AccueilKurdistanRojavaAfrin : une politique coloniale turque assumée au Rojava

Afrin : une politique coloniale turque assumée au Rojava

SYRIE / ROJAVA – Le 15 mai dernier, à l’occasion de la Journée internationale de la langue kurde, les Kurdes d’Afrin tentaient de célébrer leur identité culturelle dans une salle de la ville. Une fête modeste, pacifique, loin de toute provocation. Pourtant, sur ordre des services de renseignement turcs et avec la complicité de leurs mercenaires intégrés aux structures du gouvernement de Damas, des miliciens ont fait irruption, ont hissé le drapeau turc et ont mis fin à la célébration. Face à cette provocation, les participants kurdes ont quitté les lieux. La fête était morte avant d’avoir vraiment commencé.

Cet incident n’est pas un fait isolé. Il s’inscrit dans une stratégie systématique et planifiée de colonisation et de turquification du Rojava, et plus particulièrement de la région d’Afrin, occupée militairement par la Turquie depuis l’opération « Rameau d’Olivier » en 2018.

Une occupation coloniale aux méthodes classiques

La Turquie ne cache plus ses intentions. Sous couvert de « zones de sécurité » et de lutte contre le terrorisme, Ankara mène une véritable politique de remplacement démographique. Des milliers de familles kurdes ont été expulsées de leurs foyers. Leurs maisons, leurs terres agricoles et leurs commerces ont été systématiquement attribués à des colons arabes, souvent issus des rangs de l’Armée nationale syrienne (ANS/SNA), cette coalition de milices pro-turques largement financée, armée et contrôlée par Ankara.

Ces colons refusent aujourd’hui de partir. Ils occupent les propriétés kurdes et bloquent activement le retour des déplacés. Des civils turcs et des familles de miliciens se sont installés durablement, encouragés par des incitations économiques et une protection militaire turque permanente. Des écoles enseignent désormais en turc, les panneaux de signalisation sont changés, les noms de rues kurdes sont remplacés par des noms turcs ou arabes islamistes. C’est la turquification méthodique d’une terre kurde historique.

Afrin, symbole d’une tragédie kurde

Afrin était avant 2018 l’une des régions kurdes les plus paisibles et prospères de Syrie. Majoritairement kurde, elle abritait également des communautés arabes, turkmènes et yézidies qui coexistaient relativement bien. Aujourd’hui, la démographie a été bouleversée par la force. Les rapports d’organisations de défense des droits humains documentent des expropriations massives, des enlèvements contre rançon, des viols, des destructions de villages et une répression féroce de toute expression culturelle kurde.

La célébration avortée du 15 mai en est l’illustration parfaite : même la langue kurde, pilier de l’identité d’un peuple, est vue comme une menace par l’occupant turc. Célébrer sa langue devient un acte de résistance qu’il faut écraser.

Une politique d’État turque

Cette entreprise coloniale n’est pas le fait de milices incontrôlables. Elle est orchestrée depuis Ankara. Les services de renseignement turcs (MIT) pilotent les opérations sur le terrain, choisissent les administrateurs locaux et supervisent la politique de peuplement. La Turquie reproduit au Rojava les méthodes qu’elle a employées historiquement contre les Kurdes de Turquie : interdiction culturelle, assimilation forcée, changement démographique et répression sécuritaire.

Dans un contexte régional où la Syrie post-Assad reste fragile, la Turquie profite du vide pour consolider son projet néo-ottoman. Elle transforme des régions syriennes en protectorats de fait, où la souveraineté syrienne n’est plus qu’une fiction commode.

Il est temps de nommer les choses

Ce qui se passe à Afrin et dans les autres zones occupées du Rojava (comme Tal Abyad ou Serekaniyê) constitue une politique coloniale anti-kurde caractérisée par :

  • L’occupation militaire illégale d’un territoire étranger ;

  • Le nettoyage ethnique par déplacement forcé ;

  • La colonisation par peuplement ;

  • L’effacement culturel systématique.

Le silence international face à cette réalité est assourdissant. Pendant que l’on débat de reconstruction syrienne, on laisse la Turquie consolider une annexion de fait et une entreprise de destruction d’un peuple.

Les Kurdes d’Afrin ne demandent ni séparatisme ni privilèges. Ils demandent simplement le droit de vivre sur leur terre, de parler leur langue, de célébrer leur culture et de rentrer chez eux. Des droits élémentaires que la Turquie leur refuse avec la brutale simplicité d’un colonisateur classique.

Tant que l’occupation turque perdurera à Afrin, le Rojava portera une plaie ouverte. Et tant que cette politique coloniale ne sera pas clairement dénoncée et sanctionnée, la Turquie continuera à la mener en toute impunité.