Décolonisation du Kurdistan, solution au chaos du Moyen-Orient ?
Dans le contexte de la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran déclenchée le 28 février 2026 par l’opération « Epic Fury », cette question prend une urgence nouvelle. Dès le 22 février 2026, les principaux partis kurdes d’Iran (PDKI, PAK, PJAK, 2 partis issus du KOMALA et KHABAT) ont formé la Coalition des Forces Politiques du Kurdistan Iranien Kurdistan, appelant ouvertement au renversement du régime des mollahs et à l’autodétermination kurde. Les adversaires de l’Iran aimeraient que les groupes armés kurdes jouent dans leur camps face à l’Iran. Mais ces derniers ne veulent pas être des mercenaires qu’on jette aux oubliettes une fois notre but atteint. Ils veulent des garanties de la communauté internationale qui protégeront leurs droits en tant que peuple libre.
Les Kurdes ont déjà démontré à plusieurs reprises leur rôle stabilisateur : en première ligne contre Daech en Irak et en Syrie, protégeant les minorités religieuses et ethniques tout en empêchant la résurgence du djihadisme. Face à l’Iran, ils pourraient fournir du renseignement précieux, étirer les forces de l’IRGC et contrôler des zones stratégiques. Un Kurdistan indépendant ou fortement autonome – laïque, pluraliste et naturellement pro-occidental – constituerait un rempart durable contre l’expansion iranienne, le terrorisme et l’instabilité chronique de la région.
Il est grand temps de dépasser les frontières impériales britanniques et françaises obsolètes issues des accords Sykes-Picot (1916) et du traité de Lausanne (1923). Ces découpages arbitraires, imposés après la Première Guerre mondiale, ont nié le droit des Kurdes à disposer d’eux-mêmes et perpétuent depuis un siècle l’instabilité du Moyen-Orient. Dans cette guerre qui vise à neutraliser le programme nucléaire et balistique iranien, instrumentaliser les Kurdes comme forces supplétives sans leur accorder de garanties réelles serait une répétition tragique des erreurs passées (1975, Syrie post-Daech…).
Soutenir la décolonisation du Kurdistan n’est pas un facteur de chaos supplémentaire, contrairement aux craintes d’Ankara, Téhéran et Bagdad face à un éventuel « effet domino ». C’est au contraire une opportunité historique : transformer une victoire militaire ponctuelle en une réorganisation profonde et durable du Proche-Orient, plus équilibrée, moins dominée par les théocraties et les empires artificiels du XXe siècle.