyme l’a contactée en utilisant des photos issues de son ancien compte Instagram, transformées en images pornographiques grâce à l’IA.

« Cette personne a attendu que j’aie 18 ans. Le jour de mon anniversaire, j’ai reçu la première menace. Il exigeait des photos nues, sinon il diffuserait les images. J’ai eu tellement peur que j’ai fermé tous mes comptes. »

Après une période d’accalmie, les menaces ont repris en 2026, plus virulentes. Des photos à caractère sexuel générées par IA sont désormais diffusées via de faux comptes ouverts à son nom. L’individu menace de les envoyer à ses proches si elle refuse d’avoir des relations sexuelles avec lui.

Une plainte rejetée par la police

Lorsque Zeynep s’est enfin rendue à la brigade de lutte contre la cybercriminalité, elle n’a pas été prise au sérieux :

« Ils m’ont dit : “On ne peut rien faire. Même s’ils sont condamnés, ils recommenceront dans 3 ou 5 ans.” Ils m’ont déconseillé de porter plainte et m’ont renvoyée chez moi en me disant : “Vas étudier tes cours. Si tu subis des violences physiques, reviens.” »

Les policiers ont également retourné la responsabilité sur elle : « Utilises les réseaux sociaux avec précaution, ne montres pas ton visage. »

Un phénomène répandu à l’université Bitlis Eren

Zeynep affirme que de nombreuses autres étudiantes subissent le même type de chantage. Selon elle, plus de 10 étudiantes auraient été poussées au suicide ces derniers mois à cause de ce genre de harcèlement.

Elle dénonce une culture de l’impunité à l’université : photos volées dès l’entrée, chantage systématique, violences physiques et sexuelles, drogues…

Soutien judiciaire

Le Centre des droits des femmes de l’Association du Barreau de Bitlis a pris en charge son dossier et va porter plainte auprès du procureur pour que l’auteur (ou les auteurs) soit identifié et poursuivi.