AccueilRéfugiésTURQUIE. Un demandeur d’asile kurde privé d’interprète et enregistré comme Afghan

TURQUIE. Un demandeur d’asile kurde privé d’interprète et enregistré comme Afghan

TURQUIE / KURDISTAN – Un demandeur d’asile irakien, qui vit depuis 2018 dans la province d’Afyonkarahisar (ouest de la Turquie), affirme s’être vu refuser un interprète kurde lors de son entretien de protection internationale. Cette absence l’a empêché d’exposer pleinement sa situation et a entraîné une erreur majeure dans son dossier : il a été enregistré comme ressortissant afghan.

Saleh Omar Jalal a passé cet entretien le 20 mai à la Direction provinciale de la gestion des migrations. Il a demandé un interprète kurde, expliquant que son niveau de turc ne lui permettait pas de décrire en détail les raisons de sa demande. Sa requête a été rejetée.

« Ils m’ont dit qu’il n’y avait pas d’interprète kurde. Puis ils ont ajouté : “Soit vous vous présentez à l’entretien, soit nous devrons vous envoyer dans une autre ville” », raconte-t-il.

« De ce fait, je n’ai pas pu expliquer pleinement les raisons de ma demande ni les événements que j’avais vécus. Ils m’ont enregistré comme ressortissant afghan. Mon statut a été mis en péril. »

L’article 70 de la loi turque n° 6458 sur les étrangers et la protection internationale prévoit pourtant la mise à disposition de services d’interprétation lors des procédures de demande, d’enregistrement et d’entretien, dès lors que le demandeur en fait la requête.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) indique que cette assistance est normalement assurée par les directions provinciales de la gestion des migrations. Une aide en langue kurde est également disponible sur demande via sa ligne d’assistance téléphonique.

Après l’entretien, Jalal a sollicité un soutien juridique auprès de l’Association de solidarité avec les demandeurs d’asile et les migrants (SGDD-ASAM). Le 17 juillet, il s’est rendu dans leurs bureaux pour expliquer que le kurde est sa langue maternelle et qu’il avait besoin d’aide concernant sa demande de protection internationale.

Selon lui, le personnel l’a menacé d’appeler la police s’il ne quittait pas les lieux.

« Mon seul objectif était d’expliquer le problème d’interprétation que j’avais rencontré et d’obtenir une assistance juridique », précise-t-il.

« Les demandeurs doivent pouvoir s’exprimer correctement. Nous avons besoin d’un accès réel aux services d’interprétation et à une aide juridique. »

Jalal insiste sur l’urgence de corriger l’erreur figurant dans ses documents officiels :

« Ils ne m’ont pas fourni d’interprète. La Direction provinciale de la gestion des migrations m’a donc enregistré comme ressortissant afghan alors que je suis citoyen irakien. Il faut que cela soit corrigé. Ma demande est compromise. Huit années d’efforts réduites à néant. »