AccueilKurdistanBashur« La prison de Nugra Salman était l’Auschwitz des Kurdes »

« La prison de Nugra Salman était l’Auschwitz des Kurdes »

IRAK / KURDISTAN – « Pour ceux qui ne le savent pas : La prison de Nugra Salman était un véritable Auschwitz pour les Kurdes. La brutalité qui y régnait était inimaginable. Sur les portes, on pouvait lire : « Bienvenue en enfer ». On y donnait les corps des prisonniers encore vivants en pâture aux chiens, on les faisait exploser pour le plaisir, etc. (…). », déclare le militant Polla Garmiany, alors qu’un des principaux bourreaux de ce camp de la mort irakien est actuellement jugé à Bagdad.

Des souvenirs cauchemardesques ont refait surface jeudi lors de l’audience du tribunal de Rusafa contre Ajaj Ahmed Hardan al-Tikriti, ancien responsable de la prison de Nugra Salman*, accusé de crimes contre l’humanité commis durant la campagne d’Anfal, le génocide kurde ordonné par Saddam Hussein en 1988.

Invité au bulletin d’information de midi de Kurdistan24, le présentateur et journaliste Ammar Najmaddin a livré un témoignage poignant sur les horreurs qu’il a vécues enfant dans ce camp situé en plein désert de Samawah.

Ammar Najmaddin

« J’avais seulement 11 ans lorsque les forces du régime baasiste nous ont déportés, ma mère, mes frères, mes sœurs et moi, après l’attaque chimique sur Halabja », a-t-il raconté. « Mon père avait disparu avant notre arrivée au camp. Nous n’avons jamais su ce qu’il était devenu. »

Najmaddin a décrit des conditions de détention dignes de l’enfer : les détenus ne recevaient qu’un peu d’eau salée et deux morceaux de pain par jour. La faim, la soif et le choléra tuaient chaque jour des enfants et des personnes âgées.

L’une des scènes les plus insoutenables reste celle du meurtre de « Mam Alla Karim », un prisonnier âgé battu à mort devant son fils et des centaines de détenus pour avoir craché en direction d’al-Tikriti. Son corps a ensuite été jeté en pâture à des chiens affamés.

« L’une des images les plus terrifiantes que je garde est celle de ces chiens noirs dressés pour dévorer les cadavres des prisonniers kurdes morts sous la torture », a-t-il confié, la voix encore marquée par le trauma.

Une responsabilité historique et judiciaire

Pour Najmaddin, recueillir et diffuser ces témoignages va bien au-delà du devoir de mémoire : il s’agit d’une responsabilité à la fois historique et juridique pour que le monde prenne pleinement conscience de l’ampleur du génocide kurde et que de telles atrocités ne se reproduisent jamais.

L’audience de jeudi, qui devait initialement aboutir à un verdict, a été reportée au 14 mai. Le tribunal a souhaité approfondir l’enquête après qu’al-Tikriti a nié une partie des accusations, selon Dilan Barzan, correspondante de Kurdistan24 à Bagdad.

Plus de 221 proches de victimes originaires de Garmian, Khurmatu, Sulaimani et Erbil (Hewler) ont assisté à l’audience, à l’intérieur comme à l’extérieur de la salle, dans l’espoir de voir enfin jugé l’un des hommes les plus brutaux du régime baasiste, surnommé par les survivants le « Boucher de Nugra Salman ».

Al-Tikriti est notamment accusé de torture systématique, meurtres, enterrements vivants et agressions sexuelles sur des prisonnières. Le camp qu’il dirigeait était tristement célèbre pour ses méthodes barbares, dont l’exposition prolongée des détenus à la chaleur extrême du désert.

Arrêté en juillet 2025 (annoncé en août) à l’issue d’une opération de renseignement de six mois, al-Tikriti avait fui l’Irak après la chute de Saddam Hussein en 2003 et s’était réfugié en Syrie, près de Damas.

La campagne d’Anfal a causé la mort ou la disparition d’environs 200 000 Kurdes. Près de quarante ans plus tard, la quête de justice se poursuit pour les survivants et les familles des victimes.

*La prison de Nugra Salman, également connue sous le nom de Nugrat al-Salman ou Nigrat Salman, est un ancien établissement situé dans le district d’Al-Salman, dans le désert de Muthanna, en Irak.