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Tal Aran : les récents raids ravivent la mémoire douloureuse des Kurdes de Syrie

SYRIE / ROJAVA – Les récents raids menés par les forces de sécurité du gouvernement intérimaire syrien à Tal Aran et Tal Hasel ont ravivé une mémoire collective kurde déjà lourdement chargée. Attaques ciblées, perquisitions musclées, enlèvements de jeunes et agressions contre des femmes kurdes : pour beaucoup d’habitants, ces scènes rappellent les heures les plus sombres de leur histoire récente.

Mardi, les forces de sécurité ont déployé une importante opération dans la région, mobilisant selon des sources locales plus de 200 véhicules, dont des motos équipées de mitrailleuses. Un cordon de sécurité a été établi autour de Tal Aran, bloquant entrées et sorties de la ville. Plusieurs jeunes hommes kurdes ont été arrêtés et au moins une femme, Nazha Hamki, a été blessée après avoir filmé les opérations et exigé la présentation d’un mandat.

Ces événements interviennent dans un contexte de fortes tensions et ravivent des traumatismes anciens. Les Kurdes de Tal Aran et Tal Hasel, deux des plus anciennes localités kurdes de la campagne d’Alep, ont successivement subi :

Sous le régime baasiste : des décennies de marginalisation, d’arabisation forcée, de privation de services et de répression culturelle.

En juillet 2013 : le massacre perpétré par Jabhat al-Nosra (aujourd’hui intégré au gouvernement intérimaire syrien). En l’espace de quelques jours, une cinquantaine de civils kurdes – dont des femmes, des enfants et des personnes âgées – ont été tués. Des exécutions sommaires, des enlèvements et des pillages massifs ont été documentés, contraignant des milliers d’habitants à fuir.

Aujourd’hui, ces mêmes bourgs, encore marqués par les cicatrices de 2013, voient resurgir la peur. Les habitants ont organisé des manifestations spontanées mardi soir, exigeant la libération des personnes détenues et l’ouverture d’une enquête indépendante sur les violations commises lors des raids.

Un silence assourdissant

À l’heure actuelle, le gouvernement intérimaire syrien n’a publié aucune déclaration officielle justifiant l’ampleur de l’opération ni répondu aux accusations de violences contre des civils.

Tal Aran et Tal Hasel, situées au sud-est d’Alep, symbolisent aujourd’hui la fragilité de la coexistence dans le nord de la Syrie. Pour les militants kurdes et de nombreux habitants, ces raids ne sont pas de simples opérations de sécurité : ils constituent une nouvelle page d’un long cahier de doléances kurdes qui s’étend sur plus de soixante ans.